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Le Pays de l'Instar cover

Le Pays de l'Instar

Chapter 6: III. — Pour donner un grand dîner
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About This Book

A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

III. — Pour donner un grand dîner

— Les Robineau étaient à la Préfecture.

— Oui, mais remarque bien que, si nous nous mettons sur le pied d’inviter les Robineau, il n’y a pas de raison pour ne pas inviter aussi les Gibelin et les Chaninel, et alors toute la ville…

— Enfin, ma bonne amie, tu feras ce que tu voudras.

— Nous ne pouvons pourtant pas laisser le commandant de gendarmerie à côté de Mme Gombaud !…

— Avec une rallonge de plus, on ne pourrait pas ouvrir le buffet.

— Il me semble que quatre bouteilles suffiront.

— Mais si, ça se fait très bien, rappelle-toi à la Banque de France…

— Les coupes, c’est plus distingué.

— Oui, mais ça en tient davantage.

— N’oublie pas d’emprunter des fourchettes à dessert, tu te souviens, pour éplucher les poires…

— Il n’y aura pas assez de compotiers du beau service.

— Ce qu’il faut, c’est qu’on voie de l’argenterie quand on arrive.

— As-tu pensé aux cigares ?

— Oui, mais si je n’avais pas été un imbécile, j’aurais écrit au cousin Jules de nous envoyer des cigares de député.

— Quand tu m’auras donné les bouts de table que tu m’avais promis pour ma fête, on pourra les mettre.

— Si on ne voit pas assez clair, on aura toujours la ressource de prendre les deux grosses lampes de mon cabinet.

— D’ailleurs, tant de fleurs que ça, ça entête…

— Mme Lambert se sert chez notre pâtissier, et il m’a dit ce qu’il lui avait fourni la dernière fois.

— Est-ce que précisément, la dernière fois, chez les Lambert, ça n’a pas paru un peu juste ?

— Tu verras, à la Papeterie des Deux Mondes, il y a des menus très originaux qui représentent des petits marmitons et des hirondelles.

— Jolly les écrira, mon nouvel expéditionnaire ; il a une très belle main.

— Tu n’aurais pas pu avoir de ces choses que nous avons mangées à la Préfecture, tu sais, dans du papier, avec des truffes : ça faisait beaucoup d’effet…

— Oui, mon bon ami ; mais la Préfecture est la Préfecture, et ils font tout venir directement de chez Potin.