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Le livre de Olivier de Castille et de Artus d'Algarbe

Chapter 68: Comment olivier en ung bassin d’argent apporta le sanc de ses deux enfans a son compaignon Et luy fist boire et fut du tout gari.
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About This Book

The narrative presents a medieval chronicle of noble lineage and chivalric deeds, opening with the death of a queen and the birth and baptism of her son, whose presence consoles a grieving king. Courtly counselors urge the king to remarry to secure succession, leading to embassy, negotiation, and agreement with a lordly widow whose own son promises a future alliance. Scenes alternate between mourning, ceremonial rites, diplomatic exchange, and preparations for marriage, while the text frames these episodes as exempla intended to recall courage, loyalty, and virtue and to rouse noble hearts to emulate ancestral conduct.

Comment olivier en ung bassin d’argent apporta le sanc de ses deux enfans a son compaignon Et luy fist boire et fut du tout gari.

Olivier luy seul tenant le bassin a deux mains vint a la chambre de son compaignon Et fist partir ceulx qui y estoient Et aprés prinst plain ung petit pot de ce sanc qui encore estoit tout chault et en donna a boire a son compaignon qui ne sçavoit que c’estoit. Mais l’istoire met que incontinant qu’il en heut goucté toute la vermine qu’il avoit en la teste luy cheut. Avecques ce il gecta hors toute la pourriture qu’il avoit dedens le corps/ tellement qu’il se sentit de tous poins gari/ reservé que la chair mengié de son visaige ne fut pas si toust revenue Mais olivier par deux ou trois fois l’en lava et luy en donna a boire le sourplus tant qu’il reut sa veue Et que son visaige fut aussi entier comme il avoit esté Quant artus se trouva gari il se mist a genoulx pour vouloir baisier les piez de son compaignon Et olivier qui joyeulx estoit de la garison de son compaignon luy dist. Mon amy rens graces a dieu/ et aprés a mes enfans/ lesquelz j’ay occis pour toy donner sancté Et affin que tu le croies mieulx vela le bassin qui est encore senglant de leur sanc Artus voyant et oyant ceste merveille en heut si grant horreur et cruaulté qu’il ne povoit a paine croire. Et luy dist ha ha olivier comment peulz tu gesir si grant horreur et cruaulté estre en cuer loyal comme le tien/ que d’avoir occis tes deux enfans pour moy homme estrangier qui de riens ne t’apartient Certes je vouldroie estre mort & oncques ne te fust advenu Olivier luy dist mon amy j’en estoie pere/ et veu que je les ay mis a mort tu n’en as nulle culpe. Car ce n’a pas esté a ta requeste pourtant soies content Mais mon tresloyal compaignon une aultre chose y a Car il fault que la departie se face de nous deux Pource je te recommande ma femme/ et te prie que tu la vueilles reconforter et aider Car je sçay bien qu’elle aura grant mestier d’aide quant elle sçaura ce qui luy est advenu Tout l’or du monde ne me garderoit pas se le roy le sçavoit Pour ce m’est force de partir Et aller en lieu ou jamais nouvelles de moy ne soit sceue/ & ou je puisse servir dieu le demourant de ma vie Pour purgier mes vices & pechés Tandis que olivier parloit a son compaignon La dame qui la garde de ses deux enfans avoit Estoit vers helaine qui se complaingnoit fort de ce qu’elle ne sçavoit de l’estat des enfans. Et se excusa & disoit que se aulchun mal en advenoit que c’estoit par ledit olivier.