WeRead Powered by ReaderPub
Le Livre 010101: Enquête cover

Le Livre 010101: Enquête

Chapter 13: 10. LES LIBRAIRIES "CLASSIQUES" ET CYBER
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A wide-ranging investigation compiles interviews with numerous professionals involved in producing, distributing and studying books to map how the internet and digital formats reshape their practices. It surveys technical and social developments including online press, electronic publishing, e-readers, digitization, rights management and accessibility formats such as braille and audio, and contrasts views on the continuing roles of print and of emerging devices. The text examines multilingualism and machine translation, transformations of libraries and bookstores, educational uses of digital texts and likely trajectories for a networked information environment, and includes timelines, a glossary, web directories and indexes.

[Dans ce chapitre:]

[9.1. L'édition en braille // 9.2. Les perspectives offertes par le livre numérique // 9.3. Le livre numérique vocal // 9.4. Un publiphone pour écouter la presse // 9.5. Un web plus accessible aux aveugles et malvoyants]

9.1. L'édition en braille

Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est le seul système d'écriture accessible aux aveugles. Il s'agit d'un système de six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six points permet de former toutes les lettres de l'alphabet, les signes de ponctuation, les symboles techniques, etc.

Le braille est d'abord embossé sur papier au moyen d'une tablette et d'un poinçon. A la fin des années 70, il est produit à l'aide d'un afficheur braille piézo-électrique permettant un affichage dynamique. Vient ensuite la machine Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparaît le matériel informatique, par exemple le blocs-notes braille, qui sert à la fois de machine à écrire le braille et, quand il est connecté à un PC, d'écran tactile permettant de lire l'écran. Le braille informatique s'affiche sur huit points, ce qui permet d'augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.

Dans de nombreux pays, malgré l'existence de matériel informatique, l'édition en braille reste encore confidentielle - pour la France, 400 titres par an dont 200 scolaires - et même clandestine, le problème du droit d'auteur sur les transcriptions n'étant pas résolu. Les livres en gros caractères et en version enregistrée sont eux aussi peu nombreux par rapport à la production imprimée standard, malgré tous les efforts dispensés par quelques éditeurs spécialisés et nombre de bénévoles depuis tant d'années.

Pourtant les choses peuvent aller vite quand existent à la fois la motivation et les moyens. Aux Etats-Unis, le dernier titre de Harry Potter (Harry Potter and the Goblet of Fire, de Joanne K. Rowling) est publié en braille par la National Braille Press (NBP) le 27 juillet 2000, soit vingt jours seulement après sa sortie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Les 734 pages du livre imprimé chez Scholastic donnent 1.184 pages en braille, mais le prix du livre braille n'est pas plus élevé. Ce très court délai a été possible grâce à deux facteurs. D'une part Scholastic a fourni le fichier électronique, une initiative dont feraient bien de s'inspirer nombre d'éditeurs . D'autre part les 31 membres de l'équipe de NBP ont travaillé sans relâche pendant quinze jours. Comme les titres précédents de la série, le livre est également disponible au format PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique abrégé stocké sur disquette et lisible au moyen d'un lecteur braille portable ou d'un logiciel braille sur micro-ordinateur (voir 16.2 pour le récit détaillé des aventures de Harry Potter sur l'internet).

9.2. Les perspectives offertes par le livre numérique

La généralisation des livres numériques offre enfin aux malvoyants et aux aveugles la possibilité d'accéder à de très nombreux textes, chance qu'ils n'avaient pas jusque-là. Le document numérique permet de dissocier contenu et présentation. Le lecteur peut modifier la présentation à son gré. Quant au contenu, on dispose maintenant des technologies permettant de le convertir automatiquement dans un autre système de codage ou une autre langue, y compris le braille et la synthèse vocale. De l'avis de Patrice Cailleaud, directeur de la communication de HandiCaPZéro, le livre numérique "devrait s'imposer comme une nouvelle solution complémentaire aux problèmes des personnes aveugles et malvoyantes". Toutefois "les droits et autorisations d'auteurs étaient et demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou caractères agrandis d'ouvrage. Les démarches sont saupoudrées, longues et n'aboutissent que trop rarement."

Lors du Salon du livre de la jeunesse de Montreuil de décembre 1999, les éditions 00h00.com et l'association BrailleNet lancent l'opération "2000 livres jeunesse sur internet pour les aveugles et malvoyants en l'an 2000", à savoir un service internet permettant de commander en ligne des ouvrages en différents formats. Ces ouvrages sont soit des versions numériques téléchargeables et consultables sur micro-ordinateur, terminal braille électronique ou synthétiseur de parole, soit des versions imprimées en gros caractères ou en braille.

Pour répondre au problème soulevé par le manque d'ouvrages adaptés, BrailleNet crée aussi la base de données Hélène, qui propose en accès restreint des livres numériques (oeuvres littéraires récentes, documentations techniques, ouvrages scientifiques, ouvrages scolaires, supports de cours adaptés) permettant des impressions en braille ou en gros caractères, en partenariat avec les organismes (associations, éditeurs, établissements d'enseignement) réalisant ces versions adaptées. Dans le cadre de sa participation au projet de BrailleNet, l'INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique) développe une bibliothèque numérique comportant des ouvrages du domaine public mis en ligne sur différents serveurs web et des ouvrages préparés pour une impression braille par des écoles ou des centres de transcription.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour proposer un véritable service public du type de celui qui est proposé aux Etats-Unis par la Library of Congress depuis août 1999. Géré par le National Library Service for the Blind and Physically Handicapped (NLS/BPH), un serveur permet aux aveugles et malvoyants de télécharger des livres au format braille pour une lecture sur plage tactile et par synthèse vocale. Les collections de départ - 2.700 livres en braille abrégé disponibles en téléchargement ou consultables en ligne - augmentent de plusieurs centaines de titres par an. Les sources sont codées pour une impression (à l'aide d'une imprimante braille) ou une lecture en ligne en braille abrégé (à l'aide de plages tactiles ou toute autre interface d'accès braille). Ce service fournit aussi un logiciel de relecture, qui permet de désagréger le texte pour l'utiliser sur synthèse vocale.

Dans le domaine des livres électroniques - appareils de lecture permettant de lire à l'écran des livres numériques - les choses bougent aussi.

En novembre 2000, Microsoft décide de collaborer avec Pulse Data, une entreprise néo-zélandaise spécialisée dans les produits informatiques pour non-voyants. Pulse Data est l'auteur de BrailleNote, un PDA (personal digital assistant) sans écran utilisant le système d'exploitation Windows CE. Une interface permet de transformer en braille les textes lus au moyen du Microsoft Reader. Les aveugles peuvent ainsi avoir accès à un catalogue de près de 2.000 livres numériques. Après ouverture du fichier, ils ont le choix entre la version vocale et la version en braille électronique. Alors qu'il faut en général des mois pour qu'un livre soit traduit en braille, la traduction des livres numériques est instantanée.

Livre électronique conçu par la société Cytale et commercialisé depuis janvier 2001, le Cybook permet l'agrandissement des caractères, l'inversion des contrastes, la suppression de la couleur, le changement de police, etc., en bref tout ce qui permet de contourner un handicap visuel. Cytale travaille avec l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) à l'adaptation de son logiciel pour permettre la lecture de livres numériques au moyen d'une extension braille ou d'un système de synthèse vocale.

9.3. Le livre numérique vocal

Depuis vingt ans sinon plus, les aveugles et malvoyants écoutent des livres enregistrés sur bande magnétique ou sur cassettes, le plus souvent par des bénévoles. Depuis quelques années, ils ont à leur disposition des livres en version audio sur CD-Rom. Depuis peu, il existe des technologies permettant de convertir automatiquement un document dans un autre système de codage ou une autre langue, y compris le braille et la synthèse vocale. Des logiciels - notamment ceux de Quack - permettent la lecture d'un fichier texte au moyen d'une voix synthétique. Les outils informatiques standard sont en train d'intégrer la synthèse de parole, avec possibilité de traduction automatique. Et la qualité de la synthèse de parole s'améliore.

