Par monts et par vaux, par monts et par vaux,
Je vais les mener par monts et par vaux;
Je suis craint dans les campagnes et les villes.
Esprit, mène-les par monts et par vaux.
En voici un.
(Entre Lysandre.)
LYSANDRE.—Où es-tu donc, orgueilleux Démétrius? Réponds-moi.
PUCK.—Me voici, lâche, tout prêt et en garde. Où es-tu?
LYSANDRE.—Je vais te joindre tout à l'heure.
PUCK.—Suis-moi donc sur un terrain plus uni. (Lysandre sort et suit la voix.)
(Entre Démétrius.)
DÉMÉTRIUS—Lysandre!—Réponds-moi encore: lâche fuyard, où t'es-tu donc sauvé? Parle. Es-tu dans un buisson? Où caches-tu donc ta tête?
PUCK.—Et toi, poltron, te vantes-tu donc aux étoiles? Tu dis aux buissons que tu veux te battre, et tu n'oses pas approcher? Viens donc, perfide; viens, timide enfant, je vais te châtier avec une verge: c'est se déshonorer que de tirer l'épée contre toi.
DÉMÉTRIUS.—Ha! es-tu là?
PUCK.—Suis ma voix: ce n'est pas ici une place propre à essayer notre courage. (Ils sortent tous deux.)
LYSANDRE reparaît seul.—Il fuit toujours devant moi, et toujours en me défiant: lorsque j'arrive au lieu d'où il me provoque, il est toujours parti. Le lâche a le pied bien plus léger que moi; je l'ai suivi de toute ma vitesse; mais il fuyait plus vite encore, et je me suis à la fin engagé dans un sentier sombre et raboteux: je veux me reposer ici.—Hâte-toi, jour bienfaisant. (Il se couche sur la terre.) Pour peu que tu me montres ta lumière naissante, je trouverai Démétrius, et je satisferai ma vengeance. (Il dort.)
(Démétrius reparaît et Puck aussi.)
PUCK.—Oh! oh! oh, oh! poltron; pourquoi n'avances-tu pas?
DÉMÉTRIUS.—Attends-moi, si tu l'oses; car je sais bien que tu cours devant moi, que tu changes toujours de place, et que tu n'oses ni m'attendre de pied ferme, ni me regarder en face. Où es-tu?
PUCK.—Viens ici: me voilà.
DÉMÉTRIUS, courant du côté de la voix.—Tu te moques de moi; mais, va, tu me le payeras cher, si j'aperçois jamais ton visage à la lueur du jour: maintenant va ton chemin.—La faiblesse me contraint de m'étendre ici de ma longueur sur ce lit froid.—À l'approche du jour, attends-toi à me revoir. (Il se couche sur la bruyère et dort.)
(Hélène entre.)
HÉLÈNE.—Ô pénible nuit! ô longue et ennuyeuse nuit! abrége tes heures. Brille à l'orient, consolante lumière, que je puisse au lever du jour retourner à Athènes, et m'éloigner de ceux qui détestent ma présence importune.—Et toi, sommeil, qui daignes quelquefois fermer les yeux du chagrin, dérobe-moi pour quelques instants à moi-même. (Elle se couche et s'endort.)
PUCK.—Rien que trois encore d'endormis? Qu'il en vienne encore une, deux couples font quatre.—La voici qui arrive courroucée et triste.—Cupidon est un fripon d'enfant, de rendre ainsi folles les pauvres femmes.
(Entre Hermia.)
HERMIA.—Jamais je ne fus si lasse, jamais je ne fus si désespérée: trempée de rosée, déchirée par les ronces, je ne peux ni aller, ni me traîner plus loin: mes jambes ne peuvent suivre le pas de mes désirs: il faut que je me repose ici jusqu'au point du jour. Que le ciel couvre Lysandre d'un bouclier, si leur intention est de se battre! (Elle se couche.)
PUCK.
Sur la terre
Dormez profondément;
Sur votre oeil
J'appliquerai
Mon remède. Tendre amoureux
(Il exprime le jus de son herbe sur l'oeil de Lysandre.)
À ton réveil
Tu prendras
Un vrai plaisir
En revoyant
Les yeux de ta première amante,
Et le proverbe rustique bien connu,
Qu'il faut que chacun prenne ce qui lui appartient,
S'accomplira à votre réveil:
Jacquot aura Gilette,
Rien n'ira mal.
L'homme recouvrera sa jument, et tout ira bien.
FIN DU TROISIÈME ACTE.
ACTE QUATRIÈME
SCÈNE I
Toujours dans le bois.
TITANIA, BOTTOM, LES FÉES qui sont à sa suite; OBERON qui les suit sans en être aperçu.
TITANIA, à Bottom.—Viens, assieds-toi sur ce lit de fleurs; pendant que je caresse tes charmantes joues; je veux attacher des roses musquées sur ta tête douce et lisse, et baiser tes belles et longues oreilles, toi la joie de mon coeur.
BOTTOM.—Où est Fleur-des-Pois?
FLEUR-DES-POIS.—Me voici.
BOTTOM.—Grattez-moi la tête, Fleur-des-Pois.—Où est monsieur Toile-d'Araignée?
TOILE-D'ARAIGNÉE.—Me voici.
