Basée dans le New Jersey (États-Unis), la société Franklin commercialise dès 1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages de référence sur des machines de poche: dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopédies, Bibles, manuels d'enseignement, ouvrages médicaux et livres de loisirs.
En octobre 2000, Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel multimédia qui - entre autres fonctionnalités (agenda, dictaphone, etc.) - permet la lecture de livres numériques sur le Franklin Reader, le logiciel de lecture «maison». À la même date, l'eBookMan reçoit l'eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort.
Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles début 2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix est fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16 Mo) et de la qualité de l'écran à cristaux liquides (écran LCD), rétro-éclairé ou non selon les modèles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents, l'écran n'existe toutefois qu'en noir et blanc, contrairement à la gamme Pocket PC ou à certains modèles Palm avec écran couleur. L'eBookMan permet aussi l'écoute de livres audio- numériques et de fichiers musicaux au format MP3.
En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader à l'eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jugé plus performant, et primé à la même date par l'eBook Technology Award de la Foire de Francfort. Parallèlement, le Franklin Reader est progressivement disponible pour les gammes d'appareils mobiles Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin développe aussi une librairie numérique sur son site en passant des partenariats avec plusieurs sociétés, notamment avec Audible.com pour avoir accès à sa collection de 4.500 livres audio-numériques.
# La gamme Palm Pilot
Lorsque le livre numérique commence à se généraliser en 2000, tous les fabricants de PDA décident d'intégrer un logiciel de lecture dans leur machine, en plus des fonctionnalités standard (agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc.). En parallèle, ils négocient les droits de diffusion numérique de centaines de titres, soit directement soit par le biais de librairies numériques. Si certains professionnels du livre s'inquiètent de la petitesse de l'écran, les adeptes de la lecture sur PDA assurent que la taille de l'écran n'est pas un problème. Les grands favoris du marché sont les gammes Palm Pilot et Pocket PC.
La société Palm lance en mars 1996 le Palm Pilot, premier PDA du marché, et vend 23 millions de machines entre 1996 et 2002. Le système d'exploitation du Palm Pilot est le Palm OS et son logiciel de lecture le Palm Reader. En mars 2001, la gamme Palm Pilot propose plusieurs modèles permettant de lire des livres aussi bien sur le Palm Reader que sur le Mobipocket Reader, le logiciel de lecture de Mobipocket.
# La gamme Pocket PC
Microsoft lance en avril 2000 son propre PDA, le Pocket PC, et son propre logiciel de lecture, le Microsoft Reader. Le système d'exploitation utilisé est Windows CE, remplacé en octobre 2001 par Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numériques sous droits. Ces livres sont protégés par un système de gestion des droits numériques, le Microsoft DAS Server (DAS: Digital Asset Server). En 2002, la gamme Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.
# D'autres modèles
Le marché des PDA poursuit sa croissance. D'après un numéro du Seybold Report daté d'avril 2001, on dénombre 17 millions de PDA dans le monde pour seulement 100.000 tablettes de lecture. 13,2 millions de PDA sont vendus en 2001, et 12,1 millions en 2002. En 2002, la gamme Palm Pilot est toujours le leader du marché (avec 36,8% des machines vendues), suivi par la gamme Pocket PC de Microsoft et les modèles de Hewlett- Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio. Les systèmes d'exploitation utilisés sont essentiellement le Palm OS (pour 55% des machines) et le Pocket PC (pour 25,7% des machines).
En 2004, on note une plus grande diversité des modèles et une baisse des prix chez tous les fabricants. Les trois principaux fabricants sont Palm, Sony et Hewlett-Packard. Suivent Handspring, Toshiba, Casio et d'autres. Mais le PDA est de plus en plus concurrencé par le smartphone, qui est un téléphone portable doublé d'un PDA, et les ventes commencent à baisser. En février 2005, Sony décide de se retirer complètement du marché des PDA.
