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Le Sahara

Chapter 22: BIBLIOGRAPHIE
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About This Book

The work offers a systematic survey of the Sahara’s physical geography, examining its size, aridity, and climatic causes such as persistent high-pressure belts and latitude-driven precipitation patterns; it analyzes topography, geology, and variations between western, central, and eastern sectors, and discusses coastal and oceanic influences, mountain effects, and hydrology. It reviews the history and methods of exploration and scientific mapping that progressively clarified oasis regions and interior plateaus, and incorporates meteorological and geological evidence to explain dune fields, salt pans, and erosion processes, while outlining implications for human presence, vegetation, and potential development in the desert environment.

Cliché de la Collection de G. B. M. Flamand

Pl. XXI. — Oasis d’In-Salah.

Dispositif assurant la distribution

de l’eau entre les usagers. On l’appelle en français un peigne. La distribution se fait entre les dents du peigne. Les haies de palmes arrêtent la progression des sables.

Cliché de l’aviation

Pl. XXII. — Temacin dans l’oued R’ir. Type de Ksar Saharien.

La rue est aux hommes. Le plan supérieur des terrasses communiquantes est réservé à la vie féminine. L’architecture est savante, urbaine. Mais tout est en boue durcie.

Les Chaambas, à leur entraînement saharien près, ne sont pas distincts des autres musulmans de langue arabe. Mais les Touaregs ont une individualité très accusée. Ils ont des traits communs avec les Tibbous. Comme eux, ils sont vêtus de cotonnades soudanaises noires ou bleues foncées. Comme eux ils portent le « litham », le fameux voile saharien, dont on ne se sépare jamais, et qui masque toute la figure, sauf les yeux. Rien ne ressemble plus à une silhouette de Touareg que les gravures représentant des Tibbous dans le livre de Nachtigall. C’est le lieu de rappeler que les ancêtres des Touaregs ont conquis le pays qu’ils occupent sur des négroïdes, cousins probables des Tibbous. Isolés depuis des siècles dans un coin perdu du monde, les Touaregs ont conservé avec l’humanité primitive des liens étonnamment étroits. Ils savent encore polir la pierre pour en faire des anneaux de bras et l’emmanchure de leur hache est néolithique. Le litham n’a rien à voir avec l’hygiène, c’est une survivance de l’animisme : le voile ne protège pas les voies respiratoires contre le vent du désert ; il protège contre les mauvais esprits les narines et la bouche, portes du souffle, c’est-à-dire de l’âme. Les Touaregs ont des tabous qui sentent le totémisme ; ils ne mangent pas l’« ourane », le grand lézard très apprécié en Algérie, parce que « c’est notre oncle maternel ». Ils gardent des traces évidentes du matriarcat ; le seul chef mâle de la famille est l’oncle maternel et non pas le père ; il n’y a de succession qu’en ligne maternelle. Par une contradiction apparente, ces primitifs sont bien plus près de nous que les Arabes. Ils sont d’esprit bien plus ouvert, bien plus curieux, de relations bien plus faciles. C’est qu’ils sont moins musulmans. Ils ne savent pas un mot d’arabe, langue sacrée du Coran ; ils ne font pas le Ramadan ; leurs femmes ont une indépendance beaucoup plus près de notre féminisme que des coutumes musulmanes. Bien entendu ils parlent berbère, mais par surcroît ils sont seuls dans le monde à l’écrire ; chez eux, et nulle part ailleurs, s’est conservé l’usage de l’alphabet libyque sous le nom de tifinar. Ils portent encore couramment le poignard de bras, tel que Corippus le décrit. Ils sont le dernier spécimen, comme conservé sous cloche, du Libyen. Dans l’héritage des anciens berbères, ce que les Touaregs ont conservé peut-être le plus fidèlement c’est la haine de l’envahisseur arabe. La guerre n’a jamais cessé.

