WeRead Powered by ReaderPub
Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 cover

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2

Chapter 67: ECLIPSES.
Open in WeRead

About This Book

The volume functions as a practical directory of Parisian commercial life in the late seventeenth century, listing addresses, trades, and market locations alongside concise descriptions of goods, production methods, prices, and regulatory practices. Entries are organized by office or commodity—epiceries, chandlers, salt granaries, drapers, fruiterers—and note guild privileges, disputes, and legal decisions affecting trade. Appendices and editorial annotations provide historical context and cross-references, making the work both a street-level business register and a handbook of urban supply, manufacture, and market customs.

ECLIPSES.

Quant la Lune dérobe à la terre la lumière du Soleil et lorsque la Terre ôte cette même lumière à la Lune, c’est ce qu’on nomme généralement éclipses, qui se fait par une interposition de l’un de ces deux corps entre l’autre et le Soleil.

Pour distinguer ces deux sortes d’eclipses par le nom, on appelle la première Eclipse de Soleil et la deuxième Eclipse de Lune.

Nous aurons cette année une Eclipse de Lune le 2 et une Eclipse de Soleil le 15 février, qui ne paroîtront pas ici, et une autre de Lune qui paroîtra le 28 juillet à 1 h. 33 minutes 54 secondes du matin[41].

[41] On a pu remarquer que Blégny, dans son Trésor des Almanachs, ne s’est permis aucune prédiction, bien que ce fût de règle pour ces sortes de publications populaires. Képler lui-même ne s’en étoit pas abstenu pour les Almanachs, dont la vente étoit son plus sûr gagne-pain. L’astronome alors se faisoit astrologue : « Fille de l’Astronomie, disoit-il, l’Astrologie doit nourrir sa mère. » Au dernier siècle, les Académies pronostiquoient aussi ; celle de Berlin, par exemple, se faisoit avec ses prophéties un revenu dont elle finit par avoir honte. Elles furent supprimées de l’almanach qu’elle publioit. Il cessa de se vendre, et, l’an d’après, pour que l’Académie pût vivre, ses prédictions recommencèrent (Arago, Astronomie populaire, t. IV, p. 740). En France, c’est par ordre et au nom du Roi qu’elles durent disparoître. L’art. 26 de l’ordonnance d’Orléans, du mois de janvier 1560, les défendit indirectement, en exigeant le visa des évêques pour l’impression de tout almanach. L’art. 36 de l’ordonnance de Blois, du mois de mai 1579, fut plus formel. Il fit défense d’y insérer aucune prédiction sur les affaires politiques. Le 28 janvier 1638, autre ordonnance, signée de La Rochelle, qui confirme celle de Blois, et enfin, au mois de juillet 1682, édit de Louis XIV qui renouvelle à son tour l’ordonnance de La Rochelle, en ne permettant de mettre aux almanachs « autre chose que les lunaisons, éclipses et diverses dispositions et tempéraments de l’air et déréglements d’iceluy ». C’est du reste, les Lunaisons surtout, ce qui faisoit le fond des almanachs et servoit de motif aux images qu’on y voyoit sur le titre : « Imaginez-vous de voir, dit Sorel dans Francion, 1663, in-12, p. 254, ces preneurs de Lune qui sont en l’almanach de l’année passée, où les uns taschent de l’attraper avec des échelles qui s’alongent et s’accourcissent comme l’on veut, et les autres avec des crochets, des tenailles et des pincettes. » L’expression « prendre la lune avec les dents » doit être venue d’une de ces images. — Blégny, en supprimant toute prédiction de son Trésor des Almanachs, tel qu’on vient de le lire, s’étoit conformé aux ordonnances. L’année d’auparavant il y avoit mis moins de prudence, et quelque avertissement lui avoit sans doute été donné. Dans ses Observations et pronostications sur les apparences solaires et lunaires pour chaque mois de l’année, il avoit dit, par exemple, sous le dernier quartier de la lune de janvier : « Réconciliation entre deux fameux ennemis » ; à la pleine lune de mars : « Élévation surprenante » ; à la nouvelle lune d’avril : « Étranges événements » ; au dernier quartier de la lune de mai : « Trahison découverte » ; à la pleine lune de juillet : « Alliances considérables », etc., etc. C’était aller trop loin et quelque peu enfreindre l’ordonnance de Blois, qui vouloit qu’un almanach dût s’en tenir à l’astrologie licite « sans y comprendre les prédictions concernant les Estats et personnes, les affaires publiques et particulières ».