Cependant, les aveugles s'accordent souvent à dire que rien ne remplace une "vraie" voix, moins parfaite peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc. C'est ce que pense l'équipe du RAAMM (Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain), qui a choisi d'enregister la presse sur publiphone (voir 9.4). Des dizaines de titres sont lus par plus de 150 volontaires voyants. L'enregistrement ou l'écoute se fait à domicile à partir de son poste de téléphone.

Par ailleurs, nombreux sont les organismes qui disposent d'enregistrements réalisés en analogique au fil des années, sur bandes magnétiques et sur cassettes. On envisage maintenant la numérisation et le stockage informatique de tous ces enregistrements, qui pourraient être utilisés non seulement par la communauté desservie par l'organisme propriétaire mais partout ailleurs. Ce potentiel à destination des bibliothèques audio permettrait à chaque organisme d'accroître ses collections de manière exponentielle. De nouvelles bibliothèques audio pourraient être constituées à moindre coût, notamment dans les pays en développement. Pour ce faire, le consortium international DAISY (digital audio information system) a été créé en 1996 afin d'élaborer une norme internationale pour la production, l'échange et l'utilisation du livre numérique vocal et organiser la numérisation du matériel audio à l'échelle mondiale.

Le consortium DAISY regroupe des organismes du monde entier au service des personnes handicapées visuelles. Ses activités comprennent entre autres la définition de normes de spécification de fichiers (à partir de celles du Consortium W3C), la conception de logiciels nécessaires à l'industrie du livre numérique vocal (notamment pour passer de bandes son analogiques à des bandes son numériques), la normalisation de lignes directrices de production, l'échange de livres numériques vocaux entre bibliothèques, la définition d'une loi internationale du droit d'auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle, la protection des documents faisant l'objet d'un droit d'auteur, et la promotion de la norme DAISY à l'échelle mondiale.

9.4. Un publiphone pour écouter la presse

Même si elle n'a pas (encore) directement trait au numérique, il importe de revenir sur l'expérience du RAAMM, brièvement mentionnée plus haut. Le RAAMM (Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain) est une association à but non lucratif qui rassemble des personnes ayant une déficience visuelle, afin de défendre leurs droits, promouvoir leurs intérêts et favoriser leur intégration à part entière dans tous les domaines (emploi, sécurité du revenu, transports en commun, santé, services sociaux, habitation, éducation, loisirs, culture, etc.). Des bénévoles offrent des services d'accompagnement pour les activités de la vie quotidienne (recherche d'emploi ou de logement, sorties, inscriptions, courses, achats, etc.). Ils assurent aussi des services de lecture à domicile (contrats d'affaires, manuels, notes de cours, articles de revues, recettes de cuisine, etc.) et de lecture sur cassettes, ainsi que la production de documents en braille. A cela s'ajoutent des activités de formation et de loisirs.

Entre autres activités, le RAAMM a mis sur pied un publiphone, qui est un système téléphonique interactif. Créé en 1993, le publiphone proposait à l'origine une vingtaine de rubriques d'information. Trois ans après, en 1996, elles sont au nombre de 67. Sept ans après, en 2000, on en compte 350, avec plusieurs rubriques pour un quotidien comme La Presse par exemple. Les chiffres sont éloquents: 10.500 connexions et 100.000 rubriques consultées par mois, et 163 bénévoles pour assurer la lecture. "Avant l'instauration du publiphone, je n'avais accès à l'information écrite que lorsque les autres avaient le temps et le goût de me lire cette information, déclare un auditeur. Maintenant, à toutes fins pratiques, je lis ce que je veux, quand je le veux."

En composant un simple numéro de téléphone, on a accès à des menus à touches permettant de sélectionner la rubrique souhaitée. De ce fait, les rubriques sont réparties en neuf grandes catégories: 1) les informations provenant du RAAMM et d'autres organismes desservant la population des handicapés visuels; 2) les rubriques "consommation et emploi": marchés d'alimentation, produits en pharmacie, produits en quincaillerie, magasins à rayons, magasins de disques, offres d'emplois; 3) les horaires: télévision, radio, cinémas, arts et spectacles, expositions des musées et des maisons de la culture de Montréal, événements spéciaux, livres et autres documents adaptés ; 4) les quotidiens: La Presse, Le Journal de Montréal et Le Devoir; 5) les hebdomadaires: 7 Jours, Les Affaires, Le Courrier Laval, Le Courrier du Sud, Voir, Ici; 6) le coin jeunesse; 7) les revues: Le Bel âge, Coup de pouce, Capital santé, Femme plus, Elle Québec, Infotech, L'Actualité, Québec science, Guide ressources, Protégez-vous, Enfants Québec, Clin d'oeil; 8) les programmes de télévision et les quotidiens en langue anglaise (Lottery results, TV listings, The Gazette, The Globe & Mail, The Mirror, Hour); 9) les périodiques en langue anglaise (Time Magazine, Today's Parent Magazine, National Geographic, Sports Illustrated Magazine).

Dans un deuxième temps, un nouveau système devrait être mis en place, qui utiliserait les technologies les plus récentes ainsi que l'internet. Il permettrait notamment d'archiver les enregistrements précédents, ce qui n'est malheureusement pas le cas pour le moment.

9.5. Un web plus accessible aux aveugles et malvoyants

"Réflexions, conceptions, tests ont longtemps été à l'étude pour donner aux internautes aveugles et malvoyants un véritable outil doté d'informations pragmatiques, explique Patrice Cailleaud, directeur de communication de HandiCaPZéro. Depuis le 15 septembre 2000, tous les services de l'association dans des domaines comme les loisirs, la télé, la communication, la santé sont accessibles sur le site www.handicapzero.org. Plus de barrage pour les internautes aveugles: quel que soit le type de périphérique employé (synthèse vocale, plage braille), la navigation se fait sans obstacle. Par exemple, les images et illustrations qui abondent sur la toile et rendent les sites inaccessibles à cette population sont légendées. Plus d'illisibilité pour les internautes malvoyants: pour la première fois sur le web, le site dispose, dès la page d'accueil, d'une interface 'confort de lecture' qui permet, en fonction de son potentiel visuel, de choisir la couleur de l'écran, la taille et la couleur de la police. Les pages vues à l'écran sont également imprimables selon le format défini."

L'activité de Patrice Cailleaud consiste à "convaincre les décideurs socio-économiques de prendre en compte les besoins spécifiques des usagers, clients et citoyens déficients visuels. Mettre en oeuvre les dispositifs d'accessibilité. J'ai participé à la conception éditoriale et graphique du site. Aujourd'hui, mon rôle consiste à développer de nouveaux services accessibles pour le site."

"Internet n'est pas entré dans la majorité des foyers des personnes déficientes visuelles, ajoute Patrice Cailleaud. A cela, trois principales raisons: l'âge du public concerné, qui se situe au delà de la soixantaine (pour 70% du public); le coût trop élevé pour une acquisition personnelle d'un matériel spécialisé; le nombre trop restreint de sites accessibles de façon autonome. L'avenir de l'accès à l'information pour les personnes aveugles devrait passer par le web. Ce support, à condition d'une responsabilité des développeurs de sites sous l'impulsion d'une autorité qui commence à légiférer, donne un accès instantané à une information actuelle au contraire des supports braille ou caractères agrandis qui nécessitent des délais et des coûts d'adaptation, de transcription et fabrication. (…) Pour les développeurs de sites que ça intéresse, des recommandations sont disponibles en nous contactant à HandiCaPZéro, ou sur des sites comme VoirPlus ou BrailleNet. En règle générale, les dispositions à prendre ne sont pas trop contraignantes. Il ne faudrait pas que le message pour rendre un site accessible soit trop compliqué au risque de dissuader les bonnes volontés."

Quelles sont les suggestions des professionnels du livre voyants pour rendre le web plus accessible aux aveugles et malvoyants?

Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l'Université Paris 8: "Le son est une solution, les claviers adaptés en sont une autre, je ne sais s'il existe des écrans spécialisés, mais peut-être… On peut aussi imaginer des interactions sonores, Denize en a utilisé quelques-unes dans son cédérom Machines à écrire (Gallimard, 1999, ndlr)."

Olivier Bogros, créateur de la Bibliothèque électronique de Lisieux: "Autant que possible j'essaie de rendre accessible à tous la bibliothèque électronique de Lisieux. Les recommandations du consortium W3C ne sont pas toujours évidentes à suivre. Les sites textuels ne requièrent pas une charte graphique sophistiquée à base de Java et autres niaiseries."

Marie-Aude Bourson, créatrice des sites littéraires La Grenouille Bleue et Gloupsy: "La Grenouille Bleue (qui a dû fermer pour un problème de marque et qui a été remplacée par Gloupsy, ndlr) avait une partie destinée aux malvoyants: il suffit de créer des pages sans images ni tableau. Uniquement du texte, et une structure de site plus simple qui va droit à l'info. Ainsi les logiciels de reconnaissance/lecture de pages web sont très efficaces. Il faut donc sensibiliser les webmestres."

Richard Chotin, professeur à l'ESA (Ecole supérieure des affaires) de Lille: "Il faudrait une réelle motivation des concepteurs de sites envers le problème des aveugles et une volonté politique d'intégration des handicapés (et pas seulement financière)."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire des actualités de l'internet: "Mes suggestions s'adressent surtout aux diffuseurs de contenus qui ne respectent pas les normes techniques. Je m'explique. Le Consortium W3C est un organisme de normalisation des techniques du web. Ses comités étudient les nouvelles techniques, et prescrivent des normes d'utilisation. Or les producteurs et diffuseurs de contenus utilisent souvent des techniques propriétales, hors normes, propres à un logiciel ou à une plate-forme, ce qui donne lieu, par exemple, à des 'sites optimisés' pour Netscape ou pour Internet Explorer. Si ces sites soi-disant optimisés pour un fureteur ou un autre causent des problèmes pour les utilisateurs ordinaires, imaginez la difficulté d'adapter des contenus livrés hors normes à un consultation pour non-voyants. Il y a des efforts énormes pour rendre accessible à tous le contenu du web, mais tant et aussi longtemps que les diffuseurs utiliseront des technologies hors normes, et ne tiendront pas leurs engagements pris, notamment, dans le cadre du Web Interoperability Project (WIP), la tâche sera difficile."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures hypermédias: "Jakob Nielsen évoque dans La Conception de sites web - l'art de la simplicité (Campus Press, 2000) un système vocal basé sur la lecture de balises HTML ou XML capables d'interfacer un synthétiseur vocal qui paraît convaincant. La WAI (Web Accessibility Initiative) du Consortium W3C a publié, le 5 mai 1999, la première version des directives (téléchargeables) pour un accès web aux personnes handicapées, accessible en français."

Anne-Bénédicte Joly, écrivain qui auto-édite ses oeuvres: "Je pense que nous devrions voir apparaître des sites disposant de modes d'emplois ou de guides de découverte sonores. L'idéal serait de pouvoir guider un internaute malvoyant, depuis la mise en route des navigateurs (pour taper l'adresse du site ciblé), jusqu'à l'arrivée sur un site. Sur un site équipé, un assistant guide l'internaute en lui exposant les fonctionnalités du site. L'accès aux rubriques se fait via des codes alphanumériques (sur le même principe que les serveurs téléphoniques à fréquence vocale). Le code d'accès à la rubrique est possible grâce à un clavier adapté (touche possédant des caractères braille). Puis l'assistant propose des choix: téléchargement des rubriques pour éditions sur imprimante braille ou lecture de la rubrique sous forme d'extraits sonores. Il faudra se montrer vigilants face au temps de chargement du son. Puis, pour favoriser les échanges, prévoir la possibilité de déposer des témoignages vocaux (voire des images via des webcams) sur le serveur du site."

Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur du Cybook, livre électronique, préconise "le développement des moteurs de type BrailleSurf associés à de la synthèse vocale, et le respect par les concepteurs de sites de quelques règles (documentation des images, ou association de commentaires textuels à certaines applications telles que les animations flash). Dès que notre site atteindra un niveau opérationnel suffisant, il sera entièrement adapté à cet effet."

Patrick Rebollar, professeur de littérature française dans des universités japonaises, suggère d'"améliorer les logiciels de lecture orale de l'écrit. Créer des écrans tactiles qui affichent le texte en braille et développer des logiciels de traduction automatique et d'affichage sur écran braille (sous l'égide d'une fondation internationale subventionnée par les gouvernements, l'Unesco, etc., et qui lèverait des fonds auprès des entreprises intéressées)."

Zina Tucsnak, ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyses et traitements informatiques du lexique français): "Il faudrait fournir des alternatives équivalentes au contenu visuel et auditif: le texte peut être expédié directement à des synthétiseurs vocaux et à des générateurs de braille et peut être représenté sur du papier. La voix synthétique et le braille sont indispensables aux individus non voyants et mal entendants."

Plusieurs des réponses reçues, non citées ici, montrent qu'il serait nécessaire de sensibiliser les voyants au fait que les aveugles ont eux aussi droit à deux modes de connaissance, la lecture et l'écoute, tout comme les voyants. Pourquoi les aveugles devraient-ils se limiter à l'écoute, alors que le numérique permet enfin la conversion facile du document, et donc la lecture de ce document en braille?

La conclusion de ce chapitre appartient à Richard Chotin, professeur à l'Ecole supérieure des affaires (ESA) de Lille. A la question: "Quoi de neuf cette année?", il répond en mai 2001: "Une seule nouveauté, mais de taille, les conséquences de l'accessibilité du web aux aveugles: ma fille vient d'obtenir la deuxième place à l'agrégation de lettres modernes. Un de ses amis a obtenu la maîtrise de conférence en droit et un autre a soutenu sa thèse de doctorat en droit également. Outre l'aspect performance, cela prouve au moins que si les aveugles étaient réellement aidés (tous les aveugles n'ont pas évidemment la chance d'avoir un père qui peut passer du temps et consacrer de l'argent) par des méthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d'obtenir en braille ce qui existe en 'voyant' notamment), le handicap pourrait presque disparaître."

10. LES LIBRAIRIES "CLASSIQUES" ET CYBER

[Dans ce chapitre:]

[10.1. Qu'apporte l'internet aux librairies "classiques"? / Un exemple: les librairies de voyage / Autre exemple: les librairies d'ancien // 10.2. Les librairies en ligne // 10.3. Les premières librairies numériques / L'exemple de Numilog]

10.1. Qu'apporte l'internet aux librairies "classiques"?

A titre d'exemple, on a choisi ici deux catégories de librairies: les librairies de voyage et les librairies d'ancien.

= Un exemple: les librairies de voyage

Au coeur de Paris, dans l'île Saint-Louis, la librairie Ulysse propose plus de 20.000 livres, cartes et revues neufs et anciens sur tous les pays et pour tous les voyages. Créée en 1971 par Catherine Domain, elle est à l'époque la première librairie au monde uniquement consacrée aux voyages. Sur le site web de la librairie, Catherine Domain raconte: "Au terme de dix années de voyages sur tous les continents, je me suis arrêtée, en 1970, et me suis dit: 'Que vais-je bien pouvoir faire pour vivre?' Consciente de la nécessité de m'insérer dans une société d'une façon ou d'une autre, j'ai procédé à un choix par déduction et par le refus d'avoir patron et employé. Me souvenant de mes grand-pères, l'un navigateur au long cours, l'autre libraire en Périgord, et constatant que j'étais obligée de visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la moindre documentation sur un pays aussi proche que la Grèce, une 'librairie de voyage' s'est imposée à mon esprit, entre Colombo et Surabaya, au cours d'un tour du monde."

