The Project Gutenberg eBook of Le moyen de parvenir, tome 2/3
Title: Le moyen de parvenir, tome 2/3
Author: Béroalde de Verville
Release date: September 9, 2018 [eBook #57879]
Language: French
Credits: Produced by Laurent Vogel, Guy de Montpellier and the
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LE
MOYEN
DE
PARVENIR.
NOUVELLE ÉDITION.
Augmentée d'une Table sommaire des Chapitres.
Caritas inter jocosve regnat Moria.
TOME SECOND.
A LONDRES.
M. DCC. LXXXI.
On a recopié, dans cette version électronique, le sommaire de ce tome second, extrait du tome premier de l'original.
SOMMAIRE
DES CHAPITRES.
TOME SECOND.
I. Il continue sa dissertation, & se jette un peu sur la friperie des parvenus, & de la façon de parvenir dans ce monde de désordre & de dissolution.
Plaisant parti d'un domestique, p. 6.
II. L'histoire de Quenault & de sa serpe est coupée de diverses instructions très-profitables. On y voit la différence d'une femme de par dieu, d'avec une femme de par le diable. Sermon du curé de Busançois, divisé en trois points.
Le conte de Quenault & de Thibault, page 7.
Sermon en trois points, du curé de Busançois, p. 10.
III. Devoir des prélats prescrit sous le voile de la plaisanterie: castigat ridendo mores. Conte sur le proverbe, n'avoir ni rime ni raison. Cette section est remplie de facétieuses aventures sans rime ni raison. La cruche de malvoisie prise pour un lésard, par des femmes ivres de vin. Bible hébraïque prise pour un livre de magicien par un prêtre, &c.
Conte du ministre qui avoit rime & raison, p. 14.
Conte de la malvoisie, p. 16.
Conte du pseautier hébreu pris pour livre de magie, p. 19.
IV. Origine de la bonne eau pour faire la bonne double-bierre d'Angleterre & de Flandres. Miracle de la Gousson toujours ployant du linge, & de la Le Page toujours pissant, l'une pour avoir bien reçu un besacier, l'autre pour l'avoir rebuté.
Ruisseau à faire la forte bierre, page 20.
Conte de la Le Page & de la Gousson, p. 23; contin. p. 24.
Interrogatoire de maître Pierre, p. 23.
Propos de pisseurs, p. 28.
V. Aventures plaisantes de plusieurs pisseurs. Platon moquant & moqué. Pourquoi le cela de l'homme a besoin d'aide pour pisser, tandis que celui de la femme va tout seul. Minimes & capucins tournés en ridicule. Allusion du mot de Joseph à l'antiquité des minimes. Description de la sphere en termes estropiés: (c'est sûrement dans le Moyen de Parvenir, que ces gens d'un esprit si sublime de notre siecle, ont trouvé le style des parades, & ont voulu nous démontrer par solide argument, qu'il y avoit plus d'imagination à composer la plus mauvaise des parades, qu'à faire Cinna ou Mérope). Conte de Chabert & des trois filles, à qui il demande une réponse de chacune sur le droit d'aînesse de la bouche ou du chose. La section finit par une question, dont le titre de la section suivante fait la réponse.
Aventure de Platon & de Prédicat, page 30.
Bonne logique d'une chambriere, p. 32.
Plaisante origine des minimes, p. 34.
Description élégante de la sphere, p. 35.
Conte des trois filles, p. 36; contin. p. 37.
Propos d'un curé & d'un charpentier, p. 37.
Question d'une chambriere, p. 38.
VI. Sapho commence à babiller, & elle en conte à faire mourir de rire ou de honte. Dissertation de Nostradamus sur les culs, qui est terminée par les prudentes réflexions concluantes d'Hypocrate. Histoire d'Esculape, qui voyoit le jour par le trou du cul de sa femme. Plaisanterie sur les femmes Allemandes de ce temps-là, & qui pourroit très-bien convenir aux femmes Françoises de ce temps-ci. Satire contre ceux qui annoblissent leurs noms par des du, de, le, &c. Origine du proverbe: s'il a bon cœur, qu'il mange de la merde.
Conte du cul de la femme d'Esculape, p. 42.
Changemens de noms, p. 44.
Conte de Stace avec la femme peteuse, p. 45.
VII. Comparaison de l'outil des femmes avec des féves, qui ont la raie noire & le bas contre mont. L'économie mene loin, puisque trois féves semées ont fait le mariage d'une fille. Féve des gâteaux des rois tournée en ironie. Avarice des avocats reprise par le conte d'une femme dont on n'avoit fait le poil que d'un côté. Le marinier de Quillebœuf ne reconnoît plus sa femme, parce qu'elle se l'étoit fait tondre.
Trois féves qui font le mariage d'une fille, p. 47.
Conte de la femme à moitié épilée, p. 48.
Obstination d'un marinier, p. 49.
Disputes de deux maquerelles, p. 50.
VIII. Dissertation sur les fillettes, dont la conclusion est de les distinguer en trois sortes. Comme on doit faire cas des larmes & du désespoir des filles de joie. Plaisant conte sur un homme qui appelloit le comment a nom de sa femme un gardon. Origine de la solution de continuité; Mercure couturier des ventres des hommes & femmes; trop ou trop peu de fil fait la rosette ou la boutonniere. Exposition des véritables sept merveilles du monde. Différence entre vérité & raison. Le conte du beurre de la Soldée, qui est interrompu par des propos facétieux.
Lamentation de putain, p. 51.
Femme qui montre son cela, sans y prendre garde, p. 52.
Conte de jeune femme & vieux mari, page 53.
La couture des mâles & femelles, p. 54.
Le beurre net de la Soldée, p. 57; contin. p. 60, contin. p. 61, fin. p. 63.
Propreté des femmes, p. 57.
Caractere des moines, p. 58.
IX. Le conte du beurre de la Soldée continue dans cette section, toujours avec quelques parentheses joviales, & il est bon de remarquer que c'est toujours la belle & sage Sapho, qui, depuis la section VI, tient impitoyablement le dez des propos poliçons. Caton disserte sur le bon âge, & avance que le cela des hommes est plus fort dans la vieillesse que dans la jeunesse, parce qu'étant jeune une main le conduit, & que dans la vieillesse deux ont peine à le guider. Satire contre les chanoines & les médecins, & bon mot sur l'aumuce. Eloge du livre fait par un poëte, & confirmé par un prophete.
