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Le Pays de l'Instar

Chapter 15: XII. — Pour arriver de Paris
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About This Book

A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

XII. — Pour arriver de Paris

— Songer qu’hier, à cette heure-ci, nous étions en plein boulevard.

— Le calme aussi a du bon.

— Nos cousins habitent Vaugirard, et, le soir, pour peu qu’on aille au théâtre…

— Vaugirard, ce n’est déjà plus tout à fait Paris.

— Quand on est à Paris, on n’a le temps de voir personne.

— Nos cousins sont de vrais Parisiens, ils savent ce qu’il en est, et ils nous excusent.

— Nous avons découvert un petit restaurant au Palais-Royal, où l’on mange admirablement pour ses 2 fr. 50.

— Je ne sais pas comment font certains restaurateurs parisiens.

— L’avantage du restaurant à prix fixe, c’est qu’on ne dépense jamais que ce qu’on veut bien dépenser.

— Évidemment, dans ces grands magasins, on trouve des occasions extraordinaires, mais une fois que l’on est là, on voudrait tout emporter.

— Si j’habitais Paris, je voudrais m’habiller pour rien.

— Croiriez-vous que nous n’étions jamais allés au musée Grévin ?

— Les Parisiens ne paient jamais leur place au théâtre.

— Nous avons hésité entre l’Opéra-Comique et la Porte-Saint-Martin, et puis, au dernier moment, il était trop tard.

— Il faudrait avoir le loisir de s’installer à la terrasse d’un café, rien que pour voir défiler cette foule.

— On a vite fait de passer la moitié de ses journées en omnibus.

— Monter et descendre tous ces étages !

— Si l’on pouvait, à Paris, emporter son installation de province.

— Paris n’est vraiment agréable à habiter que si l’on a 50.000 livres de rente.

— En général, les gens qui ont 50.000 livres de rente séjournent à peine trois mois d’hiver à Paris.

— Je ne demanderais qu’à venir y passer trois semaines tous les ans, au moment du Salon.

— Les théâtres, les grands concerts, les musées, les cours au Collège de France…

— Nous avons rencontré deux fois Coquelin Cadet sur les grands boulevards : la seconde fois je n’en suis pas bien sûre, mais la première, nous l’avons vu comme je vous vois.

— Ce que la province ne peut pas nous donner, c’est ce foyer intellectuel !…

— Paris est Paris.