Catherine Domain n'a pas pour autant abandonné les voyages. Elle est à la fois membre du SLAM (Syndicat national de la librairie ancienne et moderne), du Club des explorateurs et du Club international des grands voyageurs. Elle a fondé le Cargo Club, un club de rencontre pour les passionnés de la mer, et le Club Ulysse des petites îles du monde. Elle a visité à ce jour 141 pays et les voyages la tenaillent toujours. En 1998, elle explore à la voile les îles du Kiribati et les îles Marshall, au milieu du Pacifique. En 1999, en tant que membre du jury du Prix du livre insulaire, elle fait une escale à Ouessant, puis elle fait le tour de la Sardaigne à la voile. En l'an 2000, toujours à la voile, elle visite la Croatie pendant un mois. De nouveau membre du jury du Prix du livre insulaire, elle refait escale à Ouessant et aussi à l'île de Sein.

En 1999, Catherine Domain se lance dans une expérience autrement plus ingrate, qui est la réalisation d'un site web. "Mon site est embryonnaire et en construction, écrit-elle, il se veut à l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d'être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien mais cela ne m'ennuie pas… Pour qu'internet marche, il faut ne faire que ça ou avoir des 'esclaves'. Je ne veux ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas une âme de patron mais d'artisan, et j'attrape vite la bougeote et mal aux yeux." Elle est très pessimiste sur l'avenir de sa librairie: "Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d'être dévorée, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour que ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai peu d'espoir…"

Autre librairie de voyage, située à Paris dans l'ancien quartier des Halles, la librairie Itinéraires rassemble tous les ouvrages permettant de préparer, accompagner et prolonger un voyage: guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d'art et de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et cela pour plus de 160 pays et 250 destinations.

Comment la librairie en est-elle venue à utiliser le minitel puis l'internet? "Dès 1985, nous avons créé une base de données avec classement des ouvrages par pays et par thèmes, écrit Hélène Larroche en juin 1998. Il y a un peu plus de trois ans (début 1995), nous avons rendu la consultation de notre catalogue possible sur minitel et nous effectuons aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance. Passer du minitel à internet nous semblait intéressant pour atteindre la clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui 'livre à domicile' et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes. La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. Outre le bénéfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle dans notre spécialité (la connaissance des pays étrangers), atteindre et intéresser les expatriés et augmenter nos ventes à l'étranger." En janvier 2000, elle mentionne "un net regain de personnes qui viennent à notre librairie après nous avoir découvert sur le web. C'est donc plutôt une clientèle parisienne ou une clientèle venue de province pour pouvoir feuilleter sur place ce que l'on a découvert sur le web. Mais l'expérience est très intéressante etnous conduit à poursuivre."

= Autre exemple: les librairies d'ancien

Les librairies d'ancien n'ont elles aussi pas tardé à utiliser l'internet pour étendre leur champ d'activité.

Le SLAM (Syndicat de la librairie ancienne et moderne), seul syndicat professionnel des libraires de livres anciens, livres illustrés, autographes et gravures, regroupe aujourd'hui quelque 220 membres. "Le SLAM avait déjà créé un premier site internet en 1997, explique Alain Marchiset, son président, en juillet 2000. Mais ce site ne nous appartenait pas et la conception en était un peu statique. Ce nouveau site plus moderne de conception a été ouvert il y a un an. Il intègre une architecture de type 'base de données', et donc un véritable moteur de recherche, qui permet de faire des recherches spécifiques (auteur, titre, éditeur, et bientôt sujet) dans les catalogues en ligne des différents libraires. Le site contient l'annuaire des libraires avec leurs spécialités, des catalogues en ligne de livres anciens avec illustrations, un petit guide du livre ancien avec des conseils et les termes techniques employés par les professionnels, et aussi un service de recherche de livres rares. De plus l'association organise chaque année en novembre une foire virtuelle du livre ancien sur le site, et en mai une véritable foire internationale du livre ancien qui a lieu à Paris et dont le catalogue officiel est visible aussi sur le site."

Comment se passe la vente en ligne? "Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l'on peut commander directement par courrier électronique et régler par carte de crédit. Les livres sont expédiés dans le monde entier. Les libraires de livres anciens vendaient déjà par correspondance depuis très longtemps au moyen de catalogues imprimés adressés régulièrement à leurs clients. Ce nouveau moyen de vente n'a donc pas été pour nous vraiment révolutionnaire, étant donné que le principe de la vente par correspondance était déjà maîtrisé par ces libraires. C'est simplement une adaptation dans la forme de présentation des catalogues de vente qui a été ainsi réalisée. Dans l'ensemble la profession envisage assez sereinement ce nouveau moyen de vente."

En juin 2001, Alain Marchiset poursuit: "Après une expérience de près de cinq années sur le net, je pense que la révolution électronique annoncée est moins évidente que prévue, et sans doute plus 'virtuelle' que réelle pour le moment. Les nouvelles technologies n'ont pas actuellement révolutionné le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout à une série de faillites, de rachats et de concentrations de sociétés de services (principalement américaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun essayant d'avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux à la fois pour les libraires et pour les clients qui risquent à la longue de ne plus avoir de choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des 29 pays fédérées autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne (LILA) ont décidé de réagir et de se regrouper autour d'un gigantesque moteur de recherche mondial sous l'égide de la LILA, à partir du site www.ilab-lila.com. Cette fédération représente un potentiel de 2.000 libraires indépendants dans le monde, mais offrant des garanties de sécurité et de respect de règles commerciales strictes. Ce nouveau moteur de recherche de la LILA (en anglais ILAB) en pleine expansion est déjà référencé par AddAll.com et Bookfinder.com."

Gérant de la librairie du Bât d'Argent, librairie d'ancien située à Lyon, Pascal Chartier crée dès novembre 1995 Livre-rare-book, site professionel de livres d'occasion. Le site comprend un catalogue de livres anciens et livres d'occasion classé par sujets et par librairie (environ 100 librairies et 300.000 livres en juin 2001) et un annuaire électronique international des librairies de livres d'occasion. Selon Pascal Chartier, l'internet, qui a ouvert "une vaste porte" aux libraires et à leurs clients, est "peut-être la pire et la meilleure des choses. La pire parce qu'il peut générer un travail constant sans limite et la dépendance totale. La meilleure parce qu'il peut s'élargir encore et permettre surtout un travail intelligent!" L'année 2000 est marquée par "la réalisation d'un module de gestion pour permettre aux libraires d'intégrer leurs livres facilement sur Livre-rare-book, et la traduction du site en anglais, allemand, italien et portugais."

10.2. Les librairies en ligne

Comme on vient de le voir, le web offre aux librairies "classiques" une vitrine qui leur permet d'agrandir leur rayon géographique. Elles peuvent aussi gérer une librairie en ligne. C'est le cas notamment pour la FNAC, Virgin, France Loisirs, Le Furet du Nord, qui officie dans le nord de la France, Decitre, dans la région Rhône-Alpes, etc.

D'autres librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue. Leur seule vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s'effectuent sur la toile. Pour ne citer que les plus connues, ces librairies en ligne ont pour nom Chapitre.com, librairie en ligne indépendante créée en 1997 par Juan Pirlot de Corbion et connue pour la qualité de ses services, Alapage, créé en 1996 par Patrice Magnard et filiale de France Télécom Multimédia depuis septembre 1999, Amazon France, filiale d'Amazon.com en activité depuis août 2000, Bol.fr, filiale de Vivendi et de Bertelsmann Online (fermé en août 2001) et CDiscount.com, qui propose des livres, des DVD et "le meilleur de la musique et de la vidéo à prix fourmi". Les grandes librairies en ligne anglophones sont Amazon.com (basé aux Etats-Unis), Barnes & Noble.com (basé aux Etats-Unis), Internet BookShop (basé au Royaume-Uni), Chaptersglobe.com (basé au Canada), etc.

Outre un catalogue répertoriant tous les titres disponibles, avec recherche par auteur, par titre ou par sujet, et la possibilité de passer sa commande en ligne, les sites web permettent de lire des résumés, extraits et critiques de livres, et sont parfois de véritables revues littéraires auxquelles contribuent des chroniqueurs de renom, dont certains ont abandonné les journaux et magazines papier pour le web.