= Smartphones
Le premier smartphone est le Nokia 9210, modèle précurseur lancé en 2001 par la société finlandaise Nokia, grand fabricant mondial de téléphones portables. Apparaissent ensuite le Nokia Series 60, le Sony Ericsson P800, puis les modèles de Motorola et de Siemens. Ces différents modèles permettent de lire des livres numériques sur le Mobipocket Reader.
Appelé aussi téléphone multimédia, téléphone multifonctions ou encore téléphone intelligent, le smartphone dispose d'un écran couleur, du son polyphonique et de la fonction appareil photo, qui viennent s'ajouter aux fonctions habituelles de l'assistant personnel: agenda, dictaphone, lecteur de livres numériques, lecteur de musique, etc.
Les smartphones représentent 3,7% des ventes de téléphones portables en 2004 et 9% des ventes en 2006, à savoir 90 millions de smartphones pour un milliard de téléphones portables.
Si les livres numériques ont une longue vie devant eux, les appareils de lecture risquent de muer régulièrement. Selon Denis Zwirn, président de la librairie numérique Numilog, interviewé en février 2003, «l'équipement des individus et des entreprises en matériel pouvant être utilisé pour la lecture numérique dans une situation de mobilité va continuer de progresser très fortement dans les dix prochaines années sous la forme de machines de plus en plus performantes (en terme d'affichage, de mémoire, de fonctionnalités, de légèreté…) et de moins en moins chères. Cela prend dès aujourd'hui la forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC et de smartphones, ou de smart displays (écrans tactiles sans fil). Trois tendances devraient être observées: la convergence des usages (téléphone/PDA), la diversification des types et tailles d'appareils (de la montre-PDA- téléphone à la tablette PC waterproof), la démocratisation de l'accès aux machines mobiles (des PDA pour enfants à 15 euros). Si les éditeurs et les libraires numériques savent en saisir l'opportunité, cette évolution représente un environnement technologique et culturel au sein duquel les livres numériques, sous des formes variées, peuvent devenir un mode naturel d'accès à la lecture pour toute une génération.»
À la même date, on se demande si les tablettes dédiées pourront vraiment réussir à s'imposer face aux smartphones multifonctions. On se demande aussi s'il existe une clientèle spécifique pour les deux types de machines, la lecture sur téléphone portable et smartphone étant destinée au grand public, et la lecture sur tablette étant réservée aux gros consommateurs de documents que sont les lycéens, les étudiants, les professeurs, les chercheurs ou les juristes. Le débat n'est pas prêt d'être clos en 2010, même si on ne parle plus de publics différents pour l'une et l'autre machine.
= Tablettes de lecture
# Premiers pas
Dès 1999, on voit apparaître des tablettes dédiées de la taille d'un (gros) livre, souvent appelées ebooks, livres électroniques, tablettes de lecture ou même liseuses. Ces premiers appareils suscitent un engouement certain, même si peu de gens vont jusqu'à les acheter, vu leur prix prohibitif (plusieurs centaines de dollars) et un choix de livres restreint, le catalogue de livres numériques étant encore ridicule par rapport à la production imprimée.
Les premières tablettes de lecture sont conçues et développées dans la Silicon Valley, en Californie. Elles disposent d'un écran à cristaux liquides (écran LCD) rétro-éclairé ou non, noir et blanc ou en couleur. Elles fonctionnent sur batterie et disposent d'un modem intégré et d'un port USB, pour connexion à l'internet et téléchargement des livres à partir de librairies numériques.
Le modèle le plus connu, le Rocket eBook, est développé en 1998 et commercialisé en 1999 par la société NuvoMedia, financée par la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant des médias Bertelsmann. Un deuxième modèle, le SoftBook Reader, est développé par la société SoftBook Press, financée par les deux grandes maisons d'édition Random House et Simon & Schuster. Plusieurs autres modèles ont une durée de vie assez courte, par exemple l'EveryBook, appareil à double écran créé par la société du même nom, ou encore le Millennium eBook, créé par la société Librius.com. A cette époque, qui n'est pas si lointaine, toutes ces tablettes électroniques pèsent entre 700 grammes et 2 kilos et peuvent stocker une dizaine de livres.