Elle est pourtant inégale cette guerre. L’Arabe voisin de la Méditerranée a toujours pu suivre plus ou moins les progrès de l’armement. Au début du XXe siècle, les troupes françaises ont trouvé les Touaregs armés du grand bouclier en peau d’antilope, de la lance, et d’un grand sabre droit sans pointe, pour frapper exclusivement de taille, qui rappelle les descriptions du glaive gaulois dans Tite-Live. Admirable matière de panoplie. Avec ces armes-là, les Touaregs ont arrêté depuis des siècles l’invasion arabe et dominé exclusivement les routes du désert. Ils les domineraient encore si l’Europe n’était pas intervenue. Il faut lire dans Nachtigall le récit de la bataille dans laquelle les Touaregs ont anéanti presque jusqu’au dernier la redoutable tribu arabe des Ouled Sliman ; dans une attaque à leur manière, juste avant le lever du soleil, un corps à corps imprévisible, immédiat, avec un mordant incroyable. Exactement ainsi fut anéantie, près de Tombouctou, la colonne française du colonel Bonnier. C’est d’autant plus remarquable que le nombre des Touaregs est infime. On ne peut pas indiquer leur nombre total, mais La tribu des Hoggar, la plus redoutée, ce qui ne signifie pas, il est vrai, la plus nombreuse, ne peut pas réunir plus de trois ou quatre cents méharistes. Encore faut-il ajouter que les tribus touaregs, comme d’habitude chez les nomades, sont désunies, séparées par des vendettas éternelles. Les Hoggars, qui paissent leurs chameaux dans l’Atakor, le Mouidir, l’Ahnet, et qui tenaient sous leur domination les oasis du Tidikelt, ne s’entendent jamais avec les Azgueurs qui paissent dans le Tassili et qui sont les maîtres dans l’oasis de R’at. Il est curieux que les Touaregs, une aussi petite fraction de l’humanité, portent un nom d’une notoriété mondiale. Le hasard peut y avoir sa part, et le prestige mystérieux du cadre saharien, mais certainement aussi l’extrême énergie et l’originalité profonde du type humain.

La lisière soudanaise. — Il faut suivre les Touaregs jusqu’au Soudan pour mesurer l’énergie de la poussée exercée par les nomades blancs à travers le Sahara. Dans ce secteur, les avancées du Soudan vers le nord sont l’Aïr, l’Adrar des Iforass et le coude du Niger.

L’Adrar des Iforass est le plus saharien des trois, non pas par son climat et sa végétation qui sentent déjà la steppe soudanaise, mais par sa population qui est exclusivement touarègue. Les Iforass sont de vieux Berbères, puisque leur nom est dans Corippus, et sous une forme très reconnaissable « Iforaces » ; ils conservent encore dans leurs traditions le souvenir un peu estompé de Kocéilah, le vieux héros Aurasien qui a tué Sidi Oqba, le premier conquérant arabe en 683 après J.-C. Les Iforass parlent un dialecte touareg et reconnaissent la suprématie des Hoggars avec lesquels ils partagent leurs pâturages dans les mauvaises années. Leur Adrar est un simple prolongement du Hoggar, au point de vue humain ; c’est la grande porte de communication des Touaregs avec le Niger, car plus à l’ouest le Tanezrouft dans sa partie large rend les communications très précaires. C’est essentiellement un pâturage de nomades ; quelques palmeraies insignifiantes ne sont pas des oasis sérieuses. Et d’ailleurs, sur tout ce liseré soudanais, on ne retrouve plus l’oasis du nord, la grande oasis d’irrigation savante et de culture intensive. Cette oasis-là n’est pas nègre.

L’Aïr est autrement important que l’Adrar. Le nombre d’habitants doit atteindre une vingtaine de mille. Il y a un certain nombre de bourgades, depuis Iferouane, la plus septentrionale, jusqu’à Agadir, la plus méridionale. Ce sont essentiellement des centres commerciaux. L’Aïr est une croisée très importante de routes transsahariennes ; celle du Fezzan par R’at, celle de R’adamès, celle du Hoggar. Barth et Foureau ont longtemps séjourné dans l’Aïr. La population est très mêlée, mais le fond est manifestement Haoussa : la langue haoussa est comprise de tout le monde. Des Touaregs noirs, qui sont une proportion importante de la population, sont des métis de Haoussas et de Touaregs, qui revendiquent naturellement l’ascendance berbère, plus honorable. Il y a aussi des Touaregs blancs qui, par leur énergie et leur prestige, sont les vrais maîtres, malgré la présence d’un sultan à Agadès. Ils l’ont été du moins jusqu’à l’occupation française.

