WeRead Powered by ReaderPub
Le Pays de l'Instar cover

Le Pays de l'Instar

Chapter 4: I. — Pour choisir un appartement
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

PETIT PRÉCIS
DE LA CONVERSATION FRANCO-INSTAR

I. — Pour choisir un appartement

— Ce à quoi nous tenons, justement, c’est à avoir une maison seule, avec un petit jardin.

— C’est ce qui avait décidé le commandant de recrutement, surtout à cause des enfants.

— Quand on fait tant que d’habiter la province, ce n’est pas pour avoir les inconvénients de Paris.

— Et puis à Paris on peut vivre vingt ans sur le même palier sans se connaître.

— Dieu sait que ce n’est pas la même chose en province !

— Malheureusement l’appartement me semble bien petit.

— Dans la position de mon mari, nous ne pouvons pas nous dispenser de recevoir.

— Si au moins il y avait une porte à deux battants entre le salon et la salle à manger…

— En somme, madame, il n’y a que deux marches à monter, et le service se fait très facilement par le corridor.

— Il faudrait pouvoir loger ici la belle console.

— Oui, mais le commandant n’avait pas de piano.

— Si vous preniez l’appartement, on s’entendrait toujours pour les papiers.

— Crois-tu, Émile, que les grandes potiches japonaises que tu m’as rapportées du Louvre…

— On en sera quitte pour mettre le portrait de parrain dans mon cabinet.

— Son portrait en conseiller de préfecture ? Mieux vaudrait celui de ta mère.

— Madame aurait bien des commodités avec tous ces placards.

— Si les Barbotin nous tombent comme l’été dernier, en même temps que les Giloteux…

— On a toujours la ressource de dresser un lit dans le cabinet de toilette.

— Et puis après tout, ma bonne amie, il y a des hôtels.

— Vous avez le boucher à deux pas, et la boulangère est en face.

— Si on a du monde au dernier moment, et qu’il faille courir…

— Je trouve qu’on est bien peu chez soi dans le jardin.

— Oh ! quand le chèvrefeuille sera poussé…

— D’ailleurs vous n’aurez pas à vous plaindre du voisinage : une dame en deuil, très convenable, avec deux petits garçons au lycée.

— Voici le petit endroit ; si vous voulez vous rendre compte comment ça fonctionne ?

— Dame, c’est une chose qui est bien aussi à considérer.

— Tu sais comme ta tante Anna est désagréable.

— Quant à ça, madame peut être tranquille, le commandant était un homme très propre.