# Le Gemstar eBook
Présenté en octobre 2000 à New York et commercialisé le mois suivant aux États-Unis, le Gemstar eBook se décline en deux modèles, qui sont les successeurs du Rocket eBook (conçu par NuvoMedia) et du SoftBook Reader (conçu par SoftBook Press), suite au rachat de NuvoMedia et de SoftBook Press en janvier 2000 par Gemstar-TV Guide International, grande société spécialisée dans les produits et services numériques pour les médias.
Ces deux modèles - le REB 1100 (écran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (écran couleur, successeur du SoftBook Reader) - sont construits et vendus sous le label RCA, appartenant à Thomson Multimedia. Le système d'exploitation, le navigateur et le logiciel de lecture sont spécifiques à l'appareil, tout comme le format de lecture, basé sur le format OeB (Open eBook). Les deux modèles sont vendus respectivement 300 et 699 dollars US par la chaîne de magasins SkyMall.
Les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002, un article du New York Times annonce l'arrêt de la fabrication de ces appareils par RCA. En automne 2002, leurs successeurs - le GEB 1150 et le GEB 2150 - sont produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars avec abonnement annuel (facturé 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349 dollars sans abonnement, et 199 dollars avec abonnement bisannuel (également facturé 20 dollars par mois).
Mais les ventes restent peu concluantes - faute d'un marché mûr pour ce genre d'appareil - et Gemstar décide de mettre fin à ses activités eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture en juin 2003 et la vente de ses livres numériques le mois suivant.
# Le Cybook
Première tablette de lecture européenne, le Cybook (21 x 16 cm, 1 kilo) est conçu et développé par la société française Cytale, et commercialisé en janvier 2001. Sa mémoire - 32 Mo de mémoire SDRAM et 16 Mo de mémoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages.
«J'ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le livre électronique», écrit en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. «Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d'accès à l'écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d'accès à tous les sites littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c'est également une fenêtre sur le web.»
Mais les ventes sont très inférieures aux pronostics - le marché n'étant pas mûr pour ce genre d'appareil - et forcent la société à se déclarer en cessation de paiement. Cytale est mis en liquidation judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activités à la même date.
La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par la société Bookeen, créée en 2003 à l'initiative de Michael Dahan et Laurent Picard, deux ingénieurs de Cytale. En juillet 2007, Bookeen dévoile une nouvelle version de sa tablette, baptisée Cybook Gen3, avec un écran utilisant pour la première fois la technologie E Ink.
# Les modèles de Sony
En avril 2004, Sony lance au Japon le Librié 1000-EP, produit en partenariat avec les sociétés Philips et E Ink. Cette tablette est la première à utiliser la technologie d'affichage développée par la société E Ink et dénommée encre électronique.
L'appareil pèse 300 grammes (avec piles et protection d'écran) pour une taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimètres. Sa mémoire est de 10 Mo - avec possibilité d'extension - et sa capacité de stockage de 500 livres. Son écran de 6 pouces a une définition de 170 DPI et une résolution de 800 x 600 pixels. Un port USB permet le téléchargement des livres à partir de son ordinateur. L'appareil comprend aussi un clavier, une fonction d'enregistrement et une synthèse vocale. Il fonctionne avec quatre piles alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix est de 375 dollars US.
Le Librié cède ensuite la place au Sony Reader, lancé en septembre 2006 aux États-Unis au prix de 350 dollars, avec six modèles sortis depuis avec succès.
# Le Kindle
Amazon.com lance en novembre 2007 sa propre tablette de lecture, le Kindle, avec un format livresque (19 x 13 x 1,8 cm), un poids de 289 grammes, un écran noir et blanc (6 pouces, 800 x 600 pixels), un clavier, une mémoire de 256 Mo (extensible par carte SD), un port USB et une connexion sans fil (WiFi). Vendu 400 dollars US (273 euros), le Kindle peut contenir jusqu'à 200 livres parmi les 80.000 livres numériques disponibles sur le site d'Amazon. 538.000 tablettes sont vendues en 2008.