Emploi d'un contrat de mariage, p. 60.
Expérience de Sculpture, p. 63.
Conte du médecin, p. 65.
Mot à double entente, p. 67.
X. Question embarrassante à résoudre pour un homme amoureux de sa liberté. Différence entre farine & bran. Songe du pauvre paysan. Origine du proverbe, afin que le bon homme ait son sac. Quelques-uns des convives qui étoient sortis pour faire place à un verre de vin, rentrent. Socrates parle & est moqué dès le premier mot. Ridicule jetté sur ceux qui grassayent en parlant, par bon air, ou pour ne pas se fendre la bouche.
Le revenant, p. 71.
Conte du sac du bon homme, p. 72.
Réponse humble d'un valet, p. 73.
Propos naïf d'une fille, p. 75.
XI. Origine des bossus: enfilade de propos burlesque au premier calibre. Raison pourquoi l'on salue quand on boit. Reprise, en-dessous œuvre, de l'éloge de ce livre, & prophétie inintelligible sur sa destinée. Enthousiasme furieux contre les critiques & les dévots.
XII. La langue françoise est riche en termes de chouserie. Dissertation sur le Pheros ou ambrosie des dieux, & sur la nourriture des ames. Interprétation du mot apprendre. Conte fort plaisant à ce sujet. Maniere de faire des barbes passées sous la meule, & plaisanteries sur les barbes faites. Conte de la femme du procureur, accouchée d'un maure, & de la naïveté du procureur avec son écritoire.
Conte du bonnet tombé, p. 83.
Bonne leçon d'une vieille servante, p. 85.
Conte du moulin à barbe, p. 87.
Chanoine pris par son propos, p. 88.
Conte de l'écritoire du procureur, p. 89.
XIII. C'est ici ou se développe le grand mystere du menton ras des prêtres. Conte sur Hugonis, suivi du conte de la sage-femme qui vient accoucher un garçon. Erasme s'étend sur les polissonnes invectives dont il avoit accablé un docteur. Secret de sentir l'hérésie. Pays de papefiguiére, ou l'on est toujours gras & vigoureux comme un moine.
Plaisante réponse d'un homme gras, p. 93.
Le jeune homme en couche, p. 93.
Quiproquo d'un domestique, p. 94.
Nom tronqué, p. 95.
Conte de la dispute d'Erasme, p. 95.
Plaisant jugement, p. 96.
Description du pays de papimanie, p. 99.
XIV. Mœurs de ce pays de bonne santé. Termes amphibologiques; Cardan & Jamblique disent quelques bourdes sur les succubes & incubes. Satyre contre ces faux-dévots qui veulent que le diable soit le pere de nos passions & de nos plaisirs, & qui en refusent la prudence à la divinité, & l'honneur à l'homme. Les hommes font tout dans le travail amoureux, les femmes ne font que présenter l'écuelle. Conte de l'écrevisse attachée au bord de l'écuelle d'une femme par une patte, & à la lèvre supérieure du mari par l'autre.
Eloge de la vis des tuileries, p. 100.
Conte de l'écrevisse au bord de l'écuelle, p. 103, contin. p. 104.
Les beaux sont les gros, p. 105.
XV. Cette section commence par le plaisant conte de Jean Laillée, qui mit sa machine à faire pauvreté dans une souriciere à ressort, croyant être dans un urinal. Sa plaisante insolence avec une chambriere.
Conte d'un moine pris en partie, comme une souris, p. 108.
XVI. Dissertation sur la poudre de projection. Ridicule texte d'un sermon. Gaillarde maniere de défendre son bien, mise en usage par un moine, contre deux voleurs. Explication de certains sobriquets; chose qu'on ne prendroit pas pour un fagot, à moins qu'on ne le dise. Véritable explication du mot quasimodo, & de quelques autres intéressans à bien savoir. Termes de bienséance devant les gens qualifiés tournés en ridicule. Malheur d'une pauvre femme qui a épousé un cocu. Maniere d'être poussé.
Sermon dont le texte est plaisant, page 110.
Conte du moine & des voleurs, p. 110.
Conte du fagot, p. 112.
Le mot quasimodo expliqué, p. 113.
Secret pour être poussé, p. 116.
XVII. Madeleine en dégoisse & fait des contes libertins à perte de vue; cornes des femmes sont les ongles. Qui ne prend pas plaisir, n'est pas putain. L'attention à regarder, fait qu'on est volé; exemple de l'âne du paysan. Les femmes changent entre les mains de certains maris. Façon subtile de se confesser. Les bons avis ne sont point à rebuter. Valeur du terme de chausse-pied de mariage.
Conte canonique d'un homme & d'une femme, p. 117.
Conte de l'âne volé sous son maître, p. 120.
Confession d'une femme, p. 121.
Bon avis d'un galant homme, p. 124.
XVIII. Le plaisant tournevis ou vilbrequin. Grand commentaire sur les cocus cocuans & cocués, à propos de la chose la plus imparfaite. Le cocuage est plus grand miracle que la pierre philosophale, puisqu'il s'opere en l'absence des sujets sur qui il est fait.
Conte des hommes vissés, p. 124.
Conte de la courtisanne Conscience, page 130.
XIX. Le bon prédicateur fait bonnes mœurs; exemple d'un qui détournoit ses auditeurs de tout vice. Le commentaire sur cocu & cocuage reprend & continue de plus belle. La naïveté de la dame de compagnie de madame l'amiralle, vient égayer. (Nota. Dame de compagnie, auprès des dames de haut-parage, est même chose qu'esprit, auprès de leurs maris. On dit: monsieur D. est l'esprit du duc D.)
Conte des prédicateurs ennemis des paillardises, p. 134.
Naïveté de la belle Dubois, p. 137.
