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Le livre de Olivier de Castille et de Artus d'Algarbe

Chapter 33: Comment le roy d’angliterre requist olivier de demourer une espasse de temps a sa court/ et comment le pris luy fut donné.
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About This Book

The narrative presents a medieval chronicle of noble lineage and chivalric deeds, opening with the death of a queen and the birth and baptism of her son, whose presence consoles a grieving king. Courtly counselors urge the king to remarry to secure succession, leading to embassy, negotiation, and agreement with a lordly widow whose own son promises a future alliance. Scenes alternate between mourning, ceremonial rites, diplomatic exchange, and preparations for marriage, while the text frames these episodes as exempla intended to recall courage, loyalty, and virtue and to rouse noble hearts to emulate ancestral conduct.

Comment le roy d’angliterre requist olivier de demourer une espasse de temps a sa court/ et comment le pris luy fut donné.

Peu de temps aprés ces choses deviseez le bancquet fut assis et incontinant que tout fut prest les menestriers sonnerent l’eau a laver les mains/ puis lava le roy sa fille et tous les aultres seigneurs en general et fist le roy enquerir a olivier de ses parens/ et qu’il estoit/ et de quelles marches A celle fin que l’onneur luy fust fait selon son estat Il respondit a ceulx qui luy demandoient qu’il estoit d’espaigne povre chevalier et non de grant lieu Il n’y eut celuy tant le roy comme les aultres a qui il ne semblast bien que sa philosomie ne monstroit pas qu’il ne fust de bonne maison & aussi que sans grant puissance n’eust peu fournir les habiz qui luy avoient veu durant la feste. Quant temps fut le roy s’asist a table et avecques luy tous les plus grans seigneurs et les plus grandes dames reservé helaine qui fut assise hault au melieu d’une table eslevee affin qu’elle peulst estre choisie de tous ceulx qui la estoient en la salle. Du destre costé estoient les princes jugez assis a celle mesme table & d’aultre costé les .x. princesses a celle mesme table Et olivier nullement ne se volut seoir a la table du roy Toutesfois tant luy fut prié et commandé que force luy fut de ce faire D’aultres y avoit sans nombre ou les aultres chevaliers et damoisselles estoient Et tant y en avoit que c’estoit merveille Qui vous vouldroit deviser du service des entremés et misteres qui s’i firent trop longue chose seroit a recorder Il n’y avoit si bon més de quoy on ne fust plus toust saoul que de regarder helaine/ c’estoit la plus belle qui y fust/ c’estoit la resource des lassés & le couraigement des vaillans Et n’y avoit celuy a qui il ne semblasse que dieu l’eust faicte en ce monde pour monstrer la haulteur de sa puissance Ce bancquet que vous avez oÿ dura si longuement que temps fut de deservir/ et n’y heut celuy a qui il souvint de rien veoir fors de faire bonne chiere. et aussi nul n’en fut requis Les tables oustees et graces rendues a noustre seigneur de ses biens. Les dances commencerent et incontinant se tirerent a part en une petite chambre les .x. princes et les .x. princesses juges pour sçavoir qui mieulx y avoit fait. Et fut la chose fort debatue. Les ungs se tenoient au filz du roy d’escosse. et les aultres au conte de flandres Mais la pluspart estoit du parti de olivier Et tellement que a la fin n’y heut celuy ne celle qui ne luy donnast la voix. Et quant le roy pensa qu’ilz povoient avoir fait et besongné il habandonna les dances et vint vers eulx en leur demandant quelle chose ilz avoient fait et conclud. L’ung d’eulx se mist a genoulz et luy dist Sire vous nous avez de voustre bonne grace commis pour dire franchement la verité Aussi nous avons fait serment de non regarder a la grant magnificence du lignaige ne parentaige ne de seignorie Et nous semble tous ceste chose arriere mise que le mieulx faisant de la feste a esté olivier/ non pas pour ung jour seullement. Mais pour tout les trois jours/ et ne veismes oncques faire plus d’armes de corps de chevalier Pource nous vous advertissons affin d’en faire voustre bon plaisir Le roy leur respondit. Mes beaulx cousins et mes bons amis & vous mes belles cousines cy present je oÿ bien que vous me dictes/ et sçay que ce seroit contre rayson de ouster le pris a celuy qui l’a deservi Et certes qui m’en heust demandé mon advis j’en eusse autant dit que vous en dictes. Mais toutesfois vous debvez cognoistre que ceste chose icy n’est pas petite Car celuy qui gaingnera le pris/ il gaingnera ma fille/ et par consequent mon royaulme aprés mon decés pour estre roy et seigneur de vous tous et toutes Et pource que vous donnez le pris a ung estrangier incogneu de nous tous je vouldroie soubz correction mais qu’il vous semblast bon qu’il fust adverti de ceste chose par l’ung de vous et comment on luy doibt donner le pris/ et celuy qui l’en advertiroit luy pourroit dire/ que je me suys deliberé de luy faire une requeste/ c’est assavoir qu’il fust content de demourer ung an a ma court avant que ma fille luy soit donnee/ pour cognoistre ses meurs et ses condicions Et je luy promectray que pendant ce temps je ne la mariray a personne/ & que s’il est homme qui le vaille et que je n’y cognoisse aultre chose que j’ay fait jusques a present ce qu’il a gaingné ne luy sera pas ousté Et aussi le mectray en doubte que beaucoup de grans seigneurs seront icy que se ma fille luy estoit baillie en la presence de eulx ilz pourroient concevoir une tresgrant hayne et envye contre sa personne Par quoy tresgrant inconveniant luy en pourroit venir/ et vela mon advis Quant le roy heut finé sa parolle tous ensemble se tirerent d’une part & trouverent en conseil que le roy avoit tres bien dit/ & que bon seroit de sçavoir la volenté de olivier avant que ceste requeste fust faicte tout hault. Pource que honteuse chose seroit pour le roy se elle ne luy estoit accordee. Ainssi il n’y a que bien et n’a pas le roy tort de cognoistre avant que aymer.