The Project Gutenberg eBook of Le multilinguisme sur le Web
Title: Le multilinguisme sur le Web
Author: Marie Lebert
Release date: October 26, 2008 [eBook #27029]
Language: French
Credits: Produced by Al Haines
Produced by Al Haines
LE MULTILINGUISME SUR LE WEB
MARIE LEBERT
CEVEIL, Montréal, 1999 & NEF, University of Toronto, 2001
Copyright © 1999 Marie Lebert
Datée de février 1999, cette étude s'articule autour de quatre grands thèmes: le multilinguisme, les ressources linguistiques, la traduction et la recherche. Elle est basée sur de nombreux entretiens. Elle est complétée par une sélection de sites. Le titre de la version anglaise est: Multilingualism on the Web. Les versions originales sont disponibles sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/multi.htm
TABLE
1. Introduction
2. Le multilinguisme
3. Ressources linguistiques
4. Traduction
5. Recherche
6. Sélection de sites
7. Index des sites et pages web
8. Index des personnes citées
1. INTRODUCTION
On déclare souvent qu'Internet abolit le temps, les distances et les frontières, mais qu'en est-il des langues?
Dès ses débuts, la principale langue d'Internet a été l'anglais. Même si l'anglais est toujours prédominant en 1998-99, d'autres langues sont maintenant présentes, et leur progression est constante. Il reste à souhaiter que, tôt ou tard, la répartition des langues sur Internet corresponde à la répartition des langues dans le monde, et que des logiciels de traduction soient disponibles gratuitement sur le Web pour traduire instantanément une page dont on ne comprend pas la langue. Ceci dit, il reste beaucoup à faire pour que ce rêve devienne réalité.
Cette étude s'articule autour de quatre grands thèmes: le multilinguisme, les ressources linguistiques, la traduction et la recherche.
Dans le chapitre concernant le multilinguisme, on étudiera le développement des langues non anglophones sur le Web, en prenant le français à titre d'exemple. On évoquera aussi la diversité des langues dans l'Union européenne.
Dans le chapitre relatif aux ressources linguistiques, on donnera quelques exemples des ressources disponibles sur le Web: sites répertoriant les ressources linguistiques, répertoires de langues, dictionnaires et glossaires, bases textuelles et terminologiques.
Dans le chapitre ayant trait à la traduction, on explorera les perspectives apportées par la traduction automatique et la traduction assistée par ordinateur.
Dans le dernier chapitre consacré à la recherche, on présentera plusieurs projets de recherche dans les domaines suivants: traduction automatique, linguistique computationnelle, ingénierie du langage, internationalisation et localisation.
En août puis en décembre 1998, j'ai envoyé une enquête basée sur trois questions à un certain nombre d'organisations et de sociétés dont j'avais découvert les sites sur le Web. Les trois questions étaient les suivantes:
a) Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?
b) Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre vie professionnelle ou dans l'activité de votre organisme ou société?
c) Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue, dans le cadre de votre avenir professionnel ou en général?
Les réponses reçues sont inclues dans les pages qui suivent. Mes remerciements les plus vifs vont à tous ceux qui ont contribué à cette étude.
En tant que traductrice-éditrice (travaillant essentiellement pour le Bureau international du Travail (BIT), situé à Genève), je suis fascinée par les langues, et je souhaitais donc en savoir plus sur le multilinguisme sur le Web. Durant le deuxième semestre 1998, j'ai passé un certain nombre d'heures à explorer le Web dans cette intention. Datée de février 1999, cette étude est le résultat de ces recherches. Bien que très proche de la version anglaise, elle n'est pas la traduction littérale de celle-ci. Cette étude ne cherche pas non plus à être exhaustive. Elle vise seulement à diffuser mes propres recherches dans les domaines qui m'intéressent particulièrement. Je m'intéresse également aux relations entre l'imprimé et Internet, objet d'une autre étude.
2. LE MULTILINGUISME
[Dans ce chapitre:]
[2.1. Le Web: d'abord anglais, ensuite multilingue / 2.2. Le français face au géant anglais / 2.3. Diversité des langues dans l'Union européenne]
2.1. Le Web: d'abord anglais, ensuite multilingue
A ses débuts, Internet était anglophone à pratiquement 100%, ce qui s'explique par le fait qu'il a été créé aux Etats-Unis en tant que réseau mis en place dès 1969 par le Pentagone avant de se développer dans les organismes gouvernementaux et les universités.
Après la création du World Wide Web en 1989-90 par Tim Berners-Lee au Laboratoire européen pour la physique des particules (CERN) (Genève, Suisse) et la diffusion en novembre 1993 du premier navigateur (Mosaic, ancêtre de Netscape), lnternet s'est développé de manière foudroyante, d'abord aux Etats-Unis grâce aux investissements considérables réalisés par le gouvernement, puis au Canada et dans le reste du monde.
En 1997, Babel, une initative conjointe d'Alis Technologies et de l'Internet Society, a mené la première étude d'ensemble sur la répartition réelle des langues sur Internet. Les résultats sont publiés dans le Palmarès des langues de la Toile, daté de juin 1997 et qui devrait être réactualisé prochainement. Les pourcentages étaient de 82,3% pour l'anglais, 4% pour l'allemand, 1,6% pour le japonais, 1,5% pour le français, 1,1% pour l'espagnol, 1,1% pour le suédois et 1% pour l'italien.
Le fait que l'anglais soit toujours représenté par un très fort pourcentage s'explique par les trois facteurs suivants: 1) l'anglais est la principale langue d'échange internationale, 2) les premières années ont vu la création d'un grand nombre de sites web émanant des Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni, 3) la proportion de cybernautes est encore particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde, pour les raisons suivantes: a) jusque très récemment, le matériel informatique et les logiciels étaient bien meilleur marché qu'ailleurs, b) on ne paie qu'un forfait mensuel pour les communications téléphoniques locales, ce qui rend l'utilisation d'Internet très économique par rapport à l'Europe, où les communications locales sont tarifiées à la durée.
Dans La Francophonie en quête d'identité sur le Web, un article de Hugues Henry publié par le cyberquotidien Multimédium, Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, expliquait:
"Au Québec, je passe environ 120 heures par mois en ligne. Mon accès Internet me coûte 30 $ [canadiens], si j'ajoute mon forfait téléphonique d'environ 40 $ (avec les divers services facultatifs dont je dispose), le coût total de mon branchement s'établit donc à 70 $ par mois. Je vous laisse deviner ce qu'il m'en coûterait en France, en Belgique ou en Suisse, où les communications locales sont facturées à la minute, pour le même nombre d'heures en ligne."
Il s'ensuit que de nombreux cybernautes européens passent beaucoup moins de temps sur le Web qu'ils ne le souhaiteraient, ou choisissent de "surfer" la nuit pour éviter les factures trop élevées. Fin 1998 et début 1999, des mouvements de grève ont eu lieu dans plusieurs pays d'Europe pour faire pression sur les sociétés prestataires de services téléphoniques afin qu'elles baissent leur prix et qu'elles proposent des forfaits.
Dans un article daté du 21 juillet 1998 et publié dans ZDNN (ZD Network News),
Martha L. Stone précisait:
"Cette année, le nombre de nouveaux sites non anglophones va probablement dépasser celui de nouveaux sites anglophones, et le monde cyber est en train de véritablement devenir une toile à l'échelle mondiale. […] Selon Global Reach, les groupes de nouveaux sites web qui se développent le plus vite sont les groupes non anglophones: on note une progression de 22,4% pour les sites espagnols, 12,3% pour les sites japonais, 14% pour les sites allemands et 10% pour les sites francophones. On estime à 55,7 millions le nombre de personnes non anglophones ayant accès au Web. […] Alors que 6% seulement de la population mondiale est de langue maternelle anglaise (et 16% d'hispanophones), 80% des pages web sont en anglais."