Le coude du Niger est tout autre chose ; il a le plus bel avenir de tout le Sahara, hors de proportion avec son présent misérable. Et pourtant Tombouctou a bien été en effet le nom le plus retentissant de tout le désert, aussi longtemps que la bourgade qui le porte a été connue seulement par ouï-dire. On sait aujourd’hui qu’elle avait 12.000 habitants environ au temps de sa prospérité (aujourd’hui 4.000) ; et qu’elle n’est rien par elle-même. La base de sa prospérité a été l’exploitation des salines de Taoudéni, à 600 kilomètres au nord, en plein Sahara. C’est une exploitation industrielle entièrement artificielle. Taoudéni est inhabitable ; son eau saumâtre tue en quelques années les ouvriers nègres qu’on y importe et qu’on y maintient de force. Il ne doit pas y avoir à la surface de la planète, même dans nos dures civilisations, d’enfer industriel comparable à celui-là. Le grand événement périodique à Tombouctou est l’Azalaï, la grande caravane de Taoudéni. Il n’y a pas là, pour l’avenir, une base sérieuse de développement ni même de durée. Il est vrai que Tombouctou est en même temps et essentiellement la succursale de Djenné, la grande métropole commerciale du Niger, beaucoup plus en amont sur le fleuve, en plein Soudan.

Tout l’avenir de cette région est naturellement dans le fleuve lui-même, un très grand fleuve coulant en plein désert, auquel il apporte régulièrement une énorme crue annuelle, débordant au loin. C’est un Nil auquel il ne manque que l’aménagement pour fertiliser une Égypte. Nulle part ailleurs, dans tout le Sahara, on ne pourrait indiquer un point qui ait de pareilles possibilités financières. En ce sens Tombouctou semble destiné à devenir dans la réalité ce qu’il a été dans le mirage de l’éloignement : la grande métropole saharienne.

Le Niger a été au moyen-âge le siège de grands empires nègres. L’un d’eux, celui de Gao, avait son centre précisément au coude du fleuve. Les ruines de Gao sont à l’extrémité orientale du coude, au confluent avec la grande vallée presque sèche du Tilemsi, qui mène droit à l’Adrar des Iforass. C’était l’empire des Sonraï et ils sont toujours là, peuplant très maigrement le fleuve jusqu’à Tombouctou, mais combien déchus. Les maîtres actuels du coude sont les Touaregs, ils le sont restés du moins jusqu’à l’occupation française. Ce ne sont plus les Hoggars, ce sont d’autres tribus, les Aoulimmiden, les Kel-Geress, etc... Ils sont plus nombreux que les Touaregs proprement sahariens, parce qu’ils ont la vie plus facile ; et ils sont assez différents d’eux. Au bord du fleuve pullule une partie de l’année la mouche tsétsé, hôte de microbes, qui déterminent dans le cheptel camelin des épizooties terribles. Ici les Touaregs ont dû renoncer à l’usage, au moins exclusif, du chameau ; ils ont des chevaux. Mais ce sont bien des Touaregs ; ils en ont le costume traditionnel, la langue et le sentiment national. Ils sont en contact proche avec l’ennemi héréditaire, les Arabes de Maurétanie, dont une tribu, plus maraboutique, il est vrai, que militaire, les Kountas, pousse au nord du Niger jusqu’aux premières pentes de l’Adrar des Iforass. Mais ce sont bien les Touaregs seuls qui tiennent le Niger, sur ses deux rives, et qui d’ailleurs, en vrai nomades, le maintiennent en friche. Sur ces laisses du Niger, où des millions d’hommes pourraient vivre, on voit quelques troupeaux de bœufs, sous la garde de bergers Sonraï qui vivent dans une terreur comique et abjecte de leurs maîtres. A l’administration française, qui voulait leur distribuer des fusils, les nègres Sonraï répondaient, en montrant leurs jambes agiles : « Voilà nos fusils en cas de danger ».

