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Le Roman Comique du Chat Noir

Chapter 49: NOTES:
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About This Book

The volume compiles day-by-day accounts and poetic sketches from a bohemian cabaret's tour, recording performances, backstage incidents, and audience encounters across provincial and foreign stops. It describes shadow-play spectacles, musical numbers, and the visual ingenuity of stage effects, with attention to creators' techniques. Interspersed poems, songs, and brief comic scenes capture performers' wit and the traveler's encounters. A prefatory note explains the project's origin and dedicates the collection to the troupe's deceased founder, imparting a documentary and elegiac tone. The book alternates light reportage, theatrical description, and lyrical pieces in an episodic, anecdotal structure.

«Messieurs,

«Au nom des jeunes chansonniers dont mon camarade Maurice Boukay devait être ici le porte-parole, je viens saluer la dépouille de celui qui fut un homme par la souffrance, un poète par le cœur, un génie par le cerveau.

«En effet, Messieurs, si Jules Jouy défendit avec tant d'éloquence la cause des opprimés et des faibles c'est qu'il eut à lutter lui-même contre la souffrance et le malheur.

«Devant cette tombe ouverte, reliquaire éternel des corps, rappelons-nous, Messieurs, la coutume des anciens guerriers scandinaves qui, lorsqu'ils s'étaient liés d'amitié étroite, creusaient un trou dans la terre, y répandaient de leur sang et, sur la pierre qui recouvrait cette fosse, entrelaçaient leurs noms et leurs chiffres.

«Cet usage s'appelait l'Association du sang.

«Aujourd'hui, Messieurs, devant la tombe de ce poète, mêlons à ses cendres nos larmes de deuil, de respect et d'admiration, et sur la pierre tombale qui va recouvrir ses restes, inscrivons à côté de cette devise qui aurait pu être la sienne:

«Il faut encor souffrir, après avoir souffert»

ces mots, qui sont et son chiffre et le nôtre:

«Gloire! Souvenir!»

Au retour du Père Lachaise je rencontre Pierre Delcourt, l'inépuisable publiciste, ami particulier de Salis, et le plus assidu peut-être de tous les chatnoirisants. Comme je lui demande s'il n'est pas mieux fixé que moi sur l'état de notre pauvre camarade, il tire de sa poche un télégramme reçu le matin même et daté de Naintré; Salis est mort à trois heures du matin.

Malgré l'attente où je ne puis manquer d'être de ce dénouement, j'avoue que la nouvelle, apprise dans ces conditions, me cause quelque effarement. En quelques semaines, Paul Arène, Henri Pille, Jules Jouy et Salis ont été fauchés sans merci par la camarde; quelle nécropole que ce Montmartre.

Déjà circulent dans les rangs clairsemés des camarades de Jouy, la nouvelle apportée par Delcourt. Au milieu de la stupeur qu'elle provoque généralement, une anecdote surgit: On raconte que Jules Jouy ayant fait une chute dans l'escalier du Chat Noir où il précédait Salis, ce dernier lui fit ironiquement remarquer que le moment n'était pas venu de se rompre les os et qu'il avait plus que jamais besoin de son concours. Jouy avait répondu que lorsqu'il mourrait, il comptait bien être suivi par lui à vingt-quatre heures de distance.

Vraie ou non cette anecdote montre bien comme sous toutes les latitudes et dans toutes les conditions de la vie, l'homme est essentiellement un être de légende et de superstition.

Les obsèques de Salis auront lieu demain à trois heures à Chatellerault. J'ai donc largement le temps de m'y rendre en prenant ce soir même à la gare d'Orléans le train de minuit.

D'ici là, comme évidemment la mort du gentilhomme cabaretier ne va pas manquer d'être commentée, je crois de mon devoir de tracer en quelques lignes un portrait de Salis et en même temps de narrer brièvement les journées qui ont précédé sa mort.

Mon après-midi suffira tout juste à ce labeur; et je vous quitte pour m'y donner en toute hâte.

Naintré, 20 Mars.