En contrepartie, même si l'anglais est encore prédominant, il faut cependant noter que de plus en plus de sociétés et d'organismes anglophones prennent conscience du fait que tout le monde ne comprend pas l'anglais. Les sites bilingues ou multilingues sont de plus en plus nombreux, ce pour des raisons aussi bien commerciales que culturelles.
Sensible à ce problème, AltaVista, moteur de recherche utilisé par douze millions d'internautes, mettait en place en décembre 1997 AltaVista Translation, un service de traduction automatisée de l'anglais vers cinq autres langues (allemand, espagnol, français, italien et portuguais), et vice versa. Alimenté par des dictionnaires multilingues contenant plus de 2,5 millions de termes, ce service, gratuit et instantané, a été créé par Systran, société franco-américaine pionnière dans le domaine de la traduction automatique.
La traduction étant entièrement automatisée, elle est évidemment approximative. Le texte à traduire doit être de trois pages maximum, et la page originale et la traduction apparaissent en vis-à-vis sur l'écran. Cet outil a évidemment ses limites, mais il a le mérite d'exister et il préfigure ceux de demain.
De par sa vocation internationale, Internet doit être multilingue. On dispose enfin d'un instrument qui peut abolir les frontières au lieu d'en créer d'autres. De plus en plus de sites offrent des présentations bilingues ou trilingues, voire multilingues, pour toucher un public le plus large possible. Le site du quotidien belge Le Soir, par exemple, offre une présentation du journal en six langues: français, allemand, anglais, espagnol, italien et néerlandais. Le Club des poètes, lui, présente son site en anglais, en espagnol et en portugais.
Robert Ware est le créateur de OneLook Dictionaries, qui permet une recherche rapide dans 2.058.544 mots appartenant à 425 dictionnaires couvrant plusieurs domaines: affaires, informatique et Internet, médecine, religion, sciences et techniques, sports, généralités et argot. Dans son courrier électronique du 2 septembre 1998, il écrivait:
"Un fait intéressant s'est produit dans le passé qui a été très instructif pour moi.
En 1994, je travaillais pour un établissement scolaire et j'essayais d'installer un logiciel sur un modèle d'ordinateur particulier. J'ai trouvé une personne qui était en train de travailler sur le même problème, et nous avons commencé à échanger des courriers électroniques. Soudain, cela m'a frappé… Le logiciel avait été écrit à 40 km de là, mais c'était une personne située de l'autre côté de la planète qui m'aidait. Les distances et les considérations géographiques n'importaient plus!
Et bien, ceci est formidable, mais à quoi cela nous mène-t-il? Je ne puis communiquer qu'en anglais mais, heureusement, mon correspondant pouvait utiliser aussi bien l'anglais que l'allemand qui était sa langue maternelle. Internet a supprimé une barrière, celle de la distance, mais il subsiste la barrière de la langue, bien réelle.
Il semble qu'Internet propulse simultanément les gens dans deux directions différentes. Internet, anglophone à l'origine, relie les gens dans le monde entier. Par là même il favorise une langue commune pour communiquer. Mais il crée aussi des contacts entre des personnes de langue différente et permet ainsi le développement d'un intérêt plus grand pour le multilinguisme. Si une langue commune est appréciable, elle ne remplace en aucun cas cette nécessité.
Internet favorise ainsi à la fois une langue commune et le multilinguisme, et ceci est un facteur qui aide à trouver des solutions. L'intérêt croissant pour les langues et le besoin qu'on en a stimulent de par le monde la création de cours de langues et d'instruments d'aide linguistique, et Internet fournit la possibilité de les rendre disponibles rapidement et à bon marché."
2.2. Le français face au géant anglais
Comme on l'a vu plus haut, le fort pourcentage de l'anglais - 100% à l'origine, environ 80% maintenant - est à la baisse. Comme il s'étend progressivement à tous les continents et à de nombreux pays non anglophones, Internet devient peu à peu multilingue. Le français est pris ici comme "exemple de langue non anglophone".
Les sites francophones ont enregistré une forte expansion depuis 1996. Au début de 1998, les Québécois attendaient de pied ferme l'arrivée en masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10 février 1998 , lors d'un entretien avec le cyberquotidien Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications du Québec, déclarait: "J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai pas. A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) proposait plus de sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribuait le retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du téléphone et du Minitel, d'autre part les transactions commerciales possibles sur le Minitel depuis plusieurs années, ce qui a ralenti l'expansion du commerce électronique sur Internet.
"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi par ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français ont tendance à freiner la propagation de leur culture. Cela est très regrettable, lit-on le 7 novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais avec ses dix millions d'exemplaires (cité dans un article de Pierre Perroud, créateur de la cyberbibliothèque Athena). Ce cliché a-t-il jamais été vrai, si ce n'est pendant la Guerre de cent ans?
Plus optimiste, Tim Berners-Lee, créateur du World Wide Web, déclarait cependant en décembre 1997 à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève: "Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations sur le Web ? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture française n'a rien à offrir? C'est de la folie, l'offre est évidemment énorme." Ces remarques sont-elles une critique, un encouragement, ou les deux ? On aurait pu les comprendre il y a deux ou trois ans, mais il n'est pas sûr qu'elles soient encore de mise aujourd'hui, il suffit de naviguer sur le Web francophone pour s'en rendre compte.
Le français n'est pas seulement la langue de la France, du Québec et d'une partie de la Belgique et de la Suisse. Il est la langue officielle de 49 états, dont un certain nombre de pays africains, ce qui représente 500 millions de personnes. Un exemple parmi d'autres de la coopération francophone est l'Agence de la francophonie. Créée en 1970 pour regrouper 21 états francophones, elle en comptait 47 en 1997. "Instrument de coopération multilatérale née d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix dans le concert des nations, [elle] participe aujourd'hui à l'avènement d'un Secrétariat général de la Francophonie."
S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la deuxième langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré la pression anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que leur langue ait sa place en Europe et dans le monde, au même titre que les autres grandes langues de communication que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et l'espagnol. Là aussi, l'optique est aussi bien la défense d'une langue que le respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.
C'est l'Annuaire de l'UREC (UREC: Unité réseaux du CNRS - Centre national de la recherche scientifique) qui, en France, a été le premier annuaire de sites web en langue française. Travail de pionnier, il a permis aux cybernautes francophones d'une part de se familiariser avec le Web sans se noyer dans la masse d'informations mondiale, d'autre part de connaître les sites qui petit à petit fleurissaient dans le monde francophone. Créé au début de 1994, il a d'abord recensé les sites académiques, puis son contenu est devenu plus généraliste.
Comme l'expliquait Claude Gross sur le site à l'automne 1997, la gestion de l'annuaire est ensuite devenue très difficile du fait de l'accroissement constant du nombre de sites web, et notamment de sites commerciaux. Par la suite, d'autres annuaires ont vu le jour, dont certains débutés avec l'aide de l'UREC. En juillet 1997, considérant que la mission qu'elle s'était donnée était accomplie, l'UREC a donc arrêté la mise à jour de cet annuaire généraliste. Il est maintenant remplacé par un annuaire spécialisé consacré à l'enseignement supérieur et à la recherche.