La Maurétanie. — L’extrême Sahara Occidental à l’ouest du Niger et de la Saoura est un immense pays, sur lequel il y a peu à dire. Une partie considérable de la côte est domaine espagnol, encore inexploré. L’intérieur est domaine marocain, et non plus algérien, et l’occupation française au Maroc n’a pas encore franchi l’Atlas. Dans le sud, les Méharistes de l’Afrique Occidentale française, sur une étendue assez limitée, ont fourni un gros effort, mais dont les résultats encore lacunaires n’ont pas été exposés systématiquement. A l’ouest de la Saoura, les Méharistes de la Saoura voient leur action entravée par une circonstance particulière. Avant l’occupation française, des nomades berabers du Tafilalelt étaient les maîtres des palmeraies ; ils ne les ont abandonnées qu’après des combats acharnés, et ils continuent à faire peser sur toutes les routes à l’ouest de la Saoura une menace gênante. Grâce aux explorations déjà anciennes de Lenz et de Foucault, grâce aux randonnées des méharistes, on distingue un peu l’armature générale : le massif des Eglab, bombement accentué de la pénéplaine, avec sa ceinture de grands ergs allongés. Dans le sud, sur les confins soudanais, on a des renseignements sur l’Adrar maurétanien, un plateau de grès rouge, dévonien ou silurien, comparable aux plateaux touaregs du Tassili, du Mouidir ou de l’Ahnet. Mais la partie la plus intéressante au point de vue humain est justement la plus inconnue.

A la lisière sud du grand Atlas marocain, nous entrevoyons à peine les grandes oasis. Celle du Tafilalelt est certainement un petit monde ; sa capitale ancienne, Sidgilmessa, a joué un grand rôle dans le moyen-âge berbère ; mais nous n’avons guère sur le Tafilalelt que des renseignements d’explorateurs qui ont passé rapidement, souvent en se cachant (Rohlfs, de Foucauld, Harris). Pour de Foucauld, sans qui la plus grande partie du Sahara au pied de l’Atlas marocain serait encore en blanc sur les cartes, les oasis du Draa sont les plus belles de tout le Sahara algérien. Mais nous n’en savons pas beaucoup plus. Nous savons pourtant que dans ces oasis de l’Atlas marocain, au Draa en particulier, les haratin tiennent une grande place. Ce sont des négroïdes, à ce qu’il semble de dialecte berbère, mais qui semblent anciennement enracinés. Y a-t-il là comme au Tibesti une population autochtone, dernier reste du Sahara nègre, les Mélano-Gétules de l’antiquité ? Une question ouverte.

C’est surtout la côte Atlantique où des problèmes importants attendent leur solution. Il en est un de géographie physique et d’importance planétaire, la question de l’Atlantide. Le texte de Platon est bien vague ; mais les géologues et les zoologistes admettent qu’il y a eu effondrement récent du continent au fond de l’océan. Là-dessus l’étude détaillée de la côte apportera peut-être des précisions intéressantes.

D’autres questions en suspens ont un intérêt humain. Le long de la côte saharienne sur l’Atlantique, il semble que l’invasion berbère ait atteint le Soudan plus vite qu’ailleurs. Ptolémée y signale déjà, au moins dans le nord, les Sanhadjas ou Zenagas, la grande tribu bien connue qui a certainement donné son nom au Sénégal. Ces Sanhadjas ne sont rien d’autre que les Almoravides, qui ont fondé un grand empire, conquis le Maroc et l’Espagne. Il n’y a pas d’exemple, semble-t-il, d’une autre tribu exclusivement saharienne, qui tienne une pareille place dans l’histoire du Maghreb. Et on ne voit pas bien les conditions géographiques qui ont rendu possible un pareil résultat. Un peu plus tard, vers le XVe siècle, on ne sait pas davantage ce qu’étaient ces marabouts de la Séguiet-el-Hamra (Rio de Oro) qui, après l’effondrement de la puissance musulmane en Espagne, ont joué un si grand rôle dans tout le Maghreb, comme missionnaires de la foi musulmane et propagateurs de la langue arabe. Il est certain que les Sanhadjas étaient des nomades porteurs du voile, proches parents des Touaregs actuels. Il est certain aussi qu’ils ont disparu presque complètement, eux et leur langue, de la région qui fut leur pays d’origine. Ce fait, du moins, n’est pas pour nous surprendre ; il est général dans tout le Maghreb, une tribu berbère qui fonde un empire meurt régulièrement de son triomphe ; elle disparaît et s’arabise. Ainsi ont fait en Algérie les Ketamas, fondateurs de l’empire Fatimide. Au pays d’origine des Almoravides, nous trouvons aujourd’hui les Maures et nous lui donnons le nom de Maurétanie. Les tribus maures ne sont pas seulement arabes de langue, elles sont littérairement beaucoup plus cultivées que les autres tribus arabes, et leur piété musulmane est beaucoup plus stricte ; ces deux phénomènes étant d’ailleurs dans l’Islam étroitement liés. Cela n’empêche pas, d’ailleurs, que des tribus arabes de la côte atlantique, les Oulad Delim, par exemple, ou les Reguibat, sont au nombre des pillards les plus redoutés. On n’en sait guère plus long sur leur compte. Il n’y a pas dans tout le Sahara, même au désert libyque, de coin plus inconnu que le Rio de Oro.

