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Le roi des montagnes

Chapter 10: CHAPITRE IX LETTRE D’ATHÈNES
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About This Book

A visiting botanist relates to a skeptical narrator his travels in Greece and his capture by a feared mountain brigand leader, offering vivid descriptions of brigand life, local landscapes, encounters, and narrow escapes. The account blends episodic adventure and travel observation with wry, often comic detail and moments of editorial hesitation as the narrator questions the tale's veracity while preparing it for publication. Through personal testimony and reflective commentary, the narrative portrays the practical realities of travel, the social effects of brigandage on local communities and visitors, and the uneasy balance between remarkable experience and cautious reporting.

CHAPITRE IX
LETTRE D’ATHÈNES

Le jour même où j’allais livrer à l’impression le récit de M. Hermann Schultz, mon honorable correspondant d’Athènes me renvoya le manuscrit avec la lettre suivante :

« Monsieur,

« L’histoire du Roi des montagnes est l’invention d’un ennemi de la vérité et de la gendarmerie. Aucun des personnages qui y sont cités n’a mis le pied sur le sol de la Grèce. La police n’a point visé de passeport au nom de Mme Simons. Le commandant du Pirée n’a jamais entendu parler de la Fancy ni de M. John Harris. Les frères Philip ne se souviennent pas d’avoir employé M. William Lobster. Aucun agent diplomatique n’a connu dans ses bureaux un Maltais du nom de Giacomo Fondi. La Banque nationale de Grèce a bien des choses à se reprocher, mais elle n’a jamais eu en dépôt les fonds provenant du brigandage. Si elle les avait reçus, elle se serait fait un devoir de les confisquer à son profit. Je tiens à votre disposition la liste de nos officiers de gendarmerie. Vous n’y trouverez aucune trace de M. Périclès. Je ne connais que deux hommes, de ce nom : l’un est cabaretier dans la ville d’Athènes, l’autre vend des épices à Tripolitza. Quant au fameux Hadgi-Stavros, dont j’entends aujourd’hui le nom pour la première fois, c’est un être fabuleux qu’il faut reléguer dans la mythologie. Je confesse en toute sincérité qu’il y eut autrefois quelques brigands dans le royaume. Les principaux ont été détruits par Hercule et par Thésée, qui peuvent être considérés comme les fondateurs de la gendarmerie grecque. Ceux qui ont échappé au bras de ces deux héros sont tombés sous les coups de notre invincible armée. L’auteur du roman que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer a prouvé autant d’ignorance que de mauvaise foi, en affectant de considérer le brigandage comme un fait contemporain. Je donnerais beaucoup pour que son récit fût imprimé, soit en France, soit en Angleterre, avec le nom et le portrait de M. Schultz. Le monde saurait enfin par quels grossiers artifices on essaye de nous rendre suspects à toutes les nations civilisées.

« Quant à vous, monsieur, qui nous avez toujours rendu justice, agréez l’assurance de tous les bons sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être

« Votre très reconnaissant serviteur,

« Patriotis Pseftis,

« Auteur d’un volume de dithyrambes sur la régénération de la Grèce ; rédacteur du journal l’Espérance ; membre de la Société archéologique d’Athènes, membre correspondant de l’Académie des îles Ioniennes, actionnaire de la Compagnie nationale du Spartiate Pavlos. »