Nombreux sont ceux qui travaillent à une meilleure représentation du français sur le Web, en prônant un Web francophone intégré dans un Web international et multilingue tenant compte de la diversité des langues en Europe et dans le monde.
La Délégation générale à la langue française (DGLF) s'est donnée plusieurs missions: veiller à la promotion et à l'emploi du français en France, favoriser son utilisation comme langue de communication internationale, et développer le plurilinguisme, garant de la diversité culturelle. La rubrique: "France langue" propose trois listes de diffusion consacrées à la langue française: "France langue", "France langue assistance" et "France langue technologies". Gérée et modérée par la DGLF, France langue se veut "un lieu convivial d'échanges d'informations et d'idées (manifestations, colloques, publications, etc.), ainsi qu'un lieu de discussion sur les thèmes liés à la langue française, à la diversité linguistique, à la dynamique des langues, à la politique linguistique", et elle accueille toutes les questions d'ordre linguistique (grammaire, orthographe, usage, etc.).
La DGLF a également mené plusieurs actions pour assurer la place du français sur les nouveaux réseaux, notamment l'édition de guides techniques sur l'utilisation dans les logiciels des caractères typographiques et des accents propres à la langue française, ce en liaison avec l'AFNOR (Association française de normalisation), ou la francisation de ceux qui sont commercialisés en France.
Le site de la Maison de la Francité, association belge sans but lucratif subventionnée depuis 1976 par la Commission communautaire française, souhaite présenter la réalité socio-linguistique de Bruxelles, seconde capitale internationale de langue française après Paris, tout en agissant pour la défense et la promotion de la langue française à Bruxelles et au sein de la Communauté française Wallonie-Bruxelles.
Au Québec, l'Office de la langue française (OLF),organisme gouvernemental chargé d'assurer la promotion du français, veille à l'implantation et au maintien du français dans les milieux de travail et des affaires et dans l'administration. Il définit et conduit la politique québécoise en matière de linguistique et de terminologie.
Les instances politiques ont également contribué à favoriser l'accès des autoroutes de l'information aux francophones. En application de la Résolution sur la société de l'information adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement à Cotonou (Bénin) en décembre 1995, la Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes s'est déroulée à Montréal (Québec) du 19 au 21 mai 1997. Datée du 21 mai 1997, la Déclaration de Montréal proposait de "développer une aire francophone d'éducation, de formation et de recherche; soutenir la création et la circulation de contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la valorisation des patrimoines; encourager la promotion de l'aire francophone de développement économique; mettre en place une vigie francophone (veille active); sensibiliser prioritairement la jeunesse ainsi que les utilisateurs, les producteurs et les décideurs; assurer la présence et la concertation des francophones dans les instances spécialisées."
La propagation d'une langue passe aussi par l'étude dynamique de celle-ci. Internet ouvre des horizons sans précédent sur l'utilisation de bases de données linguistiques et les possibilités de recherche textuelle, témoin le site de l'Institut national de la langue française (INaLF), qui présente ses recherches sur la langue française, notamment le discours littéraire des 14e au 20e siècles (contenu, sémantique, thématique), la langue courante (langue écrite, langue parlée, argot), le discours scientifique et technique et ses ressources terminologiques.
Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy, expliquait dans son courrier électronique du 8 juin 1998:
"Les premières pages sur l'INaLF ont été mises sur l'Internet au milieu de l'année 96, à la demande de Robert Martin, directeur de l'INaLF. Je peux en parler, car j'ai participé à la mise sous Internet de ces pages, avec des outils qui ne sont pas comparables à ceux que l'on utilise aujourd'hui. J'ai en effet travaillé avec des outils sous UNIX, qui n'étaient pas très faciles d'utilisation. Nous avions peu d'expérience de la chose, à l'époque, et les pages étaient très verbeuses. Mais la direction a senti la nécessité urgente de nous faire connaître par l'Internet, que beaucoup d'autres entreprises utilisaient déjà pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet "Unité de recherche et de service" et nous avons donc à trouver des clients pour nos produits informatisés, le plus connu d'entre eux [étant] la base textuelle FRANTEXT. Il me semble que la base FRANTEXT était déja sur Internet [depuis début 1995], ainsi qu'une maquette du tome 14 du TLF [Trésor de la langue française]. Il était donc nécessaire de faire connaître l'ensemble de l'INaLF par ce moyen. Cela correspondait à une demande générale."
Organisme à but non lucratif, le Centre d'expertise et de veille Inforoutes et Langues (CEVEIL) existe depuis 1995. Sa création découle du désir du gouvernement du Québec de mieux cerner la problématique de l'utilisation et du traitement des langues sur les inforoutes - dans une optique plus spécifiquement francophone - par le biais d'activités de veille stratégique et la création d'un réseau d'échanges et d'expertise.
Le CEVEIL s'est donné les objectifs suivants : sensibiliser les entreprises québécoises aux bénéfices associés à une gestion électronique et stratégique de leurs savoirs; transférer aux entreprises québécoises les pratiques utiles pour assurer cette gestion électronique et stratégique; mettre en évidence le plurilinguisme et l'importance des normes et standards, dans un contexte d'enjeux technologiques et stratégiques reliés à la gestion des savoirs; valoriser l'expertise québécoise et susciter des collaborations entre les différents acteurs, au Québec ou ailleurs.
Guy Bertrand, directeur scientifique du CEVEIL, et Cynthia Delisle, consultante, ont répondu à mes questions dans leur courrier électronique du 23 août 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
CEVEIL: "Le multilinguisme sur Internet est la conséquence logique et naturelle de la diversité des populations humaines. Dans la mesure où le Web a d'abord été développé et utilisé aux Etats-Unis, il n'est guère étonnant que ce médium ait commencé par être essentiellement anglophone (et le demeure actuellement). Toutefois, cette situation commence à se modifier et le mouvement ira en s'amplifiant, à la fois parce que la plupart des nouveaux usagers du Réseau n'auront pas l'anglais comme langue maternelle et parce que les communautés déjà présentes sur le Web accepteront de moins en moins la "dictature" de la langue anglaise et voudront exploiter Internet dans leur propre langue, au moins partiellement.
On peut prévoir que l'on arrivera sans doute, d'ici quelques années, à une situation semblable à ce qui prévaut dans le monde de l'édition en ce qui a trait à la répartition des différentes langues. Ceci signifie néanmoins que seul un nombre relativement restreint de langues seront représentées (comparativement aux quelques milliers d'idiomes qui existent). Dans cette optique, nous croyons que le Web devrait chercher, entre autres, à favoriser un renforcement des cultures et des langues minoritaires, en particulier pour les communautés dispersées.
Enfin, l'arrivée de langues autres que l'anglais sur Internet, si elle constitue un juste rééquilibre et un enrichissement indéniable, exaspère évidemment le besoin d'outils de traitement linguistique aptes à gérer efficacement cette situation, d'où la nécessité de poursuivre les travaux de recherche et les activités de veille dans des secteurs comme la traduction automatique, la normalisation, le repérage de l'information, la condensation automatique (résumés), etc."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet pour votre organisme?"
CEVEIL: "Mentionnons, tout d'abord, que l'existence du Web constitue en soi une des raisons d'être du CEVEIL, puisque nous concentrons nos activités principalement autour de la thématique de l'utilisation et du traitement des langues sur Internet.
Par ailleurs, le Web est notre principal terrain de cueillette d'information sur les thématiques qui nous préoccupent. Nous procédons notamment à une fréquentation assidue des sites abordant nos thématiques de travail - plus particulièrement des sites diffusant des nouvelles quotidiennes et/ou hebdomadaires. A ce niveau, on peut affirmer sans hésitation que nous exploitons davantage Internet que les diverses ressources écrites disponibles pour réaliser nos activités.