XX. Disputes de savans, richesse des langues vivantes. Nouvelle éloge de ce livre, & crainte sur l'abus qu'on en fera. Les moines sont si libertins, que leurs prieurs s'en scandalisent: le moyen d'y mettre remede: Plaisant françois de Margot. Les putains jurent toujours vérité & honneur, (serment sans conséquence.)
Vérité dans la bouche d'une Normande, p. 145.
Conte du Prieur de Marmoutier, p. 146.
XXI. Sage politique exercée dans la ville de Lubec, pour les vibaniers & conbaniers. Façon d'essayer, aussi connue aujourd'hui à Paris qu'in illo tempore à Lubec. Alcibiades crie, jure, blasphême, se radoucit, pour prouver par sentimens son goût antagoniste des femmes.
La ville de Lubec, p. 148.
XXII. Madame raconte une histoire, dont le commencement & la fin prouvent qu'elle étoit franche putain. Certitude de cocuage aux maris dont les enfans ont cheveux de deux couleurs.
Conte de l'origine du putanisme, p. 155.
XXIII. Explication du terme de putain, faite par plusieurs, & terminée de main de maître. Mots qui autrefois étoient éloge, aujourd'hui sont injures. Satyre sur les chambrieres de prêtres, chanoines, curés, &c. &c. &c. Trois choses sont à éviter; trois vœux à faire. Satyre contre la justice & ses administrateurs. Origine du proverbe de fesse tondue. Cette section & ce volume finit par le conte de l'éguillette, & par une réflexion fort sensée, pourquoi les moines sont appellés béats peres.
Stupidités ou distractions d'un prince ultramontain, page 163.
Conte de la fesse tondue, p. 162.
L'éguillette nouée et dénouée, p. 168.
Le Chanoine dupe, p. 170.
XXIV. Quittant la théologie & les théologiens, les convives s'étendent sur les quatre vertus cardinales; rire, manger, boire & dormir. Il faut toujours se tenir en garde contre ceux qui viennent de loin: croire aux miracles de Paracelse, c'est avoir un grand fond de soi, satire contre ce fameux alchimiste. Transition heureuse d'un évêque à un soufflet; dissertation sur l'origine des mitres.
XXV. Invectives contre les prêtres sous le titre d'hiérarchie de double linge. Asclépiade attrapé par une fille de chambre de madame de Combardavit. Les nonnains sont les perdrix du monde, & les chanoines en sont les faisans. Bonne sentence à mettre sur l'entrée de chaque maison. Conduite de Jean Dissolez, moine & voleur de poires. Origine du mot tu autem. Sarcasmes contre les moines, & définitions intéressantes, qu'il faut lire, sans m'obliger de les écrire. Conte de Ferrand & de Margeou, deux moines.
Conte d'un page attrapé, page 177.
Jean Dissolez, voleur de poires, p 180.
Aventure de Ferrand & Margeou, p. 183, continuée, p. 192.
XXVI. Raison solide des voyages de moines par deux. Le trouble se met dans la conversation. Musique plaisante d'un homme à sandales. Les deux moines en fonction: origine du proverbe de la chape à l'évêque. Bon avis à ceux qui portent soutanes dans des cas pressés. Le conte de Ferrand se reprend & se termine.
Musique d'un moine, page 188.
Les deux moines en fonction, p. 188, continuée, p. 191.
Origine du proverbe de la chape à l'évêque, p. 189.
XXVII. Les femmes de sergens ne sont pas des plus sotes en amour. Jeu de gripeminaud sans rire. Conte de Jacques Adriot & de sa femme: on a crainte de le raconter, parce qu'il y a dedans un peu de prêtre. Saillie naturelle d'une présidente.
Histoire d'une femme de sergent, p. 194.
Conte de Jacques Adriot, p. 197, contin. p. 198.
Plaisant mot d'une présidente, p. 198.
XXVIII. Bon secret pour fixer un mari; les femmes sont anges à l'église, diables à la maison, singes au lit. Conte de la femme d'un huissier. Dissertation forte & chaude sur le joujou du ménage. Conte des religieuses de Poissi; plaisante façon de décliner un adjectif. Il n'est que femmes pour bien juger des choses.
Conte de la femme d'un huissier, p. 200.
Conte des religieuses de Poissi, p. 203.
Conte sur le mot groseille, p. 204.
Résolution académique de trois nonnains, p. 205.
XXIX. La religieuse qui croyoit être devenu bête, se corrigea bien de sa stupidité, & fut en état vingt-quatre heures après, de donner leçon. Alain Charrier, tourné en ridicule sur son style gonflé & inintelligible, reprend son conte comme il peut. Aveux indiscrets de femmes à confesse. Les noms génériques se font mieux entendre, & la preuve est dans cette section. Ronsard & Baïf se disent quelques dures vérités. Remarque sensé sur les femmes avares de beurre dans les sauces. Façon d'un curé d'imposer silence.
Le conte de Nabuchodonosor, p. 207, contin. p. 209.
La confession sincere, page 214.
Conte d'une femme avare de beurre, p. 218.
XXX. La premiere loi d'un état, c'est d'être soumis aux volontés de son prince. Excès de mémoire de Béroalte. Satire sur la vénalité des charges, & réflexions très-judicieuses sur les contrariétés du siecle. Conte du chaudron. Qui jure pour rien, devroit bien jurer pour quelque chose. Menot le grand prédicateur donne les principes d'une morale furieusement relâchée. Histoire du fromage mou & de l'aveugle.
Femme soumise aux volontés du roi, p. 220.
Conte du chaudron, p. 223.
Le fromage mou & l'aveugle, p. 228.
XXXI. Histoire de la mule de Rabelais, prise pour le cheval de l'antechrist. Le mulet de Gravereuil & ses farces. Effet horrible d'un appareil mis sur une blessure.
Le cheval de Rabelais, p. 229.
Conte du mulet, p. 231.
XXXII. Le ministre encavé, & retiré par la servante de l'hôtellerie. Proverbes sur l'inutilité de la paillardise des vieillards. Différence de putain à fille entretenue. La franchise se trouve par-tout, jusques chez les gens de cabaret. Dissertation sur les femmes de bien. Conte de la huguenote en colere. La dissertation continue de plus belle. Avicenne & Lycofron aux prises. Origine du nom de mignons aux chanoines.