BIBLIOGRAPHIE

Outre quelques ouvrages déjà cités :

Gautier (E.-F.). La conquête du Sahara. Paris, Colin, 1919.

Rolland (G.). Rapport géologique dans : Documents de la mission. Choisy, 1890.

Pervinquières (L.). Ghadamès. Paris, 1912.

Brunhes. L’irrigation (Thèse de doctorat).

Martin (A.-G.-P.). Les oasis sahariennes. Challamel, 1908.

Cortier (M.). D’une rive à l’autre du Sahara. Paris, 1908.

Mission Cortier. Paris, 1914 (sur l’Adrar des Iforass).

Les Territoires du Sud de l’Algérie (Publication officielle). Alger, 1922.

De Foucauld. Reconnaissance au Maroc. Paris, 1884.

Rohlfs (G.). Mein erster Aufenthalt in Marocco. Bremen, 1871.

Lenz (O.). De Tombouctou au Maroc. Paris, 1884.

Gruvel (A.) et Chudeau (R.). A travers la Maurétanie occidentale. Paris, 1909.

Articles sur la Maurétanie dans : Renseignements coloniaux, publiés par le Comité de l’Afrique Française 1912, p. 20 ; 1915, pp. 73, 118 et 136.

Croquis de l’Afrique du Nord, à 1:5.000.000 ; Service géographique de l’armée, 1922.

Meunier. Carte du Sahara Central, publiée par le Service géographique du ministère des colonies, 1917.

Cartes de la mission du Transafricain, en cours de publication par les soins de la Société de Géographie de Paris.

Capitaine Ressot. Considérations sur la structure du Sahara (la Géographie, 1926. T. I, p. 26).

Rennel Rodd : The people of the Veil.


CONCLUSION

Malgré les lacunes, l’ensemble du Sahara apparaît nettement ; le tableau qu’on peut en tracer est cohérent. Ce résultat est dû au fait que l’Afrique du Nord est devenue domaine européen depuis un demi-siècle. Ce fait énorme aura des conséquences lointaines.

Il en a déjà de très sensibles au point de vue économique. Le sel du Sahara, celui de Taoudéni par exemple, n’a plus au Soudan qu’un marché restreint. Il est concurrencé par le sel européen, importé par mer. Les étoffes européennes font disparaître un à un les métiers indigènes. Depuis qu’on élève l’autruche en Afrique australe, le commerce par caravanes des plumes soudanaises a perdu toute importance. Mais surtout la disparition de l’esclavage et la suppression de la traite ont porté un coup mortel au commerce transsaharien : l’esclave noir à destination du Maghreb et de l’Égypte a été pendant des millénaires la base essentielle de ce commerce. Celles des oasis sahariennes qui étaient surtout des centres commerciaux, dans l’Aïr par exemple, ou au Fezzan, sont en pleine décadence. Les nomades sont atteints par répercussion : seigneurs suzerains des grandes routes, ils prélevaient des péages réguliers, qui se trouvent extrêmement réduits ; leur tendance naturelle à piller s’en accroît ; l’indigence et l’insécurité, comme d’habitude, se multiplient l’une l’autre, et font un cercle vicieux.

L’occupation militaire européenne, lorsqu’elle se produit, apporte une compensation ; la garnison touche une solde et serait fort embarrassée pour la dépenser ailleurs que sur place. Les oasis du Sahara français vivent de leur garnison, et ce petit fait d’ordre économique contribue puissamment à la tranquillité politique du pays. D’autre part, l’industrie européenne commence à intervenir sur certains points et sème des germes nouveaux de prospérité. Depuis que les Français ont percé le canal de Suez, et que les Anglais ont organisé la culture du coton dans la vallée du Nil, l’Égypte regorge d’or. Dans les oasis français du Bas-Igharghar, le machinisme a multiplié les puits artésiens, et donné à la culture de la datte un élan nouveau, encore accru par la hausse générale des produits alimentaires depuis la guerre. A Kenatsa, sur la frontière du Maroc et de l’Algérie, à la lisière du Sahara, un minuscule gisement de houille est en exploitation depuis quelques années. Dans un pays où la population est si clairsemée, et si près de l’indigence, il ne faut pas un grand effort financier pour rétablir l’équilibre entre la production et la consommation.