En février 2009, Amazon lance une nouvelle version du Kindle, le Kindle 2, au prix de 359 dollars (prix qui baisse sensiblement dans les mois qui suivent), avec un catalogue de 230.000 titres. En mai de la même année, Amazon lance le Kindle DX avec un écran plus grand, notamment pour la lecture de journaux et magazines, pour un prix de 489 dollars.
# L'iPad
En avril 2010, la société Apple lance l'iPad, sa tablette numérique multifonctions, au prix de 499 dollars US, avec un iBookstore de 60.000 livres numériques qui devrait s'étoffer rapidement. Après l'iPod (lancé en octobre 2001) puis l'iPhone (lancé en juin 2007), deux objets cultes auprès de toute une génération, Apple devient lui aussi un acteur de poids pour le livre numérique.
La compétition risque d'être rude sur un marché très prometteur. Reste à voir quels modèles seront retenus par l'usager parce que solides, légers, économiques et procurant un véritable «confort de lecture», sans oublier l'aspect esthétique et les possibilités de lecture en 3 D. Petit ou grand écran? Smartphone ou tablette?
Selon Jean-Paul, webmestre du site hypermédia cotres.net, interviewé en janvier 2007, «on progresse. Les PDA et autres baladeurs multimédia ont formé le public à manipuler des écrans tactiles de dimension individuelle (par opposition aux bornes publiques de circulation et autres tirettes-à-sous). L'hypermédia est maintenant une évidence. Il ne reste plus qu'à laisser se bousculer les ingénieurs et les marketteurs pour voir sortir un objet rentable, léger, attirant, peu fragile, occupant au mieux l'espace qui sépare les deux mains d'un terrien assis dans le bus ou sur sa lunette WC: la surface d'une feuille A4 en format italien, soit ± 800 x 600 pixels. Bien sûr, ce que montrera cette surface ne sera pas en 2 D mais en 3 D. Comme les GPS prochaine génération, ou les écrans de visée sur le cockpit d'un A- Win.»
On nous parle maintenant de papier électronique pour «bientôt», avec les sociétés E Ink et Plastic Logic en tête de file pour nous proposer des supports de lecture souples et ultra-fins.
CONCLUSION
[Résumé] En 2010, offrir un livre numérique devient «tendance», et le lire sur son smartphone ou sa tablette l'est encore plus. Preuve que le monde du livre a bien changé depuis la panique ayant saisi les éditeurs et les libraires à la fin des années 1990. Dix ans plus tard, trois termes paraissent essentiels: stockage, organisation et diffusion. Dans un proche avenir, on devrait disposer de l'ensemble du patrimoine mondial stocké sous forme numérique, d'une organisation effective de l'information et d'un réseau internet omniprésent. Confidentiel en 2000, puis parent pauvre des fichiers musicaux et vidéo, le livre numérique est désormais en bonne place à côté de la musique et des films.
***
Tim Berners-Lee est l'inventeur du web en 1990. A la question de Pierre Ruetschi, journaliste au quotidien La Tribune de Genève: «Sept ans plus tard, êtes-vous satisfait de la façon dont le web a évolué?», il répond en décembre 1997 que, s'il est heureux de la richesse et de la variété de l'information disponible, le web n'a pas encore la puissance prévue dans sa conception d'origine. Il aimerait «que le web soit plus interactif, que les gens puissent créer de l'information ensemble», et pas seulement consommer celle qui leur est proposée. Le web doit devenir «un média de collaboration, un monde de connaissance que nous partageons».
Son souhait commence à se concrétiser quelque sept années plus tard, en 2004, avec ce qu'on appelle le web 2.0. La paternité de l'expression «web 2.0» revient d'ailleurs à un éditeur, Tim O'Reilly, fondateur des éditions O'Reilly Media, qui utilise cette expression pour la première fois en 2004 comme titre d'une série de conférences qu'il est en train d'organiser. Désormais, le web ne vise plus seulement à utiliser l'information, mais il incite aussi les usagers à échanger et collaborer en ligne, sur des blogs, des wikis, des sites sociaux ou des encyclopédies coopératives comme Wikipédia et Citizendium.