Le ministre en cave, p. 238.
Franchise d'un hôtelier, p. 242.
La huguenote en colere, p. 244.
XXXIII. Bon avis d'un médecin. Qualités de chair d'une fille & d'une femme. Conte de l'époussetée de deux façons. La servante prudente dans ses souhaits.
Conte de l'époussetée de deux façons, p. 251.
Prudence d'une servante dans ses souhaits, p. 255.
XXXIV. Réflexion d'un curé publiant des bans. Naïveté de neuves mariées. Egrillardise du curé paillard bien puni. Conte du jardinier & des prunes.
Bans publiés, p. 256.
Curé égrillard puni, p. 257, continuée, page 259.
Le jardinier & les prunes, p. 258.
XXXV. Propos dissolus de moines prêchans. Conte du thuribulum. Quelques explications de phrases latines.
Le conte de thuribulum, p. 266.
LE
MOYEN
DE
PARVENIR.
Parlement.
I. Je sais qu'il y a un autre univers que Dieu a fait. Mais nous; id est, nos peres, les hommes & femmes, en avons fait un autre plus accompli, si Aristote dit vrai. Ne dit-il pas que les femmes sont plus parfaites que les filles, parce qu'elles sont dépucelées, & qu'ainsi elles ont une forme acquise plus notable & excellente qu'auparavant? Dieu fit la fille, & l'homme l'a faite femme. Hé bien, voilà pas les hommes qui font bien des choses plus accomplies? Ainsi est-il du monde de piperie plus accord, plus joli, plus parfait, plus délicat, & mieux sentant son bien que le premier. Et qu'y a-t-il de remarquable? Une quintessence céleste, direz-vous. Vraiment, vous avez raison, votre âne pette, & au nôtre qu'y a-t-il? Quoi, qué, qué? Une quintessence plus profitable, plus pénétrante, plus glorieuse, plus intelligible & plus vivifiante: les sages & les parvenans l'ont reconnue, & l'ont apprise à plusieurs. Ceux qui ont été plus subtils, & ont reconnu les quatre élémens de piperie, extraits ainsi de la supposition ecclésiastique, judiciaire, médecinale & trafiquante, ont tâché à y entrer pour parvenir: aussi n'y a-t-il point d'autres moyens à cet effet, outre ceux-ci, qu'un qui est la vraie quintessence, selon laquelle plus aisément, & avec moins de peine, on gagne davantage; ayant plus loisir & plus grand profit. Et c'est ceci qui se remarque en tous ordres, où le moyen de parvenir est proposé, auquel, comme en toutes vacations, ceux qui font le plus de bruit, ont le plus de soin & de peine; s'avançant en plus de travail, gagnent le moins: & par conséquent ceux qui sont les plus accommodés ont moins de sollicitude, & avec moins de difficultés emportent plus de profit. Ceci observé de siecle en siecle, parce que les vignerons ne boivent pas le bon vin, les miniers ne possedent gueres d'or, encore qu'ils le serrent en grands labeurs, sans que pour le préparer, il leur demeure ès mains. Il n'y a que maquereaux pour être aisé, d'autant qu'ils entendent aussi les matieres. Le grand Alexandre n'avança jamais qu'un voleur, un maquereau & un traître. O belle chose à imiter! Là, là, passez & touchez; (votre âne a pissé) il est avenu que les gens de bon esprit ont traité la quintessence, non comme ces tristes enfumés, qui le plus souvent ont plus de trébillons que de testons, desquels le cul paroît pour mieux souffler; mais en habiles, savans & industrieux attrapeurs de commodités. Et de fait, ils l'ont trouvée, à savoir ès finances, où se pratique, non par transpiration imperceptible, mais par emplissement naturel, le plus saint, magnifique & commode secret d'amasser. Le diantre y ait part, j'ai été de tous les honnêtes métiers du monde, hormis de cettui-là, & professeur en folie. De venir aux finances, il n'y a plus moyen à ceux qui ne les pratiquent d'heure. Quant à l'autre, j'étois hier en pensée de m'y faire passer maître, comme un de vous autres; mais encore qu'il n'y ait personne, qui eût plus d'envie d'être fou que lui, parce qu'aux fous tout est permis pour rire; si ai-je quelqu'honneur qui m'en empêche: aussi n'oserois-je sauter ce bâton de peur de perdre les bonnes graces de ma maîtresse. Toutefois je vous proteste que, s'il y avoit autant d'honneur qu'aux folies d'être chancelier ou premier président, ou de telle autre qualité de fous qui foussoient les autres fous, il n'y auroit gueres de bons esprits qui ne fissent paroître que, quisque abundat in suo sensu, c'est-à-dire, chacun est, sera, ou est dit, ou deviendra, s'il ne l'est, fou par la tête. Or notez, amiables freres, & dressez les oreilles, comme la queue d'une vache qui mouche, que je vous ai déclaré la vraie matiere, & la juste quintessence, dont le magnifique usage est tel, que l'on vient, en l'obtenant, à bout de toutes entreprises; on l'obtient, en l'ayant, ce qu'on pourchasse; & on fait ce qu'on veut. Parquoi, vous avez en somme succintement tout du long, proportionnément au petit pied, & sans allégories, les élémens, principes, fondemens, raisons, résolutions, évidences, puissances & causes de parvenir tout du long, à l'usage de Genève, imprimé à Rome, & sans rien requérir, comme une quille de beurre frais.
Bias. Vous ne faites que parler de parvenir, sans possible en savoir la pratique, à quoi peut-être vous êtes stilé, comme un âne à jouer du flageolet. Voudriez-vous bien dire que vous l'eussiez de la sorte que je l'ai, qui porte tout mon avoir avec moi, de peur d'avoir bien faute de poux; & qui sais, comme me le font accroire ces Crisotechnes, cette belle science qui rend riches?