Le mouvement commencé continuera. Il est remarquable qu’aucune région artésienne nouvelle n’ait encore été découverte. Sous ces immenses plateaux ondulés de roche dure, calcaire ou grès, les conditions des champs artésiens semblent réalisées théoriquement en bien des points, qu’une étude scientifique décèlerait avec précision. Et la dureté des roches, qui a arrêté la pioche indigène, ne serait pas un obstacle pour nos machines. Dans un vieux pays comme le Sahara, les conditions de la vie minière ne sont plus les mêmes assurément que dans les nouveaux mondes de l’Australie, de la Californie, de l’Alaska. Et, par exemple, l’or qui pouvait exister en surface a été depuis longtemps recueilli, gratté, drainé au profit des vieilles civilisations méditerranéennes. Pourtant sur ces étendues immenses, une moitié de continent, on a peine à croire qu’il ne reste aucune perspective de développement minier intéressant. Sur les confins du Soudan, en particulier dans la boucle du Niger, il suffira manifestement de le vouloir pour transformer de grandes étendues vides en provinces agricoles florissantes.

Il faut naturellement se garder de toute exagération. Le plus beau désert de la planète ne se prêtera pas dans son ensemble à une mise en valeur sérieuse, aussi longtemps que l’homme n’aura pas trouvé le secret de la pluie. Il est vrai qu’on peut attendre de la science des miracles moins invraisemblables. On en viendra sans doute à tirer quelque chose de l’énergie solaire, de la violence du vent, ces grandes forces sahariennes actuellement inutilisées. Malgré tout, le Sahara restera le Sahara.

Tel qu’il est, il a toujours été pourtant, à travers les fissures de la cloison étanche, le lieu de passage d’un transit intéressant. Et sur cet article, d’ores et déjà, nous disposons de moyens autrement puissants que la caravane et le chameau. La guerre mondiale, qui a comporté au Sahara un épisode Senoussiste, y a déclanché des expériences intéressantes, dont certains résultats restent acquis. Le plus sérieux concerne le transit télégraphique. Le problème a été résolu définitivement par la télégraphie sans fil. Des postes ont été installés dans tout le Sahara français, et ils ont rendu immédiatement des services tels qu’ils sont devenus d’un coup des rouages essentiels de l’armature. Ce point acquis est de grande conséquence : il faut songer que, pour la première fois, le besoin se fait sentir impérieusement au Sahara d’avoir sous la main une source d’énergie industrielle. Cela peut avoir des répercussions sur l’utilisation du vent désertique par exemple.

Les avions et les automobiles ont été mis à l’essai au Sahara avec cette prodigalité financière qui a caractérisé la guerre mondiale. En ce qui concerne les automobiles, à tout le moins, les résultats obtenus ne sont pas négligeables. On a constaté pratiquement qu’ils n’étaient pas liés à la route et qu’ils passaient partout. Les sols désertiques offrent au roulage des facilités étonnantes, la hammada, par exemple, et le reg. Les chars de guerre des Pharaons en avaient déjà fait l’expérience, comme d’ailleurs de nos jours au Kalahari les grands chars des Boers traînés par des bœufs. Il reste pourtant une difficulté à surmonter. Quand il s’agit de franchir des milliers de kilomètres, les autos du type existant n’arrivaient pas à constituer elles-mêmes leur approvisionnement d’essence. Cette tâche incombait aux caravanes de chameaux, pour qui elle était écrasante. Le problème étant évidemment de substituer les autos aux chameaux, ce problème se trouvait déplacé, mais non pas résolu. On n’oserait pas affirmer qu’il le soit tout à fait. Pourtant d’énormes progrès ont été faits. Aux raids sensationnels succède déjà l’organisation de services réguliers.

Cliché Désiré

Pl. XXIII. — Touaregs, homme et femme.

La femme tient un instrument de musique, l’amzad.

Cliché du service photographique du Gouvernement Général

Pl. XXIV. — Méharistes des compagnies sahariennes en uniforme.

Ce sont des Chaambas (tribu arabe).

