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Le songe d'une femme: roman familier cover

Le songe d'une femme: roman familier

Chapter 49: LA COMTESSE DE TRÉVIRE A XAVIER DE MAUPERTUIS
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About This Book

An intimate epistolary exchange among correspondents examines desire, beauty, happiness and the hazards of self-revelation. Alternating letters set impulsive surrender against cautious reserve as the writers debate love, dignity and the small pleasures that sustain life. Lyrical passages of sensual joy coexist with sober reflections on melancholy, memory and appearance, while misunderstandings and shifting affinities emerge through candid counsel. The book privileges introspective observation and conversational nuance, tracing how generosity and self-protection shape emotional experience without resolving the tensions between them.

LA COMTESSE DE TRÉVIRE A XAVIER DE MAUPERTUIS

Paris, 28 septembre.

… Vous, une aventure sentimentale! Et de quel genre! Que signifie ce dialogue féministe! Avez-vous tant raillé pour en venir à adorer une émancipée? Car vous l'adorez, et elle vous le rend, malheureux! et tous les deux, tous les jours, vous vous acheminez bien sagement, le cœur battant, à votre rendez-vous dans les dunes! Quel lieu pour s'adorer que ces dunes de Pirou, pleines de vent, de soleil et de mouches! Votre idéalisme m'épouvante. Vos rêves transformeraient en paradis la cale d'un caboteur ou la cabane d'un douanier! Vous savez que j'eus le désespoir, il y a trois ou quatre ans, de passer un mois dans ce pays infernal; oubliez donc de m'en vanter la beauté; je le connais et je souffre à l'idée que vous y êtes heureux. Sans cela, oui, je serais jalouse! J'aurais voulu, mon cher railleur, être l'ouvrière de votre métamorphose et vous entendre, au moins une fois, prononcer sans ironie des mots tendres. Quelle est donc cette chasseresse des grèves mortes qui va encore me voler un de mes amis? Au moins, ne vous diminuez pas. Gardez la liberté de votre tête. Ne donnez rien de votre intelligence. J'ai besoin de votre amitié et de votre esprit. Je suis très abandonnée. Ni Pelasge, ni Bazan ne m'ont écrit de tout l'été, je ne sais aucune nouvelle. On dit que Madame de P.-A. est devenue la maîtresse de mon mari, j'ai appris cela par les journaux. Voilà comme je suis renseignée. Informez-vous bien si le Monsieur Basin n'est pas l'être absurde que nous appelons Bazan? Il me doit des nouvelles de lui-même, un tableau qu'il m'a promis et un récit de son séjour aux Pins. Comme ma belle-sœur, qui m'avait demandé un peintre pour faire son portrait, ne m'a ni remerciée, ni même écrit à ce sujet, j'ai peur qu'il ne se soit passé là des choses extravagantes. Mon fils est l'héritier du marquis, mais Claude est capable de tout, même d'avoir un enfant d'un mari notoirement incapable. Si le séjour de Bazan avait fait ce miracle, je serais une sotte et Bazan un monstre. Il est vrai qu'elle a déjà eu tant d'amants! J'en suis à ces calculs bas, mon cher ami, parce que mon mari me ruine, que j'aime le luxe et les voyages et que j'aurais honte de restreindre mon train de vie. Ne rougissez pas de moi, puisque je rougis moi-même, non de jalousie, hélas! je suis bien morte à tout désir. J'ai trop souffert à vivre pour espérer que des heures d'abandon m'apporteraient une joie définitive, et j'ai trop de regrets dans le cœur pour risquer d'en augmenter encore le nombre. Pensez à moi et écrivez-moi, vous qui savez aimer dans une femme autre chose que sa nudité et qui pouvez toucher une main chaste sans tenter de la corrompre. Soyez heureux. J'ai confiance en vous: si vous épousez votre Fairlie, j'aurai deux amis au lieu d'un…