En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les prix, et n'offre pas les possibilités de réduction qui existent dans les pays où le prix du livre est libre (Royaume-Uni, Etats-Unis, etc.). En revanche, tout comme les libraires "classiques", les libraires en ligne sont optimistes sur les perspectives d'un marché francophone international qui commence à compter dans les statistiques. Cependant, en juillet 2001, l'annonce de la fermeture de Bol.fr (le 1er août 2001, avec traitement des commande jusqu'au 15 septembre) et les difficultés rencontrées par d'autres librairies semblent montrer que le nombre de librairies en ligne françaises est trop important par rapport au marché actuel."

10.3. Les premières librairies numériques

Une librairie numérique est une librairie vendant des livres numériques (au format PDF, Acrobat eBook Reader, Microsoft Reader, etc.). Elle est à distinguer de la librairie en ligne, qui vend des livres et autres produits culturels - pas forcément numériques - sur l'internet.

Si Barnes & Noble.com a ouvert son eBook Store le 8 août 2000, suivi par Amazon.com le 28 août 2000 - suite aux accords passés par l'un et par l'autre avec Microsoft pour l'utilisation du Microsoft Reader - les librairies numériques ne sont pas l'apanage des mastodontes du métier, comme en témoigne l'activité de Numilog, qui a débuté ses activités bien avant cette date. 10.3.1. L'exemple de Numilog

"Dès 1995, j'avais imaginé et dessiné des modèles de lecteurs électroniques permettant d'emporter sa bibliothèque avec soi et pesant comme un livre de poche, explique Denis Zwirn, PDG de Numilog. Début 1999, j'ai repris ce projet avec un ami spécialiste de la création de sites internet, en réalisant la formidable synergie possible entre des appareils de lecture électronique mobiles et le développement d'internet, qui permet d'acheminer les livres dématérialisés en quelques minutes dans tous les coins du monde."

La librairie a trois pôles d'activités. "Numilog est d'abord une librairie en ligne de livres numériques. Notre site internet est dédié à la vente en ligne de ces livres, qui sont envoyés par courrier électronique ou téléchargés après paiement par carte bancaire. Il permet également de vendre des livres par chapitres. Numilog est également un studio de fabrication de livres numériques: aujourd'hui, les livres numériques n'existent pas chez les éditeurs, il faut donc d'abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats négociés avec les éditeurs détenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir à des formats convenant aux différents 'readers' du marché: Acrobat Reader, Acrobat eBook Reader (que nous sommes les premiers en France à diffuser), et bientôt Microsoft Reader et les lecteurs électroniques du type Rocket eBook. Ce qui signifie également soigner leur mise en page numérique: la mise en page d'un livre numérique ne doit pas être la même que celle du livre papier correspondant si on veut proposer au lecteur une expérience de lecture confortable qui ne le déçoive pas. Enfin, Numilog devient progressivement un diffuseur car, sur internet, il est important d'être présent en de très nombreux points du réseau pour faire connaître son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux différents sites thématiques ou de communautés, dont les centres d'intérêt correspondent à leur sujet (sites de fans d'histoire, de management, de SF…). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples 'boutiques de livres numériques' thématiques."

Ouvert en septembre 2000, le site web présente un catalogue thématique de livres numériques (650 titres en juin 2001), avec ajout de 50 à 100 titres nouveaux par mois. "Cette base de livres est accessible par un moteur de recherche. Chaque livre fait l'objet d'une fiche avec un résumé et un extrait. En quelques clics, il peut être acheté en ligne par carte bancaire, puis reçu par e-mail ou téléchargement." Depuis mars 2001, le site présente des fonctionnalités nouvelles, comme l'intégration d'une "authentique vente au chapitre" (les chapitres vendus isolément seront traités comme des éléments inclus dans la fiche-livre, et non comme d'autres livres) et la gestion très ergonomique des formats de lecture multiples.Le but étant de "permettre à un public d'internautes de plus en plus large d'avoir progressivement accès à des bases de livres numériques aussi importantes que celles des livres papier, mais avec plus de modularité, de richesse d'utilisation et à moindre prix".

11. BIBLIOTHEQUES "EN DUR" ET BIBLIOTHEQUES NUMERIQUES

[Dans ce chapitre:]

[11.1. Du bibliothécaire au cyberthécaire / Le Projet Gutenberg / The On-Line Books Page / La Bibliothèque électronique de Lisieux / La médiathèque de l'Institut Pasteur / Le centre de documentation de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) / Le centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble / La bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA) d'Abidjan / L'association Juriconnexion (documentation juridique) / La médiathèque de l'Institut français de Londres // 11.2. Numérisation en mode texte et en mode image // 11.3. Les bibliothèques traditionnelles sont-elles menacées?]

11.1. Du bibliothécaire au cyberthécaire

Sur une ancienne version de son site web (1998), la British Library définissait la bibliothèque numérique comme une entité résultant de l'utilisation des technologies numériques pour acquérir, stocker, préserver et diffuser des documents qui sont soit publiés directement sous forme numérique, soit numérisés à partir d'un document imprimé, audiovisuel ou autre. Une collection numérique devient une bibliothèque numérique quand elle répond aux quatre facteurs suivants: 1) elle peut être créée et produite dans un certain nombre d'endroits différents, mais elle est accessible en tant qu'entité unique, 2) elle doit être organisée et indexée pour un accès aussi facile que possible à partir du lieu de base où elle est produite, 3) elle doit être stockée et gérée de manière à avoir une existence assez longue après sa création, 4) elle doit trouver un équilibre entre le respect du droit d'auteur et les exigences universitaires.

Choisies pour leur intérêt et leur variété, voici quelques expériences: le Projet Gutenberg, projet pilote en ligne depuis 1991 (11.1.1); The On-Line Books Page (11.1.2), en ligne depuis 1993; la Bibliothèque électronique de Lisieux, en ligne depuis 1996 (11.1.3); la médiathèque de Institut Pasteur, en ligne depuis 1996 (11.1.4); le centre de documentation de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en ligne interne depuis 1996 (11.1.5); le centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble, en ligne depuis 1998 (11.1.6); la bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA) d'Abidjan, en ligne depuis 1999 (11.1.7) ; l'association Juriconnexion (documentation juridique), en ligne depuis 1999 (11.1.8); la médiathèque de l'Institut français de Londres, en ligne depuis 2000 (11.1.9)

= Le Projet Gutenberg

Projet pionnier, le Projet Gutenberg a inspiré bien d'autres bibliothèques numériques depuis. Il débute en 1971 quand Michael Hart, étudiant à l'Université d'Illinois, reçoit un compte de 100 millions de dollars de "temps machine" dans le laboratoire informatique (Materials Research Lab) de son université. Il décide aussitôt de consacrer ce crédit à la recherche et au stockage des oeuvres du domaine public disponibles dans les bibliothèques. Il décide aussi de stocker les textes électroniques de la manière la plus simple possible, au format ASCII, avec des lettres capitales pour les termes en italique, gras ou soulignés, afin qu'ils puissent être lus sans problème quels que soient la machine et le logiciel utilisés. Peu après, il définit la "mission" du Projet Gutenberg: mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public. Travailleur acharné, il décide de dédier toute sa vie à son projet, qu'il voit comme étant à l'origine d'une révolution néo-industrielle.

Lorsque l'utilisation du web se généralise, le projet trouve un second souffle, et un rayonnement international. Les collections se chiffrent maintenant à 3.700 oeuvres (chiffres de juillet 2001) qui, au fil des années, ont été patiemment numérisées en mode texte par des volontaires de nombreux pays (600 volontaires actifs en 2000). Un total de 1.000 nouveaux livres devrait être traité en 2001. Cinquante heures environ sont nécessaires pour sélectionner, scanner, corriger et mettre en page un texte électronique. Un ouvrage de taille moyenne - par exemple un roman de Stendhal ou de Jules Verne - est composé de deux fichiers ASCII. Si certains documents anciens sont parfois saisis ligne après ligne, le plus souvent parce que le texte original manque de clarté, les oeuvres sont en général scannées en utilisant un logiciel OCR (optical character recognition), puis elles sont relues et corrigées à double reprise, parfois par deux personnes différentes. D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu à peu multilingues.

"Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier, explique Michael Hart. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement. (…) Ma carrière n'aurait pas existé sans l'internet, et le Projet Gutenberg n'aurait jamais eu lieu… Vous savez sûrement que le Projet Gutenberg a été le premier site d'information sur l'internet. Mon projet est de mettre 10.000 textes électroniques sur l'internet. Si je pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu'à un million et étendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x% à 10% de la population mondiale, ce qui représenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes électroniques au lieu d'un milliard seulement. (…) J'introduis une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique aussi longtemps que possible."

= The On-Line Books Page

Autre projet pilote à l'époque, The On-Line Books Page répertorie plus de 12.000 textes électroniques d'oeuvres anglophones en accès libre sur le web. John Mark Ockerbloom, qui est à l'époque étudiant à l'Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie), débute ce répertoire en 1993 dans le cadre du site web du département d'informatique, dont il est le webmestre.

"J'étais webmestre ici pour la section informatique du CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai débuté notre site local en 1993, raconte John Mark Ockerbloom en septembre 1998. Il comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à l'origine The On-Line Books Page était une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Project Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a débuté. J'ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gardé The On-Line Books Page, parce que, entre temps, je m'étais passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal à rester à jour (en fait j'ai beaucoup de retard). Mais je pense pourtant continuer cette activité d'une manière ou d'une autre. Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué d'une manière ou d'une autre dans la mise à disposition gratuite pour tous de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre."

John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique en 1998. En 1999, il rejoint le département des bibliothèques et de l'informatique de l'Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique. A la même époque, il transfère The On-Line Books Page dans cette bibliothèque numérique. La présentation est toujours la même et les mises à jour sont régulières.

= La Bibliothèque électronique de Lisieux

La Bibliothèque électronique de Lisieux ouvre en juin 1996. "Ce site est entièrement consacré et exclusivement réservé à la mise à disposition sur le réseau (librement et gratuitement) de textes littéraires et documentaires du domaine public français afin de constituer une bibliothèque virtuelle qui complète celles déjà existantes", explique Olivier Bogros, son créateur, qui est aussi directeur de la bibliothèque municipale de Lisieux (Normandie). Dès sa création, ce site pionnier suscite beaucoup d'intérêt dans la communauté francophone parce qu'il montre ce qui est faisable sur le web avec beaucoup de détermination et des moyens limités. D'abord hébergé sur les pages du compte CompuServe d'Olivier Bogros, il est depuis juin 1998 installé sur un nouveau serveur avec un espace disque plus important (30 Mo) et un nom de domaine.

Quel est l'historique du site? La première étape est la "création d'un bulletin électronique d'informations bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux) en 1994 dont la diffusion locale ne rencontre qu'un très faible écho", raconte Olivier Bogros lors d'un premier entretien. Les étapes suivantes sont "en 1995 la numérisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une photothèque numérique" puis "la saisie de nouvelles d'auteurs d'origine normande courant 1995 en imitation (modeste) du projet de l'ABU (Association des bibliophiles universels) avec diffusion sur un BBS (bulletin board service) spécialisé. L'idée du site internet vient d'Hervé Le Crosnier, enseignant à l'Université de Caen et modérateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta sur le serveur de l'université la maquette d'un site possible pour la bibliothèque municipale de Lisieux, afin que je puisse en faire la démonstration à mes élus. La suite logique en a été le vote au budget primitif de 1996 d'un crédit pour l'ouverture d'une petite salle multimédia avec accès public au réseau pour les Lexoviens (habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date, un crédit d'entretien pour la mise à niveau des matériels informatiques est alloué au budget de la bibliothèque qui permettra cette année (deuxième semestre 1998, ndlr) la montée en puissance des machines, l'achat d'un graveur de cédéroms et la mise à disposition d'une machine bureautique pour les lecteurs de l'établissement…. ainsi que la création d'un emploi jeune pour le développement des nouvelles technologies."

En juillet 1999, Olivier Bogros relate: "Nous réfléchissons, toujours dans le domaine patrimonial, à un prolongement du site actuel vers les arts du livre - illustration, typographie… - toujours à partir de notre fonds. Sinon, pour ce qui est des textes, nous allons vers un élargissement de la part réservée au fonds normand. (…) Les oeuvres à diffuser sont choisies à partir d'exemplaires conservés à la bibliothèque municipale de Lisieux ou dans des collections particulières mises à disposition. Les textes sont saisis au clavier et relus par du personnel de la bibliothèque, puis mis en ligne après encodage (370 oeuvres sont actuellement disponibles en ligne). La mise à jour est mensuelle (3 à 6 textes nouveaux). Par goût, mais aussi contraints par le mode de production, nous sélectionnons plutôt des textes courts (nouvelles, brochures, tirés à part de revues, articles de journaux…). De même nous laissons à d'autres (bibliothèques ou éditeurs) le soin de mettre en ligne les grands classiques de la littérature française, préférant consacrer le peu de temps et de moyens dont nous disposons à mettre en ligne des textes excentriques et improbables. (…) La création et la maintenance du site ne sont encore que des activités marginales de la bibliothèque municipale (…) En fait, et pour les deux années à venir, l'essentiel de notre temps est consacré à la mise en place de la nouvelle médiathèque (avec une réelle intégration des nouvelles technologies) [et pour le quotidien] à l'enrichissement et la communication sur place des ressources locales (c'est-à-dire des informations physiquement localisées à la bibliothèque), le développement de la lecture dans les quartiers… La salle multimédia ouverte en octobre 1996 doit encore trouver son rythme de croisière, la consultation des cédéroms et la bureautique devançant souvent l'utilisation d'internet."

En août 2000, Olivier Bogros écrit: "La médiathèque n'ouvrira ses portes qu'en janvier 2002 et ce chantier va encore mobiliser l'essentiel de mon temps. Nous poursuivons modestement l'enrichissement du corpus de textes de la bibliothèque électronique. Une collaboration vient de s'engager entre la bibliothèque électronique de Lisieux et le site 'Langue du 19e siècle" à l'Université de Toronto. Les textes en ligne à Lisieux sont interrogeables en ligne à Toronto sous forme de bases de données interactives. L'initiative de ce projet, baptisé LexoTor, revient à M. Russon Wooldridge à la suite d'un colloque organisé en mai dernier par son université."

Lancé officiellement le 27 août 2000, LexoTor est une base de données qui fonctionne sous le logiciel TACTweb et qui permet l'interrogation en ligne des textes de la bibliothèque classés en différentes rubriques: oeuvres littéraires, notamment du 19e siècle; brochures et opuscules documentaires ; manuscrits, livres et brochures sur la Normandie; conférences et exposés transcrits par des élèves du Lycée Marcel Gambier. L'interrogation permet aussi les analyses et comparaisons textuelles. Le projet est issu de la rencontre d'Olivier Bogros avec Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de l'Université de Toronto, lors d'un colloque international que ce dernier a organisé les 12 et 13 mai 2000 dans son université sur le thème: "Les études françaises valorisées par les nouvelles technologies d'information et de communication".

En mai 2001, Olivier Bogros poursuit: "La base Lexotor devrait pouvoir bénéficier dès ce mois-ci de la dernière version du logiciel TACTweb, ce qui rendra beaucoup plus riches et pertinentes les interrogations faites. Pour ce qui concerne Lisieux, le bâtiment de la médiathèque est sorti de terre, le gros oeuvre sera fini fin juin, la livraison est prévue pour novembre. Par contre l'ouverture initialement prévue pour janvier 2002 sera sans doute effective fin mars. Sur le site de la bibliothèque électronique, le travail se poursuit chaque mois avec la mise en ligne de textes. J'ai suspendu provisoirement la fabrication de hiboux (e-books, ndlr) au format Microsoft Reader ou Mobipocket. Il faudrait que je trouve un partenariat avec un autre site pour que les textes disponibles en HTML sur notre bibliothèque électronique soient aussi proposés ailleurs dans un format hiboux multiplateforme. A titre personnel, j'ai ouvert une autre bibliothèque électronique, Miscellanées, encore en devenir."