Un enjeu tout aussi important est l'accessibilité de l'internet pour tous. Mis en ligne en septembre 2000 par l'association du même nom, le site Handicapzéro devient en février 2003 un portail généraliste offrant un accès adapté à l'information pour les Francophones ayant un problème visuel, à savoir plus de 10% de la population. Le portail offre des informations dans nombre de domaines: actualités, programmes de télévision, météo, santé, emploi, consommation, loisirs, sports, téléphonie, etc. Les personnes aveugles peuvent accéder au site au moyen d'une plage braille ou d'une synthèse vocale. Les personnes malvoyantes peuvent paramétrer sur la page d'accueil la taille et la police des caractères ainsi que la couleur du fond d'écran pour une navigation confortable. Les personnes voyantes peuvent correspondre en braille avec des aveugles par le biais du site.
En octobre 2006, le portail adopte une nouvelle présentation en enrichissant encore son contenu, en adoptant une navigation plus intuitive pour la page d'accueil, en proposant des raccourcis de clavier, en offrant un service amélioré pour l'affichage «confort de lecture», etc. Plus de 2 millions de visiteurs utilisent les services du portail en 2006. Handicapzéro entend ainsi démontrer «que, sous réserve du respect de certaines règles élémentaires, l'internet peut devenir enfin un espace de liberté pour tous».
Un autre enjeu est l'infrastructure de l'internet. La connexion au réseau est désormais plus facile, avec la DSL, le câble ou la fibre optique, tout comme les technologies WiFi pour un secteur géographique limité et WiMAX pour un secteur géographique étendu. Jean-Paul, webmestre du site hypermédia cotres.net, résume la situation en janvier 2007: «J'ai l'impression que nous vivons une période "flottante", entre les temps héroïques, où il s'agissait d'avancer en attendant que la technologie nous rattrape, et le futur, où le très haut débit va libérer les forces qui commencent à bouger, pour l'instant dans les seuls jeux.»
L'internet du futur pourrait être un réseau pervasif permettant de se connecter en tout lieu et à tout moment sur tout type d'appareil à travers un réseau unique et omniprésent. Le concept de réseau pervasif est développé par Rafi Haladjian, fondateur de la société Ozone. Comme expliqué sur le site web de la société en 2007, «la nouvelle vague touchera notre monde physique, notre environnement réel, notre vie quotidienne dans tous les instants. Nous n'accéderons plus au réseau, nous l'habiterons. Les composantes futures de ce réseau (parties filiaires, parties non filiaires, opérateurs) seront transparentes à l'utilisateur final. Il sera toujours ouvert, assurant une permanence de la connexion en tout lieu. Il sera également agnostique en terme d'application(s), puisque fondé sur les protocoles mêmes de l'internet.»
Pierre Schweitzer, inventeur du projet @folio, une tablette de lecture nomade, écrit en décembre 2006: «La chance qu'on a tous est de vivre là, ici et maintenant cette transformation fantastique. Quand je suis né en 1963, les ordinateurs avaient comme mémoire quelques pages de caractères à peine. Aujourd'hui, mon baladeur de musique pourrait contenir des milliards de pages, une vraie bibliothèque de quartier. Demain, par l'effet conjugué de la loi de Moore et de l'omniprésence des réseaux, l'accès instantané aux oeuvres et aux savoirs sera de mise. Le support de stockage lui-même n'aura plus beaucoup d'intérêt. Seules importeront les commodités fonctionnelles d'usage et la poétique de ces objets.»
Fondateur du Projet Gutenberg en 1971, Michael Hart précise souvent dans ses écrits que, si Gutenberg a permis à chacun d'avoir ses propres livres - jusque-là réservés à une élite -, le Projet Gutenberg permet à chacun d'avoir une bibliothèque complète - jusque-là réservée à la collectivité -, sur un support qu'on peut glisser dans sa poche, le support optimal actuel étant la clé USB. Le Projet Gutenberg compte plus de 33.000 livres numériques en octobre 2010, soit la taille d'une bibliothèque publique de quartier, mais cette fois disponible sur le web et indéfiniment reproductible.
