C'est une erreur de croire, comme on le répète à satiété, qu'il n'y a plus que les jouets mécaniques qui intéressent les enfants. Comme de tout temps, l'enfant joue avec tout ce qu'on lui donne, tout ce qui lui tombe sous la main, tout ce qui roule, tout ce qui fait du bruit. Riche ou pauvre, il serait peu difficile sur la nature ou la qualité de ses jouets, si le snobisme des parents ne venait pas s'en mêler, et ce sont eux qui les achètent, qui font, bien plus que leurs enfants, la vogue des jouets mécaniques, si vite brisés, si vite inutilisables. Cela dépend beaucoup aussi, surtout peut-être, des fabricants, car on ne peut acquérir que ce qui figure sur le marché et le genre d'amusement des enfants, est en somme à leur merci. Ils savent bien qu'il faut plaire d'abord à l'acheteur: de là, ce débordement de mécanique, car la mode est à la mécanique. Je crois que, laissé à lui-même, l'enfant choisirait assez volontiers des choses moins compliquées, plus familières ou plus terribles. Les animaux l'amusent toujours, arrivent souvent à lui inspirer une sorte de tendresse frénétique: j'en ai connu qui voulurent pendant très longtemps dormir avec une famille d'ours en peluche. On trouve à peu près tous les animaux à la foire aux jouets, mais l'ours en peluche est un des plus répandus. On en fait de tout petits et de très grands, qui sont fort en faveur. J'ai vu, à cette foire, des veaux, de simples veaux en peau, qui ne se vendent pas moins de deux cent cinquante francs, c'est-à-dire beaucoup plus cher qu'un veau véritable. Dans les mêmes prix, vous trouverez des lions, des tigres, des dromadaires et ces ménageries ne laissent pas d'être curieuses. C'est un peu intimidant. Les enfants n'en demandent pas tant, ils en demandent même moins et la bête qui leur plaira, c'est celle qu'ils peuvent, comme le chat de la maison, emporter dans leurs bras.
About This Book
Recueil d'essais brefs et vifs mêlant anecdotes, ironie et réflexions sur la vie moderne. L'auteur observe des scènes quotidiennes — animaux vulnérables, habitudes vestimentaires, inventions et événements publics — pour tirer des remarques critiques et souvent mordantes sur les moeurs, la mode, la technique et les institutions littéraires. Chaque texte combine description attentive, digression personnelle et humour discret, alternant compassion et satire pour interroger le comportement humain et les absurdités sociales.