Dans un ordre d'idées un peu différent, nous utilisons abondamment le courriel pour entretenir des relations avec les intervenants du milieu et ainsi obtenir des informations et mener à bien divers projets. Le CEVEIL est un "structure-réseau" qui survivrait difficilement sans Internet pour relier toutes les personnes impliquées.
Enfin, il convient de signaler que le Web constitue également notre plus important outil pour la diffusion de nos produits aux clientèles-cibles: envoi de bulletins électroniques de nouvelles à nos abonnés, création d'un périodique électronique, diffusion d'information et de documents via notre site web, etc."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
CEVEIL: "Internet est là pour demeurer; l'apparition de langues autres que l'anglais sur ce médium constitue également un phénomène irréversible. Il sera donc nécessaire de tenir compte de ces nouvelles réalités aux points de vue économique, social, politique, culturel, etc. Des secteurs comme la publicité, la formation professionnelle, le travail en groupes et en réseaux, la gestion des connaissances devront évoluer en conséquence. Cela nous ramène, tel que nous l'avons mentionné plus haut, à la nécessité de développer des technologies et des outils vraiment performants qui faciliteront les échanges dans un Village global terriblement plurilingue…"
2.3. Diversité des langues dans l'Union européenne
Henri Slettenhaar, professeur à la Webster University (Genève, Suisse), est un Européen trilingue. Il est hollandais, il enseigne l'informatique en anglais et il parle couramment le français puisqu'il vit en France. Dans son courrier électronique du 21 décembre 1998, il expliquait:
"Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les communautés locales présentes sur le Web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour diffuser des informations. Si elles veulent également présenter ces informations à la communauté mondiale, celles-ci doient aussi être disponibles en anglais. Je pense qu'il existe un réel besoin de sites bilingues.
[…] Je suis enchanté qu'il existe maintenant tant de documents disponibles dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire l'original avec difficulté plutôt qu'une traduction médiocre."
Selon Global Reach, 15% seulement des Européens (qui représentent 500 millions d'habitants) sont de langue maternelle anglaise, et 28% seulement parlent anglais. Le site mentionne aussi une étude récente démontrant que 32% seulement des cybernautes européens consultent le Web anglophone.
Créateur de Euro-Marketing Associates (qui englobe Global Reach), Bill Dunlap, qui défend le commerce électronique européen auprès de ses compatriotes américains, écrivait dans son courrier électronique du 12 décembre 1998, que contrairement à l'Amérique du Nord, "ici en Europe (j'écris de France), les pays sont petits, si bien que, depuis des siècles, une perspective internationale est nécessaire."
De nombreux organismes traitent de multilinguisme, par exemple l'Association
européenne pour les ressources linguistiques (ELRA), le European Network in
Language and Speech (ELSNET) et le programme Multilingual Information Society
(MLIS) de la Communauté européenne.
Etablie à Luxembourg en Février 1995, l'Association européenne pour les ressources linguistiques (ELRA) est une association à but non lucratif qui a pour but de fournir une organisation centralisée pour la validation, la gestion et la distribution des ressources et outils en parole, texte et terminologie, et de promouvoir leur utilisation au sein de la communauté européenne de recherche et développement en télématique.
Le European Network in Language and Speech (ELSNET) (Réseau européen pour le langage et la parole) regroupe plus d'une centaine d'institutions universitaires et industrielles. L'objectif technologique commun aux participants de ELSNET est de construire des systèmes multilingues pour la parole et le langage naturel, avec couverture illimitée de la langue parlée et écrite.
Dans son courrier électronique du 23 septembre 1998, Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET, expliquait:
"En tant que citoyen européen je pense que le multilinguisme sur le Web est absolument essentiel. A mon avis, ce n'est pas une situation saine à long terme que seuls ceux qui ont une bonne maîtrise de l'anglais puissent pleinement exploiter les bénéfices du Web.
En tant que chercheur (spécialisé dans la traduction automatique), je vois le multilinguisme comme un défi majeur: pouvoir garantir que l'information sur le Web soit accessible à tous, indépendamment des différences de langue.
Internet est l'instrument que j'utilise le plus pour communiquer avec les autres, et c'est ma source principale d'information. […] Je compte passer le reste de ma vie professionnelle à utiliser la technologie de l'information pour supprimer ou réduire les barrières des langues."
Lancé en novembre 1996, le programme Multilingual Information Society (MLIS) (Société d'information multilingue) de la Commission européenne soutient la réalisation d'une infrastructure favorisant des ressources linguistiques européennes, mobilise et accroît le développement des industries du langage, et favorise l'utilisation d'outils linguistiques dans le secteur public européen. Les entreprises, les organismes du secteur public, les industries du langage et les citoyens peuvent bénéficier de ce programme.
"Afin de promouvoir 'concrètement' une Europe multilingue, dans un contexte d'évolution rapide et permanent des nouvelles technologies de communication, et d'attirer largement l'intérêt sur ce programme, ce site est accessible dans les 11 langues officielles de l'Union européenne [allemand, anglais, danois, espagnol, finlandais, français, grec, hollandais, italien, portugais et suédois]. Nous renvoyons à des références et à des liens encore plus larges… Nous essayons de fournir autant d'information que possible dans ces onze langues, et nous vous demandons de rester compréhensif pour le retard existant parfois entre la publication d'un document officiel dans sa langue initiale et sa traduction dans les autres langues de l'UE."
Le multilinguisme est l'affaire de tous, témoin cet Appel du Comité européen pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE) qui, diffusé dans les onze langues officielles de l'Union européenne, défend "une Europe humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle". Il propose aux réviseurs du Traité de l'Union européenne douze amendements prenant en compte le respect des cultures et des langues:
"La diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle à la circulation des hommes, des idées et des marchandises ou services, comme veulent le faire croire certains, alliés objectifs, conscients ou non, de la culture et de la langue dominantes. C'est l'uniformisation et l'hégémonie qui sont un obstacle au libre épanouissement des individus, des sociétés et de l'économie de l'immatériel, source principale des emplois de demain. Le respect des langues, à l'inverse, est la dernière chance pour l'Europe de se rapprocher des citoyens, objectif toujours affiché, presque jamais mis en pratique. L'Union doit donc renoncer à privilégier la langue d'un seul groupe."
Dans Language Futures Europe, Paul Treanor propose des liens sur la politique linguistique, le multilinguisme, les structures linguistiques globales, et la domination de l'anglais. Le site débute par un commentaire sur les structures linguistiques. Il offre des textes et des essais, des sections consacrées à la politique européenne, aux politiques nationales et aux sites de recherche, et des documents sur le "mouvement monolingue" émergeant aux Etats-Unis.
Dans son courrier électronique du 18 août 1998, Paul Treanor exposait ses réflexions sur les questions posées:
"Vous parlez du Web au singulier. Comme vous l'avez sans doute lu, je pense que "Le Web" est un concept politique, non technologique. Une civilisation est possible avec des ordinateurs très sophistiqués mais pas d'interconnexion. L'idée qu'il devrait exister "Un Web" est dérivée de la tradition libérale du marché unique ouvert, de préférence mondial.