Le web est aussi une formidable aventure. Selon les termes mêmes de Tim Berners-Lee, son inventeur, «le rêve derrière le web est un espace d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant l'information. Son universalité est essentielle, à savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global, aussi bien une ébauche qu'une réalisation très sophistiquée. Deuxième partie de ce rêve, le web deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir réaliste (sinon la principale incarnation) de la manière dont nous travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs pour nous aider à les analyser, donner un sens à ce que nous faisons, et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux travailler ensemble.» (extrait de son essai The World Wide Web: A very short personal history (Le World Wide Web: une très courte histoire personnelle), daté d'avril 1998)
Quinze ans après la création du web, le magazine Wired constate dans son numéro d'août 2005 que «moins de la moitié du web est commercial, le reste fonctionne avec la passion». Quant à l'internet, d'après le quotidien Le Monde du 19 août 2005, «ses trois pouvoirs - l'ubiquité, la variété et l'interactivité - rendent son potentiel d'usages quasi infini».
Le futur sera-t-il le cyberespace décrit en 1994 par Timothy Leary, philosophe, dans son livre Chaos et cyberculture? «Toute l'information du monde est à l'intérieur [NDLR: de gigantesques bases de données]. Et grâce au cyberespace, tout le monde peut y avoir accès. Tous les signaux humains contenus jusque-là dans les livres ont été numérisés. Ils sont enregistrés et disponibles dans ces banques de données, sans compter tous les tableaux, tous les films, toutes les émissions de télé, tout, absolument tout.»
Nous n'en sommes pas encore là. Mais, en 2010, sur les 30 millions de livres du domaine public présents dans les bibliothèques (sans compter les différentes éditions), 10 millions de livres seraient déjà librement disponibles sur l'internet.
Libraire, éditeur puis consultant en édition électronique, Nicolas Pewny voit «le livre numérique du futur comme un "ouvrage total" réunissant textes, sons, images, vidéo, interactivité: une nouvelle manière de concevoir et d'écrire et de lire, peut-être sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce qu'on a lu, unique et multiple compagnon».
Si nous avons maintenant Gallica, le Projet Gutenberg, l'Internet Archive et Google Books pour lire des livres, Wikipédia pour nous documenter et Facebook et Twitter pour communiquer, un point particulièrement intéressant semble être la possibilité - encore à l'étude - de la traduction simultanée du même livre dans de nombreuses langues, même si la traduction automatique reste encore à améliorer.
Rien ne remplacera une traduction par un traducteur littéraire professionnel, bien sûr, mais ce serait un premier pas pour ceux qui souhaiteraient découvrir de nouvelles oeuvres sans en connaître la langue, avant de recruter ensuite un traducteur littéraire professionnel pour proposer une traduction de qualité. C'est aussi l'assurance d'un vaste débat sur les avantages et les limites de la traduction automatique, un débat entamé dans les années 1990 et qui n'est pas prêt d'être clos.
Sans nul doute, nous continuerons à vivre des années passionnantes, qui ne seront pas seulement marquées par l'iPad et ses successeurs ou encore le (véritable) papier électronique enfin sorti des éprouvettes des chercheurs, mais qui verront aussi une imbrication plus grande des technologies du livre avec celles des langues, un sujet auquel l'auteure pense désormais se consacrer.
Mais, qu'il soit un volume imprimé ou un fichier numérique, le livre est d'abord un ensemble de mots émanant d'une personne voulant communiquer ses pensées, ses sentiments ou son savoir à large échelle. Souvent appelé le père de l'internet parce que co-inventeur en 1974 des protocoles du réseau, Vinton Cerf aime à rappeler que l'internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Ce fut le cas pour ce livre. Merci à tous - professionnels du livre et apparentés - pour leur participation, pour leur temps et pour leur amitié.
