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Le roman de Confucius

Chapter 7: LA MÈRE DE CONFUCIUS ET LA LICORNE
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About This Book

Le récit retrace la jeunesse et la trajectoire d’un maître chinois légendaire, depuis une naissance modeste entourée de signes prodigieux jusqu’à l’exercice de son enseignement, en enchaînant épisodes biographiques, anecdotes populaires et scènes d’instruction. L’auteur met en parallèle deux figures de sagesse contemporaines, oppose rites et raison, et interroge la lutte contre les superstitions, la fonction des cérémonies et la transmission morale par l’éducation. Le ton allie évocation mythique, portraits de disciples et méditation sur la transformation sociale par la sagesse.

LA MÈRE DE CONFUCIUS ET LA LICORNE

Les esprits raisonnables veulent en vain écarter le merveilleux des événements de la terre. Ils disent que les grands hommes naissent à la manière des autres hommes. Mais d’abord est-ce que tout n’est pas merveilleux, même la simple naissance ?

Le sous-préfet de la ville de Tséou, ayant désiré un enfant mâle, épousa pour l’avoir une jeune fille bien élevée. De cette union sans amour Confucius naquit. Les hommes ne réfléchissent pas à l’étrangeté du phénomène qui fait naître un enfant vivant du rapprochement de deux êtres dans le lit des époux, et ils s’étonnent de choses moins étonnantes.

Le matin de la conception, Tcheng-Tsai, la jeune fille bien élevée, descendait un petit chemin sous des canneliers, en proie aux pensées convenables de surprise et de résignation que les nuits de noces inspirent.

Une licorne sortit d’un buisson de genévriers et s’approcha de Tcheng-Tsai. Elle s’approcha si près que celle-ci enroula un ruban de soie à la corne unique de l’animal. Puis elle voulut la caresser, mais la licorne s’enfuit légèrement et Tcheng-Tsai s’aperçut alors qu’elle avait déposé à ses pieds une petite tablette de jade. Sur la tablette était écrit : « Un enfant naîtra, pur comme le cristal, qui sera roi, mais sans royaume. »

Et, en rapportant la tablette, en cheminant sous les canneliers, Tcheng-Tsai s’émerveillait de ce présage et elle en tirait de la fierté.

Mais, comme elle avait du bon sens, elle s’en émerveillait bien moins que de ce qui lui était arrivé pendant la nuit quand elle s’était étendue à côté du sous-préfet de Tséou.

Et quand, neuf mois après, elle apprit que deux Dragons ailés avaient enlacé sa maison durant qu’elle souffrait des douleurs de l’enfantement et que les cinq Vieillards sacrés, esprits des cinq planètes du ciel, étaient descendus dans sa cour pour s’entretenir des choses célestes, elle détourna la tête et considéra son ventre, comme le symbole d’un mystère vulgaire mais immense, mystère plus mystérieux que la présence des deux Dragons ailés et des cinq Vieillards planétaires.