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Le livre des lotus entr'ouverts cover

Le livre des lotus entr'ouverts

Chapter 47: LE PRÊTRE UVASTRI
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About This Book

A sequence of short lyrical prose pieces and vignettes blends mystical reverie, recollections of past lives, and intimate domestic observation. The narrator relates visionary moments and meditative encounters with sacred objects, while parables and quiet portraits evoke small acts of tenderness, superstitious care, and ceremonial encounters. Rich, sensorial imagery and ritual motifs explore longing, beauty, and the quest for spiritual continuity. The tone shifts between contemplative introspection and restrained irony, and the arrangement favors atmosphere and poetic meditation over a sustained narrative.

LE PRÊTRE UVASTRI

Il ne fallait jamais faire devant elle le récit d’un meurtre. Alors, elle se mettait à trembler, elle prononçait des mots incompréhensibles, ses prunelles devenaient fixes, elle suivait dans l’espace une mystérieuse scène tragique.

Le voilà le prêtre Uvastri ! disait-elle avec épouvante. Il faut avoir pitié de moi. Et elle cherchait à s’enfuir ou elle s’avançait d’autres fois avec un visage menaçant. Et tournée vers la porte close, elle criait : Il vient d’entrer, le prêtre Uvastri se tient là.

Et le soir quand nous étions seuls elle s’arrêtait parfois de chanter, elle se blottissait contre moi, elle me serrait la main longuement et regardant obliquement la porte elle murmurait avec une voix de petite fille, elle murmurait comme en rêve : Est-ce que tu sais si les morts pardonnent ?

Souvent je croyais le voir marcher autour de la maison. Il avait des yeux étrangement rouges dans un visage pâle et triste et ses dents luisaient entre ses lèvres. Il était tout de blanc vêtu et tirait un peu une jambe. Il semblait las et quand il se tournait je distinguais entre ses deux épaules la trace sanglante d’une blessure.

Et elle me disait, certains jours : O mon bien-aimé que la vie est belle quand on s’aime. Le prêtre Uvastri ne reviendra plus. Elle se trompait pourtant. On ne tue pas le passé d’un coup de poignard entre les deux épaules. Toujours il sera derrière la porte, ce triste, ce terrible, ce pitoyable prêtre Uvastri.