= La médiathèque de l'Institut Pasteur

Basé à Paris et dans plusieurs régions du monde, l'Institut Pasteur est une fondation privée dont la mission est de contribuer à la prévention et au traitement des maladies, en priorité infectieuses, par la recherche, l'enseignement, et des actions de santé publique.

"Le site web de la bibliothèque a pour vocation principale de servir la communauté pasteurienne, explique Bruno Didier, son webmestre. Il est le support d'applications devenues indispensables à la fonction documentaire dans un organisme de cette taille: bases de données bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien entendu accès à des périodiques en ligne (un peu plus d'une centaine actuellement). C'est également une vitrine pour nos différents services, en interne mais aussi dans toute la France et à l'étranger. Il tient notamment une place importante dans la coopération documentaire avec les instituts du réseau Pasteur à travers le monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adaptée à nos besoins pour la découverte et l'utilisation d'internet. Il existe dans sa forme actuelle depuis 1996 et son audience augmente régulièrement."

En quoi consiste exactement son activité? "Je développe et maintiens les pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une activité de veille régulière. Par ailleurs je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des réflexions actuelles sur la formation des usagers intègrent cet outil. C'est à la fois dans nos rapports avec l'information et avec les usagers que les changements ont eu lieu. Nous devenons de plus en plus des médiateurs, et peut-être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle est typique de cette nouvelle situation: d'une part dégager des chemins d'accès rapides à l'information et mettre en place des moyens de communication efficaces, d'autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils. Je crois que l'avenir de notre métier passe par la coopération et l'exploitation des ressources communes. C'est un vieux projet certainement, mais finalement c'est la première fois qu'on dispose enfin des moyens de le mettre en place."

= Le centre de documentation de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) regroupe trente pays membres "au sein d'une organisation qui, avant tout, offre aux gouvernements un cadre pour examiner, élaborer et perfectionner les politiques économiques et sociales", lit-on sur le site web de l'organisation. "Ils y comparent leurs expériences respectives, s'y efforcent d'apporter des réponses aux problèmes qui leur sont communs et s'y emploient à coordonner des politiques intérieures et internationales qui, dans le contexte actuel de mondialisation des économies, doivent former un ensemble de plus en plus homogène. (…) L'OCDE est un club de pays qui partagent les mêmes idées. C'est un club de riches en ce sens que ses membres produisent les deux tiers des biens et services du monde, mais ce n'est pas un club privé. En fait, l'exigence essentielle pour en devenir membre est qu'un pays soit attaché aux principes de l'économie de marché et de la démocratie pluraliste. Au noyau d'origine, constitué de pays d'Europe et d'Amérique du Nord, sont venus s'ajouter le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Mexique, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Corée. De plus, l'OCDE a établi de nombreux contacts avec le reste du monde dans le cadre de programmes avec des pays de l'ancien bloc soviétique, d'Asie et d'Amérique latine, contacts qui pourraient, dans certains cas, déboucher sur une adhésion."

Situé dans un des bâtiments de son siège parisien et réservé aux agents de l'OCDE, le centre de documentation et d'information (CDI) permet la consultation de 60.000 monographies imprimées et 2.500 périodiques. Le CDI fournit aussi nombre de documents électroniques émanant du web, de bases de données et de CD-Rom. Peter Raggett, son directeur, a d'abord été en poste dans les bibliothèques gouvernementales du Royaume-Uni avant de devenir fonctionnaire international à l'OCDE en 1994, comme sous-directeur puis directeur du CDI. Il utilise l'internet depuis 1996. Les pages intranet du CDI, dont il est l'auteur, sont devenues une des principales sources d'information du personnel de l'organisation.

"Je dois filter l'information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu'ils proposent, explique Peter Raggett en juin 1998. J'ai sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accès à partir de l'intranet de l'OCDE, et cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque à l'ensemble du personnel. Outre les liens, ce bureau de référence contient des pages de références aux articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l'OCDE, l'accès en réseau aux CD-Rom, et une liste mensuelle des nouveaux titres." En août 1999, il relate: "Notre site intranet va être complètement remanié d'ici la fin de l'année, et nous allons y mettre le catalogue de la bibliothèque, ce qui permettra à nos usagers d'y avoir accès directement de leur écran. Ce catalogue sera conforme à la norme Z3950 (une norme définissant un protocole pour la recherche documentaire d'un ordinateur à un autre, ndlr)." Depuis octobre 1999, le catalogue du CDI est disponible sur l'intranet.

Comment Peter Raggett voit-il l'avenir de la profession? "L'internet offre aux chercheurs un stock d'informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti une telle surcharge d'informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothécaires auraient un rôle important à jouer pour améliorer la recherche et l'organisation de l'information sur l'internet. Je prévois aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une institution à l'autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel. Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par courrier électronique, par téléphone ou par fax, j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie électronique."

= Le centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de
Grenoble

Pierre Le Loarer est directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble. Conçu dès février 1998, le site web de l'IEP ouvre trois mois après, en mai. "J'étais le chef de projet, explique Pierre Le Loarer, d'autant que j'ai une formation multimédia, outre ma formation initiale en philosophie, documentation-bibliothèques et informatique. Il y avait un comité de pilotage (au sein de notre Institut) et également plusieurs partenaires: un graphiste (qui venait de créer le logo de l'Institut) à qui j'ai demandé de décliner des éléments cohérents pour le site, en liaison avec la société de multimédia; une société de création multimédia à qui j'ai demandé de créer une 'maquette' de page d'accueil et deux modèles de pages (page de rubrique principale, page de sous-rubrique) pour disposer d'une ligne graphique; une ergonome qui avait pour objet de tester et surtout de faire tester la version 1 (maquette) du site, pour ensuite réaliser une version 2 opérationnelle, ce qui a été fait; une rédactrice qui, avec moi-même, a repris, sélectionné les informations et même partiellement réécrit certains textes et surtout organisé avec moi les rubriques et sous-rubriques, créé les libellés d'intitulés, etc., ce travail étant soumis au comité de pilotage; le CRI (centre de recherche en informatique) de l'université pour réaliser les pages HTML en suivant les modèles, une fois validés, des pages de différents niveaux et également pour héberger le site. Dans un second temps, un professeur d'anglais m' a aidé à créer quelques pages en anglais. Aujourd'hui, le site est maintenu à jour par moi-même et une personne qui m'aide grandement pour cette tâche."

En quoi consiste exactement l'activité de Pierre Le Loarer? "Elle est très variée. Je ne reviens pas sur mes fonctions de directeur d'un centre de documentation, sinon pour insister sur deux facteurs: l'importance de la formation des étudiants à la recherche documentaire, à la connaissance des sources d'information, imprimées et électroniques, et à la production de documents sous forme numérique; la conception, que je reprends à mon compte, de la 'bibliothèque hybride' qui gère, donne accès à la fois aux documents imprimés et aux documents électroniques. Il me semble que l'on peut même parler de 'lecture hybride' où l'on passe de l'écran à divers supports imprimés et l'inverse.

Mes fonctions de chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation) visent à mettre ces TICE au service de la stratégie de l'Institut, pour son développement, pour renforcer encore la qualité de son enseignement, faciliter des accompagnements pédagogiques, aider au développement des relations internationales grâce aux facilités de l'échange électronique. Les TICE ne sont pas un but en soi, mais bien un outil au service d'objectifs stratégiques. Ceci passe, entre autres, par la création d'intranets pédagogiques, un renforcement de la formation en bureautique communicante pour les étudiants, les enseignants et le personnel administratif.

