—Tout est bien, dit-elle en présentant le contrat à ce dernier, je le ferai signer aujourd'hui même par M. le marquis.
IV.
Mais pendant que tout conspirait ainsi contre l'amour de Jeanne, son malheur même lui acquérait un secours inattendu.
La crainte de rencontrer madame de Solange l'avait empêchée quelque temps de retourner vers son père; son inquiétude l'emporta enfin sur tout le reste, elle se glissa jusqu'à la porte du marquis, et, après s'être assurée qu'elle était seule, entra furtivement.
Celui-ci parcourait la chambre avec agitation en prononçant des mots sans suite. A la vue de Jeanne, il s'arrêta court et lui tendit les bras.
—La lettre! la lettre! balbutia-t-il.
—Ma mère l'a lue? demanda Jeanne tremblante.
—Et emportée!
La jeune fille poussa un cri.
—Ce n'est point ma faute, Jeanne, reprit le vieillard en étendant les mains; elle m'a parlé de la messe du roi..., de promenade dans la forêt... Puis elle avait promis de la rendre: tu ne devais pas le savoir.[60] Oh! Jeanne! Jeanne! tu ne m'en veux pas?[61]
Celle-ci s'était laissée tomber sur un fauteuil en se couvrant le visage.
—Au nom du ciel, ne pleure pas! dit le vieillard près de pleurer lui-même.
—Ah! mon père, vous m'avez perdue! s'écria la jeune fille suffoquée de sanglots.
—Perdue! répéta M. de Solange. Que contenait donc cette lettre? Jeanne ne t'effraie pas ainsi, je t'en conjure; mon Dieu! pourquoi aussi me la donner à garder? Je suis sans force, sans volonté, moi. Tu n'as jamais remarqué son regard immobile et perçant! Quand il se fixe sur mois, vois-tu, je sens ma tête qui tourne, mes membres qui tremblent: j'ai peur!
Ces mots étaient prononcés d'une voix si profondément altérée, qu'au milieu même de sa désolation Jeanne en fut touchée. Elle saisit les mains de son père avec une pitié douloureuse et les baisa tendrement. Cette caresse toucha le vieillard; son front s'éclaircit.
—Tu me pardonnes, Jeanne, n'est-ce pas? dit-il, en appuyant ses lèvres tremblantes sur la joue de sa fille. Oh! sois tranquille! tout cela finira bientôt; bientôt, tu ne seras plus son esclave et tu pourras faire ce qui te plaît.
—Moi, mon père!
—Ne vas-tu pas épouser le comte de Lanoy?
—Ah! jamais! s'écria la jeune fille avec désespoir. Le marquis releva la tête.
—Jamais! répéta-t-il étonné; que veux-tu dire, Jeanne?
—Oh! mon père! je suis bien malheureuse! sanglota celle-ci en se jetant dans ses bras.
—Toi, malheureuse, Jeanne? Au nom du ciel, qu'y a-t-il donc? Regarde-moi. Pourquoi pleurer?
Et, comme si un trait de lumière l'éclairait tout à coup:
—Oh! s'écria-t-il, ce n'est pas le comte que tu aimes!
La jeune fille se cacha, honteuse et éplorée, dans le sein du vieillard.
—Oui, je comprends, reprit-il. Il y en a un autre!... que ta mère repousse, n'est-ce pas?... Ta mère ne songe qu'à t'élever pour monter après toi! pauvre enfant!... Et tu l'aimes donc bien?
—Ah! mon père, murmura Jeanne, en se pressant sur son cœur.
—Hélas! hélas! que faire? dit-il d'un ton abattu. Elle a choisi le comte, Jeanne; elle veut que tu l'épouses; et on ne peut lui résister, à elle.
—Oh! je le sais! reprit la jeune fille avec des sanglots; mais plutôt que d'épouser le comte, mon père, je mourrai!
—Toi!
—Oui, reprit-elle avec une énergie désolée, car tout me sera plus facile que de supporter une pareille union. Songez, mon père: promettre à Dieu de vivre pour quelqu'un, alors que toute votre âme est ailleurs! se condamner à mentir jusqu'à la mort? c'est impossible! Et lui, que deviendra-t-il si je l'abandonne! Vous ne savez pas combien il est bon! Nous parlions de vous si souvent, et il vous aimait seulement parce que je vous aimais! Oh! j'aurais pu être si heureuse avec lui, mon père!
La jeune fille parlait d'une voix entrecoupée, et sa douloureuse exaltation avait gagné le vieillard.
—Eh bien! s'écria-t-il tout à coup, partons ensemble!
—Partir?
—Oui, Jeanne; c'est le seul moyen d'échapper à sa tyrannie. On veut te faire souffrir comme moi; fuyons.
—Y pensez-vous?
—Qui nous en empêche? Ne suis-je pas ton père? Avec moi, tu peux aller partout sans honte. Je vous suivrai, Jeanne; nous irons vivre bien loin, dans quelque coin de campagne où je serai libre de me promener sous les arbres sans un gardien. Si nous sommes pauvres, je travaillerai.
—Vous, mon père?
—Oui, oui; mes forces reviendront, enfant. Ici, sa présence m'empoisonne l'air; je sens autour de moi sa volonté comme un réseau de fer qui m'oppresse... Voilà pourquoi je suis faible, vieux et sans raison. Mais la liberté me rajeunira... Avertis-le, Jeanne; dis-lui qu'il prépare tout et nous fuirons avant que ta mère se doute de rien.
—Hélas! il est trop tard, murmura la jeune fille; la lettre lui aura tout appris.
—La lettre? reprit le marquis en changeant de visage. Oh! oui, tu as raison... La lettre!... Et c'est moi qui l'ai livrée! C'était un dépôt; je l'ai vendu pour de vaines promesses.