J'ai déjà suggéré qu'Internet devrait être tout simplement découpé, et que l'Europe devrait couper ses liens avec les Etats-Unis, et construire un autre Net spécifique et incompatible avec le premier. Dès qu'on envisage la possibilité de Nets multiples, les thèmes correspondant aux différents chapitres de votre étude sont souvent hors de propos. Rappelez-vous qu'il y a quinze ans tout le monde pensait qu'il n'y aurait qu'un émetteur de télévision à l'échelle mondiale, CNN. Or il existe maintenant des chaînes de télévision nationales françaises, allemandes ou espagnoles. La réponse à votre question est donc que l'entité "Un Web" sera de toute manière divisée, probablement en quatre parties:
a) un Net interne aux Etats-Unis et au Canada, avec nombre des caractéristiques actuelles;
b) des Nets nationaux séparés, avec des liens limités avec l'extérieur;
c) un nouveau Net général pour relier entre eux les Nets de la catégorie 2;
d) et peut-être un Net spécifique à l'Union européenne.
Comme vous voyez, cette structure est parallèle à celle qui existe en géopolitique. Toute l'infrastructure des télécommunications a suivi des modèles similaires.
Je pense qu'il n'est pas possible d'approcher le Web de la manière neutre et apolitique envisagée dans votre étude. La politique actuelle de l'Union européenne prétend être neutre, mais elle supporte en fait le développement de l'anglais comme langue de contact pour communiquer."
3. RESSOURCES LINGUISTIQUES
[Dans ce chapitre:]
[3.1. Sites indexant des ressources linguistiques / 3.2. Répertoires linguistiques / 3.3. Dictionnaires et glossaires / 3.4. Bases de données textuelles / 3.5. Bases de données terminologiques]
3.1. Sites indexant des ressources linguistiques
Préparé par le programme Télématique pour les bibliothèques de la Commission européenne, Multilingual Tools and Services (Outils et services multilingues) propose une série de dictionnaires, instruments d'aide multilingues, projets, moteurs de recherche par langue, banques de données terminologiques, thésaurus et systèmes de traduction.
Créée par Tyler Chambers en mai 1994, The Human-Languages Page (La page des langues humaines) est un catalogue détaillé de 1.800 ressources linguistiques dans plus de 100 langues différentes. Les différentes sections sont: langues et littérature, écoles et institutions, ressources linguistiques, produits et services, organismes, emplois et stages, dictionnaires et cours de langues.
Tyler Chambers mène aussi un autre projet relatif aux langues, l'Internet Dictionary Project (Projet de dictionnaire Internet). Sur le site web, il explique:
"Le but de l'Internet Dictionary Project est de créer des dictionnaires de traduction grâce à l'aide des internautes. Ce site permet aux individus du monde entier de consulter et de participer à la traduction de termes anglais dans d'autres langues. Les listes de termes anglais et leurs correspondants dans d'autres langues sont ensuite mis à la disposition de tous sur ce site, sans restriction d'aucune sorte. […]
The Internet Dictionary Project a débuté en 1995 pour combler une lacuune et procurer à la communauté d'Internet et à tous ceux qui s'intéressent à l'informatique des dictionnaires de traduction gratuits. Non seulement il est très utile d'avoir immédiatement accès à des dictionnaires via le World Wide Web, mais ceci permet aussi le développement de logiciels pouvant tirer parti de tels dictionnaires, que ce soit des programmes de traduction ou des vérificateurs d'orthographe ou encore des guides d'apprentissage des langues. En facilitant la création de ces dictionnaires en ligne par des milliers de volontaires, et en les mettant gratuitement à la disposition de tous, l'Internet Dictionary Project espère imprimer sa marque sur Internet et susciter d'autres projets qui seront plus bénéfiques que des revenus purement financiers."
Tyler Chambers a répondu à mes questions dans son courrier électronique du 14 septembre 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
TC: "Le multilinguisme sur le Web était inévitable bien avant que ce médium ne se développe vraiment. Mon premier vrai contact avec Internet date de 1994, un peu après ses débuts mais bien avant son expansion. 1994 a été aussi l'année où j'ai débuté mon premier projet web multilingue, et il existait déjà un nombre significatif de ressources linguistiques en ligne. Ceci était antérieur à la création de Netscape. Mosaic était le seul navigateur sur le Web, et les pages web étaient essentiellement des documents textuels reliés par des hyperliens. Suite à l'expérience acquise maintenant par les navigateurs et les cybernautes, je ne pense pas qu'il existe une langue vivante qui ne soit pas représentée sur le Web, que ce soit la langue des Indiens d'Amérique ou les dialectes moyen-orientaux. De même une pléthore de langues mortes peut maintenant trouver une audience nouvelle avec des érudits et autres spécialistes en ligne. A ma connaissance, très peu de jeux de caractères ne sont pas disponibles en ligne: les navigateurs ont maintenant la possibilité de visualiser les caractères romains, asiatiques, cyrilliques, grecs, turcs, etc. Accent Software a un produit appelé "Internet avec accents" qui prétend être capable de visualiser plus de 30 codages différents. S'il existe encore des obstacles à la diffusion d'une langue spécifique sur le Web, ceci ne devrait pas durer."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre vie professionnelle?"
TC: "Ma vie professionnelle est en ce moment complètement distincte de mon activité sur Internet. Je suis un programmeur/technicien informatique, je trouve cela stimulant et cela me permet de payer les factures. Mon activité en ligne a été de rendre l'information linguistique accessible à davantage de gens par le biais de deux de mes projets sur le Web. Bien que je ne sois pas multilingue, ni même bilingue moi-même, je suis conscient du fait que très peu de domaines ont une importance comparable à celle des langues et du multilinguisme. Internet m'a permis de toucher des millions de personnes et de les aider à trouver ce qu'elles cherchaient, chose que je suis heureux de faire. Je suis devenu aussi une sorte de célébrité, ou au moins quelqu'un de familier dans certains cercles. Je viens de découvrir qu'un de mes projets est brièvement mentionné dans les éditions asiatique et internationale de Time Magazine. Dans l'ensemble, je pense que le Web a été important pour la sensibilisation aux langues et pour les questions culturelles. Dans quel autre endroit peut-on chercher au hasard pendant vingt minutes et trouver des informations susceptibles de vous intéresser dans trois langues différentes sinon plus? Les médias de communication rendent le monde plus petit en rapprochant les gens; je pense que le Web est le premier médium - bien plus que le courrier, le télégraphe, le téléphone, la radio ou la télévision - à réellement permettre à l'usager moyen de franchir les frontières nationales et culturelles. Israël n'est plus à des milliers de kilomètres, mais seulement à quelques clics de souris. Notre monde est maintenant suffisamment petit pour tenir sur un écran d'ordinateur."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
TC: "Comme je l'ai dit plus haut, je pense que l'avenir d'Internet réside dans davantage de multilinguisme et d'exploration et de compréhension multiculturelles que nous n'en avons jamais vu. Cependant Internet sera seulement le médium au travers duquel l'information circule. Comme le papier qui sert de support au livre, Internet lui-même augmente très peu le contenu de l'information. Par contre il augmente énormément la valeur de celle-ci dans la capacité qu'il a à communiquer cette information. Dire qu'Internet aiguillonne le multilinguisme est à mon sens une opinion fausse. C'est la communication qui aiguillonne le multilinguisme et l'échange multiculturel, Internet est seulement le mode de communication le plus récent rendu accessible aux gens plus ou moins ordinaires. Internet a un long chemin à parcourir avant d'être omniprésent dans le monde entier, mais il est vraissemblable que lui-même ou un médium de la même lignée y arrive. Les langues deviendront encore plus importantes qu'elles ne le sont quand tout le monde pourra communiquer à l'échelle de la planète (à travers le Web, les discussions, les jeux, le courrier électronique, ou toute application appartenant encore au domaine de l'avenir), mais je ne sais pas si ceci mènera à un renforcement des attaches linguistiques ou à une fusion des langues jusqu'à ce qu'il n'en subsite plus que quelques-unes ou même une seule. Une chose qui m'apparaît certaine est qu'Internet sera toujours la marque de notre diversité, y compris la diversité des langues, même si cette diversité diminue. Et c'est une des choses que j'aime au sujet d'Internet, c'est un exemple à l'échelle mondiale du dicton: 'Cela n'a pas vraiment disparu tant que quelqu'un s'en souvient.' Et les gens se souviennent."
