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Le crime du vieux Blas

Chapter 6: IV Après le devoir accompli
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About This Book

The narrative unfolds in a Basque farmhouse, focusing on the daily life of a family consisting of the elderly Blas, his grandson, and the young boy's parents. The story captures the simplicity of their morning routine, highlighting the bond between the generations as they share a meal and prepare for the day's work. The old man, reflecting on his past vitality, finds joy in the company of his grandson, who represents the vigor of youth. Themes of family, the passage of time, and the connection to the land are woven throughout, illustrating the rhythms of rural life and the interplay between age and youth.

IV
Après le devoir accompli

Il resta là, stupide, considérant l’eau profonde et la fuite du courant.

Oh ! son petit Blas s’était noyé, son petit Blas était mort !

Deux choses le bourrelaient : l’impossibilité de cela et la réalité de cela.

Comment ! il ne verrait plus cette jolie face gaie, ces clairs yeux bleus où riait le soleil ? Les cris de joie pour une bête à bon dieu saisie dans le gazon ou pour un oiseau poursuivi, il ne les entendrait plus, jamais plus, jamais plus, lui, pauvre vieil homme naguère extasié !

Oh ! il allait courir le long de la rivière, il dépasserait le petit corps emporté par l’eau, se précipiterait, le prendrait entre ses bras !

Non, la rivière avait sur lui une trop grande avance ; les cadavres vont vite dans le courant, les petits cadavres surtout, qui sont très légers.

Puis il fallait qu’il restât où il était pour veiller sur la voie, pour faire les signaux convenus ; il fallait qu’il demeurât à son poste, puisqu’il était une espèce de soldat ; il n’aurait même pas la consolation de revoir, arrêté par quelque tronc d’arbre, ou pris entre des herbes, le corps pâli de son petit-fils.

— Ai-je bien fait de baisser le pont ? Si j’avais lâché la manivelle sans m’inquiéter du train, si je m’étais jeté dans la rivière tout de suite, j’aurais tiré de l’eau mon pauvre cher enfant. Les wagons se seraient heurtés, brisés dans un affreux pêle-mêle contre le tablier de fer et de bois ; les voyageurs auraient péri en grand nombre, écrasés, déchirés, sanglants ; mais qu’est-ce que cela me fait, le mal des autres et leurs malédictions ? Un grand-père doit d’abord sauver son petit-fils, j’ai eu tort de faire mon devoir.

Il disait cela dans sa douleur, mais il lui semblait pourtant qu’il avait eu raison. Il n’avait pas dû hésiter entre la vie de son enfant et celles de tant d’hommes et de femmes.

Oui. Mais c’était horrible tout de même. Et il était désespéré. Et il défaillait dans son désespoir.

Il gagna la petite maisonnette environnée de fleurs, regarda les étroites allées qu’il avait tracées pour les promenades de l’enfant, se laissant choir à terre, touchant avec ses vieilles mains la place encore visible où l’enfant s’était assis tout à l’heure pour écouter une histoire. Puis, comme il lui restait encore dans sa barbe blanche quelques-unes des marguerites que le petit Blas lui avait jetées, le vieux Blas, soulevant sa barbe, les respirait, les baisait avec des sanglots qui lui soulevaient tout le corps.