—Mon père!
—Vendu, Jeanne! Oh! je suis un lâche!
Le vieillard heurtait son front contre le fauteuil; Jeanne l'entoura de ses bras.
—Ne dites point cela, mon père! s'écria-t-elle; ne vous accusez pas; n'ayez point de douleur pour moi! Dieu a tout fait, et il n'a point voulu me donner la joie que je lui demandais. Lui seul est le maître et règle l'avenir! Puisqu'il m'est refusé de vivre pour Jérôme dans ce monde, eh bien! j'irai prier pour lui dans un couvent. Embrassez-moi, embrassez-moi, mon père, car bientôt vous ne me verrez plus!
—Non, Jeanne, s'écria le marquis, en la serrant contre sa poitrine, cela ne sera point! Toi dans un cloître, ma belle, ma douce Jeanne! Et que ferais-tu, sous le voile, de tes chères bouffées de joie? qui rendrais-tu heureux de ton affection? Ah! tu ne sais point tout ce que l'on peut souffrir au fond d'un couvent!
—Non, mais je sais, mon père, tout ce que l'on souffre dans certaines unions....
—Comme dans la mienne, n'est-ce pas? dit le vieillard en pâlissant. Tu as raison; je n'y avais pas songé. Si tu allais souffrir autant que moi!
Et cette pensée le fit frissonner.
—Jeanne! tu ne te marieras point contre ton gré, s'écriat-il avec force. Toutes les unions sans amour doivent se ressembler. Tu ne te marieras point; je m'y opposerai, je suis ton père; ce titre-là, du moins, ils n'ont pu me l'ôter. Ils ne peuvent disposer de ta main malgré moi. Tu n'épouseras point le comte.
—Je venais pourtant présenter le contrat à votre signature, dit une voix calme et sonore.
Madame de Solange venait d'entrer et se tenait à quelques pas, des papiers à la main.
La jeune fille se serra contre son père avec effroi. Celui-ci tressaillit, mais sans baisser les yeux. La marquise s'approcha.
—Je crois inutile de rappeler tous les avantages de l'alliance convenue, dit-elle froidement. Les paroles sont données, les conventions écrites, et rien au monde ne pourrait me faire revenir sur ma décision. J'ai donc lieu de croire que M. le marquis ne s'opposera point à l'exécution d'un projet qu'il avait approuvé lui-même.
—Mon consentement suivra celui de Jeanne, répondit M. de Solange d'un ton d'hésitation.
—Votre consentement suivra le mien, monsieur, reprit la marquise avec impatience. Ma volonté n'est point de celles qui cèdent aux caprices ou aux larmes; je ne discute pas, je veux! Signez!
Sa voix avait une domination inflexible et menaçante dont Jeanne fut saisie; mais le vieillard resta impassible. Il était arrivé à une de ces heures où l'âme la plus timide, poussée à bout, a besoin de la révolte pour se soulager d'une trop longue oppression. Sans répondre à l'ordre de la marquise, il prit vivement le contrat qu'elle tendait, le froissa avec mépris et le jeta à terre.
—Vous voyez bien que je ne signerai pas, madame! dit-il d'un ton résolu.
La marquise pâlit. Elle regarda le vieillard, puis l'acte qu'il avait repoussé d'un air dédaigneux.
—Prenez garde à ce que vous faites, monsieur, dit-elle d'une voix tremblante; votre état a des privilèges, et j'aime à croire que vous n'avez point conscience[62] de votre action; mais veuillez[63] réfléchir.
—J'ai réfléchi, dit le marquis, et je refuse. Tant qu'il n'a été question que de mon bonheur, j'ai pu céder; mais Jeanne, madame, est plus que moi-même, c'est la seule part de ma vie que vous n'ayez point flétrie. Ce mariage ne se fera point contre sa volonté.
—Je ferai ce mariage malgré vous!
—Je vous en défie, madame. Mon titre de père me donne une autorité que je maintiendrai. Rien ici ne peut avoir lieu sans mon consentement; je suis le maître, le maître, entendez-vous? Ah! parce que ma tête s'est affaiblie dans l'isolement que vous m'avez fait, parce que je vous ai laissée longtemps me fouler aux pieds, vous croyez peut-être que j'ai oublié mes droits? mais pour me garder soumis il ne fallait pas toucher à cette enfant. Elle est venue pleurer dans mes bras en parlant de mort, de couvent, et ses pleurs m'ont rendu la force! Jusqu'ici j'ai souffert à l'écart, en silence; j'ai mieux aimé la douleur que le combat; mais le courage que je n'ai pas eu pour moi, je l'aurai pour elle. Sur le salut de votre âme, ne touchez point à Jeanne, car je suis son soutien, son tuteur, et je saurai la défendre!
En parlant ainsi, il serrait la jeune fille contre sa poitrine, tout tremblant d'émotion. Ses cheveux blancs semblaient s'agiter sur son front élargi. Sa taille s'était redressée; on eût dit qu'une force surhumaine était descendue dans ce corps brisé et qu'une âme longtemps cachée venait d'y faire une subite explosion.
Madame de Solange resta immobile. Cette révolte d'un homme si longtemps soumis à ses volontés était un prodige dont elle fut un instant comme intimidée; mais elle revint vite de sa stupeur.
—A la bonne heure! dit-elle d'un accent implacable et les yeux étincelants; c'est une lutte entre nous que vous appelez?[64] Je l'accepte! Jusqu'à présent j'avais cru pouvoir ménager un vieillard en enfance; j'avais laissé, par bonté, à un fantôme l'apparence du chef de la famille; mais il devient rebelle et dangereux: je saurai lui arracher cette apparence de droit dont il veut abuser! Vous vous dites le tuteur de cette enfant, monsieur? Dans quelques jours, vous en aurez un vous-même!
