WeRead Powered by ReaderPub
Le chat de misère: Idées et images cover

Le chat de misère: Idées et images

Chapter 28: HISTOIRES DE FANTOMES
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

Recueil d'essais brefs et vifs mêlant anecdotes, ironie et réflexions sur la vie moderne. L'auteur observe des scènes quotidiennes — animaux vulnérables, habitudes vestimentaires, inventions et événements publics — pour tirer des remarques critiques et souvent mordantes sur les moeurs, la mode, la technique et les institutions littéraires. Chaque texte combine description attentive, digression personnelle et humour discret, alternant compassion et satire pour interroger le comportement humain et les absurdités sociales.

C'est périodique. Dès que l'on croit que le public a oublié la dernière mésaventure d'un montreur de fantômes, on recommence à lancer quelque nouvelle histoire de ce genre, à parler matérialisations, monde astral, mélange de fluides, désincarnation, ectoplasmes et psychodynamisme. Ces derniers mots avaient été inventés par M. Richet, physiologiste distingué, qui sombra un moment dans l'astralisme fantômal, et on continue à invoquer son autorité, encore qu'il l'ait loyalement désavouée. Il avait voulu voir, il avait même fait exprès le voyage d'Algérie, et naturellement il avait vu. Ayant vu, il avait cru et cela lui avait paru très simple. Quelle leçon! Ce professeur de physiologie, ce théoricien de l'anaphilaxie, assista sans étonnement à une matérialisation. De rien, il vit se former un être nouveau, qui remuait, qui respirait! Bien vite, il fabriqua un mot qui expliquait la chose, c'est-à-dire un mot grec, car seul le grec, entre toutes les langues, porte en lui-même sa lumière. Ayant donc vu un ectoplasme, c'est-à-dire une extériorisation corporelle, il se réjouissait dans son cœur d'avoir été choisi par les dieux pour assister à cette merveille, lorsqu'il apprit par les gazettes que le médium ectoplasmique venait d'être pincé, au cours d'une séance, par des spectateurs irrespectueux, au moment qu'il fabriquait une apparition au moyen de divers accessoires, dont le principal était un fantôme en baudruche qui se gonflait par dessus l'épaule avant de voltiger parmi les assistants ébaubis. De tout cela, il n'est resté que la théorie de l'ectoplasme que l'on nous sert encore, mais qui ne prend plus, si malins que soient les médiums. Le mot ne contient plus que de la crédulité par un bout et par l'autre, de l'escroquerie. Qu'on nous rende le bon Robert-Houdin!