Depuis ses débuts en 1989, le CTI (Computer in Teaching Initiative) Centre for Modern Languages (Centre pour l'utilisation des ordinateurs dans l'enseignement des langues modernes) est inclus dans l'Institut des langues de l'Université d'Hull (Royaume-Uni) et vise à promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans l'apprentissage et l'enseignement des langues. Le Centre procure des informations sur la manière dont l'apprentissage des langues assisté par ordinateur peut être effectivement intégré à des cours existants en offrant un soutien aux professeurs qui utilisent, ou souhaitent utiliser, l'informatique dans l'enseignement qu'ils dispensent.
June Thompson, responsable du Centre, a répondu à mes questions dans son courrier électronique du 14 décembre 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur Internet?"
JT: "Avec Internet, on a la possibilité d'accroître l'utilisation des langues étrangères, et notre organisation ne soutient absolument pas la suprématie de l'anglais en tant que langue d'Internet. Une intéressante conférence sur ce sujet a été donnée par Madanmohan Rao à la Conférence WorldCALL de Melbourne en juillet 1998. [Voir la présention de l'ouvrage à paraître suite à la conférence.]
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre activité?"
JT: "L'utilisation d'Internet a apporté une nouvelle dimension à notre tâche qui consiste à soutenir les professeurs de langue dans l'utilisation de la technologie correspondante."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
JT: "Je pense que dans un avenir proche l'utilisation de supports linguistiques sur Internet va continuer à se développer en même temps que d'autres activités liées à la technologie (par exemple l'utilisation de CD-ROM - certains établissements n'ont pas suffisamment de matériel informatique en réseau). A l'avenir il me semble que l'utilisation d'Internet jouera un rôle plus grand, mais seulement si ces activités sont à caractère pédagogique. Notre organisme travaille étroitement avec le WELL project [Web Enhanced Language Learning - Apprentissage des langues grâce au Web], qui se consacre à ces problèmes."
Hébergé par le CTI Centre for Modern Languages et l'Université d'Hull (Royaume-Uni), EUROCALL (European Association for Computer Assisted Language Learning) (Association européenne pour l'apprentissage des langues assisté par ordinateur) regroupe des professionnels de l'enseignement des langues exerçant en Europe et dans le monde entier. Ses objectifs sont de favoriser l'utilisation des langues étrangères en Europe, ainsi qu'une vision européenne de l'utilisation de la technologie pour l'apprentissage des langues et l'élaboration et la diffusion d'un matériel de qualité.
EUROCALL soutient aussi deux groupes: CAPITAL (Computer Assisted Pronunciation Investigation Teaching and Learning) (Investigation, enseignement et apprentissage de la prononciation assistés par ordinateur), qui est un groupe de chercheurs et de praticiens souhaitant utiliser l'informatique dans le domaine de la prononciation pris dans le sens le plus large du terme, et WELL (Web Enhanced Language Learning) (Apprentissage des langues grâce au Web), qui procurera l'accès à des ressources web de qualité dans douze langues différentes. Sélectionnées et décrites par des experts, ces ressources seront complétées par des informations et des exemples sur la manière de les utiliser pour l'enseignement et l'apprentissage d'une langue.
Internet Resources for Language Teachers and Learners (Ressources Internet pour l'enseignement et l'apprentissage des langues) propose plusieurs catégories de liens: ressources linguistiques générales (centres et départements, dictionnaires et grammaires, listes de discussion, apprentissage des langues à distance, caractères, compte-rendus, linguistique, listes et index, divers, journaux et périodiques, organismes, ressources, sites linguistiques multilingues, moteurs de recherche et index, sites linguistiques commerciaux (audiovisuels, écoles de langue, ressources et répertoires, logiciels).
Géré par l'Institut des sciences phonétiques d'Amsterdam (Pays-Bas), Speech on the Web (Parole sur le Web) est un répertoire de liens organisés en différentes sections: congrès, réunions et ateliers, liens et listes, phonétique et parole, traitement de la langue naturelle, sciences cognitives et intelligence artificielle, linguistique computationnelle, dictionnaires, lettres d'information électroniques, revues et publications.
Travlang est un site dédié à la fois aux voyages et aux langues. Créé par Michael C. Martin en 1994 sur le site de son université alors qu'il était étudiant en physique (il est maintenant chercheur au Lawrence Berkeley National Laboratory, en Californie), Foreign Languages for Travelers (Langues étrangères pour les voyageurs), inclus dans Travlang en 1995, donne la possibilité d'apprendre 60 langues différentes sur le Web. Translating Dictionaries (Dictionnaires de traduction) donne accès à des dictionnaires gratuits dans diverses langues (afrikaans, allemand, danois, espagnol, espéranto, finnois, français, frison, hollandais, hongrois, italien, latin, norvégien, portugais et tchèque). Le site offre aussi de nombreux liens vers des dictionnaires de langue, services de traduction, écoles de langue, librairies multilingues, etc.
Michael C. Martin a répondu à mes questions dans son courrier électronique du 25 août 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
MCM: "Je pense que le Web est un endroit idéal pour rapprocher les cultures et les personnes, et ceci inclut d'être multilingue. Notre site Travlang est très populaire pour cette raison, et les gens souhaitent se sentir en contact avec d'autres parties du monde."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre activité?"
MCM: "Et bien, nous en avons fait une petite affaire! Internet est vraiment un outil important pour communiquer avec des gens avec lesquels vous n'auriez pas l'occasion de dialoguer autrement. J'apprécie vraiment la collaboration générale qui a rendu possibles les pages de Foreign Languages for Travelers (Langues étrangères pour les voyageurs)."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
MCM: "Je pense que les traductions intégrales informatisées vont devenir monnaie courante, et qu'elles permettront de communiquer à la base avec davantage de gens. Ceci aidera aussi à amener davantage Internet au monde non anglophone."
La LINGUIST List est la section linguistique de la WWW Virtual Library. Elle donne une série complète de liens sur les ressources linguistiques: profession (conférences, associations linguistiques, programmes, etc.), recherche et soutien à la recherche (articles, résumés de mémoires, projets, bibliographies, dossiers, textes), publications, pédagogie, ressources linguistiques (langues, familles linguistiques, dictionnaires, information régionale), et soutien informatique (polices de caractères et logiciels).
Helen Dry, modératrice de la LINGUIST List, expliquait dans son courrier électronique du 18 août 1998:
"La LINGUIST List, que je modère, a pour politique d'accepter les informations dans toutes les langues, puisque c'est une liste pour linguistes. Nous ne souhaitons cependant pas que le message soit publié dans plusieurs langues, tout simplement à cause de la charge de travail que cela représenterait pour notre personnel de rédaction (nous ne sommes pas une liste fourre-tout, mais une liste modérée: avant d'être publié, chaque message est classé par nos étudiants-rédacteurs dans une section comprenant des messages du même type). Notre expérience nous montre que pratiquement tout le monde choisit de publier en anglais. Mais nous relions ces informations à un système de traduction qui présente nos pages dans cinq langues différentes. Ainsi un abonné ne lit LINGUIST en anglais que s'il le souhaite. Nous essayons aussi d'avoir au moins un étudiant-éditeur qui soit réellement multilingue, afin que les lecteurs puissent correspondre avec nous dans d'autres langues que l'anglais."