—Ah! madame! s'écria Jeanne en s'élançant les mains jointes vers la marquise.
Celle-ci la repoussa.
—Laissez-moi, dit-elle, vous avez voulu combattre, nous combattrons! Que cet esprit si prompt à proclamer vos droits tâche de les défendre. Nous verrons comment il soutiendra l'humiliant examen de ses juges. Je ne vous demande plus votre signature, monsieur, je n'en aurai bientôt plus besoin; un contrat se passe de la signature d'un interdit.[65]
A mesure que madame de Solange parlait, l'exaltation du vieillard semblait s'évanouir; le feu de ses regards s'était éteint, son front avait pâli, ses bras étaient retombés immobiles; on eût dit que cette âme, poussée un instant hors d'elle-même, reconnaissait la voix de son maître et rentrait insensiblement dans sa craintive obéissance. Mais, au dernier mot prononcé par la marquise, il poussa une exclamation d'épouvante.
—Interdit! balbutia-t-il, moi! Je ne veux pas de juges! Moi, répondre comme un criminel! Non, non! Je ne me défendrai pas! Vous ne ferez pas cela... par honneur... par pitié... Interdit! J'aime mieux mourir, madame, laissez-moi mourir!
Des larmes étouffèrent sa voix; il chercha son fauteuil à tâtons et s'y laissa tomber en chancelant.
—Mon père! ô mon père! s'écria Jeanne en le recevant à demi dans ses bras.
—Pas interdit! pas de juges! balbutia le vieillard. Et il s'évanouit.
V.
Huit jours s'étaient écoulés et tout semblait rentré dans le calme à l'hôtel de Solange; seulement ce calme avait quelque chose de lugubre. Depuis la scène que nous venons de rapporter, le bruit de la folie du marquis s'était sourdement répandu, sans qu'on pût la vérifier, car tous les services qui eussent conduit les valets près de son appartement avaient été interrompus par ordre de la marquise, et toutes les rumeurs susceptibles d'y parvenir sévèrement défendues. La vie semblait s'être brusquement retirée de cette partie de l'hôtel, et, à voir ces portes closes, ces contrevents soigneusement fermés, à travers lesquels glissait la lueur d'une lampe, on eût dit une de ces chambres consacrées au cercueil d'un mort.
Les défenses de la marquise s'étaient étendues jusqu'à Jeanne; toutes les prières de celle-ci pour qu'on lui permît de voir son père avaient été inutiles.
Ainsi privée du seul appui et de la seule consolation qu'elle pût invoquer, la jeune fille avait passé ces huit journées dans les larmes. A la douleur que lui causait la séquestration du vieillard, dont elle s'accusait d'être cause, venaient se joindre toutes les angoisses d'un amour sans espoir. Où était Jérôme, et que contenait sa lettre tombée au pouvoir de la marquise? Avait-elle pu le faire connaître? Ne l'exposait-elle point à quelque odieuse persécution? Que pensait-il du silence de Jeanne? Il l'accusait peut-être d'ingratitude ou d'oubli; il prenait quelque résolution fatale! Et nul moyen de l'avertir! La jeune fille appelait en vain à son secours toutes les imaginations de la douleur et de l'amour: la surveillance muette de sa mère l'entourait comme un réseau. Son esprit allait se heurter de tous côtés à l'impossible.
Alors venaient des désespoirs sans fin. Vaincue par la souffrance, elle allait jusqu'à regretter cet amour qui avait été si longtemps pour elle comme un soleil intérieur; elle demandait à Dieu cette nuit des cœurs froids et des méchants, puisque ceux-là seuls n'étaient point brisés.
Puis succédaient de profonds abattements! Cessant de se débattre, elle se laissait aller jusqu'au fond de l'abîme, et ne demandait à Dieu que de pouvoir mourir.
Madame de Solange avait suivi toutes les agitations de cette âme bourrelée d'un œil curieux, comme le médecin qui étudie la crise dont il veut profiter. L'exécution de la menace qu'elle avait faite au marquis entraînait avec elle trop de scandale et de danger pour qu'elle s'y arrêtât. Appeler des tiers à son aide, c'était s'exposer à les avoir pour maîtres ou pour ennemis. Elle préféra tout faire sans bruit, briser la résistance du père et de la fille en s'armant contre chacun d'eux de leur commune affection, obtenir enfin que Jeanne renonçât au bonheur, sans violence, et pour ainsi dire par compromis.
Mais elle comprit que pour l'amener là, il fallait d'abord la désintéresser de la vie en lui ôtant toute espérance, afin de profiter de l'espèce d'abandon de soi-même qui accompagne les grandes souffrances. Elle savait, en effet, combien l'abnégation est facile au désespoir, et avec quelle promptitude le premier élan de la douleur nous jette dans le dévouement.
Les circonstances la servirent à souhait pour l'exécution de ses projets.
Un matin l'on vint avertir Jeanne que sa mère la demandait. La marquise, qui se trouvait dans sa bibliothèque avec maître Durocher, fit signe à la jeune fille de passer dans sa chambre et de l'attendre. Celle-ci obéit; mais la vue du notaire l'avait saisie; elle pensa qu'il avait été appelé pour son mariage, dont madame de Solange ne lui disait rien depuis huit jours, et que son sort se décidait peut-être dans cet entretien. Poussée par une inquiétude curieuse, elle s'approcha doucement de la portière de tapisserie qui séparait la chambre de la bibliothèque, et prêta l'oreille.
Elle ne put d'abord saisir que quelques paroles confuses, et elle allait se retirer lorsqu'elle s'aperçut que maître Durocher s'était levé; la marquise le reconduisait,[66] et tous deux se rapprochèrent.
—Il est donc bien entendu, disait madame de Solange, que vous allez presser la rentrée des cinquante mille livres destinées à M. de Lanoy.