Nous sommes arrivés, Bonnaud et moi, de grand matin à Chatellerault. Un commissionnaire nous a indiqué le domicile de la famille Salis, car le père et la mère du gentilhomme, tous deux octogénaires et infirmes, habitent la petite ville, berceau de leur famille, où s'est écoulée la jeunesse de Rodolphe. Nous avons été reçus par la sœur du défunt qui nous a priés d'attendre jusque vers dix heures la voiture qui nous doit conduire à Naintré.

Il est à peine huit heures; pour ne pas succomber au sommeil qui fait battre nos paupières après la mauvaise nuit passée en wagon, nous déambulons par la ville fort coquette ma foi, dont les boutiques s'ouvrent une à une. Nous examinons avec curiosité les vitrines des armuriers et des couteliers dont la réputation est universelle, et cédant à cet amour immodéré du bibelot que nous possédons au même degré, nous faisons emplette de coupe-papiers en forme de poignards. Puis, tous deux armés jusques aux dents, nous allons promener nos somnolences sur les rives de la Vienne, qui roule une belle nappe d'eau limoneuse et semble décroître après une importante crue.

Après avoir énergiquement lutté contre l'engourdissement de nos membres par un match de billard et l'absorption successive de plusieurs tasses de café, nous regagnons la demeure familiale des Salis, où nous sommes attendus par un vaste landau attelé de deux fortes bêtes. Nous prenons place dans le véhicule en la compagnie de la mère de Mme Salis et d'un prêtre ami de la famille. Une bonne heure après, nous apercevons le mur d'enceinte et les tourelles du château de Naintré.

Nous arrivons au moment précis de la mise en bière, et il nous est permis de contempler une dernière fois sur un grand lit de parade pieusement édifié, celui qui fut Rodolphe Salis. C'est dans la salle de sa bibliothèque, au rez-de-chaussée du château, dans la pièce qu'il préférait, qu'on l'a exposé depuis la veille au matin. Il repose sur une jonchée de fleurs odorantes; la collection du journal, le Chat Noir, est mise en tas à ses côtés; au-dessus de sa tête, on a suspendu une couronne de laurier doré qui lui fut offerte à Bruxelles par la société de secours de l'enfance à la suite d'une représentation au bénéfice de cette œuvre. Il porte sa tenue de spectacle, une élégante redingote en drap bleu, un gilet de soie à fleurs, et les souliers vernis. La face et le front sont parfaitement déplissés et n'ont plus la contraction douloureuse et grimaçante des dernières journées. Les yeux demi-fermés semblent avoir retrouvé le sourire ironique que Salis prenait lorsqu'il écoutait complaisamment dans son cabaret les réflexions plus ou moins ridicules de quelque snob prétentieux.

Après nous avoir présentés à son beau-frère, le capitaine Renaud, mari de la jeune dame qui nous a reçus à Chatellerault, Mme Salis nous fait, en un récit coupé de sanglots, l'histoire des dernières journées de son mari. Il n'a pas eu de délire à proprement parler. Sa continuelle hantise était la tournée et le désir de la continuer. Par moments, il se croyait transporté sur la scène et se livrait avec un imaginaire contradicteur à des dialogues véhéments; il faisait à chacun de nous des observations sur le choix de ses œuvres, etc. Sa pensée, en somme, n'a pas une minute quitté son théâtre et ses collaborateurs. La veille de sa mort, il s'est fait habiller vers quatre heures de l'après-midi et, soutenu par son beau-frère, le capitaine Renaud pour lequel il a toujours eu beaucoup d'amitié, il s'est promené dans les pièces principales de son château, comme s'il voulait adresser un dernier regard aux innombrables merveilles qu'il n'a pas cessé d'accumuler et qu'il savait disposer avec un art impeccable.

Dans sa bibliothèque, il a fait une station plus longue et s'est assis un instant, puis se sentant pris de frissons, il a demandé à regagner son lit et n'a pas eu la force de gravir l'escalier, en sorte qu'il a fallu le monter dans son fauteuil.

