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Le songe d'une femme: roman familier cover

Le songe d'une femme: roman familier

Chapter 5: CLAUDE DE LA TOUR A ANNA DES LOGES
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About This Book

An intimate epistolary exchange among correspondents examines desire, beauty, happiness and the hazards of self-revelation. Alternating letters set impulsive surrender against cautious reserve as the writers debate love, dignity and the small pleasures that sustain life. Lyrical passages of sensual joy coexist with sober reflections on melancholy, memory and appearance, while misunderstandings and shifting affinities emerge through candid counsel. The book privileges introspective observation and conversational nuance, tracing how generosity and self-protection shape emotional experience without resolving the tensions between them.

CLAUDE DE LA TOUR A ANNA DES LOGES

Les Pins, 20 juillet.

… Tu ne me dis toujours rien de clair, rien qui me fasse voir ta vie. Voilà plus d'un an que nous nous écrivons et je vois que ce fut, en effet, pour nous comprendre de moins en moins. Cependant, tu te souviens bien de ce que j'étais au Sacré-Cœur, et je crois que je n'ai guère changé. Je mettrais les mêmes corsages qu'il y a dix ans, en me serrant un peu, malgré ma «splendeur». C'est vrai, je suis fort belle; cela fait ma fierté, mais non mon bonheur. Tu as vu comme je souris bien sur mon portrait? ce n'est pas un mensonge; c'est une habitude. Et je suis encore différente de toi en ceci, que celui qui oserait me plaindre, un jour que j'aurais oublié mon masque, il me semble que je le haïrais. Mais nul ne l'a osé, ou l'occasion ne s'est pas présentée: je parais ce que je devrais être, et cela me console, quand je ne suis pas seule. Ah! sois-en sûre, je ne me promène pas le long des rosiers! Je n'ai rien à dire aux fleurs et elles ne me disent rien. Tout est muet et sans parfum autour de moi: je m'ennuie. Me donner, chère amie? Mais je suis fatiguée de n'en avoir jamais eu le courage. Pourtant que d'occasions! Je t'ai dit presque toute mon histoire, mais je ne t'ai pas dit les noms de ceux qui l'ont faite: en vérité, je les ai oubliés, même le nom de celui que je congédiai le mois passé, parce qu'il me pressait trop. Je n'ose me représenter ce que tu entends par cette pêche où l'on mord et qui fond dans la bouche; je crains que cela ne soit du libertinage. Moi, quand je me suis sentie presque touchée par de vilains désirs, j'ai sauté le fossé pour fuir le mufle de la bête. Est-ce qu'une femme très belle ne devrait pas être aimée très purement, comme on aime un marbre ou une figure de légende? Mais sans exiger des hommes tant de respect et tant d'amour, n'a-t-on pas le droit de leur demander un peu de courtoisie et une grande dignité? Quoi, parce qu'on laisse baiser sa main, il faudrait livrer tout le bras et peut-être tout ce que le bras traînerait après lui! Les hommes sont des bouviers. Je ne puis être que bergère, en mes meilleurs jours. Jamais je n'ai trompé mon mari; il est vrai, je me suis étudiée à ne pas l'aimer, et lui seul m'a respectée; maintenant je le souffre, quoique parfois j'aie envie de pleurer en lui cédant. Je pleure sans trop savoir pourquoi. Rassure-toi, cela ne dure guère: j'ai tant de moyens de me distraire et de m'étourdir!…

P.-S.—N'oublie pas de m'envoyer ton portrait.