—Je ferai mes efforts, répondit maître Durocher.
—Et vous m'avertirez du résultat de vos démarches?
Tous deux étaient arrivés près de la portière; la marquise s'arrêta.
—A propos, dit-elle en souriant, et cet amas de vieux titres qui m'ont été envoyés dernièrement de province?
—Il faudrait les examiner, répondit le notaire; mais le temps me manque.
—Que ne confiez-vous cette besogne à vos clercs? vous en avez d'habiles.
—J'en avais un, répondit Durocher en secouant la tête; je vous l'ai même envoyé plusieurs fois.
—Envoyez-le-moi de nouveau.
—Plût à Dieu[67] que je le pusse, madame la marquise! mais Jérôme Bouvart n'est plus chez moi.
—Comment cela?
—Je l'ai perdu par suite d'un fol amour.
—Dont vous connaissez l'objet? interrompit vivement madame de Solange.
—Non, madame la marquise, mais dont j'ai constaté les tristes résultats. Depuis près de deux mois Jérôme était chaque jour plus sombre et il lui échappait parfois des paroles lugubres...
—Enfin?
—Enfin, il y a huit jours qu'il a subitement disparu.
—Et vous ignorez ce qu'il est devenu?
—J'ai peur de le savoir, au contraire. Soupçonnant quelque, acte de désespoir, j'ai pris des informations, et j'ai appris des bateliers qu'un garçon de l'âge et de la tournure de Jérôme avait été aperçu le soir sur le pont de la Tournelle.[68]
—Se peut-il?[69]
—Ils l'ont vu se promener près du parapet, d'un air égaré, jusqu'à la nuit.
—Et alors?
—Alors, madame la marquise, ils croient avoir entendu la chute d'un corps dans la rivière.
Un cri déchirant et étouffé interrompit maître Durocher; il se détourna étonné et regarda madame de Solange; mais celle-ci avait feint de ne rien entendre: elle ouvrit la porte de la bibliothèque.
—J'attendrai que vous ayez remplacé ce jeune homme, dit-elle avec un calme souriant. Au revoir, maître, et portez-vous bien.
Le notaire sortit.
A peine eut-il tourné le corridor, que madame de Solange courut à sa chambre, et soulevant la portière, elle aperçut Jeanne étendue sans mouvement sur le parquet.
La douleur qui saisit la jeune fille au sortir de son évanouissement amena une fièvre délirante dont la marquise elle-même fut effrayée. Cette âme, fermée à toutes les affections, n'avait pu soupçonner la force du coup qu'elle portait à Jeanne; elle en demeura saisie, non de remords, mais d'épouvante. Avec Jeanne périssaient les dernières espérances d'élévation qui frappaient son orgueil. La vie de Jeanne lui devint plus précieuse que la sienne même, et cette vanité à l'agonie montra toutes les angoisses de la tendresse. L'ambitieuse pleura des larmes de mère.
Assise au chevet de sa fille, elle épiait ses mouvements, écoutait son souffle, interrogeait les teintes les plus fugitives de son front brûlant. Tous les secours de l'art furent appelés, tous les soins prodigués. Enfin la nature vainquit la douleur même: Jeanne se rétablit.
Pendant que l'état de la jeune fille avait inspiré quelque inquiétude, madame de Solange avait soigneusement évité tout ce qui eût pu lui rappeler le mariage projeté; mais dès que ses craintes furent dissipées, elle songea à presser, l'accomplissement de son projet.
Semblable à un accusé que l'on arrache à la mort pour le conserver aux tortures du bourreau, Jeanne ne revenait à la santé que pour subir de nouvelles persécutions. Le retour du comte de Lanoy, que ses affaires avaient appelé en Bourgogne, était prochain et devait la trouver prête à obéir. Madame de Solange eut recours à toute l'énergie de sa volonté pour soumettre cette âme affaiblie.
Hélas! la maladie et le désespoir y avaient laissé peu d'éléments de résistance, et désormais, sans intérêt au monde, elle ressemblait à une barque qui a perdu son point d'attache et flotte impuissante à toutes les vagues.
Cependant, bien qu'elle partageât l'erreur de M. Durocher, et qu'elle crût à la mort de Jérôme, dont la disparition était l'ouvrage de sa mère, son souvenir lui restait, et elle voulait demeurer fidèle à ce doux fantôme. Mais la marquise savait le moyen de vaincre ses derniers scrupules; elle avait déjà réussi à lui ôter la force en lui ôtant l'espoir; il ne restait plus qu'à lui présenter la soumission comme un sacrifice nécessaire.
Depuis sa convalescence, la jeune fille avait plusieurs fois demandé à voir son père. Cette faveur lui fut enfin accordée.
Ce fut Baptiste qui introduisit Jeanne chez le marquis. Les volets y étaient soigneusement fermés et une lampe de nuit y répandait seule sa douteuse clarté. Mais lorsque les yeux de la jeune fille se furent accoutumés à la demi-obscurité qui y régnait, elle ne put retenir un cri de surprise à l'aspect sombre et dévasté de l'appartement.
Les rideaux, les meubles et les tableaux avaient été enlevés. Une tapisserie, dont les personnages livides semblaient vaciller à la vague lueur de la lampe, garnissait seule la muraille et leur donnait un aspect encore plus sombre. Le bruit des pas de la jeune fille, amorti par un double tapis, n'avait point sans doute été entendu du vieillard, car il resta immobile. Jeanne s'approcha de son lit sans rideaux et put le contempler avec un douloureux saisissement.
Il était étendu, la tête nue, les yeux fermés et les mains jointes; ses cheveux sans poudre tombaient épars sur ses joues creuses, de longues veines bleuâtres traversaient son front pâle, et ses lèvres desséchées laissaient échapper un souffle entrecoupé.
