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Le Bossu: Aventures de Cape et d'Épée. Volume 4 cover

Le Bossu: Aventures de Cape et d'Épée. Volume 4

Chapter 25: TABLE DES CHAPITRES
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About This Book

Au cœur du Palais-Royal, la suite met en scène une entrevue entre le régent et un bossu au sujet d'Henri de Lagardère et du meurtre du duc de Nevers. Lagardère, ayant juré d'assumer la tutelle et la protection de la fille du duc, détient des éléments susceptibles d'identifier un assassin masqué mais manque d'une preuve décisive. L'épisode conjugue intrigues de cour, investigations policières et dilemmes d'honneur, et fait avancer les tensions qui promettent bientôt une confrontation et la mise au jour des responsabilités.

—Ce matin... de bonne heure... mais pas avant que les portes fussent ouvertes, car j'entendais déjà le bruit infernal que font tous ces fous dedans et dehors.

Par le fait, c'était un assourdissant tapage. L'expérience n'avait pas appris encore à régler une bourse, et à donner au tripot un joli air de décence. Tout le monde criait à la fois, et ce concert de voix tonnait comme le bruit d'une émeute.

Mais Peyrolles songeait bien à cela!

—Comment l'avez-vous reçu? demanda-t-il encore.

Gonzague montra la fenêtre qui faisait face à son lit, et dont un des carreaux était brisé.

Peyrolles comprit et chercha des yeux sur le tapis, où il vit bientôt un caillou parmi les éclats de vitre.

—C'est cela qui m'a éveillé, dit Gonzague. J'ai lu... et l'idée m'est venue que Lagardère avait pu se sauver.

Peyrolles courba la tête.

—A moins, reprit Gonzague, que cet acte audacieux n'ait été exécuté par quelque affidé, ignorant le sort de son maître.

—Espérons-le, murmura Peyrolles.

—En tous cas, j'ai mandé sur-le-champ Oriol et Montaubert... J'ai feint de tout ignorer... j'ai plaisanté... je les ai poussés... Ils m'ont avoué qu'ils avaient déposé le cadavre sur un monceau de débris dans la rue Pierre Lescot.

Le poing fermé de Peyrolles frappa son genou.

—Il n'en faut pas davantage, s'écria-t-il; un blessé peut recouvrer la vie...

—Nous saurons dans peu le vrai de l'affaire... Cocardasse et Passepoil sont sortis pour cela.

—Est-ce que vous vous fiez à ces deux renégats, monseigneur?

—Je ne me fie à personne, ami Peyrolles, pas même à toi... Si je pouvais tout faire par moi-même, je ne me servirais de personne... Ils se sont enivrés cette nuit; ils ont eu tort; ils le savent... raison de plus pour qu'ils marchent droit... Je les ai fait venir; je leur ai ordonné de me trouver les deux braves qui ont défendu cette nuit la jeune aventurière qui prend le nom d'Aurore de Nevers.

Il ne put s'empêcher de sourire en prononçant ces derniers mots.

Peyrolles resta sérieux comme un croque-mort.

—Et de remuer ciel et terre, acheva Gonzague,—pour savoir si notre bête noire nous a encore échappé.

Il sonna et dit au domestique qui entra:

—Qu'on me prépare ma chaise!—Toi, mon ami Peyrolles, tu vas monter chez madame la princesse, afin de lui porter, selon l'habitude, l'assurance de mon profond respect. Tâche d'avoir de bons yeux: tu me diras quelle physionomie a l'antichambre de madame la princesse, et de quel ton sa camériste t'aura répondu.

—Où retrouverai-je monseigneur?

—Je vais d'abord au pavillon... J'ai hâte de voir notre jeune aventurière... Il paraît qu'elle et cette folle de dona Cruz font une paire d'amies... J'irai ensuite à l'hôtel de M. Law, qui me néglige... puis je me montrerai au Palais-Royal, où mon absence ne ferait pas bien... Qui sait quelles calomnies on pourrait répandre sur mon compte?

