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Le Bar de la Fourche

Chapter 39: XXXVIII.
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About This Book

A young man, Olivier Saruex, leaves a harsh Protestant household after a humiliating confrontation with his father and sets out to seek work on railroad construction in the Far West. He narrates daily life in the camps: hard labor, diverse and rough fellow workers, improvised living quarters, and the nearby Columbia River. Through close observation of physical toil, camp society, and landscape, he charts his own coming-of-age, reflecting on authority, exile, and the costs of survival while gradually gaining practical skills and worldly experience.

XXXVIII.

Aussitôt, nous retrouvâmes nos voix et nous en servîmes librement. Chacun s'exprima avec toute la sincérité dont il était capable. — On peut discuter de sang-froid les causes d'un orage, quand on n'en voit plus à l'horizon que les dernières lueurs, mais, quand la foudre est là, on pense d'abord à se garer.

En peu d'instants, la Fourche reprit son aspect de tous les jours. Il y eut des cris, beaucoup de fumée de pipes. La vieille Maria pleurait un peu sur son tricot. Les joueurs avaient posé leurs cartes. Quelques nouveaux arrivants se firent conter l'aventure. Carletti se chargea du récit. Il s'en tirait à merveille, ayant un sens tout à fait juste des effets dramatiques et un parler souple. Par deux fois, Mosé dut, jusqu'à un certain point, jouer le rôle du supplicié qu'entre temps j'avais recouvert d'un drap.

Cela tournait au drame bouffon. Carletti imitait l'accent et les gestes de van Horst. Le Juif rendait sans peine l'épouvante de Smith.

De temps en temps, Holly intervenait par une de ces infâmes plaisanteries dont il avait la spécialité. Pitre odieux, il grimaçait, il grinçait des dents, il disloquait son long corps… Et, par terre, il y avait le cadavre, et, contre le mur, la tache de sang.

Oui, sans doute, il restait encore un reflet de la peur dans les regards de ces hommes, mais, dans leur mimique il y avait aussi comme un frétillement de plaisir. On eût dit des chiens léchant une flaque rouge, après qu'un chien plus fort et plus noble avait fait carnage.

Les pires ignominies n'amusent qu'un temps. On se mit à causer. Somme toute, on s'étonnait un peu de la témérité de van Horst. Il avait l'habitude d'être mieux entouré quand il accomplissait ses petits travaux. Certes, il tuait sans aide, mais, à l'ordinaire, devant des spectateurs complaisants.

Les scélérats décoratifs ont toujours été servis par l'admiration, et, s'il a de l'allure, un criminel sera suivi. L'action la plus illégale ne laisse pas d'entraîner, pourvu qu'elle ait de la noblesse ou de l'audace, ou ce rien de fantaisiste qui distingue. Les actions de van Horst menaient une bande. Sauf Holly, personne de cette bande n'avait assisté à la mort de Smith. Les nouveaux venus qui en étaient, approuvèrent hautement. La salle fut bientôt pleine.

Ces gens!… J'oublie leur nom, mais je me souviens bien de leurs figures scélérates! Comme, dans une école de peinture, les disciples tâchent de ressembler au maître par la coupe des cheveux ou par une afféterie du langage, son génie étant inimitable, de même, suffisait-il à ces bougres d'être hirsutes et débraillés pour donner à leur trogne cette héroïque sauvagerie que van Horst exprimait si pertinemment par trois paroles et un regard.

Voici qu'on discutait l'acte :

— Et moi, je trouve qu'il a été très patient! Pourquoi la lui refusait-il, le vieux?

— Puis, d'après ce que tu racontes, cela a été vite fait! Dix doigts autour du cou, et… couic? plus de Smith!…