La jeune fille joignit les mains et se glissa à genoux près du lit. Ce mouvement parut tirer le marquis de sa torpeur. Il rouvrit les yeux, souleva la tête et aperçut Jeanne.
Celle-ci saisit une de ses mains, qu'elle couvrit de pleurs et de baisers.
—C'est moi, mon père, dit-elle; ne me reconnaissez-vous point?
Le vieillard la regarda fixement; puis, dégageant la main qu'elle tenait:
—Interdit! murmura-t-il. Plus de soleil... plus de bruit... plus rien!...
—Mon père! s'écria Jeanne épouvantée en se redressant.
Il y avait dans ce cri un effroi si tendre qu'il pénétra jusqu'au cœur du marquis. Il regarda fixement la jeune fille, et un éclair traversa ses yeux.
—Jeanne, dit-il en tendant les bras...
—Oui, mon père, oui, votre Jeanne bien-aimée, reprit la jeune fille; regardez-moi. Oh! que vous êtes pâle, mon Dieu!
—Ils m'ont interdit, répéta le vieillard.
—Ne le croyez pas, mon père.
—Regarde plutôt, murmura-t-il en promenant les yeux autour de lui... Ils m'ont tout ôté, jusqu'à la chambre où je vivais depuis dix années.
—Cette chambre, vous y êtes! mon père.
—J'y suis, dis-tu, folle! Où sont alors mon grand fauteuil; ma bibliothèque, les portraits de ma famille, la pendule d'écaille[70] que j'aimais à entendre sonner la nuit! Non! non! Ils ont mis cette grande tapisserie pour me tromper; mais ceci est une tombe, vois-tu. Fais attention en sortant, et tu liras mon nom au-dessus. Ils m'ont descendu au cercueil tout vivant, Jeanne, parce que j'étais interdit.
—Oh! mon père, mon père! revenez à vous!
—Regarde plutôt, ajouta le marquis en montrant avec une honte presque féminine ses cheveux défaits et son linge souillé, ils m'ont refusé jusqu'aux soins de chaque jour; je ne suis plus pour eux qu'un cadavre.
Et comme si une pensée d'orgueil traversait son affliction:
—Mais il n'importe, continua-t-il d'un ton de triomphe, j'ai refusé de signer, Jeanne. Ah! ah! ah! elle croyait me faire céder comme autrefois, mais pour toi j'aurais résisté à Dieu. Ne crains pas, va, Jeanneton; qu'elle vienne encore, eût-elle la mort avec elle, je répondrai comme avant: Je refuse! je refuse! je refuse!
—Mon père, s'écria Jeanne éperdue, oh! mon père, c'est moi qui suis cause de tout! Si j'avais obéi, vous seriez encore libre et heureux. Mais vous ne pouvez rester ici, mon père; il faut que vous quittiez ce cachot; vous en avez le droit. Venez!
-Tais-toi, dit le vieillard, dont la préoccupation n'était déjà plus la même; tais-toi; c'est l'heure où il va paraître.
—Qui cela mon père?
—Plus bas! plus bas! Il y a un Dieu même pour les interdits, vois-tu. Ils ont cru m'ôter la vue du soleil; mais il me visite malgré eux chaque jour.
—Que dites-vous?
—Regarde de ce côté, sous cette croisée: un rayon s'y glissera bientôt... Il ne brille qu'un instant, mais il revient tous les jours et je compte les heures en l'attendant. Grâce à lui je sais qu'il y a encore un soleil sur la terre. Mais surtout n'en dis rien à ta mère, Jeanne, n'en parle à personne; ils m'ôteraient mon rayon.
—O mon père! dit la jeune fille attendrie, vous souffrez donc bien de votre captivité!
—Si je souffre! ah! tu ne sais pas ce que c'est que cette nuit et ce silence éternels! Il y a des instants où je doute de ma vie et où ce lit me paraît un cercueil. Oter ses habitudes à un vieillard, vois-tu, c'est comme si l'on voulait changer son cœur de place. Je me cherche moi-même au milieu de cette dévastation. Ils m'ont enlevé tout ce que mon œil connaissait, tout ce qui me rappelait quelque chose. En vidant cette chambre, ils ont vidé ma mémoire; je ne me souviens plus, je ne désire plus, je cherche le monde autour de moi sans le trouver.
—Se peut-il, ô mon Dieu!
—Oh! si je pouvais sortir, reprit le vieillard d'un ton plaintif; une heure... une minute!... Jeanne, ne peux-tu me délivrer sans qu'ils le sachent? Le temps seulement de voir le ciel, d'entendre les oiseaux, de sentir un peu d'air dans mes cheveux. Jeanne, faudra-t-il donc mourir au fond de ce sépulcre?
Il avait les mains jointes et sanglotait comme un enfant. La jeune fille éperdue se jeta dans ses bras.
—Non, mon père! s'écria-t-elle suffoquée de larmes, on vous rendra la liberté, vous verrez le jour.
—Quand cela?
—Sur-le-champ, mon père!
Elle s'était élancée vers la sonnette, dont elle tira vivement le cordon. La porte s'ouvrit, et madame de Solange parut.
—Que mon père soit libre, madame, s'écria la jeune fille en courant vers elle, je consens à épouser M. de Lanoy.
. . . . . . . . . . . .
Huit jours après, les cloches de Saint-Louis[71] sonnaient à pleines volées et une longue file de carrosses assiégait la porte de l'église. On y célébrait le mariage du comte avec mademoiselle de Solange.
Près de l'autel se tenait le marquis, en habits de fête, regardant la foule parée, respirant l'odeur de l'encens et écoutant le chant des orgues d'un air ravi.