L'autre. Je me suis tant amusé à vos fadaises de sagesse étant jeune, que j'ai laissé passer les oiseaux. Par mon serment, si jamais la paix est faite, j'irai à la guerre aussi-bien que les autres. Croyez que, si j'eusse su maintenant, je fusse dedans; & à cette heure que je sais le secret, on se défie de moi. Que male foire embrene le nez de ceux qui m'ont fait perdre le temps; que cent coups de cornes au cul leur déchirent le fondement; que puissent-ils devenir cocus, après le trépas de leurs femmes de bien. Je gage que vous ne savez ce que je veux dire; [ni moi aussi, dit Chipon, quand il perdit le manteau de son maître. Je gage, dit ce seigneur, que ce coquin a perdu mon manteau. Gagez, monsieur, vous gagnerez. Le paillard l'avoit détourné, pour s'en approprier.
Lycurgus. Ce fut un moyen de parvenir.] Voilà, il y en a qui parviennent diversement; les uns, sans y penser; les autres, par artifice; aucuns, par danger; quelques-uns, rencontrant d'un en cherchant d'autre; aucuns, courant comme ils attrapent quelques autres en dépit d'eux; & s'en faut rapporter aux exemples, ainsi qu'une truie qui avorte.
Bodin. Voilà de belles maximes, & desquelles je pourrois tirer beaucoup de science; j'éplucherons, en passant, ceux qui parviennent.
Verset.
II. Il y en a infinis qui ne savent pas leurs élémens; & s'ils les savent, c'est par grand pitié de hazard & routine, & trop souvent par fausse entente, ainsi qu'il avint à Quenaut, qui se promenant un jour vers le colombier, & voulant passer une haie pour aller au travers, il coupa une branche avec son outil, qui lui échappa dans l'enclos du jardin. Là étoit le maître du jardin avec sa femme de par le diable.
Pinaut. Qu'est-ce à dire?
Chilo. Que d'interruptions! Voilà grand cas qu'il faut passer jusques en Grece, pour savoir sa femme de par le diable. C'est-à-dire, sa garce en françois, comme si vous disiez une femme de prêtre en révérence. Les gens du monde, les gens du siecle sont mariés de par dieu; & ont des enfans de par dieu; & les autres en ont de même, mais c'est de par le diable, qui sera le ménestrier à vos dernieres noces. La sienne étant donc avec lui & ses enfans, Thibaut, son gendre, qui avoit épousé sa plus grande fille, qui étoit belle & désirable, comme un jeune cheval qui sort d'apprentissage, ils devisoient se devisant près la peinte archidiaconalement. Quenaut, qui ne savoit rien de cette compagnie, parloit assez haut, répondant à son compagnon, qui lui reprochoit sa longue demeure, & s'il avoit repris sa serpe, & disoit: je l'aurai, je la vois. Thibaut, qui ouit ces mots, croyant qu'on parloit de sa femme, qui peut-être aimoit l'amble, (comme étant de nos sœurs, dieu merci, & vous qui a fille de femme de plaisir) tout en colere, vint vers le lieu où il oyoit cette voix, & faisant le fendant, répond: toi, tu l'auras, toi, pance de bœuf? Non, auras pargoi. Si aurai, dit Quenaut. Tu auras menti, par la double tigne qui te puisse coëffer. Mais toi, ou le diable t'emportera. J'ai bonne épée. Si ai bien moi. Sur ces propos, Quenaut s'avançant, vit Thibaut, lui dit: que diable tu te fais de peine! Et que te faut-il de tant jurer pour ma serpe qui est chute en ton jardin? Je te fais grand tort de la vouloir ravoir? Si j'ai fait dommage, demande-le moi, ou sors & nous battons. Je ne te demande que ma serpe; que prétends-tu? L'autre l'oyant lui dit: prends-là, si tu veux; qui t'en empêche? Tu as peut-être tant bu, que tu es fâché d'autre chose. Voilà comme ils parvenoient tous deux.
Cleobule. Vous impliquez contrariété. Nous n'aurons meshui fait. Cette canaille de sages nous fera devenir fous. Au diable l'importunité de ces pédans. Je suis perdu, puisque vous en venez-là. Si est-ce que je crois que je suis homme, si ceux qui sont faits comme moi le sont; encore ne sais-je si je suis mâle ou femelle. S'il n'y a un autre devant moi, & qu'en tâtant, je compare pour savoir ce qui en est, & lors me trouvant gros de résolution, parce qu'elle n'appartient à autre animal, je vous dirai des choses que vous ni moi n'entendons, ni entendrons, ni n'avons entendus; ou je me tairai, comme fit le Curé du Busançois, qui dit: je vous prêcherois aujourd'hui; mais nous n'avons pas le loisir. Toutefois je vous dirai un bout de sermon, que nous diviserons en trois parties. La premiere, je l'entends & vous ne l'entendez pas. La seconde, vous l'entendez, & je ne l'entends pas. La troisieme, ni vous, ni moi ne l'entendons. La premiere, que j'entends, & vous n'entendez pas, c'est que vous fassiez rebâtir le presbytere. La seconde que vous entendez & que je n'entends pas, c'est que vous entendez que je chasse ma chambriere, & je ne l'entends pas. La troisieme, que vous ni moi n'entendons pas, est l'Evangile d'aujourd'hui; parquoi, n'en disons mot. Adieu.
Pittacus. Que direz-vous?
Cleobulus. Je vous dirai vos vérités malicieuses, si je parle; & si je me tais, je ferai démonstration que vous n'êtes que pleins de vent & de néant.
Pithou. Quant à moi, voyant bien que vous me voulez donner le trait pour vous piquer, je vous déclare que je ne sais rien que tout le monde ne sache, ou pis; aussi je me contregarde si bien, que je n'offense que Dieu & le monde. Et si je vous dirai que je ne peche que par plaisir; c'est que je suis amoureux des femmes & des filles. Ce que j'en fais, c'est pour naturaliser & parfaire les symboles d'éternité, n'y ayant plaisir au monde semblable à celui de la chouserie: foin, de par le diantre, foin.
Pelicier. Ne le flattez point; nommez le diable tout-à-fait.
Jamais.