Quant à mon activité internet, elle a divers aspects, qui sont assez différents: gestionnaire de site, formateur pour un usage à la fois réfléchi et professionnel du web, animateur, participant à des séminaires, réunions diverses sur l'internet (et l'éducation, les collectivités territoriales, etc.). Membre de l'ISOC (Internet Society), je participe aux rencontres d'Autrans."

= La bibliothèque de l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan

L'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan assure la formation des statisticiens pour les pays africains d'expression française. Cette formation est délivrée à travers quatre filières distinctes, conçues en fonction du niveau de recrutement des élèves: la filière ISE (ingénieurs statisticiens économistes), la filière ITS (ingénieurs des travaux statistiques), la filière AD (adjoints techniques) et la filière AT (agents techniques). A ce jour, l'ENSEA est le seul établissement de formation statistique qui délivre simultanément ces quatre types de formation à tous les pays francophones situés au sud du Sahara. L'ENSEA propose par ailleurs des actions de recyclage et de perfectionnement destinées aux cadres des administrations publiques et privées, et développe progressivement des programmes d'étude et de recherche.

"Le site a été créé à la faveur d'un colloque international sur les enquêtes et systèmes d'information organisé par l'école en avril 1999, explique Bakayoko Bourahima, documentaliste. La conception et la maintenance du site ont été assurées par un coopérant français, enseignant d'informatique. Le site est actuellement hébergé par l'agence locale du Syfed (du réseau Refer de l'AUPELF-UREF - Agence universitaire de la francophonie). Le site a connu quelques difficultés de mise à jour, en raison des nombreuses occupations pédagogiques et techniques du webmestre. A ce propos, mon service, celui de la bibliothèque, a eu récemment des séances de travail avec l'équipe informatique pour discuter de l'implication de la bibliothèque dans l'animation du site. Et le service de la bibliothèque travaille aussi à deux projets d'intégration du web pour améliorer ses prestations."

Bakayoko Bourahima est responsable du service de la bibliothèque. "Je m'occupe de la gestion de l'information scientifique et technique et de la diffusion des travaux publiés par l'école, écrit-il. (…) J'espère bientôt pouvoir mettre à la disposition de mes usagers un accès internet pour l'interrogation de bases de données. Par ailleurs, j'ai en projet de réaliser et de mettre sur l'intranet et sur le web un certain nombre de services documentaires (base de données thématique, informations bibliographiques, service de références bibliographiques, bulletin analytique des meilleurs travaux d'étudiants…) Il s'agit donc pour la bibliothèque, si j'obtiens les financements nécessaires pour ces projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner à notre école une plus grand rayonnement et de renforcer sa plate-forme de communication avec tous les partenaires possibles. En intégrant cet outil au plan de développement de la bibliothèque, j'espère améliorer la qualité et élargir la gamme de l'information scientifique et technique mise à la disposition des étudiants, des enseignants et des chercheurs, tout en étendant considérablement l'offre des services de la bibliothèque."

= L'association Juriconnexion (documentation juridique)

Emmanuel Barthe est documentaliste juridique et responsable informatique chez Coutrelis & Associés, un cabinet d'avocats. "Les principaux domaines de travail du cabinet sont le droit communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de la concurrence et le droit douanier, explique-t-il. Je fais de la saisie indexation, et je conçois et gère les bases de données internes. Pour des recherches documentaires difficiles, je les fais moi-même ou bien je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique et télécoms du Cabinet: conseils pour les achats, assistance et formation des utilisateurs. De plus, j'assure la veille, la sélection et le catalogage de sites web juridiques: titre, auteur et bref descriptif. Je suis également formateur internet juridique aussi bien à l'intérieur de mon entreprise qu'à l'extérieur lors de stages de formation. Auparavant, j'ai été responsable pendant cinq ans de la documentation du cabinet d'avocat Stibbe Simont Monahan Duhot & Giroux, dont j'ai mis en place les structures et les collections. J'ai également effectué une mission de six mois chez Korn/Ferry International, un important cabinet de recrutement, à l'occasion de sa fusion avec Vuchot & Associés. J'ai alors travaillé sur l'installation du nouveau système informatique et la fusion des bases de candidats gérées par les deux cabinets.

Membre du conseil d'administration de Juriconnexion, je m'y suis spécialisé dans les CD-Rom puis l'internet juridique. Depuis l'automne 1999, je m'occupe de modérer et d'animer la liste de discussion Juriconnexion. L'association Juriconnexion a pour but la promotion de l'électronique juridique, c'est à dire la documentation juridique sur support électronique et la diffusion des données publiques juridiques. Elle organise des rencontres entre les utilisateurs et les éditeurs juridiques et de bases de données, ainsi qu'une journée annuelle sur un thème. Celle du 23 novembre 2000 portait sur les sites juridiques francophones. Vis-à-vis des autorités publiques, Juriconnexion a un rôle de médiateur et de lobbying à la fois. L'association, notamment, est favorable à la diffusion gratuite sur internet des données juridiques produites par le Journal officiel et les tribunaux. Les bibliothécaires-documentalistes juridiques représentent la majorité des membres de l'association, suivis par certains représentants des éditeurs et des juristes. Juriconnexion a créé la liste de discussion du même nom, qui traite des mêmes sujets mais reste ouverte aux non-membres." En mai 2001, l'association approche les 400 membres.

= La médiathèque de l'Institut français de Londres

L'Institut français de Londres est un organisme officiel français destiné à faire connaître la langue et la culture françaises dans la capitale britannique. 5.000 étudiants environ suivent les cours de langue chaque année, ce qui fait de cet institut l'un des plus importants instituts français au monde. Le centre culturel inclut une bibliothèque multimédia, un cinéma, une salle de conférence et un restaurant.

Anissa Rachef est bibliothécaire dans cet organisme. "Je suis chargée du catalogage du fonds documentaire qui est constitué de livres, de vidéos, de disques compacts et de disques optiques ainsi que de périodiques, écrit-elle. Avant mon installation à Londres, soit de 1980 à 1983, j'ai travaillé à la bibliothèque universitaire d'Alger en qualité d'attachée de recherche. C'est d'Alger et en deux ans que j'ai préparé le DSB (diplôme supérieur des bibliothèques), diplôme de conservateur assimilé à celui de l'ENSB de Lyon (Ecole nationale supérieure des bibliothèques, devenue ensuite l'ENSSIB - Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, ndlr). Recrutée selon un statut local depuis septembre 1987 à l'Institut français de Londres, j'y exerce le métier de bibliothécaire au sein d'une équipe de huit membres. Par ailleurs, titulaire d'un diplôme de FLE (français langue étrangère), j'assure des heures d'enseignement de français dans le même institut.

La médiathèque de l'Institut français de Londres fut inaugurée en mai 1996. L'objectif est double: servir un public s'intéressant à la culture et la langue françaises et 'recruter' un public allophone en mettant à disposition des produits d'appel tels que vidéos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en place récente d'un espace multimédia sert aussi à fidéliser les usagers. L'installation d'un service d'information rapide a pour fonction de répondre dans un temps minimum à toutes sortes de questions posées via courrier électronique, ou par fax. Ce service exploite les nouvelles technologies pour des recherches très spécialisées. Nous élaborons également des dossiers de presse destinés aux étudiants et professeurs préparant des examens de niveau secondaire. Je m'occupe essentiellement de catalogage, d'indexation et de cotation. Je suis chargée également du service de prêt inter-bibliothèques. J'anime des ateliers in situ de catalogage UNIMARC (MARC: machine readable catalogue) ainsi que des ateliers d'indexation RAMEAU (répertoire d'autorités matières encyclopédique et alphabétique unifié). J'élabore ponctuellement des aménagements de vedettes matières propres à notre catalogue. J'utilise internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques, commande de livres, courrier professionnel, prêt inter-bibliothèques. C'est grâce à internet que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC (Système universitaire de documentation) et OCLC (Online Computer Library Center), a été possible. C'est ainsi que que j'ai pu mettre en place un service de fourniture de documents extérieurs à la médiathèque. Des ouvrages peuvent désormais être acheminés vers la médiathèque pour des usagers ou bien à destination des bibliothèques anglaises."