L'union prononcée, au moment où le prêtre se retirait, Jeanne se leva chancelante et comme égarée; mais ses yeux, en se promenant autour d'elle, rencontrèrent le vieillard; elle s'élança vers lui par un mouvement pour ainsi dire désespéré, et, se jetant dans ses bras:
—Réjouissez-vous, mon père, s'écria-t-elle; désormais vous serez heureux.
De retour à l'hôtel, les nouveaux époux trouvèrent le notaire qui apportait à signer des quittances et actes additionnels. A cette vue les deux familles se séparèrent, par l'instinct de leurs intérêts opposés; les politesses réciproques cessèrent pour faire place à une gravité contrainte, et l'on s'assit, comme des ennemis en présence qui vont discuter les conditions d'un traité.
Maître Durocher commença à lire les différentes pièces de ce ton endormeur dont sa longue expérience lui avait donné l'habitude. Il savait que peu de patiences pouvaient tenir à la monotonie d'une pareille lecture, et que l'ennui, en rendant les auditeurs moins attentifs, épargnait de dangereux débats. Mais, ni la fatigante lenteur du débit ni l'obscurité de la rédaction ne purent lasser la marquise: elle fit éclaircir plusieurs passages et exigea le retranchement de quelques articles dont elle parut craindre les conséquences. Le comte consentit à tout avec cette nonchalance impertinente qui semble mépriser les détails. Quant à Jeanne, muette, insensible et une main dans celle de son père, elle avait écouté sans entendre et approuva sans avoir compris.
La lecture venait de finir, et le jeune homme dont maître Durocher s'était fait accompagner recueillait les signatures des deux familles; le notaire se trouva près de madame de Solange.
—Vous avez enfin un nouveau clerc? demanda celle-ci, sans songer à ce qu'elle disait et seulement pour échapper à l'embarras du silence.
—Oui, madame, répondit Durocher; mais je ne désespère point de retrouver l'ancien.
—Comment? dit la marquise en tressaillant.
—Le cadavre du jeune homme que les bateliers ont entendu tomber dans la Seine a été retrouvé.
—Eh bien?
—Ce n'était pas celui de Jérôme.
Jeanne, qui écoutait palpitante, se leva en poussant un cri.
—Tout le monde a signé, maître Durocher, dit la marquise vivement.
Et pendant que le notaire réunissait les actes elle saisit la main de Jeanne, et, la forçant à s'asseoir:
Remettez-vous, madame de Lanoy, dit-elle, votre mari vous regarde!
. . . . . . . . . . . .
Le marquis de Solange mourut peu après, et avec lui eût disparu le dernier intérêt que Jeanne conservait dans le monde, si elle ne fût devenue mère. La marquise et le comte, qui poursuivaient de concert leurs plans ambitieux troublaient rarement sa solitude; la jeune femme chercha dans ses nouveaux devoirs et dans la piété des consolations qu'elle eût en vain demandées ailleurs.
Cependant les événements ne tardèrent pas à déjouer tous les projets de madame de Solange. Il ne fut bientôt plus question pour la noblesse de conquérir une plus haute position, mais de conserver celle qu'elle occupait; la révolution commençait!
Le comte, qui avait renoncé aux idées philosophiques dès qu'il avait craint de les voir appliquer, fut un des premiers à invoquer l'appui de l'étranger pour arrêter le mouvement. Chargé par les princes d'une mission secrète, il partit pour l'Allemagne, laissant Jeanne avec la marquise que les déceptions avaient enfin vaincue, et dont les facultés affaiblies s'éteignaient chaque jour.
La jeune femme, au contraire, ne reçut aucune atteinte de ces agitations publiques auxquelles elle demeurait étrangère. Telle on l'avait vue quitter l'autel, après son mariage, belle, dévouée, douloureuse, telle on pouvait la voir encore. L'éternelle jeunesse de son âme avait passé sur ses traits: on eût dit[72] une fleur cueillie dans sa prémière fraîcheur et conservée, par quelque magique puissance, aussi suave et aussi pure.
Elle revenait un jour du quartier Saint-Marceau,[73] où l'avait appelée une de ces bonnes œuvres qu'elle accomplissait avec toutes les grâces du cœur; son carrosse allait traverser la place de l'Hôtel-de-Ville,[74] lorsqu'il fut subitement arrêté par une foule immense qui s'avançait en poussant des cris de triomphe; madame de Lanoy se pencha vers la glace et demanda au cocher ce qu'il y avait.
—C'est le peuple qui vient de prendre la Bastille,[75] madame, répondit le laquais tremblant.
Dans ce moment une troupe d'ouvriers s'approcha du carrosse, et l'un d'eux ouvrit brusquement la portière. A l'aspect de Jeanne si belle et si triste, il recula involontairement et se découvrit.
—Que voulez-vous? demanda la comtesse, d'une voix douce.
—Pardon, madame, balbutia l'ouvrier, mais un des prisonniers que nous avons délivrés vient de s'évanouir.
—Qu'il vienne! s'écria vivement Jeanne; il y a place ici pour lui.
Ceux qui portaient le mourant s'approchèrent alors et le déposèrent dans le carrosse.
La comtesse avait rejeté l'écharpe de soie dont elle était entourée, et aida elle-même à le placer à ses côtés, mais, dans ce mouvement, le tapis qui enveloppait le prisonnier s'entr'ouvrit et permit de le voir. Jeanne ne put retenir un gémissement à l'aspect de ce visage qui n'avait conservé rien d'humain.
Le mourant parut l'entendre, car ses paupières se soulevèrent, ses yeux se rouvrirent lentement et restèrent fixés sur madame de Lanoy.
—Vous souffrez bien? demanda celle-ci d'une voix que les larmes rendaient tremblante.
Les traits du prisonnier s'animèrent; il agita ses lèvres, et, faisant un effort:
—Jeanne! murmura-t-il d'un accent confus.