Géré par le Yamada Language Center de l'Université d'Oregon (USA), Yamada WWW Language Guides (Guides Yamada de langues sur le WWW) est un répertoire de ressources linguistiques par famille géographique et par ordre alphabétique. Il comprend des organismes, des écoles de langues, du matériel d'enseignement, des références culturelles, et des liens WWW.
Language today (La langue aujourd'hui) est un nouveau magazine pour ceux qui travaillent dans les langues appliquées: traducteurs, interprètes, terminologues, lexicographes et rédacteurs techniques. C'est une réalisation commune de Logos, qui procure le site web, et Praetorius, service d'expertise britannique qui suit l'actualité des développements concernant les langues appliquées. Le site procure des liens vers des associations de traducteurs, des écoles de langues et des dictionnaires.
Geoffrey Kingscott, directeur général de Praetorius, a répondu à mes questions dans son courrier électronique du 4 septembre 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
GK: "Les caractéristiques propres au Web sont la multiplicité de générateurs de sites et le bas prix de l'émission de messages. Ceci favorisera donc le multilinguisme au fur et à mesure du développement du Web. Comme celui-ci a vu le jour aux Etats-Unis, il est encore principalement en anglais, mais ce n'est qu'un phénomène temporaire. Pour expliquer ceci plus en détail, je dirais que quand nous comptions sur l'imprimé ou l'audiovisuel (film, télévision, radio, vidéo, cassettes), l'information ou le divertissement que nous attendions dépendait d'agents (éditeurs, stations de télévision ou de radio, producteurs de cassettes ou de vidéos) qui devaient subsister commercialement et, dans le cas de la radiotélédiffusion du service public, avec de sévères contraintes budgétaires. Ceci signifie que la quantité de clients est primordiale, et détermine la nécessité de langues autres que l'omniprésent anglais. Ces contraintes disparaissent avec le Web. Pour ne donner qu'un exemple mineur tiré de notre expérience, nous publions la version imprimée de Language Today uniquement en anglais, dénominateur commun de nos lecteurs. Quand nous utilisons un article qui était originellement dans une langue autre que l'anglais, ou que nous relatons un entretien mené dans une langue autre que l'anglais, nous le traduisons en anglais et nous ne publions que la version anglaise, pour la raison suivante: le nombre de pages que nous pouvons imprimer est limité, et déterminé en fonction de notre clientèle (annonceurs et abonnés). Par contre, dans notre version Web, nous proposons aussi la version originale."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre activité?"
GK: "Internet n'a pas apporté de changement majeur dans notre société. C'est un médium de plus plutôt qu'un médium visant à remplacer les autres."
ML: "Quelle est l'évolution prévue dans les prochaines années?"
GK: "Nous continuerons d'avoir un site web pour notre société, et de publier une version de notre revue sur le Web, mais ceci ne sera qu'un secteur de notre travail. Nous utilisons Internet comme une source d'information que nous distillons ensuite à nos lecteurs, qui autrement seraient confrontés au problème majeur du Web: faire face à un flux incontrôlé d'informations."
3.2. Répertoires linguistiques
The Ethnologue est la version électronique deThe Ethnologue, 13e éd., (éditrice: Barbara F. Grimes, avec la collaboration de Richard S. Pittman and Joseph E. Grimes), publié en 1996 par le Summer Institute of Linguistics (Dallas, Texas, USA). Ce catalogue de plus de 6.700 langues parlées dans 228 pays est accessible au moyen de deux outils de recherche: le Ethnologue Name Index (Index des noms de l'Ethnologue), qui donne la liste des noms de langues et de dialectes et de leurs synonymes, et le Ethnologue Language Family Index (Index des familles linguistiques de l'Ethnologue), qui organise les langues en fonction des familles linguistiques.
Barbara F. Grimes, éditrice de The Ethnologue, écrivait dans son courrier électronique du 18 août 1998:
"Les pages web multilingues sont de plus en plus utiles, mais elles sont plus onéreuses à gérer. Nous avons eu des demandes nous demandant l'accès à The Ethnologue dans plusieurs autres langues, mais nous n'avons pas le personnel ni les fonds pour la traduction ou la réactualisation, indispensable puisque notre site est constamment mis à jour.
Internet nous est utile, c'est un outil pratique qui apporte un complément à notre travail. Nous l'utilisons principalement pour le courrier électronique.
C'est aussi un moyen commode pour mettre notre documentation à la disposition d'une audience plus large que celle de The Ethnologue imprimé.
D'un autre côté, The Ethnologue sur Internet n'atteint en fait qu'une audience limitée disposant d'ordinateurs. Or, dans les personnes que nous souhaitons atteindre, nombreux sont ceux qui n'ont pas accès à des ordinateurs. Je pense particulièrement aux habitants du dit 'Tiers-monde'."
Créé en décembre 1995 par Yoshi Mikami, de Asia Info Network , The Languages of the World by Computers and the Internet (Les langues du monde par ordinateur ou sur Internet), communément appelé Logos Home Page ou Kotoba Home Page, donne, pour chaque langue, un bref historique, les caractéristiques, le système d'écriture, le jeu de caractères et la configuration du clavier pour l'utilisation de l'ordinateur et d'Internet dans la langue donnée.
Dans son courrier électronique du 17 décembre 1998, Yoshi Mikami écrivait:
"Ma langue maternelle est le japonais. Comme j'ai suivi mes études de troisième cycle aux Etats-Unis et que j'ai travaillé dans l'informatique, je suis devenu bilingue japonais/anglais américain. J'ai toujours été intéressé par différentes langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le français et le chinois dans la foulée. A la fin de 1995, j'ai créé sur le Web The Languages of the World by Computers and the Internet et j'ai tenté de donner - en anglais et en japonais - un bref historique de toutes ces langues, ainsi que les caractéristiques propres à chaque langue et à sa phonétique. Suite à l'expérience acquise, j'ai invité mes deux associés à écrire un livre sur la conception, la création et la présentation de pages web multilingues, livre qui fut publié en août 1997 sous le titre: The Multilingual Web Guide (édition japonaise), le premier livre au monde sur un tel sujet.
Il y a des milliers d'années de cela, en Egypte, en Chine et ailleurs, les gens étaient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs réflexions non seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans notre monde moderne, chaque Etat a adopté plus ou moins une seule langue de communication. A mon avis, Internet verra l'utilisation plus grande de langues différentes et de pages multilingues (et pas seulement une gravitation autour de l'anglais américain) et un usage plus créatif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites web créés au Japon sont en japonais!"
Disponible sur le site de l'Institut Sabhal Mór Ostaig (Ile de Skye, Ecosse) et géré par Caoimhín P. Ó Donnaíle, European Minority Languages est une liste de langues minoritaires - ou rendues minoritaires - disponible par ordre alphabétique et par famille linguistique. Ce site procure aussi des liens avec des sites du même type dans le monde entier.
Caoimhín P. Ó Donnaíle écrivait dans son courrier électronique du 18 août 1998:
"Internet a contribué et contribuera au développement fulgurant de l'anglais comme langue mondiale.
