WeRead Powered by ReaderPub
Le chat de misère: Idées et images cover

Le chat de misère: Idées et images

Chapter 18: COUSINS DE NORMANDIE
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

Recueil d'essais brefs et vifs mêlant anecdotes, ironie et réflexions sur la vie moderne. L'auteur observe des scènes quotidiennes — animaux vulnérables, habitudes vestimentaires, inventions et événements publics — pour tirer des remarques critiques et souvent mordantes sur les moeurs, la mode, la technique et les institutions littéraires. Chaque texte combine description attentive, digression personnelle et humour discret, alternant compassion et satire pour interroger le comportement humain et les absurdités sociales.

Tous les Normands étant cousins, Mme de Couvrigny, qui vient de se faire condamner à mort par le redoutable jury du Calvados, est donc ma cousine. Elle l'est même de façon plus authentique. Je n'ai pas besoin d'en donner d'autres preuves que mon dire, car c'est une alliance dont peu se vanteront. Je ne crois pas d'ailleurs qu'on en rougisse beaucoup. Il ne s'agit après tout que d'un crime de folie alcoolique et la vraie place de cette malheureuse serait à l'asile du Bon-Sauveur. C'est l'inconvénient des familles indéfiniment étendues qu'il s'y passe toujours quelque drame. Il y a une dizaine d'années, des jeunes filles s'amusèrent un jour à compter combien, elles comprises, je pouvais avoir de cousines sur la terre normande. Elles en trouvèrent, je crois, plus de cent cinquante, ce qui suppose autant de cousins, et elles en oubliaient sans doute. Depuis, tout ce monde a crû, car les anciennes et vraies familles normandes ont conservé une fécondité effroyable et qui les mène à la ruine et parfois à la dégradation, ce dont les Couvrigny sont un bel exemple. Le mari, la victime, était retombé à la condition des paysans qui jadis lui payaient fermage. Il labourait lui-même, nettoyait les étables, entassait son fumier dans la cour. Sa femme buvait, peut-être pour oublier sa misère. Le couple procréa des malingres, parmi lesquels une sorte d'idiot, que sa mère abrutie poussa au crime. Il n'y a rien de plus terrible que ces fins de familles déchues et l'on comprend la terreur des plus intelligents devant de telles perspectives. L'affaire Couvrigny apparaît de temps en temps sous des formes diverses, mais qui ont toutes une cause unique: la déchéance.