Grâce aux automobiles et aux avions pourra-t-on se passer de chemins de fer ? Nos habitudes d’esprit nous entraînent à concevoir le chemin de fer comme la base de tout trafic. Sauf en Égypte, les chemins de fer transsahariens sont restés à l’état de projets ; mais ces projets ont pullulé ; l’idée se précise et prend corps ; surtout dans le Sahara français. En Algérie, les départements de Constantine et d’Oran se disputent la tête de ligne. Le chemin de fer passera-t-il par le groupe oriental des oasis, l’Oued R’ir et Ouargla ; ou par le groupe occidental, suivant la « rue de palmiers » ? Dans les deux cas, un terminus inévitable est la boucle du Niger. Mais le Tchad ne peut pas rester éternellement isolé au cœur mathématique du continent. Un projet de chemin de fer transafricain par le Hoggar et le Tchad allait rejoindre le futur chemin de fer anglais du Cap au Caire. Ce projet est même le seul qui ait reçu un commencement très modeste d’exécution ; une mission d’études a été envoyée, qui a fait faire à la cartographie du Sahara des progrès intéressants. Les Soudanais, avec le colonel Tilho, projettent un chemin de fer qui desservirait le Soudan sur toute la longueur, et sur lequel des transsahariens viendraient se brancher. Car il y aura plusieurs transsahariens : le plus court et le plus aisé à imaginer serait le chemin de fer italien, qui unirait le golfe des Syrtes au lac Tchad, en utilisant la plus vieille voie commerciale du Sahara, celle du Fezzan.

Ces projets ne sont pas des rêves. Des forces puissantes semblent devoir entraîner le Sahara dans des voies nouvelles. Le chiffre total de la population saharienne ne peut pas être fixé ; mais à coup sûr il est insignifiant ; cette moitié du continent est pratiquement vide. C’est une difficulté, mais c’est aussi un gros avantage. L’Europe ne trouve pas ici de population indigène dense et enracinée avec qui il soit nécessaire de compter. Et, par contre, l’Européen trouve un climat, dont il est établi pratiquement que la race blanche méditerranéenne s’accommode parfaitement.

En ce qui concerne la partie occidentale, les succès de la politique et de la colonisation française au Maghreb semblent l’entraîner inévitablement au Sahara. Pour établir un lien à la fois sentimental et d’affaires entre les colons et les indigènes il faudra faire quelque chose, associer les deux éléments dans une grande tâche commune ; elle s’offre au Sahara et nulle part ailleurs.

Les meilleures chances d’avenir du Sahara sont dans sa situation planétaire. Il s’interpose entre deux grandes régions violemment contrastées qui ont besoin l’une de l’autre et qui s’attirent violemment. D’une part, les agglomérations humaines civilisées de l’Europe occidentale, et, d’autre part, les tropiques africains aux richesses agricoles inexploitées. L’Europe d’après guerre sent plus vivement le besoin d’échanger ses produits manufacturés contre des produits alimentaires. Certainement aussi il faut faire la part des besoins imaginatifs de paysages nouveaux à notre époque de grand tourisme. L’Europe, si on peut dire, a faim de ses tropiques. Elle en a été séparée depuis toujours par l’obstacle du Sahara, dont le rétrécissement de la planète à notre époque souligne l’absurdité. Cet obstacle devra sauter ; il y a là une nécessité profonde. On sent déjà que le branle est donné. Le Sahara commence un nouveau chapitre de son histoire.


TABLE DES FIGURES


1. — Schéma du Sahara occidental 24
2. — Schéma du Sahara oriental 25
3. — Clarias Lazera (Cat fish) 63
4. — Capture du Logone par le bassin du Niger 77
5. — L’oued Saoura et son erg 85
6. — Cours terminal de la Saoura 89
7. — Capture par ensablement de l’oued Zousfana par l’oued Guir 93
8. — L’oued Igharghar et son erg 99
9. — Esquisse du cratère de l’Emi-Koussi 169
10. — Le Hoggar 189