—Tout cela sera long...

—Tout cela sera court... J'ai besoin de voir nos amis... nos bons amis... Cette journée ne sera pas oisive, et je médite pour ce soir certain petit souper... Mais nous reparlerons de cela.

Il s'approcha de la fenêtre et ramassa le caillou qui était sur le tapis.

—Monseigneur, dit Peyrolles, avant de vous quitter, permettez que je vous mette en garde contre ces deux chenapans...

—Cocardasse et Passepoil?... Je sais qu'ils t'ont fort maltraité, mon pauvre Peyrolles.

—Il ne s'agit pas de cela... Quelque chose me dit qu'ils trahissent... Et tenez! s'il fallait une preuve... Ils étaient à l'affaire des fossés de Caylus, et cependant je ne les ai point vus sur la liste de mort...

Gonzague, qui considérait le caillou d'un air pensif, déplia vivement le papier qu'il avait repris.

—Cela est vrai, murmura-t-il; leurs noms manquent ici... Mais si c'est Lagardère qui a dressé cette liste et si nos deux coquins étaient à Lagardère, il eût mis leurs noms les premiers pour dissimuler la tromperie.

—Ceci est trop subtil, monseigneur. Il ne faut rien négliger dans un combat à outrance: depuis hier, vous pontez sur l'inconnu... Cette créature étrange, ce bossu qui est entré, comme malgré vous, dans vos affaires.

—Tu m'y fais penser, interrompit Gonzague; il faut que celui-là me vide son sac jusqu'au fond.

Il regarda par la croisée.

Le bossu était justement au devant de sa niche et dardait un coup d'œil perçant vers les fenêtres de Gonzague.

A la vue de ce dernier, le bossu baissa les yeux et salua respectueusement.

Gonzague regarda encore son caillou.

—Nous saurons cela, murmura-t-il; nous saurons tout cela... J'ai idée que la journée vaudra la nuit... Va, mon ami Peyrolles: voici ma chaise... A bientôt!

Peyrolles obéit.

M. de Gonzague monta dans sa chaise et se fit conduire au pavillon de dona Cruz.

En traversant les corridors, pour se rendre chez madame de Gonzague, Peyrolles se disait:

—Je n'ai pas pour la France, ma belle patrie, une de ces tendresses idiotes, comme j'en ai vu parfois... Avec de l'argent, on trouve des patries partout... Ma tirelire est à peu près pleine, et, dans vingt-quatre heures, je puis faire ma main dans les coffres du prince... Le prince me paraît baisser... Si les choses ne vont pas mieux d'ici à demain, je boucle ma valise et je vais chercher un air qui convienne davantage à ma santé délicate... Que diable! d'ici à demain, la mine n'aura pas eu le temps de sauter!»

Cocardasse junior et frère Passepoil avaient promis de se multiplier pour mettre fin aux incertitudes de M. le prince de Gonzague.

Ils étaient gens de parole. Nous les retrouvons non loin de là dans un cabaret borgne de la rue Aubry-le-Boucher, buvant et mangeant comme quatre.

La joie brillait sur leurs visages.

—Il n'est pas mort! dit Cocardasse en tendant son gobelet.

Passepoil l'emplit et répéta:

—Il n'est pas mort!

Et tous deux trinquèrent à la santé du chevalier Henri de Lagardère.

—Ah! capédébiou! reprit Cocardasse, nous en doit-il des coups de plat pour toutes les sottises que nous avons faites depuis hier au soir!

—Nous étions gris, mon noble ami, repartit Passepoil; l'ivresse est crédule... D'ailleurs, nous l'avions laissé dans un si mauvais pas...

—Est-ce qu'il y a des mauvais pas pour ce couquin-là! s'écria Cocardasse avec enthousiasme; apapur! je le verrais maintenant lardé comme une poularde, que je dirais encore: Sandieou! il s'en tirera!