-Vous savez mon nom, dit madame de Lanoy surprise.
—Jeanne! répéta le prisonnier en étendant les mains vers la comtesse.
—Qui êtes-vous? s'écria celle-ci éperdue et les regards fixés sur le prisonnier dans une angoisse de doute impossible à exprimer.
—Jérôme! balbutia le mourant.
Madame de Lanoy poussa un cri horrible et tomba à genoux devant le prisonnier. Celui-ci se redressa sur son séant,[76] et, laissant aller ses deux bras sur les épaules de la comtesse.
—Jeanne! reprit-il, je t'ai revue! Dieu est bon!
A ces mots il retomba en arrière. La comtesse se pencha sur lui, éperdue; mais, épuisé par de trop longues souffrances, il n'avait pu résister à cette dernière émotion... La joie l'avait tué.
Ce coup inattendu abattit le courage de madame de Lanoy, et la jeta dans une sorte de morne désespoir dont l'amour maternel lui-même ne put la tirer. Lorsque la tourmente révolutionnaire grandit, elle refusa de quitter Paris, où son nom devait d'autant plus sûrement la compromettre, que l'on savait le comte en Vendée[77] et les armes à la main; aussi fut-elle arrêtée avec la marquise, alors tombée en enfance. Traduites toutes deux devant le tribunal révolutionnaire, elles furent condamnées à mort et exécutées le neuf thermidor.[78]
NOTES.
———
I.
—1. Sac à procès, lawyer's bag or satchel.
—2. The livre was the standard of value in France until 1795, when it was replaced by the franc of nearly equal value.
—3. The Duke of Choiseul (1719-1785), a celebrated French statesman, was prime minister under Louis XV.
—4. suite, perseverance.
—5. la guerre d'Amérique. The war between the English and French for the possession of North America (1752-1760) is referred to.
—6. prêteur sur gages, pawn-broker.
—7. His thoughts and passions were mild like the light of the moon.
—8. Sisyphe, Sisyphus, a well-known character in mythology.
—9. Je m'en doutais, I suspected it.
—10. Voltaire in "Discours en vers sur l'homme."
—11. on peut s'en trouver bien tant que, one may fare well enough as long as, etc.
—12. termes de basoche, legal phraseology. La basoche was, an association of lawyers' clerks.
—13. Se dérangerait-il, Could he be behaving badly?
—14. The "Trappists" were a religious order whose rules prescribed perpetual silence except in case of necessity.
—15. la Visitation, a celebrated convent in the southern part of Paris.
II
—16. Amours, Cupids.
—17. Sardanapalus, king of Assyria, noted for his voluptuousness and effeminacy.
—18. Madame de Pompadour, a favorite of, Louis XV. From 1745 to her death in 1764, her influence over the king was unbounded.
—19. caisses d'orangers, boxes in which orange-trees were planted.
—20. crêpés, frizzled.
—21. tirés, drawn up.
—22. roses, rose-diamonds.
—23. Watteau, a celebrated French painter (1684-1721).
—24. demi-science mondaine, partial knowledge of the world.
—25. Voltaire, one of the most celebrated French writers (1694-1778).
—26. pension, allowance.
—27. ne doit point te suffire, can't be sufficient for you.
—28. ce serait (vous), could it be you (that has taken it)?
—29. blondeur, paleness.
—30. quel qu'il soit, whoever he maybe.
—31. en faites justice, condemn it.
—32. il se fera == il sera fait.
—33. fusse-je == si j'étais.
—34. agonie == mort.
III.
—35. en fit le tour, went around it.
—36. Périgord, a province in the South of France, corresponding to the present Department of the Dordogne.
—37. "Having as many quarters" (in the shield) is equivalent to saying that they had as long a line of ancestors.
—38. The Montmorencys were already celebrated in French history in the middle of the tenth century.
—39. gentilshommes, pronounced jantizome.
—40. messe du roi was a mass in which the king took part.
—41. Marie Antoinette, wife of Louis XVI., beheaded in 1793.
—42. office en musique, a mass in which the Kyrie, the Gloria, the Credo, the Sanctus and the Agnus Dei were sung wholly or in part.
—43. on eût dit d'un enfant tenté == on aurait dit que c'était, etc.
—44. que, whether.
—45. le tabouret was a stool on which duchesses were permitted to sit in the presence of the king.
—46. Louis XI., king of France, reigned from 1461 to 1483.
—47. fallût-il, even if it were necessary.
—48. présentateur, introducer.
—49. The Princess of Lamballe was a friend of queen Marie Antoinette. She was killed in the massacres of September, 1792.
—50. brevet, patent of nobility.
—51. débraillé, indifference.
—52. projet d'acte, rough draft of the contract.
—53. en, by her. This pronoun usually refers to things, not to persons.
—54. espagnolette, window-fastening.
—55. Bastille, a celebrated castle or fortress at Paris, built in the latter part of the XIV. century; long used for the confinement of prisoners of state; destroyed by the Revolutionists, July 14, 1789.
—56. Philemon and Baucis, in Greek mythology, a husband and wife noted for their mutual affection.
—57. lettres de cachet (sealed letters), warrants for imprisonment given out by kings of France before the Revolution. The favorites of the king often obtained them signed in blank, and could then insert the name of anyone whom they disliked or wished to put out of the way.
—58. ne fût-ce que, were it only.
—59. j'en fais cas comme d'une prise de tabac, I don't consider them of more consequence than a pinch of snuff.
IV.
—60. tu ne devais pas le savoir, you were not to know it.
—61. tu ne m'en veux pas, youi are not angry with me, are you?
—62. vous n'avez pas conscience, you are not conscious.
—63. veuillez, please.
—64. appelez, are calling up.