En nous contant tous ces détails, Mme Salis, femme d'un grand sens pratique et d'une mâle énergie, s'occupe aux apprêts du déjeuner, car le rendez-vous a été donné, pour trois heures aux amis de la famille à l'église de Chatellerault, et le corbillard ne pourra se rendre qu'à petite vitesse, de Naintré à la sous-préfecture.

Nous déjeunons en hâte et montons en voiture. Le cortège se forme devant la maison familiale; le deuil est conduit par Gabriel Salis, frère du défunt, et par le capitaine Renaud. Jolly, Allaire, Bonnaud et moi tenons les cordons du poêle. Toutes les notabilités de Chatellerault accompagnent le convoi jusqu'au cimetière. Bonnaud prend la parole au nom de la Presse Parisienne; je dis un adieu suprême au défunt au nom des artistes de Montmartre et le cortège se disperse sous le coup d'une très vive émotion.

Il est trop tard pour rentrer à Paris, nous acceptons, Bonnaud et moi, de passer la nuit à Naintré. Nous repartirons demain dans l'après-midi, non sans avoir parcouru tout au moins les diverses pièces du château qui sont comme autant de salles de Musée.

On nous a donné deux chambres contiguës dont les portes aboutissent à un vaste corridor. Ce corridor est tapissé d'estampes et de dessins originaux; les chambres ne sont pas plus dépourvues, et tandis que je passe une partie de ma nuit à grimper sur des chaises, un bougeoir à la main, pour voir de près des compositions de Willette et pour lire d'amusantes légendes, j'entends fort bien à travers la cloison, Bonnaud qui se livre à une occupation similaire. Lui m'entend de son côté mais ne veut pas en avoir l'air. Cependant, voici qu'en escaladant un guéridon mal assuré, je tombe de mon haut, entraînant le meuble dans ma chûte. Je ne puis m'empêcher de rire aux éclats; et Bonnaud de m'imiter. Nous nous interpellons et dans un costume fort léger, nous visitons nos appartements réciproques. Voilà qui n'est pas mal, je pense, pour un jour d'enterrement. Un détail encore: Les water-closets sont illustrés en ce féerique château; c'est là que sont relégués de préférence les tentatives de peinture audacieuse et les essais malheureux. Un saint Antoine orné de pieds éléphantiasiques, tient compagnie à un pourceau dont on n'aperçoit que le groin et les oreilles, le reste étant hors la toile. Ce chef-d'œuvre est tout simplement signé Puvis de Chavannes.

Je serai à Paris demain et vous enverrai mon article qui sera publié dans l'Éclair.

Paris, le 23 mars.

Vous ne vous plaindrez pas de moi, je pense, et vous conviendrez, cousine, que j'ai secoué pour cette fois l'invincible paresse qui, jusqu'ici, m'avait tenu sous le joug. Entre nous, vous ne me supposiez pas capable d'un tel effort et ce flux de correspondance vous doit avoir plus d'une fois étonnée.

Ai-je noirci des feuilles ces deux mois passés, et vous ai-je conté avec assez de détails mes faits et gestes et ceux de mes amis de la tournée. Pour que pas un élément ne vous fasse défaut et que cette correspondance ait sa fin logique, comme elle a son milieu et son commencement, je vous envoie l'article découpé que le journal l'Éclair a bien voulu reproduire.

Et en attendant que des événements nouveaux et notables me fournissent l'occasion de vous récrire aussi longuement, je dépose sur le bout de vos ongles roses un baiser tout à fait régence, le seul, d'ailleurs, que vous ayez jamais voulu m'accorder.

RODOLPHE SALIS

«C'était aux premiers soirs du succès de Phryné; le Chat Noir rayonnait sur Montmartre de tout l'éclat que la Marche à l'Etoile et l'Epopée, pour ne citer que des œuvres retentissantes, avaient jeté sur l'hôtel artistique de la rue Victor-Massé. Le talent prestigieux de Maurice Donnay, venait, en s'affirmant, conférer au cabaret du gentilhomme Salis sa définitive consécration, et, se fiant aux enthousiastes chroniques d'Henri Bauër et de quelques autres, un public fatigué des pièces à tiroirs, se pressait dans la salle du rez-de-chaussée devenue insuffisante.