III. Jamais ces gens, qui font tant la petite bouche, ne furent qu'hipocrites. Ils jurent par ma finte; ils n'osent proférer le mauvais; ils ne savent dire les choses par leur nom: & cependant leur cœur est plein de déception & tromperie, d'autant que leur ame symbolise à leur bouche, Tu…
Gaza. Bien donc, là, ne nous détournez plus, & n'en parlons plus, de par le diable, sans blasphêmer. Bran, vous n'en faites que causer, c'est assez. Pourquoi?
Quelqu'un. Parce que l'on fait des réponses qui ne sont pas bonnes. Pensez la belle chose que c'est, de mettre des ignorans au rang des doctes. C'est pour avoir de belles interprétations. Si je n'avois peur d'être cause que plusieurs blasphêmeroient, je vous conterois une infinité d'interprétations que les Cordeliers m'ont apprises. Or, bien que nous fassions ici mine de rire, si le disons-nous à la honte de ces dépouilleurs d'andouilles pour les nettoyer, & qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d'actions impudentes. Vous, Prélats, qui voyez comme nous faisons ici les fous en découvrant les folies, faites-les cesser, corrigez les fautes, détournez les impiétés, ôtez les mauvaises coutumes, minez l'ignorance; & les œuvres d'icelle s'écouleront. Sachez que ce volume est fait pour vous jetter la paille en l'œil, afin que vous abbatiez la simonie. Hé bien! diront-ils, on ne baillera plus d'argent pour les bénéfices; on n'entendra plus les écritures. Ce n'est pas-là le mal; il faut faire des prêtres, qui ne prennent point d'argent, pour distribuer les sacremens, & autres opérations ecclésiastiques.
Socrate. Or là, fendez, frappez, tirez, faites de belles défonçades d'entendement; il n'y a plus moyen de vous tenir. Cent mille petits diablotins de deçà & delà les monts, qui vous extravaguent, vous puissent casser des noix; que la gorge vous coupe le cou, il n'y a ni rime ni raison en votre fait.
Leri. J'aimerois autant les habitans de Versoi, du temps que la parole étoit de l'Evangile, lesquels avoient un Ministre, qui sans cesse leur reprochoit leur ignorance & indécence de mœurs, leur reprochant qu'il n'y avoit ni rime ni raison en leurs affaires; & si souvent leur tint ces propos, qu'il en devint fâcheux; tellement que la visitation étant, ils demanderent un autre pasteur; & ce avec grande instance, disant que cetui-là leur étoit insupportable. Le Consistoire averti, tant de la simplicité de ce peuple, que de la façon du Ministre trop rude pour agréer à ce petit troupeau, leur en adjugea un autre qui fut averti. Celui-ci les prêcha quelque temps par essai, puis pour l'établir absolument, il fut question d'assembler les habitans, pour savoir si ce nouveau venu leur seroit agréable. Ce qu'étant fait, & un de la compagnie des habitans étant délégué pour parler au Ministre, & lui faire trouver bon qu'il demeurât, lui dit: Monsieur, vous êtes agréable à tous nous autres, tant parce que vous êtes bel homme, que principalement à cause qu'il n'y a ni rime ni raison à tout votre fait.
L'autre. Ainsi en est-il de ce livre, qui jadis fut fait en belle rime croisée: mais celui qui l'a transcrit, sans y aviser, mêlant ce qui étoit deçà & delà, a fait qu'il n'y a ce semble, ni rime ni raison en apparence, non plus qu'à l'élection d'un Cardinal de ce temps, selon l'ordre hiérarchique du bon temps, que l'on s'alloit cacher & jetter dans les puits, de peur de devenir Evêque, pour la peine & labeur qu'il y a. Qu'ainsi vous en puisse avenir, Monsieur le Commissaire, qui êtes venu réformer les pavés qui usent trop les souliers. Je m'enquis de cette histoire du Ministre, passant par-là, d'autant que je ne veux rien dire, ni présenter, ni ouir, s'il n'est vrai. Si vous vous en souvenez, Monsieur de Pise, nous allions à une Diete en Suisse; & lors j'étois avec Mylord Bochow, lequel le Baron de Tierci, parce que baccon à Genève signifie du lard, le nommoit Monsieur du Lard? Comme nous soupions, je donnai à notre Prélat d'alors une tête de poulet; & par honneur, j'en présente une fendue de même au Baron de Kitblitz, Allemand, alquemiste. Il me cuida humer la vue avec les yeux, & manger le blanc du cul, tant il me regarda creux, comme si je l'eusse estimé sans cervelle. Ce ne fut pas tout. On n'y ose demander de malvoisie; c'est à propos de la morue rouge d'Ablis. Les femmes des pêcheurs de Versoi étoient allées à Geneve, (qui est le Paris de ce pays-là; c'est pourquoi le Duc de Savoye la voudroit avoir, pour faire le Roi) elles y avoient porté leur poisson, qu'elles vendirent fort bien; aussi étoit-il jeûne: & de fait, on s'escrime de jeûnes en ce pays-là avec un bâton à deux bouts, en disant que de se frotter d'une peau de jambon sans la savourer, est plus méritoire, que de se crever de poisson. Ces femmes avoient fait grand gain, parce que déja on surfait la marchandise en ce pays-là; & des Allemands avoient acheté leurs denrées à leurs mots à beaux quarts comptant, sans l'autre monnoye. Cette joie fut cause qu'elles s'accorderent de bere in peu de malvesia; & allerent en un cabaret, près la Fusterie, où elles eurent ce qu'elles demanderent pour de l'argent, (cela s'entend aussi bien qu'à Rome. Qui a nez pour sentir, qu'il flaire.) Elles s'en trouverent si bien, qu'en cet aise elles redemanderent de cette bonne liqueur; ce qui fut tant poursuivi, qu'à la fin, & gain, & fonds, tout y alla; & encore quelque bague d'argent à six tours demeura pour gage avec les plates. Tant que le bon goût & les vapeurs durerent, elles ne se soucioient de rien. Ainsi gaies & gaillardes, elles s'en retournerent. Ayant un peu passé la franchise, & trouvé un endroit de belle verdure, (c'étoit en été) elles s'aviserent de dormir un petit, qui dura jusqu'à presque soleil couchant, qu'une se réveilla qui réveilla les autres. Cette premiere, encore toute étourdie, avisa une bouteille verte, qu'une d'elles avoit emplie d'huile avant boire, elle s'écria: ô di, comera la Guernera, vede; vede vo le gro lizard ver? De cela, les autres épouvantées se leverent; & toutes ensemble, comme cette-là, à belles pierres, se mirent à lapider cette bouteille; & la bouteille se cassant, elles disoient, l'oyant casser: les ous se cassent; & puis, l'huile épandue, disoient; c'est le velain qu'il rend; vees commi il mode. Depuis ce temps-là, la malvoisie a été à si bon marché, que qui en demande à Versoi, en a pour soi & pour sa chartée de beurre frais.
