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Le livre de Olivier de Castille et de Artus d'Algarbe

Chapter 63: Comment olivier se partit de londres/ et vint au lieu ou il avoit laissié son compaignon Et comment il luy crya mercy.
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About This Book

The narrative presents a medieval chronicle of noble lineage and chivalric deeds, opening with the death of a queen and the birth and baptism of her son, whose presence consoles a grieving king. Courtly counselors urge the king to remarry to secure succession, leading to embassy, negotiation, and agreement with a lordly widow whose own son promises a future alliance. Scenes alternate between mourning, ceremonial rites, diplomatic exchange, and preparations for marriage, while the text frames these episodes as exempla intended to recall courage, loyalty, and virtue and to rouse noble hearts to emulate ancestral conduct.

Comment olivier se partit de londres/ et vint au lieu ou il avoit laissié son compaignon Et comment il luy crya mercy.

En ceste doleur et tristesse fut tant que le jour vint Incontinant qui le choisit poindre il se leva et fist seller son cheval sur quoy il moncta. Et tant fist qu’il arriva au lieu ou il avoit laissé artus Et quant il ne le trouva/ il commença a querir de toutes pars Et ainssi qu’il alloit d’une part a l’aultre/ il oÿt vers le bois une voix qui se complaignoit tresamerement. Pour ce alla celle part Et quant il vint pres de la il cogneut que c’estoit son compaignon qui a tresgrant paine s’estoit trainé hors du chemin jusques dessoubz ung arbre. Et quant olivier le choisit il mist pié a terre Et certes il avoit tant de doulleur que a paine se povoit soustenir Et crois que se dieu ne luy eust aidé qu’il se fust desesperé et boucté de son espee au travers du corps/ laquelle il tira de son fourreau Et a la premiere parolle qu’il dist a son compaignon fut telle en soy gectant a genoulx/ l’espee nue tenant en sa main Lasse mon frere regarde ce chetif en pitié qui si tresgriefvement t’a offensé que jamais n’est digne d’avoir pardon ne de dieu ne de toy. Et pource voycy une espee prens la & me ouste la vie Car je l’ay bien deservi Comme le plus malheureux qui oncques fut nez de mere Et certes se tu le fais tu feras plus pour moy que de le me pardonner Car aussi bien le sourplus de mes jours sera de vivre en tristesse sans jamais avoir joye Artus voiant son compaignon ainssi se humilier envers luy/ dist/ mon frere et mon amy je prie dieu qui vous vueille pardonner ce que vous m’avez meffait. Car de ma part je vous pardonne de bon cuer Et penssés qu’il est plus possible que toutes choses que dieu a faictes se changent et muent. Que jamais l’amour et fraternité que j’ay a vous parte de moy. N’est point possible que jamais chose se ce n’est la mort le puist jamais separer Quant olivier vit si humblement parler il eust volu estre mort. Et ne sçavoit que dire si non plourer tressoudainement auprés de luy. Pource artus luy pria qu’il voulsist regarder comment il pourroit estre ousté de la. Car il souffroit et avoit souffert la nuyt devant tant de doulleurs que dure merveille a cause de sa bleseure Adonc olivier luy demanda s’il attendroit bien tant qu’il fust allé jusques a ung petit villaige prouchain de la querir ung charriot Artus luy dist que oÿ Et luy pria qu’il se voulsist haster Olivier y alla/ Et fist si grant diligence que en peu de temps il en amena ung/ sur quoy il fut mis Et en ce point mené jusques a londres/ et olivier avecques luy dedens pour luy tenir compaignie Et luy fist bailler chambre a court. Aprés ce fait fist venir olivier tous les seigneurs du roy/ lesquelz mirent a point Et tant firent que en peu de temps il alla par la chambre Olivier qui songneusement le venoit veoir/ compta a sa femme la chose comment elle alloit et avoit esté/ et comment par l’espasse d’ung mois ung aultre homme que luy avoit couché avecques vous Laquelle fut toute esbahye. Et luy fist serment que oncques ne luy avoit touché en nulle maniere Non pas seullement de baisier Le roy pareillement demanda a olivier quel homme c’estoit. Olivier luy dist que c’estoit ung sien bon compaignon qui de sa jeusnesse avoit esté avecques luy nourri Puis commença a raconter de sa grant loyaulté Comment il avoit couché avecques sa femme et la maniere et comment il s’i estoit conduis Puis les paines et les travaulx qu’il avoit heu pour le mectre hors de prison ou il estoit. Et les grans vaillances que a ceste cause il avoit faictes. Adonc luy compta le piteux guerdon/ et la povre remuneracion qui luy avoit baillié/ pour quoy il supplioit au roy qui le voulsist honnorer autant ou plus que luy Car il valoit et estoit plus digne de toutes honneurs qu’il n’estoit.