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Le Pays de l'Instar

Chapter 9: VI. — Pour aller à la Préfecture
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About This Book

A satirical portrait of a bureaucratic provincial realm that maps its social life onto administrative landmarks and institutions—prefecture, treasury, military subdivision, bank, main street, promenade, clubs, cafés, and station—and divides inhabitants into noblesse, military, commerce, and civil servants. It dissects petty hierarchies, jealousies, ceremonial privileges (notably the power of chiefs of service) and the local obsession with proximity to the capital, and supplements the satire with fifteen graded conversational dialogues and a theatrical exercise illustrating typical social situations.

VI. — Pour aller à la Préfecture

— On vous verra au bal de samedi, à la Préfecture ?

— Mon mari ne saurait s’en dispenser, en sa qualité de chef de service.

— Vous vous rappelez, l’an dernier, quelle cohue…

— C’est le fait de tous ces grands bals officiels, on est obligé d’inviter des tas de monde, et tout le monde se croit obligé d’y aller.

— Oh ! nous, nous y allons surtout pour le coup d’œil…

— Mme Bouton s’est commandé une toilette exprès à Saint-Étienne.

— Alors nous verrons aussi le beau Lambert ?

— Il paraît qu’il y aura des accessoires de cotillon qui sont des merveilles.

— Vous vous souvenez des lanternes, à la Trésorerie ?

— M. Rubillet m’avait donné la sienne, cela m’en a fait quatre, avec celle de mon mari, et une autre qu’on avait laissée sur une chaise.

— Et Mme Chamoix et ses rubans de bergère, que lui avait mis le petit Richard…

— Vous trouviez ça drôle ? Moi, je trouve ça inconvenant.

— Cette grosse femme qui persiste à danser comme une jeune fille…

— D’autant que ces messieurs se croient obligés de la faire danser, et il y a de pauvres jeunes filles qui restent sur leur banquette.

— Le nouveau colonel est très bien avec la Préfecture.

— Il faut reconnaître ceci en faveur des officiers, c’est qu’ils ne ménagent pas leurs jambes.

— Nos jeunes gens ne dansent plus, un genre qu’ils affectent…

— Comme dit mon mari, ce sont les vieux qui sont forcés de donner l’exemple.

— M. Ballot n’est pas encore dans la catégorie des vieux.

— Il a toujours adoré la danse ; d’ailleurs, comme je lui dis quelquefois en plaisantant : Sans cela, je ne t’aurais pas épousé !

— Je crois que le préfet fera très bien les choses.

— On ne se figure pas ce qui se gaspille dans ces soirées-là !

— On a bien des commodités pour recevoir, dans une Préfecture, que l’on n’aurait pas ailleurs.

— N’empêche, je trouve qu’une préfète a joliment du mérite.

— Qu’est-ce que vous voulez, ils sont payés pour ça.

— Savez-vous s’il y aura un buffet, ou si l’on passera des plateaux ?

— Au fond, cela revient aussi cher, mais ce sont toujours les mêmes personnes qui vont au buffet, tandis que, les plateaux, tout le monde peut en prendre.

— Je mange toujours très peu, en soirée, et je ne bois que du champagne, c’est un principe absolu.

— On parle d’un souper par petites tables ?

— Il faudra nous arranger pour être ensemble, on tâchera de ne pas s’ennuyer.

— Nous nous amuserons à voir les têtes…