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Le songe d'une femme: roman familier cover

Le songe d'une femme: roman familier

Chapter 32: PAUL PELASGE A PIERRE BAZAN
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About This Book

An intimate epistolary exchange among correspondents examines desire, beauty, happiness and the hazards of self-revelation. Alternating letters set impulsive surrender against cautious reserve as the writers debate love, dignity and the small pleasures that sustain life. Lyrical passages of sensual joy coexist with sober reflections on melancholy, memory and appearance, while misunderstandings and shifting affinities emerge through candid counsel. The book privileges introspective observation and conversational nuance, tracing how generosity and self-protection shape emotional experience without resolving the tensions between them.

PAUL PELASGE A PIERRE BAZAN

Les Frênes, 10 septembre.

… Voilà deux jours que Joconde est partie, pour un bref voyage, après en avoir demandé, par télégramme, avec beaucoup de déférence (c'est moi qui portai la dépêche), la permission au conseiller. Je suis tranquille et je consulte les pâquerettes avec Annette. Ce matin, M. des Fresnes étant venu dans ma chambre, je lui ai montré en riant le mécanisme ingénu de la commode et il a été très surpris. Depuis un quart d'heure la porte est fermée par le triple tour d'une bonne vieille serrure bien dérouillée et bien huilée; M. des Fresnes n'en a pas jeté la clef dans l'étang, mais il la détient parmi un considérable trousseau pendu dans sa propre chambre. Mon cher ami, la beauté d'une femme dont on n'aime que cela, c'est bien peu de chose. La plus belle n'a plus de mystères la septième nuit et la plus perverse n'a plus de secrets. Il n'y a pas de milieu entre le harem et la vertu, entre toutes les femmes et une seule; mais l'infini n'est pas dans la variété, l'infini est dans l'unité, il est dans les yeux de la petite Annette. Elle attend de moi sans doute beaucoup moins que je ne lui donnerai et moi je sais que je trouverai en elle, sculptée par ses doigts purs, la statue même de mon désir. Nous ne serons pas trompés. Je ne t'ai pas raconté comment nous sommes venus à nous aimer, après mille petites folies qui ne nous engageaient à presque rien? Non, je ne t'ai rien dit de cela, parce que c'est ineffable. Ineffable et si divinement absurde! Vu du rivage, c'est absurde; pour les passagers qui se saisissent par la main au milieu de l'orage, c'est divin. Il semble qu'on allait périr et que la barque, tout d'un coup, vogue en eau calme. Il se fait un arrêt dans la marche des choses; les yeux qu'on regarde ont une profondeur de vertige; les paroles qu'on allait dire meurent dans une magnifique obscure signification; seul le silence parle dans ce moment grave et il dit tant de choses que les cœurs, pour mieux le comprendre, éclatent en sanglots.—L'ironie, ce soir-là, prit la fuite, elle avait honte. Reviendra-t-elle? C'est possible. Je ne la chasserai pas, car je n'en ai pas peur…

P.-S.—Je te renvoie sans les avoir lues les lettres de Joconde. Cela ne m'intéresse plus.