Cy devise des grandes et evidentes miracles que noustre seigneur fist pour olivier de castille et pour sa loyaulté.
Olivier se pensa que ce seroit chose inhumaine de veoir ses deux enfans decollez. Pource s’en alla en la chambre la ou ilz estoient pour les vouloir mectre en ung lieu ou on ne les sceust trouver Affin que jamais n’en fust nouvelles Et ce vouloit il faire devant son partement. Et quant il heut haussié la couverture il ouvrit la fenestre qui estoit close pour plus a plain veoir Puis vint vers lesdis enfans les grosses larmes es yeulx. Et en gectant sa veue sus eulx apperceut que tous deux avoient vie/ et se jouoient l’ung a l’aultre Quant olivier vit ce miracle tant evident la grant joye qu’il heut luy serra si fort le cuer qu’il cheut pasmé en la terre Et quant il fut relevé il les commença a embrasser et baisier si fort qu’il ne s’en povoit saouller. Puis commença a dire O tresinnumerable puissance de dieu que nul homme ne peult comprendre Je te rens graces et merci des biens que a moy povre pecheur indigent tu fais/ en demonstrant ta misericorde Il prinst ses deux enfans entre ses bras et les enveloppa d’ung linseul tout sanglant Et le premier qu’il trouva fut son loyal compaignon auquel il dist frere esjoys toy/ va vers le roy et fais tant qu’il me suyve a l’esglise la ou je voys Pareillement ma femme et tous ceulx de la court que tu pourras trouver. Lors passa olivier et alla tout seul au long des rues de la ville en tel estat qu’il estoit Et tant qu’il vint a la grant esglise ou il commanda que toutes les cloches fussent sonnees/ affin que toutes manieres de gens venissent Il moncta hault pour estre oÿ de toutes gens et de toutes pars Et adonc il commença a dire quant il vit que le roy estoit venu et que l’esglise estoit toute plaine de gens. Trespuissant roy d’angleterre tu as marié ta fille a ung homme incogneu. Car tu sçays que ma parenté ne te donnay oncques a cognoistre Toutesfois penses se mes meurs et mes condicions ne sont si haultaines et si vertueuses qu’elles debveroient estre qui ne procede pas de ma lignie Laquelle est royalle Car je suis filz de roy et de royne Et aussi a present roy de castille. Et pource que oncques puis le traspas de mon chier seigneur/ et pource que le royaulme m’est escheu je n’y fus jamais. Mais ma volenté est a present de y aller et de moy faire coronner roy/ et ma femme royne Pource tresnoble roy je vous prie que quant la vendra vous me facés ceste honneur/ et a voustre fille que de nous tenir compaignie C’est rayson que je y voise a plus de gens que je n’en parti Mon partement fut seul pour certaines causes qui a ce me mouvoient. Non obstant je avoie prins congié de ce tresvaillant et puissant roy d’algarbe et mon loyal compaignon artus que veez la Je luy laissé unes lettres par lesquelles je luy prioie que s’il veoit l’eau d’une fiolle que je luy avoie laissié changier sa coulleur qu’il se meist en enqueste aprés moy Car je auroie besoing et mestier d’ayde Il ne l’oublia pas Car il y regarda tant qui la vit changié Et ce fut a l’eure de ma prinse en yrlande Quant il apperceut luy qui est roy cremu et obeÿ et avecques ce regent de castille En attendant mon retour il habandonna terres possessions et seignories et toutes aultres choses pour l’amour de moy Puis seul sans compaignie se mist a chemin Et voua a dieu que jamais n’arresteroit jusques ad ce qu’il auroit nouvelles de moy.