Internet peut grandement aider les langues minoritaires. Ceci ne se fera pas tout seul, mais seulement si les gens choisissent de défendre une langue.
Le Web est très utile pour dispenser des cours de langues, et la demande est grande.
La norme UNICODE (ISO 10646) pour les jeux de caractères est très importante et elle va grandement favoriser le multilinguisme sur le Web."
3.3. Dictionnaires et glossaires
Les dictionnaires en ligne sont de plus en plus nombreux. Voici trois exemples (francophone, anglophone et multilingue).
Le Dictionnaire francophone en ligne, corpus lexical du Dictionnaire universel francophone, est publié conjointement par Hachette et l'Agence universitaire de la Francophonie (AUPELF-UREF), qui expliquent sur le site:
"Voici enfin présentés, sur un pied d'égalité, le français dit 'standard' et les mots et expressions en français tel qu'on le parle sur les cinq continents. Voici les termes de la flore et de la faune qui apportent vie et couleur à cet ouvrage. Ce dictionnaire s'adresse à tous ceux qui, à travers le monde, veulent voir dans la Francophonie une réalité que l'on désire qualifier de charnelle."
Dans Merriam-Webster Online: the Language Center (Merriam-Webster en ligne: le centre linguistique), un grand éditeur britannique de dictionnaires met en accès libre sa collection de ressources en ligne pour la langue anglaise: définition des mots, orthographe, prononciation, synonymes, exercices de vocabulaire, etc. Les ouvrages de référence disponibles en ligne sont le WWWebster Dictionary, le WWebster Thesaurus, le Webster's Third (lexique), le Guide to International Business Communications, le Vocabulary Builder (questions de vocabulaire interactives), et le Barnhart Dictionary Companion (nouveaux mots).
Le Logos Dictionary est un dictionnaire multilingue d'environ 8 millions d'entrées dans toutes les langues. Logos, une société de traduction internationale dont le siège est à Modène (Italie), met en accès libre les outils linguistiques utilisés par ses traducteurs: 200 traducteurs sur place, 2.500 traducteurs en ligne dans le monde, environ 200 textes traités quotidiennement. Outre le Logos Dictionary, ces outils comprennent la Wordtheque, une base de données multilingue de 325 millions de mots provenant de romans, documents techniques et textes traduits et présentés dans leur contexte, Linguistic Resources (Ressources linguistiques), qui regroupe 536 glossaires, et le Universal Conjugator (Conjugaison universelle), qui propose des tableaux de conjugaison dans 17 langues différentes.
Dans Les mots pour le dire, un article du quotidien Le Monde en date du 7 décembre 1997, Annie Kahn écrivait:
"Le site de Logos est beaucoup plus qu'un dictionnaire ou qu'un répertoire de liens vers d'autres dictionnaires en ligne. L'un des piliers du système est un logiciel de recherche documentaire fonctionnant sur un corpus de textes littéraires disponibles gratuitement sur Internet. Lorsque l'on recherche la définition ou la traduction d'un mot, 'didactique' par exemple, on trouve non seulement le résultat recherché, mais aussi une phrase d'une oeuvre littéraire utilisant ce mot (en l'occurence, un essai de Voltaire). Un simple clic permet d'accéder au texte intégral de l'oeuvre ou de commander le livre grâce à un partenariat avec Amazon.com, le libraire en ligne bien connu. Il en est de même avec les traductions étrangères. Si aucun texte utilisant ce mot n'a été trouvé, le système fonctionne alors comme un moteur de recherche et renvoie aux sites web concernant ce mot. Pour certains termes, il est proposé d'en entendre la prononciation. Si une traduction manque, le système fait un appel au peuple. A chacun d'enrichir la base, les traducteurs de l'entreprise valident ensuite les traductions proposées."
Logos a été créé par Rodrigo Vergara, un réfugié politique chilien qui a émigré en Italie quand il était étudiant en agronomie pour échapper au régime Pinochet. Aujourd'hui, à 45 ans, il dirige une entreprise de traduction offrant des services dans plus de 35 langues, avec un réseau de 300 traducteurs dans le monde et un chiffre d'affaires de 60 millions de FF.
Dans le même article, Rodrigo Vergara expliquait:
"Nous voulions que nos traducteurs aient tous accès aux mêmes outils de traduction. Nous les avons donc mis à leur disposition sur Internet, et tant qu'à faire nous avons ouvert le site au public. Cela nous a rendus très populaires, nous a fait beaucoup de publicité. L'opération a drainé vers nous de nombreux clients, mais aussi nous a permis d'étoffer notre réseau de traducteurs grâce aux contacts établis à la suite de cette initiative."
Les répertoires de dictionnaires sont des outils inappréciables pour les linguistes. Voici par exemple Dictionnaires électroniques, OneLook Dictionaries et A Web of Online Dictionaries.
Préparé par la Section française des Services linguistiques centraux (SLC-f) de la Chancellerie fédérale suisse, Dictionnaires électroniques est classé en cinq secteurs: dictionnaires monolingues, dictionnaires bilingues, dictionnaires multilingues, abréviations et acronymes, et informations géographiques.
Dans son courrier électronique du 14 janvier 1999, Marcel Grangier, responsable de cette section, répondait à mes questions.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
MG: "Le multilinguisme sur Internet peut être considéré comme une fatalité heureuse et surtout irréversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une suprématie de l'anglais. Cette suprématie n'est pas un mal en soi, dans la mesure où elle résulte de réalités essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas de 'lutter contre l'anglais' et encore moins de s'en tenir à des jérémiades, mais de multiplier les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualité de service de traduction, nous préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre activité?"
MG: "Travailler sans Internet est devenu tout simplement impossible: au-delà de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de la presse électronique, activités de services au profit de la profession des traducteurs). Internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable d'informations dans ce que j'appellerais le 'secteur non structuré' de la toile. Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche permettent dans la plus grande partie des cas de retrouver le chaînon manquant quelque part sur le réseau."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
MG: "La multiplication des langues présentes sur Internet est inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges multiculturels. Pour que ces échanges prennent place dans un environnement optimal, il convient encore de développer les outils qui amélioreront la compatibilité: la gestion complète des diacritiques ne constitue qu'un exemple de ce qui peut encore être entrepris."
Disponible depuis avril 1996, OneLook Dictionaries (Dictionnaires tous-dans-un), de Robert Ware, est un moteur de recherche rapide puisant dans plus de 2 millions de mots disponibles dans 425 dictionnaires traitant des domaines suivants: affaires, informatique/Internet, médecine, divers, religion, sciences, sports, technologie, généralités et argot.
Dans son courrier électronique du 2 septembre 1998, Robert Ware expliquait:
"A titre personnel, je suis presque uniquement en contact avec des gens qui ne pratiquent qu'une langue et qui n'ont pas beaucoup de motivation pour développer leurs aptitudes linguistiques. Etre en contact avec le monde entier change cette approche des choses. Et la change en mieux! […] J'ai été long à inclure des dictionnaires non anglophones (en partie parce que je suis monolingue). Mais vous en trouverez maintenant quelques-uns."
Le Web of Online Dictionaries (Le Web des dictionnaires en ligne), de Robert Beard, est un index de plus de 800 dictionnaires en ligne dans 150 langues différentes, auquel s'ajoutent d'autres sections: dictionnaires multilingues, dictionnaires anglophones spécialisés, thésaurus et vocabulaires, grammaires en ligne, et outils linguistiques pour non spécialistes.
Robert Beard a répondu à mes questions dans son courrier électronique du 1er septembre 1998.