En ces heures de gloire, Jules Jouy, le pauvre fou décédé d'hier, célèbre de par sa verveuse campagne antiboulangiste au Cri du Peuple, s'entendait chaque soir réclamer par de fougueux admirateurs, les couplets sinistres de Gamahut et les strophes angoissantes de l'Attaque nocturne. Je manquerais à la vérité la plus élémentaire si je n'ajoutais pas que les Petits pavés, les Petits chagrins et autres menues romances du compositeur Paul Delmet, faisaient déjà florès en ces époques peu lointaines, et je crois qu'en ce même temps, Xanrof, émigré du Quartier latin, faisait applaudir chez Salis le Fiacre et l'Encombrement.

Ma voix se figea dans ma gorge lorsque, pour la première fois, ayant franchi le seuil du cabaret célèbre, je voulus faire part au glorieux propriétaire de mes essais dans la chanson. L'air de hauteur majestueuse et de sereine protection qu'il prit en écoutant mes timides avances acheva de me déconcerter. Vainement je tentai d'extraire de ma poche la feuille où s'allongeaient mes premières strophes; Salis qui, d'un seul coup de gosier, venait d'engloutir les deux bocks servis sur son ordre, me tint à peu près ce discours: «Jeune homme, vous faites preuve d'une grande audace, pour ne pas dire d'une incomparable témérité, en souhaitant pour vos débuts de vous faire entendre chez moi.» Savez-vous bien que ma maison est présentement le lieu de rendez-vous des têtes couronnées et qu'il ne se passe pas de jour où je n'aie dans ma salle un ou plusieurs représentants des grandes familles princières de l'Europe. Et, tenez, ajoutait-il profitant de l'ignorance où j'étais alors de l'almanach de Gotha, ce vieux monsieur très maigre, qui joue familièrement avec mon chat en attendant l'heure du spectacle, n'est autre que M. de Blowitz, l'illustre diplomate. Celui-ci qui examine avec tant d'attention le fameux dessin de Willette «Les petits oiseaux meurent les pattes en l'air», c'est le vicomte Melchior de Vogüé qui vient pour la trentième fois entendre l'Epopée dont il a fait hier, en pleine Académie le plus magnifique éloge.

«Pour cette grande dame, dont le seul collier représente une somme que ni vous ni moi ne posséderons jamais, je vous le dis en toute indiscrétion, bien qu'elle soit venue dans le plus strict incognito, c'est la grande-duchesse de Leuchtenberg, une Beauharnais, mon cher! Et c'est devant ce parterre de rois que vous voudriez dire vos vers pour commencer? Peste, mon ami, on ne vous mouche pas avec des savates!» Puis il ajouta en manière de conclusion: «Au fait, je veux bien, moi, mais il faut m'apporter la preuve d'un talent de tout premier ordre. Je ne puis pas mieux vous dire: ayez du génie et ma maison sera la vôtre.»

Après ce flux de paroles, il se leva me laissant ahuri et je l'aperçus à plus de dix reprises, recommençant à d'autres tables le même exercice oratoire, qui se terminait invariablement par l'absorption en une lampée unique de quelque cervoise ou autre blonde liqueur.

Tel était le Salis du temps de Phryné, en tous points semblable d'ailleurs, au Lyssas de Maurice Donnay, tranchant en son langage, abondant en son geste, jamais renâclant devant la boisson. Encore d'aucuns qui le connaissaient depuis les hydropathes le proclamaient-ils déjà, fatigué, ce qui n'était pas pour donner de cet homme une idée quelconque, vous pouvez m'en croire. Durant les six années écoulées, le Chat Noir eut entre ses mains des fortunes diverses, mais toujours et sans conteste il demeura le premier, le seul modèle du cabaret littéraire vraiment digne de ce nom.