TABLE DES PLANCHES


PL. I. — L’antilope Adax du Sahara algérien 16
PL. II. — Le « Reg », en un point du reg immense entre Ouallen et Tessalit 17
PL. III. — Le pic Ilaman, sommet du Hoggar 32
PL. IV. — Le trident de la Koudia (Hoggar) 33
PL. V. — Au Désert libyque ; région de Kharga (ou Khargeh) 48
PL. VI. — Les premiers chicots de l’Adrar des Ifor’ass surgissant brusquement du reg, quand on vient du nord 49
PL. VII. — Autour de la Gara Krima (sud d’Ouargla). Les vagues des petites dunes 64
PL. VIII. — Dunes survolées, région d’El Oued 65
PL. IX. — Le Niger aux hautes eaux. Région de Tombouctou 80
PL. X. — L’oued Saoura a Kerzaz, entre le grand erg et les rochers nus de la chaîne d’Ougarta 81
PL. XI. — Le plateau des Dayas, au sud de Laghouat 96
PL. XII. — Les bois ajourés des Villes saintes (Djedda, Yambo) 97
PL. XIII. — Chameaux exportés d’Algérie en Égypte pendant la guerre 128
PL. XIV. — Colonnade du temple d’Hibis (vue en contrebas). Oasis de Kharga (ou Khargeh) 129
PL. XV. — Un canyon du Mouydir (gorges de Takoumbaret) dans les grés siluriens (ou peut-être cambriens) 144
PL. XVI. — Betyles phéniciens (?) de Tabelbalet (entre R’Adamès et In Salah) 145
PL. XVII. — Oasis du Souf (région d’El Oued) 176
PL. XVIII. — Au Reggan (bas Touat). Puits d’aération des Foggaras 177
PL. XIX. — Oasis de Tolga, près Biskra ; un puits artésien 192
PL. XX. — Une khottara (chadouf égyptien) dans l’oasis de Timmoudi, bas de l’oued Saoura 193
PL. XXI. — Oasis d’In-Salah 208
PL. XXII. — Temacin dans l’oued R’Ir. Type de Ksar saharien 209
PL. XXIII. — Touaregs, homme et femme 224
PL. XXIV. — Méharistes des compagnies sahariennes en uniforme 225

TABLE DES MATIÈRES


LIVRE PREMIER
CHAPITRE UNIQUE. — GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA, SA STRUCTURE, SON CLIMAT, SES LIMITES 9
Causes générales, p. 11. — Géologie, p. 14. — Orographie, p. 16. — Le climat, p. 18. — La vie des plantes et des animaux, p. 28.
LIVRE II
LA VIE PHYSIQUE ACTUELLE ET PASSÉE AU SAHARA
CHAPITRE PREMIER. — LOIS FONDAMENTALES DU MODELE DÉSERTIQUE
Les bassins fermés, p. 39. — Les lois de l’érosion fluviale au désert, p. 42. — Érosion éolienne, p. 46.
CHAPITRE II. — LE PASSÉ 59
Ancienneté du Sahara, p. 59. — Les oueds fossiles du Sahara, p. 61. — Le désert libyque, p. 67.
CHAPITRE III. — LES RIVIÈRES. LA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 71
Le Niger, p. 72. — Le Chari et le Tchad, p. 74. — Le Nil, p. 78. — L’oued Saoura, p. 83. — L’oued Igharghar, p. 94. — Le dessèchement du Sahara, p. 100. — Cycles d’érosion désertique, p. 103.
CHAPITRE IV. — OASIS ET TANEZROUFTS 115
Les Tanezroufts, p. 117.
LIVRE III
L’HISTOIRE DU SAHARA.
CHAPITRE UNIQUE. — L’INTRODUCTION DU CHAMEAU ET SES CONSÉQUENCES 129
Nomades blancs et agriculteurs nègres, p. 134.
LIVRE IV
LES RÉGIONS DU SAHARA
CHAPITRE PREMIER. — L’ÉGYPTE 145
Les côtes, p. 145. — La voie du Nil, p. 148. — Organisation du désert égyptien, p. 150. — Insignifiance des nomades, p. 152. — Les oasis égyptiennes, p. 158. — L’isthme de Siouah, p. 162.
CHAPITRE II. — LE SAHARA TIBBOU 167
Le Tibesti, p. 168. — Le Borkou, p. 173. — Koufra, p. 175.
CHAPITRE III. — LE FEZZAN 179
Fezzan, proprement dit, p. 182. — Le Kaouar et Bilma, p. 186.
CHAPITRE IV. — LE SAHARA TOUAREG 187
Le Sahara algérien, p. 191. — R’adamès et R’at, p. 191. — Oasis algériennes, p. 193. — Les nomades, p. 205. — Chaamba et Touaregs, p. 208. — La lisière soudanaise, p. 212. — La Maurétanie, p. 216.
CONCLUSION 221

Abbeville. — Imprimerie F. Paillart.