CHRONOLOGIE
[Chaque ligne débute par l'année ou bien l'année/mois. Par exemple, 1971/07 signifie juillet 1971.]
1968: Le code ASCII est le premier système d'encodage informatique. 1971/07: Le Projet Gutenberg est la première bibliothèque numérique. 1974: L'internet fait ses débuts. 1977: L'UNIMARC est créé en tant que format bibliographique commun. 1983: L'internet prend son envol. 1984: Le copyleft est institué pour les logiciels puis pour toute oeuvre de création. 1984: Psion lance l'agenda électronique Psion Organiser. 1986: Franklin lance le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. 1990: Le web fait ses débuts. 1991/01: L'Unicode est un système d'encodage pour toutes les langues. 1993/01: L'Online Books Page est le premier répertoire de livres en accès libre. 1993/06: Adobe lance le format PDF et l'Acrobat Reader. 1993/07: L'E-zine-list recense les zines électroniques. 1993/11: Mosaic est le premier logiciel de navigation sur le web. 1994/02: Le premier site de bibliothèque est mis en ligne. 1994: La NAP met des livres en accès libre sur son site pour augmenter leurs ventes imprimées. 1995/07: Amazon.com est la première grande librairie en ligne. 1995: La grande presse se met en ligne. 1996/03: Le Palm Pilot est le premier assistant personnel (PDA). 1996/04: L'Internet Archive est créée pour archiver le web. 1996/07: CyLibris est le pionnier francophone de l'édition électronique. 1996/10: Le projet @folio travaille à un baladeur de textes «ouvert». 1996: On se penche sur de nouvelles méthodes d'enseignement. 1997: L'édition électronique commence à se généraliser. 1997/01: La convergence multimédia est le sujet d'un colloque. 1997/04: E Ink développe une technologie d'encre électronique. 1997/10: La Bibliothèque nationale de France lance Gallica, sa bibliothèque numérique. 1997/12: AltaVista lance son logiciel de traduction automatique Babel Fish. 1998/05: Les éditions 00h00 vendent des livres numériques. 1999: Des bibliothécaires deviennent cyberthécaires. 1999: Certains auteurs se mettent au numérique. 1999: WordReference.com propose des dictionnaires bilingues gratuits. 1999: Le Rocket eBook est la première tablette de lecture. 1999/09: Le format Open eBook (OeB) est un standard de livre numérique. 1999/12: WebEncyclo est la première grande encyclopédie francophone en ligne. 1999/12: Britannica.com est la première grande encyclopédie anglophone en ligne. 2000/01: Le Million Book Project veut proposer un million de livres sur le web. 2000/03: Mobipocket se consacre aux livres numériques pour assistant personnel. 2000/04: Microsoft lance son assistant personnel Pocket PC. 2000/07: La moitié des usagers de l'internet est non anglophone. 2000/07: Stephen King auto-publie un roman en ligne. 2000/08: Microsoft lance le Pocket PC (PDA) et le Microsoft Reader. 2000/09: Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est bilingue français-anglais. 2000/09: La librairie Numilog se consacre aux livres numériques. 2000/09: Le portail Handicapzéro démontre que l'internet est pour tous. 2000/10: Distributed Proofreaders numérise les livres du domaine public. 2000/10: La Public Library of Science envisage des revues scientifiques en ligne gratuites. 2000/10: Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel multimédia. 2000/10: Gemstar lance ses tablettes de lecture Gemstar eBook. 2000/11: La version numérisée de la Bible de Gutenberg est disponible. 2001/01: Wikipédia est la première grande encyclopédie collaborative gratuite. 2001/01: Le Cybook est la première tablette de lecture européenne. 2001: La licence Creative Commons adapte le droit d'auteur au web. 2001: Le Nokia 9210 est le premier smartphone. 2003/09: Le matériel pédagogique des cours du MIT est à la disposition de tous. 2004/01: Le Projet Gutenberg Europe est multilingue. 2004/10: Google lance Google Print pour le rebaptiser ensuite Google Books. 2005/04: Amazon.com rachète la société Mobipocket. 2005/10: L'Open Content Alliance lance une bibliothèque numérique planétaire et publique. 2006/08: Le catalogue collectif mondial WorldCat lance une version gratuite sur le web. 2006/10: Microsoft lance Live Search Books mais l'abandonne ensuite. 2006/10: Sony lance sa tablette de lecture Sony Reader. 2007/03: Citizendium est une encyclopédie en ligne collaborative «fiable». 2007/03: IATE est la base terminologique multilingue européenne. 2007/05: L'Encyclopedia of Life compte répertorier toutes les espèces végétales et animales. 2007/11: Amazon.com lance sa tablette de lecture Kindle. 2008/05: Numilog devient une filiale d'Hachette Livre. 2008/10: Google Books propose un accord aux associations d'auteurs et d'éditeurs. 2008/11: Europeana est la bibliothèque numérique européenne. 2010/04: Apple lance l'iPad, sa propre tablette.
