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Le paillasson: Mœurs de province

Chapter 10: VIII FÊTE NATIONALE
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About This Book

Recueil d'essais et de portraits satiriques qui épingle les mœurs provinciales, notamment celles liées aux stations thermales : hypocrisie bourgeoise, arrivisme, jeux d'argent et usages mondains y sont moqués avec ironie et verve. L'auteur enchaîne tableaux vivants et aphorismes pour exposer la vanité, l'appétit de lucre et la vacuité des interactions sociales locales, alternant pamphlet et chronique caustique. Le ton privilégie l'épigramme, l'exagération et l'observation mordante du quotidien, offrant une galerie de scènes où la comédie humaine se révèle dans ses ridicules et ses contradictions.

VIII
FÊTE NATIONALE

« Un beau soleil a fêté ce grand jour »

comme au temps de la première manifestation, lorsque ce pauvre Flesselles, se chargea de fournir le sang impur. Les échevins bagnérais ont témoigné de leur fidélité monarchique par une singulière abstinence de pétards. J’avoue pour mon compte, adhérer petitement à ce jeûne pyrotechnique. Quel que soit le culte en exercice, il ne me déplaît point qu’on le récrée de fusées volantes. Cela repose un peu de la conversation des naturels. La Sainte-Cécile et l’Harmonie des pompiers ont alterné leurs fanfares exquises de civisme et d’éclat. Un des principaux éléments de nos réjouissances nationales, j’entends l’intoxication par les alcools, n’a point failli dans ce beau jour, que j’appellerai volontiers la Saint Pochard, si le premier janvier n’était baptisé la Saint Concierge, depuis longtemps.


Les embellissements du Casino marchent avec lenteur, en dépit de la canicule. Soigneusement épilé de tout feuillage, le parc offre l’aspect gracieux d’un steppe au grand soleil. Par contre, aux jours de pluie, les talons s’impriment en boue de la façon la plus marécageuse qui soit. Les scies grincent dans la pierre et la truelle sévit, comme aux beaux temps de la concession. Un progrès toutefois s’impose en ce jardin : c’est de complanter la maîtresse pelouse avec des tessons de bouteilles, relevés çà et là de quelques plumeaux touffus, à l’ombre de quoi, l’on acclimaterait aisément la vipère bérus et le serpent à sonnettes.