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Le Pays de l'Instar cover

Le Pays de l'Instar

Chapter 8: V. — Pour inviter sans façon
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About This Book

A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

V. — Pour inviter sans façon

— Je vous répète que c’est tout à fait sans façon…

— C’est qu’avec vous il faut toujours se méfier !…

— Ne vous attendez pas à des choses extraordinaires.

— Vous dites toujours cela, et puis on n’en finit plus de sortir de table.

— On ne peut pourtant pas vous laisser mourir de faim !…

— Ce n’est pas ce que nous craignons !

— D’ailleurs, Mme Robin est encore un peu en deuil : il n’y aura absolument que vous.

— Nous n’acceptons qu’à cette condition.

— Et vous amènerez votre petit Paul ?

— Non, cela vous ferait trop de dérangements : il ira dîner chez l’oncle Gaspard…

— Et que dira alors sa petite amie Florentine ?…

— Oh ! mais votre Florentine est déjà une grande personne, qui se tient très bien à table ; tandis que notre Paul est si polisson !…

— Pas du tout, et si vous ne l’amenez pas, nous dirons que c’est vous qui faites des cérémonies…

— Vous savez bien le contraire, et que, quand vous venez à la maison…

— N’oubliez pas le violon de M. Sicard.

— Nous n’aurions pas osé… le deuil de Mme Robin…

— Un petit air de violon, ça n’empêche pas le deuil : d’ailleurs, on n’est pas forcé de jouer des contredanses.

— Et puis, n’est-ce pas, on est entre soi…

— Il est certain qu’il vaut bien mieux se recevoir plus simplement et plus souvent…

— Allez donc dire ça aux Chaninel…

— Il y a des gens qui semblent ne vous inviter que pour chercher à vous éblouir.

— C’est la vérité, aussi on n’ose plus les avoir chez soi…

— Je ne suis pas l’ennemi d’un bon dîner, parbleu ! mais je ne demande pas qu’on me serve tout le temps des truffes…

— Moi, je pense que, quand on s’invite, c’est d’abord pour se voir, et non pas seulement pour manger.