En janvier dernier, pour cause de fin de bail, Salis quittait son hôtel de la rue Victor-Massé, accumulant dans un débarras de la rue Germain Pilon, les richesses picturales, céramiques et autres, dont la collection fait l'objet d'un catalogue spécial.

Il entreprenait avec ses pièces d'ombres et ses poètes, une tournée d'environ deux mois, ayant pour but essentiel le midi de la France et la côte d'azur. Des échos répétés ont entretenu Paris du succès qui couronna ce voyage et du démêlé comique de l'illustre barnum avec le consul de France à Monaco, le trop pointilleux M. Glaize.

La rentrée à Paris s'effectua le 2 mars. Une seconde tournée de trente jours en Bretagne et dans le Sud-Ouest devait commencer le 11 du même mois. Malgré les recommandations de ses amis et le dépérissement visible qu'un repos de huit jours n'avait pu amender, Salis voulut partir à tout prix. Le 11 au soir, on jouait à Versailles, le 12 à Châteaudun. Cette représentation, la dernière à laquelle le gentilhomme ait pu prendre part, laissera à tous ceux qui l'ont vue de près un inoubliable souvenir.

L'Epopée tenait l'affiche et malgré l'offre réitérée des camarades qui se proposaient pour le suppléer, Salis ne voulut céder sa place à personne. Comment trouva-t-il dans ses pauvres jambes gonflées par la goutte la force de se traîner au piano, comment surtout sa gorge lui permit-elle de hurler jusqu'au bout le boniment forcené dont il avait coutume de scander les bruyants défilés de Caran-d'Ache? Mystère, ce sont là des phénomènes d'auto-suggestion que l'on ne rencontre que chez les natures prodigieusement douées au point de vue nerveux.

Rien ne prouve d'ailleurs, que par cet effort suprême, Salis n'abrégeait pas de quelques mois peut-être, son existence si compromise déjà.

Le lendemain, la petite troupe partait pour Angers et pendant un arrêt à Tours, Salis était pris de vomissements et de fièvre. On n'en eut pas moins toutes les peines du monde à l'empêcher de se rendre au théâtre le soir. La fièvre dépassait déjà 39°. Le lendemain elle atteignit 40° et le docteur Jagot, d'Angers, émettait l'hypothèse d'une tuberculose à marche rapide. On combattit la fièvre et profitant d'une accalmie on transporta le malade à Naintré le 17 au matin. Il vient de s'éteindre après une agonie de quatre jours.

Quels jugements seront portés sur lui? Des bons, des mauvais et des pires, nous l'osons affirmer.

Des flots d'encre couleront sur sa tombe à peine refermée et j'ai peur que quelque acrimonie se mêle au portrait pour en noircir le dessin. L'homme est injuste par nature et ramène tout à lui-même, et je connais tel artiste susceptible, qui ne pardonna jamais à Salis une boutade inoffensive, un mot cruel jeté de verve et le plus souvent sans portée comme sans réflexion.

Si l'on veut être juste, et pourquoi ne pas l'être en présence de l'inéluctable événement qu'est la mort, on reconnaîtra que cet enfant terrible, que ce hâbleur impénitent en qui revécut l'âme de Tabarin et de Gautier-Garguille, fut le promoteur de ce mouvement par lequel s'effectua de la rive gauche à Montmartre, le transfert de la fantaisie. Salis prit la tête de ce gigantesque monôme d'artistes qui, parti de la colline Sainte-Geneviève, se vint installer sur la Butte, après avoir franchi, sans leur adresser l'hommage d'un regard, les terrains vagues qui s'étendent entre ces deux mamelles de la France intellectuelle.

En somme, il avait presque raison lorsqu'il écrivait pour la dernière fois à Lyon, le mois passé, sur l'album de la vie Française, cette boutade qui résumait son ambition:

Dieu a créé le monde.

Napoléon a créé la Légion d'honneur.

Moi j'ai fait Montmartre.

NOTES:

[1] Extrait des Chansons Naïves et Perverses.—Ollendorf, 3 fr. 50.

[2] Les frissons.

Saint-Amand (Cher).—Imp. DESTENAY, Bussière frères.