—65. un contrat se passe de la singature d'un interdit, a contract is valid without the signature of an idiot. An "interdit" is one who is prohibited by law from having charge of his own property.
V.
—66. le reconduisait, was seeing him out.
—67. Plût à Dieu, would God.
—68. Le pont de la Tournelle connects the isle of St. Louis with the mainland on the south.
—69. se peut-il, can it be?
—70. pendule d'écaillé, tortoise-shell clock.
—71. Saint Louis, the church of St. L. is on the island of the same name in the river Seine.
—73. The Quartier Marceau (or Marcel) is south of the Seine, near the "Jardin des Plantes."
—74. Hôtel de Ville, City Hall. This magnificent structure, begun in 1533, was blown up and burned by the Communists, May 24, 1871. Many valuable works of art were thereby destroyed, as well as the library containing almost 100,000 volumes and many precious public documents, thus causing an irreparable loss.
—76. se redressa sur son séant, sat upright.
—77. La Vendée is a Department of France, south of the mouth of the Loire. The war of the Vendée, here referred to, was an insurrection of the Royalists of the West of France against the Republic. It was put down by General Hoche in 1796 after a bloody struggle of three years.
—78. The ninth Thermidor (July 27, 1794) was the day of Robespierre's fall, thus ending the " Reign of Terror."
GERMAN TEXTS.
| Joynes-Meissner Grammar. | Chamisso's Peter Schemihl. |
| Joynes' Shorter Grammar. (Part I. of the above.) | Jensen's Die braune Erica. |
| Harris's German Lessons. | Riehl's Der Fluch der Schonheit. |
| Harris's German Composition. | François' Phosphorus Hollander. |
| Sheldon's Short Grammar. | Freytag's Die Journalisten. |
| Babbitt's German at Sight. | Freytag's Aus dem Staat Friedrichs des Grossen. |
| Faulhaber's One Year Course. | Holberg's Niels Klinim. |
| Meissner's German Conversation. | Eichendorff's Taugenichts. |
| Heath's German Dictionary. | Lessing's Minna von Barnhelm. |
| Heath's Ger.—Eng. Dictionary. (Part I. of the above.) | Schiller's Der Taucher. |
| Joynes' German Reader. | Schiller's Neffe als Onkel. |
| Deutsch's Colloquial Reader. | Schiller's Jungfrau von Orleans. |
| Boiscn's Prose Reader. | Schiller's Der Geisterseher, Part I. |
| Grimm's Märchen and Schiller's Der Taucher. | Schiller's Ballads. |
| Leander's Trâumereien. | Goethe's Dichtung und Wahrheit. Books I.-IV. |
| Storm's Immensee. | Goethe's Sesenheim. |
| Andersen's Bilderbuch ohne Bilder. | Goethe's Meisterwerke. |
| Andersen's Märchen. | Goethe's Hermann und Dorothea. |
| Heyse's L'Arrabbiata. | Goethe's Torquato Tasso. |
| Von Hillern's Hoher als die Kirche. | Goethe's Faust, Part I. |
| Hauff's Der Zwerg Nase. | Heine's Die Harzreise. |
| Ali Baba. | Heine's Poems. |
| Onkel und Nichte. | Gore's German Science Reader. |
| Hauff's Das kalte Herz. | Hodges' Scientific German. |
| Novelletten-Bibliothek. Vol. I. and Vol. II. | Wenckebach's Deutsche Literaturgeschichte. Vol. I., with Musterstucke. |
| Hoffmann's Historische Erzahlungen. | Wenckebach's Deutsche Literatur eschichte. Vol. II. |
| Stifter's Das Haidedorf. | Wenckebach's Meisterwerke des Mittelalters. |
| Meyer's Guslav Adolph's Page. | |
| Many other texts in preparation. | |
| —————— | |
| D. C. HEATH & CO., Publishers, | |
| BOSTON, NEW YORK, AND CHICAGO. | |
FRENCH TEXTS.
——————
| Edgren's French Grammar. | Sandeau's Mlle. de la Seiglièr. |
| Edgren's Grammar, Part I. | Mérimée's Colomba. |
| Grandgent's Materials for French Composition. Five graded pamphlets. | De Vigny's Le Cachet Rouge. |
| Kimball's Materials for French Composition. | De Vigny's La Canne de Jonc. |
| Storr's Hints on French Syntax, with exercises. | De Vigny's Cinq Mars. |
| Houghton's French by Reading. | Victor Hugo's La Chute. |
| Heath's French Dictionary. | Victor Hugo's Bug Jargal. |
| Heath's Fr.-Eng. Dictionary. (Part I. of the above.) | Victor Hugo's Hernani. |
| Super's French Reader. | Trois Contes Choisis par Daudet. |
| French Fairy Tales. | Daudet's La Belle-Nivernaise. |
| France's Abeille. | Choix d'Extraits de Daudet. |
| De Mussefs Pierre et Camille. | Sept Grands Auteurs de XIXe Siècle. |
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| Souvestre's Le Mari de Mme. de Solange. | French Lyrics. |
| Souvestre's Un Philosophe sous les Toits. | Corneille's Polyeucte. |
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| Historiettes Modernes. Vol. I. and Vol. II. | Molière's Le Médecin Malgré Lui. |
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| Warren's Pri mer of French Literature. | |
| Histoire de la Littérature Française. | |
| Erckmann-Chatrian's Waterloo. | |
| Sand's La Mare au Diable. | |
| Beaumarchais's Barbier de Seville. | |
| Histoire de la Littérature Française. |
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| Edgren's Spanish Grammar. | Grandgent's Italian Grammar. |
| Ybarra's Practical Method. | Grandgent's Italian Composition. |
| Cervantes' Don Quixote. | Testa's L'Oro e l'Orpello. |
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