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Le Pays de l'Instar

Chapter 12: IX. — Pour enterrer le directeur
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A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

IX. — Pour enterrer le directeur

— En voilà un qui a été vite enlevé !

— Ce que c’est que de nous, tout de même !

— D’ailleurs, il paraît que ce dont il est mort, ce n’est pas du tout pour ça qu’on le soignait.

— Est-ce que vous croyez aux médecins, vous ?

— Je ne crois pas à la médecine, mais je crois à la chirurgie.

— Tous les médecins ne sont pas des empiriques.

— Et puis, on aura beau dire, faire venir le médecin, ça rassure toujours.

— Parce que, en général, c’est le moral qui est atteint, et que les médecins agissent sur le moral.

— Il est certain que le moral joue un très grand rôle.

— Mens sano in corpore sana !

— Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait certaines précautions à prendre.

— Pas de drogues, mais de l’hygiène !

— Il n’est pas douteux que, si l’on suivait un peu mieux les règles de l’hygiène, il n’y aurait pas tant de pharmaciens.

— Et ils ne vendraient pas deux francs ce qui leur revient à deux sous.

— Ce n’est toujours pas dans notre famille qu’on enrichit les pharmaciens.

— Mon père est mort à soixante-seize ans sans avoir jamais été malade.

— Je voudrais seulement qu’on m’en souhaite autant.

— Je crois que nous sommes tous les deux de la même promotion.

— Oui, comme on dit, quand l’un partira, l’autre fera bien de graisser ses bottes.

— J’espère que nous n’en sommes pas encore là.

— Ça vient quand ça vient, le mieux est de n’y pas songer.

— Oh ! je vous garantis que ce n’est pas ça qui m’empêche de dormir.

— Tout dépend aussi de ce qu’on laisse derrière soi.

— Il passait pour avoir une certaine situation de fortune, indépendamment de sa position.

— On n’est jamais riche quand on a quatre enfants.

— Et le voilà parti sans sa croix…

— Avouez que maintenant ça lui ferait une belle jambe !

— Je ne dis pas ça : il y a toujours la satisfaction morale.

— Voyez si Rabaud se donne de l’importance !

— Voilà une petite mort qui lui fait gagner au moins deux ans et demi.

— Je ne lui veux pas de mal et je ne suis pas riche, mais je donnerais bien quelque chose de ma poche pour que ce ne soit pas lui qui soit nommé.

— Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

— C’est la vie.