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Le songe d'une femme: roman familier cover

Le songe d'une femme: roman familier

Chapter 2: ANNA DES LOGES A CLAUDE DE LA TOUR
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About This Book

An intimate epistolary exchange among correspondents examines desire, beauty, happiness and the hazards of self-revelation. Alternating letters set impulsive surrender against cautious reserve as the writers debate love, dignity and the small pleasures that sustain life. Lyrical passages of sensual joy coexist with sober reflections on melancholy, memory and appearance, while misunderstandings and shifting affinities emerge through candid counsel. The book privileges introspective observation and conversational nuance, tracing how generosity and self-protection shape emotional experience without resolving the tensions between them.

ANNA DES LOGES A CLAUDE DE LA TOUR

Les Tilleuls, 3 juillet 189.

… Pourquoi ne veux-tu pas me croire? Est-ce donc si rare? Oui, j'ai été heureuse. Ce que tu appelles un songe, je l'ai vécu, ou je l'ai dormi, et je ne suis pas réveillée. Voici le matin; il y a un peu d'inquiétude dans la douceur de mon sommeil, mais je dors encore. Si j'ouvre les yeux, ils garderont le charme des yeux qui viennent de sourire et tu y lirais, j'en suis sûre, une si longue litanie de joies que ton cœur en serait tout enchanté et béni. Maintenant tu les regarderais en vain; ils sont fermés; ils sont pâles, presque mornes. Hier, on me disait que j'ai l'air triste; c'est possible. Je suis si absurdement heureuse que ma figure a pris un peu de la stupidité des bêtes domestiques. C'est parce qu'ils sont heureux que les bœufs paraissent ruminer avec tant de mélancolie. Ainsi je rumine mon bonheur, mais ceux qui me parlent avec componction sont vite punis: j'éclate de rire, j'ouvre les bras, je renverse la tête et j'ai l'air d'une pivoine que le vent relève pour qu'elle reçoive la fraîche ondée jusque dans les derniers replis de sa chair rouge et tendre. Il y a longtemps que M*** s'est aperçu qu'il n'est rien de tel que de me plaindre pour me donner des appétits de volupté. Quand il me demande quel est mon chagrin, je me sens tout à coup exaltée et frissonnante… Que de gens j'ai scandalisés par la naïveté de mes gestes, par ma docilité à répondre à tous les appels de la vie! Que m'importe, puisque je suis heureuse!…