Conteri. J'attendois que vous parleriez de ce petit ruisseau que nous passâmes avec cette compagnie-là, quand nous y fûmes pour les affaires des ubiquitaires. Je me souviens qu'ayant passé le pont de beurre, Curion, notre hôte de Basle, nous fit baisser, pour voir ce ruisseau tant célebre. (Le seigneur Chevalier, grand Hébreu, & si savant qu'il en étoit bossu, a mis l'histoire dans le Talmuld, qu'il a revu, quand nous le faisions imprimer à Basle. Je le vous dirai; aussi-bien il n'y a personne qui ne le sache; & c'est pour vous montrer que j'ai de l'esprit, & que je m'entends à l'hébreu, comme une pie à étendre du beurre frais sur du pain. Quand j'en faisois leçon, cela alloit à la balance, comme un chat qui pese des doublons en une bouteille. Même, s'il vous souvient, je le vous dirai en notre langue, pour survenir à ceux qui n'entendent pas le chrétien. Un jour, pour faire le mignon, j'avois en l'Eglise mon Pseautier en Hébreu, où je lisois ne plus ne moins qu'un singe qui épluche des noisettes vertes. Je devois dire la leçon; je laisse mon livre & m'en vais au lutrin. Si-tôt que je fus descendu de ma chaire, notre ami Chastin prit mon livre, & l'ouvrit: mais aussi-tôt il le laissa & se retira de-là, allant se plaindre aux autres chanoines, que je tenois des livres méchans; que j'étois magicien: & que je ne portois à l'Eglise que des livres prophanes, comme une bible, & autres de telle farine. Par dépit, je dirai mon histoire en langage que tout le monde entendra, s'il s'y connoît: je la dirois bien tout autrement; mais je n'y entends que le haut Allemand; il est trop froid; cela ne seroit jamais fait).
Passage.
IV. Es pays d'Alsassie, en un endroit assez beau, [si vous n'y avez été, cela ne vous servira de rien de vous le décrire, parce que vous n'y connoîtrez rien; & si vous y avez été, c'est assez, cela vous importuneroit de le rapporter, sinon allez-y.] Là, les dames sont assez libres, mais sages; & pour le bien faire paroître, elles ne pissent qu'une fois la semaine: & c'est au vendredi qu'elles s'assemblent, au matin, toutes par bandes; ce qu'il fait étrangement beau voir] & selon leurs dignités, s'en vont en pisserie, comme on va à la foire: de quoi elles n'ont non plus de honte, que les femmes de bien, qui montrent l'appanage de leur fessier aux eaux de Pougues. Que c'est que des coutumes des pays! On ne le trouveroit pas bon ici; & là il est délectable: ainsi qu'ès villes de Normandie, où plusieurs en leur pochette gauche portent un mouchoir pour le cul, ainsi qu'en la droite un pour le nez. Ces femmes étant arrivées au lieu de la pissoire, ou pissotiere, elles se disposent comme les montagnes d'Angleterre, chacune où elle est, y gardant dignités, prérogatives & honneurs, ainsi qu'ès actes publics & notables, ne plus ne moins que se mettent les chevaliers en leur rang, le jour de leur cérémonie. En cette commodité, abondamment, joyeusement, & à la copieuse & bénigne décharge des reins, elles vuident leurs vessies, & pissent tant, que cette riviere en est faite & continuée; & de-là les Allemans, Flamans & Anglois font venir la bonne eau, pour faire de la biere, la plus double & du plus haut goût. Cela est cause que leurs femmes ne les aiment pas tant, qu'elles font les François, d'autant que ces femmes-là pensent que leurs maris leur veulent derechef reverser leur urine dans le corps. Que s'il y a des femmes qui ne savent bien pisser, on les envoie à Genève, d'autant que là il y a plusieurs belles écoles, où on apprend à pisser & chier en public & en compagnie, au grand soulagement des honteux, qui là apprennent à perdre la sotte honte qui resserre le boyau culier. Et je vous dirai que ce qu'ils font est, parce qu'il n'y a point de moines en ce pays-là; & partant point de frocs, & par ainsi point d'instrumens de deshonterie. On m'a assuré que depuis, ceux d'Amiens en ont dressé de belles écoles aux Botrues, où l'on fait leçon de chierie.
Durantius. Vous vous êtes équivoqué, sans faillir; mais vous n'avez pas commencé à l'origine de cette riviere. Il falloit le dire. Ce que je vous dirai, tiré du Zohar, que le bon vieillard Postel a traduit, après qu'il eut conféré avec un juif qui devint chrétien. Après avoir lu cette histoire, laquelle aussi fit réduire quelques huguenots à se faire catholiques, aussi-bien que les moines qui s'en firent huguenots; & ce que ceux-ci en ont fait, est pour se mieux entendre en garces. Quant au juif, il l'a fait pour avoir congé de manger du lard & du salé, afin de trouver le vin meilleur. Du temps que les bons hommes [c'est-à-dire non les minimes, qui sont très-petits; & jamais bonté ne se mit en peu de lieu] alloient par le monde, [je n'entends pas des faiseurs de mines, mais des simples & sages] il y eut un saint personnage, qui, passant chemin, se rencontra à Barace, près de Durtal en Anjou. [Je ne parle pas de maître Pierre, que le prévôt des maréchaux cherchoit: & l'ayant un jour rencontré, ne sachant pas que ce fût lui, le laissa, ne le connoissant point. Avant que le laisser, il lui demanda: qui es-tu? Je suis un pauvre homme, petit marchand. Comment as-tu nom? Pierre Chaillou, ou Caillou. D'où es-tu? De Durtal. Où va-tu? A Rochefort. De quel métier es-tu? Sabotier. Que diable! tu es dur, il ne te faut plus qu'être vêtu d'une cuirasse, pour t'achever de durcir.
