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Le livre des lotus entr'ouverts cover

Le livre des lotus entr'ouverts

Chapter 73: LA DESCENTE DU FLEUVE
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About This Book

A sequence of short lyrical prose pieces and vignettes blends mystical reverie, recollections of past lives, and intimate domestic observation. The narrator relates visionary moments and meditative encounters with sacred objects, while parables and quiet portraits evoke small acts of tenderness, superstitious care, and ceremonial encounters. Rich, sensorial imagery and ritual motifs explore longing, beauty, and the quest for spiritual continuity. The tone shifts between contemplative introspection and restrained irony, and the arrangement favors atmosphere and poetic meditation over a sustained narrative.

LA DESCENTE DU FLEUVE

Nous n’arriverons jamais ! Allez plus vite, rameurs ! Sous la toiture en bambous de mon bateau, à force d’avoir bu du vin, je ne vois qu’un morceau circulaire du ciel où dansent les étoiles. Descendez, descendez le fleuve, rameurs, nous n’arriverons jamais.

Où allons-nous ! Je ne sais pas bien. Mais allez plus vite, rameurs. Sous la toiture en bambous de mon bateau, je ne vois, à force d’avoir bu du vin, qu’une partie de mon âme où dansent des souvenirs. Descendez, descendez le fleuve, rameurs. Nous n’arriverons jamais !

Là-bas, il y a une maison où m’attend une femme belle comme un morceau de jade blanc. Allez plus vite, rameurs. J’ai tellement bu de vin que je n’arriverai pas à la reconnaître. Descendez, descendez le fleuve, rameurs, nous n’arriverons jamais !

C’est elle ! Elle me fait signe. Elle trouve que je suis en retard. Allez plus vite, rameurs ! Mais j’ai tellement bu du vin qu’il me semble que son visage est changé et que je suis en présence de Siva le destructeur des formes. Descendez, descendez le fleuve, rameurs, nous n’arriverons jamais.

Toutes les lanternes s’éteignent sur la rive. On entend au loin crier les panthères. Allez plus vite, rameurs. Il y a un endroit solitaire où commence la forêt. Vous me déposerez là et je m’en irai droit devant moi car la sagesse m’attend au pied d’un banian. Descendez, descendez le fleuve, rameurs, nous n’arriverons jamais.