WeRead Powered by ReaderPub
Le Pays de l'Instar cover

Le Pays de l'Instar

Chapter 16: XIII. — Pour dire son fait à Wagner
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

XIII. — Pour dire son fait à Wagner

— Y a-t-il longtemps que votre petite fille apprend ? c’est un résultat extraordinaire.

— Ce n’est rien, tout à l’heure, si cela ne vous ennuie pas, elle vous jouera sa cavatine.

— Elle retient tout ce qu’elle entend.

— Je crois que tous les grands musiciens ont commencé très jeunes.

— Ce n’est pas seulement de commencer jeune, il faut être doué.

— Il y a des gens très intelligents qui n’ont jamais pu retenir une note de musique.

— Dans ces cas-là, je crois qu’il vaut mieux ne pas s’entêter.

— Je ne demande pas que ma fille soit une virtuose, mais simplement qu’elle puisse se rendre utile à l’occasion.

— Dans une soirée, quand la conversation languit, quand on ne sait plus quoi faire, un morceau de piano est toujours le bienvenu.

— Avec un piano, on ne s’ennuie jamais.

— Je n’exécute pas, mais j’ai toujours adoré la musique.

— Sous ce rapport, il faut dire qu’à Aubusson, avec les concerts militaires, la Société philharmonique et les troupes de passage, nous étions gâtés.

— L’ouverture de Poète et Paysan, Loin du Bal, et Carmen

— Je n’ai jamais rien entendu de leur Wagner, et j’avoue à ma honte que je ne le regrette pas.

— Il paraît que la grande musique, c’est de la musique qu’on ne doit pas comprendre.

— Ce n’est plus de la musique, c’est de l’algèbre.

— Au fond, j’imagine que le difficile n’est pas de faire tant de bruit.

— Je me moque un peu que ça soit savant, si cela m’embête.

— Il y a les choses qui me plaisent, et les choses qui ne me plaisent pas.

— Moi, je dis que, lorsque je vais écouter des chanteurs, ce n’est pas pour avoir les oreilles cassées, ou pour sortir de là avec une migraine.

— Nous sommes de la vieille école.

— Les vieux maîtres avaient du bon.

— Nous n’avons pas le tempérament germanique.

— Je veux être pendu si, après l’audition de ces grandes machines, il vous en reste seulement quatre notes à chantonner le lendemain matin.

— Et puis, quand on compare ça, tenez, tout simplement avec une jolie valse de Métra !