Calpin. Comment diriez-vous une cuirasse ou corselet en latin? C'est, dit frere Jean de Laillée, durabit. Or taisez-vous; vous empêchez l'affaire de ce saint homme. Achevez, monsieur le doguetter.)
Durantius. Ce personnage s'étant assez reposé sur le bord de la fontaine, avisa le tard; donc il s'en vint au village, & s'adressa chez le Page à la dame du logis, priant ladite dame de le loger cette nuit-là, pour l'honneur de dieu. Elle qui étoit avaricieuse, comme un financier qui a fait ses affaires, & n'a point d'enfans, s'excusa, & le pria d'avoir pour agréable son refus, qui ne venoit qu'à cause que son mari étoit chiche & grondeur. Le bon homme passa outre, & va droit s'affraper chez la chambriere de Chiquetiere, nommée la Gousson, de laquelle, lui ayant fait sa requête, il fut reçu fort honorablement, & bien traité de la pauvre femme, qui le mit en un bon lit, cette bonne femme.
Eschines. La bonne femme n'est pas encore levée.
Durantius. Taisez-vous; bran: ces poëtes en veulent toujours aux femmes, qui les affrontent aussi; & cela leur est employé comme fievre en corps de moine. Cette bonne femme donc lui avoit fait du mieux qu'elle avoit pu; & lui, le matin, s'en trouvant bien édifié, étant levé & voulant partir, lui dit: madame je vous remercie bien humblement de tant de bien que vous m'avez fait; & vous prie de m'excuser, si vous n'avez autre paiement de moi. Ho, dit-elle, monsieur, vous avez été le bien venu; & le serez toutes les fois qu'il vous plaira venir céans. Ce n'est point l'espoir de paiement qui m'a fait vous recueillir, en cette maison où vous demeurez, s'il vous plaît, à votre volonté. Je vous ferez au moins mal que je pourrai, pour l'amitié du maître que vous servez. Madame, je vous rends graces infinies de tant de biens & d'amitié: je prie le bon dieu qu'il lui plaise de vous bénir; si que la premiere besogne que vous ferez aujourd'hui lui soit tant agréable, que ne puissiez tout le jour faire autre chose. Il partit; & elle, qui n'y pensoit point, l'ayant recommandé à dieu, se fit apporter un peu de buée qu'elle avoit étendu le jour précédent, & se mit à ployer son linge; & tant ploya, & encore tant ploya, que plus elle ployoit, plus il y avoit à ployer & ployer; & ployoit toujours, tellement qu'elle avoit de grands monceaux de toutes sortes de linge, qui multiplioit au touchement de ses mains. Par hazard, celle qui avoit refusé le bon homme, vint quérir quelque chose chez la Gousson. La voyant empêchée, lui dit: hé bien, ma mie la Gousson, que faites-vous? Donc elle lui conta toute l'aventure & cause de ce grand bien. Adoncques l'autre fut bien étonnée & fort triste d'avoir laissé passer une telle commodité: parquoi, sans faire semblant, elle s'en va, & puis se mit au chemin où elle pensoit trouver ce personnage; & suivant par avis son train, ayant su en s'en enquérant, qu'il étoit allé vers Vieille-ville, elle faisoit mine de cueillir des herbes pour sa vache. Puis l'ayant apperçu, elle fait de l'étonnée; elle s'approche de lui & lui dit? monsieur, que je suis aise de vous avoir trouvé! Que faites-vous ici à vous morfondre? En dà, le bon dieu a bien changé mon mari; & je ne le savois pas. Quand je lui dis hier que je vous avois éconduit, il me cuida venir méchef, tant il me tança. Je loue le bon dieu de son amendement. Je vous prie de ne le prendre point en mauvaise part; mais de nous faire ce bien de venir ce soir loger chez nous. Bien; madame, j'irai, quand j'aurai achevé mon service. Il n'y fit faute; & fut le bien reçu avec joie & grande chere, & traité en apériateur de commodités. Au matin, se retirant, il fit sa petite excuse à l'usage de besace; & son hôtesse lui dit: par ma finte, monsieur mon ami, je n'en voulois rien: pour dieu soit, si dieu plaît, je n'en veux rien. Bien donques, grand merci madame; je prie dieu que la premiere besogne que vous ferez aujourd'hui, se continue tant, que ne fassiez autre œuvre de tout le jour. Grand merci, monsieur. Elle étoit déja ennuyée qu'il ne se hâtoit, pour aviser à son fait. Aussi-tôt qu'il eut montré les talons, elle dit à sa servante: or çà, Marquise, va là-haut quérir ce linge, j'en aurai aussi-bien que la Gousson. Apporte ces serviettes, ce menu; que je ploie. La chambriere ayant tout apporté, voilà que le Page voulant mettre la main à l'œuvre, s'avisa d'aller pisser, afin de ne se débaucher point. Ainsi, toute en hâte, elle sort en sa cour, où elle s'accroupit pour pisser. Mais ce fut ici une efficace terrible, d'autant qu'elle commença pisserie, qui continua tout le jour. Jan, elle avoit dit qu'elle auroit force linge; mais elle coula force eau, & fit ce ruisseau qui passe au pied des Loges, & va jusqu'aux Indes. Ses amies la venant voir, & la trouvant ainsi distillant le dissolvant philosophique, lui demandoient: hé quoi, ma commere! Hélas! disoit-elle, hélas!…
Cassiodore. Elle leur répondit, comme mon compere Bonin, qui se leva d'auprès sa dame, & alla pisser par la fenêtre. Il avoit bu, au soir, & il pleuvoit. Il oyoit l'eau de la goutiere qui tomboit, & il tenoit son pauvre petit, étant toujours à la fenêtre. Elle lui dit: hoi, Bonin, aurez-vous tantôt pissé: Je pisserai tant qu'il plaira à dieu.