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Le livre de Olivier de Castille et de Artus d'Algarbe

Chapter 10: Comment la royne de rechief contrainit olivier de venir parler a elle.
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About This Book

The narrative presents a medieval chronicle of noble lineage and chivalric deeds, opening with the death of a queen and the birth and baptism of her son, whose presence consoles a grieving king. Courtly counselors urge the king to remarry to secure succession, leading to embassy, negotiation, and agreement with a lordly widow whose own son promises a future alliance. Scenes alternate between mourning, ceremonial rites, diplomatic exchange, and preparations for marriage, while the text frames these episodes as exempla intended to recall courage, loyalty, and virtue and to rouse noble hearts to emulate ancestral conduct.

Comment la royne de rechief contrainit olivier de venir parler a elle.

Le lendemain matin que olivier vint a court et l’aprés disgner n’ousa laissier d’aller vers la roygne ainssi comme il avoit de coustume affin que auchunement on ne se apperceust de son affaire/ et incontinant qu’il l’eut saluee affin qui ne se trouvast seul avecques elle se tira en la plus grant presse des dames qui pour ceste heure y fust Mais la royne sans honte le revint querre et le prinst par la main disant que elle souloit parler a luy Et pource malgré luy et afforce le fist seoir bas sus sa queue puis pensa longument sans riens dire. Et quant elle vit qu’il ne disoit mot fut honteuse et rougit/ luy dist mon amy avés vous point souvenance des devises que nous eusmes hier ensemble Certes madame dist olivier je y ay si peu pensé que j’en ay oublié la pluspart Ha mon amy je ne sens pas voustre retenue si petite que pour oublier si de legier ce que on vous dit/ mais j’apperçoy a voustre languaige que vous cognoissés et veez mon fait que mieulx que ne le vous sçauroie recorder Madame dist il je ne sçay que vous voulés dire Certes dist elle mon amy et affin que vous le saichez je vous dy que je vueil estre voustre/ et pource je me donne a vous Ce n’est pas chose nouvelle que vous estes seigneur de moy et de ma voulenté/ mais craincte et honte me l’ont fait celer longuement. Toutes ces choses arriere mises je vous més en memoire que je ne vous suys rien Et pource comme a une aultre vous povez faire de moy une amye et moy de vous mon amy/ Par quoy nous pourrons avoir beaucoup de bien bon temps et de solas ensemble Et se ma fortune m’est si aspre et si dure que ma requeste me soit reffusee je me occiray Et pour ce mon amy en vous est ma mort et ma vie Lors olivier fut plus esbahy que jamais n’avoit esté luy respondit en telle maniere/ madame vous dictes que vous m’aimés dont je vous remercye/ et me priés que je vous tiengne pour ma mye Certes madame l’amictié n’y pourroit estre touchant ma part plus grant que elle y est Et comme a ma dame et maistresse et mere/ il n’est service pour vous ou a voustre commandement que je ne vousisse faire ainssi que je y suys tenu Je n’entens pas que vous soiés si folle que voustre ymaginacion soit aultre que de moy aymer aultrement que bonne dame et mere doibt aymer son enfant Car je me tiens tel que j’ameroye mieulx la mort que de faire chose qui fust contre l’onneur de monseigneur mon pere ne la voustre Et se aultrement le faisoie l’eure de ma naissance debveroit bien estre mauldict.