—Le fait est, murmura Passepoil en buvant sa piquette à petites gorgées, que c'est un bien joli sujet!... Ça nous rehausse fièrement d'avoir contribué à son éducation.

—Mon bon, tu viens d'exprimer les sentiments de mon cœur... Qu'il nous donne des coups de plat tant qu'il voudra, je suis à lui corps et âme!

Passepoil remit son verre vide sur la table.

—Mon noble ami, reprit-il, s'il m'était permis de t'adresser une observation, je te dirais que tes intentions sont bonnes... mais ta fatale faiblesse pour le vin...

—Morbioux! interrompit le Gascon; écoutez la caillou!... tu étais trois fois plus gris que moi.

—Bien, bien... Du moment que tu le prends ainsi... Holà! la fille, un autre broc.

Il prit dans ses doigts longs, maigres et crochus la taille de la servante qui avait la tournure d'un tonneau.

Cocardasse le contempla d'un air de compassion.

—Eh! donc, dit-il, mon bon, mon pauvre bon, tu vois une paille dans l'œil du voisin... Ote donc la poutre qui est dans le tien, bagassas!

En arrivant chez Gonzague le matin de ce jour, ils étaient d'autant mieux convaincus de la fin violente de Lagardère, qu'ils s'étaient rendus, dès l'aube, à la maison de la rue du Chantre dont ils avaient trouvé les portes forcées.

Le rez-de-chaussée était vide: les voisins ne savaient pas ce qu'étaient devenus la belle jeune fille, Françoise et Jean-Marie Berrichon.

Au premier étage, auprès du coffre dont la fermeture était brisée, il y avait une mare de sang. C'en était fait; les coquins qui avaient attaqué cette nuit le domino rose qu'ils étaient chargés de défendre avaient dit vrai: Lagardère était mort.

Mais Gonzague lui-même venait de leur rendre l'espoir par la commission qu'il leur avait donnée. Gonzague doutait; Gonzague voulait qu'on lui retrouvât le cadavre de son mortel ennemi.

Gonzague avait assurément ses raisons pour cela. Il n'en fallait pas plus à nos deux braves pour trinquer gaiement à la santé de Lagardère vivant.

Quant à la seconde partie de leur mission: chercher les deux braves qui avaient défendu Aurore, c'était chose faite.

Cocardasse se versa rasade et dit:

—Il faudra trouver une histoire.

—Deux histoires, répondit frère Passepoil: une pour toi, une pour moi.

—Eh! donc, je suis Gascon; les histoires ne me coûtent guère.

—Je suis Normand, pardienne! Nous verrons la meilleure histoire.

—Tu me provoques, je crois, pécaïre!

—Amicalement, mon noble camarade... Ce sont des jeux de l'esprit... Souviens-toi seulement que nous devons avoir trouvé, dans notre histoire, le cadavre du petit Parisien...

Cocardasse haussa les épaules.

—Capédébiou! grommela-t-il en humant la dernière goutte du second broc, la caillou veut en remontrer à son maître!...

Il était encore trop tôt pour retourner à l'hôtel. Il fallait le temps de chercher.

Cocardasse et Passepoil se mirent à chercher chacun son histoire. Nous verrons lequel des deux était le meilleur conteur. En attendant, ils s'endormirent, la tête sur la table, et nous ne saurions à qui des deux décerner la palme pour la vigueur et la sonorité du ronflement.

FIN DU TOME QUATRIÈME.


TABLE DES CHAPITRES

DU QUATRIÈME VOLUME.
    Pages.
LE PALAIS-ROYAL. (Suite.)
II. Entretien particulier 5
III. Un coup de lansquenet 23
IV. Souvenir des trois Philippe 43
V. Les dominos roses 63
VI. La Fille du Mississipi 83
VII. La charmille 105
VIII. Autre tête-à-tête 125
IX. Où finit la fête 145
X. La dégradation 167
LE CONTRAT DE MARIAGE.
I. Encore la maison d'or 195