REMERCIEMENTS
Ce livre doit beaucoup à toutes les personnes ayant accepté de répondre à mes questions au fil des ans. Certains entretiens sont disponibles en ligne sur le Net des études françaises (NEF) <www.etudes- francaises.net/entretiens/>, Université de Toronto, Canada. D'autres entretiens ont été directement inclus dans ce livre ou alors ils ont inspiré des idées développées dans ces pages.
Merci à Nicolas Ancion, Alex Andrachmes, Guy Antoine, Silvaine Arabo,
Arlette Attali, Marc Autret, Isabelle Aveline, Jean-Pierre Balpe,
Emmanuel Barthe, Robert Beard, Michael Behrens, Michel Benoît, Guy
Bertrand, Olivier Bogros, Christian Boitet, Bernard Boudic, Bakayoko
Bourahima, Marie-Aude Bourson, Lucie de Boutiny, Anne-Cécile
Brandenbourger, Alain Bron, Patrice Cailleaud, Tyler Chambers, Pascal
Chartier, Richard Chotin, Alain Clavet, Jean-Pierre Cloutier, Jacques
Coubard, Luc Dall'Armellina, Kushal Dave, Cynthia Delisle, Émilie
Devriendt, Bruno Didier, Catherine Domain, Helen Dry, Bill Dunlap,
Pierre-Noël Favennec, Gérard Fourestier, Pierre François Gagnon,
Olivier Gainon, Jacques Gauchey, Raymond Godefroy, Muriel Goiran,
Marcel Grangier, Barbara Grimes, Michael Hart, Roberto Hernández
Montoya, Randy Hobler, Eduard Hovy, Christiane Jadelot, Gérard Jean-
François, Jean-Paul, Anne-Bénédicte Joly, Brian King, Geoffrey
Kingscott, Steven Krauwer, Gaëlle Lacaze, Michel Landaret, Hélène
Larroche, Pierre Le Loarer, Claire Le Parco, Annie Le Saux, Fabrice
Lhomme, Philippe Loubière, Pierre Magnenat, Xavier Malbreil, Alain
Marchiset, Maria Victoria Marinetti, Michael Martin, Tim McKenna,
Emmanuel Ménard, Yoshi Mikami, Jacky Minier, Jean-Philippe Mouton, John
Mark Ockerbloom, Caoimhín Ó Donnaíle, Jacques Pataillot, Alain Patez,
Nicolas Pewny, Marie-Joseph Pierre, Hervé Ponsot, Olivier Pujol, Anissa
Rachef, Peter Raggett, Patrick Rebollar, Philippe Renaut, Jean-Baptiste
Rey, Philippe Rivière, Blaise Rosnay, Bruno de Sa Moreira, Pierre
Schweitzer, Henk Slettenhaar, Murray Suid, June Thompson, Zina Tucsnak,
François Vadrot, Christian Vandendorpe, Robert Ware, Russon Wooldridge
et Denis Zwirn.
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