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Le livre de Olivier de Castille et de Artus d'Algarbe

Chapter 54: Cy commence de artus roy d’algarbe et regent de castille.
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About This Book

The narrative presents a medieval chronicle of noble lineage and chivalric deeds, opening with the death of a queen and the birth and baptism of her son, whose presence consoles a grieving king. Courtly counselors urge the king to remarry to secure succession, leading to embassy, negotiation, and agreement with a lordly widow whose own son promises a future alliance. Scenes alternate between mourning, ceremonial rites, diplomatic exchange, and preparations for marriage, while the text frames these episodes as exempla intended to recall courage, loyalty, and virtue and to rouse noble hearts to emulate ancestral conduct.

Cy commence de artus roy d’algarbe et regent de castille.

Vous avez oÿ par cy devant comment olivier s’estoit partis de castille et du merveilleux deul que son pere avoit mené a cause de son partement que oncques ne luy faillit jusques a la mort Car en brief temps luy fist finer ses jours Et ne vesquit gueres aprés le departement de son filz. Pour laquelle cause artus roy d’algarbe et compaignon de olivier aprés la mort du roy/ et par le consentement des nobles du païs fut esleu a estre regent de castille jusques a la revenue de olivier Et pource que les affaires du royaulme de castille sont plus grans que ceulx d’algarbe que n’est que petit païs. Artus s’i tenoit plus que en algarbe Et n’oublioit jamais de visiter la fiolle de son compaignon Et tant qu’il apperceut et vit en ung jour ladicte fiolle estre telle que les lettres la devisoient C’est assavoir que l’eau dedens si estoit troublee et oscure tellement que elle estoit semblable a encre Et lors que artus l’apperceut a grosses larmes commença a dire O tresnoble tresvaillant et tresleal compaignon je voy bien que vous avés aulchun grant empeschement ou grant malle adventure ou enfermecté de corps dont je suis tres desplaisant Et pource que au besoing voit on l’amy Je fais veu a dieu et luy promés sur ma foy que je luy doy & la coronne que je porte que aussi seul que vous partites de ce royaulme/ que je m’en partiray aussi Ne jamais tant que je vive ne aresteray jusques ad ce que je saiche se vous estes vif ou mort Puis en torchant ses yeulx se partit de la chambre et vint en une salle Et commanda a faire lettres pour assembler les trois estas/ et tous les princes du païs. Et quant ilz furent tous assemblés ilz commença a remonstrer et dire qu’ilz debvoient cognoistre que pas possible ne luy estoit de bien povoir gouverner les deux royaulmes qu’il avoit en sa charge Et pour ce sa voulenté estoit de commectre aulchun prince en son lieu pour estre regent de castille Car il vouloit retourner en celuy d’algarbe pour ce que plus l’aymoit a cause qu’il estoit sien par heritaige et que c’estoit le lieu de sa naissance Pource vouloit sçavoir d’eulx se leur plaisir estoit qui resignast son estat a sa discrecion a celuy qui plus ydone estoit et leur sembleroit Ou s’ilz en vouloient eslire ung a leur discrecion et conseil. Ilz respondirent trespuissant roy d’algarbe nous ne vous avons point tenus pour regent Mais pour roy jusques a la revenue de olivier comme vous povés cognoistre Car nous ne vous trouvasmes oncques desobeissant Et si n’y a celuy de nous qui aussi voulentiers ne vous feist plaisir comme a noustre souvrain seigneur Voustre voulenté est maintenant de vous partir dont il nous poise. Mais puis que ainssi est et que nous ne vous povons tenir eslisez lequel de nous qui vous plaira et luy baillés voustre lieu/ car nous tendrons voustre election Toutesfois jamais n’aurons homme si chier comme vous Artus les mercia et esleut ung prince preudomme et homme de grant vertu pour estre regent Puis prinst congié d’eulx en grans pleurs. Et aprés ung jour ou deux se partit a ung nombre de gens Et tant fist qu’il vint en son royaulme/ et luy venu il recommanda a son connestable tout le fait de son païs/ puis commanda a toutes ses gens qu’ilz obeissent a luy et dist qu’il vouloit aller en ung lieu seul qui gueres n’estoit loing Et que a l’aide de dieu il ne demourroit guere Ce fait partit par une belle matinee et s’en alla sans avoir aultre compaignie que de dieu tant seullement auquel je prie qui soit a son aide Car bon mestier en avoit comme vous pourrés oÿr cy aprés.