BOTTOM.—Monsieur Toile-d'Araignée, mon cher monsieur, prenez vos armes, et tuez-moi ce bourdon aux cuisses rouges, qui est sur la fleur de ce chardon; puis, mon cher monsieur, apportez-moi son sac de miel. Ne vous échauffez pas trop dans l'opération, monsieur, et ayez soin, mon bon monsieur, de ne pas crever le sac au miel: je n'aimerais pas à vous voir tout inondé de miel, seigneur.—Où est M. Grain-de-Moutarde?
GRAIN-DE-MOUTARDE.—Me voici.
BOTTOM.—Donnez-moi votre poing, monsieur Grain-de-Moutarde!—Je vous prie, cessez vos compliments, monsieur Grain-de-Moutarde!
GRAIN-DE-MOUTARDE.—Que désirez-vous?
BOTTOM.—Rien, monsieur, rien de plus que d'aider au cavalier Fleur-des-Pois à me gratter la tête: il faudra que j'aille trouver le barbier, monsieur; car il me semble que j'ai furieusement de poil à la figure; et je suis un âne si délicat que, pour peu que mon poil me démange, il faut que je me gratte.
TITANIA.—Mon doux ami, voulez-vous entendre un peu de musique?
BOTTOM.—J'ai une assez bonne oreille en musique. Allons, faites venir les pincettes et la clef.
TITANIA.—Ou dites, cher amour, ce qui vous ferait plaisir à manger.
BOTTOM.—À dire vrai, un picotin d'avoine: je pourrais mâcher votre bonne avoine sèche; il me semble que j'aurais grande envie d'une botte de foin; du bon foin, du foin parfumé, il n'y a rien d'égal à cela.
TITANIA.—J'ai une fée déterminée qui ira fouiller dans le magasin de l'écureuil, et qui vous apportera des noix nouvelles.
BOTTOM.—Je préférerais une poignée ou deux de pois secs; mais, je vous prie, que personne de vos gens ne me dérange; je sens une certaine exposition au sommeil qui me vient.
TITANIA.—Dors, et je vais t'enlacer dans mes bras.—Fées, partez, et dispersez-vous dans toutes les directions. Ainsi le chèvre-feuille parfumé s'entrelace amoureusement: ainsi le lierre femelle entoure de ses anneaux les bras d'écorce de l'ormeau32. Oh! comme je t'aime! oh! comme je t'adore! (Ils dorment.)
(Oberon s'avance. Puck revient.)
OBERON.—Sois le bienvenu, bon Robin, vois-tu ce charmant spectacle? Je commence à avoir pitié de sa folie. Tout à l'heure, l'ayant rencontrée derrière le bois, cherchant de douces fleurs pour cet odieux imbécile, je lui en ai fait des reproches et me suis querellé avec elle. Elle avait ceint ses tempes velues d'une couronne de fleurs odorantes et fraîches; et cette rosée qui s'enflait naguère en gouttes sur les boutons, telle que de rondes perles d'orient, semblait au coeur de ces jolies petites fleurs autant de larmes qui pleuraient leur disgrâce. Quand je l'eus grondée à mon gré, et qu'elle eut imploré mon pardon en termes soumis, je lui demandai alors son petit nain: elle me le donna aussitôt, et envoya ses fées le porter dans mon royaume; maintenant que je tiens l'enfant, je veux dissiper l'odieuse erreur de ses yeux. Ainsi, aimable Puck, ôte ce crâne enchanté de la tête de cet artisan athénien, afin qu'en se réveillant avec les autres il puisse regagner Athènes, et ne plus songer aux accidents de cette nuit que comme aux tourments chimériques d'un rêve. Mais je veux commencer par délivrer la reine des fées.
(Il s'approche d'elle, et dit en lui touchant les yeux avec une herbe.)
Sois comme tu avais coutume d'être.
Vois comme tu avais coutume de voir:
C'est le bouton de Diane sur la fleur de Cupidon33
Qui est doué de cette vertu céleste.
Allons, ma chère Titania; éveillez-vous, ma douce reine.
Note 33: (retour)Le bouton de Diane, c'est le bouton de l'agnus castus, et la fleur de Cupidon, la viola tricolor.
TITANIA.—Mon Oberon! quelles visions j'ai eues! Il m'a semblé que j'étais amoureuse d'un âne.
OBERON, montrant Bottom.—Voilà votre amant.
TITANIA.—Comment ces choses sont-elles arrivées? Oh! comme mes yeux abhorrent maintenant son visage!
OBERON.—Silence, un instant.—Robin, enlève cette tête.—Titania, appelez votre musique, et accablez les sens de ces cinq personnages d'un sommeil plus profond qu'à l'ordinaire.
TITANIA.—De la musique! holà! de la musique! celle qui procure le sommeil.
PUCK.—Maintenant quand tu te réveilleras, vois avec tes propres yeux, ceux d'un sot.
OBERON.—Musique, commencez. (On entend une musique assoupissante.) Venez, ma reine; donnez-moi la main, ébranlons la terre où sont couchés ces dormeurs. Maintenant nous sommes amis de nouveau, vous et moi; et demain, à minuit, nous danserons des danses solennelles et triomphantes dans la maison du duc Thésée, et nous la bénirons pour toute sa belle postérité. Là aussi seront unis joyeusement, en même temps que Thésée, tous ces couples d'amants fidèles.
PUCK.
Roi des fées, écoute, fais attention,
J'entends l'alouette matinale.
OBERON.
Allons, ma reine, dans un grave silence,
Suivons en dansant l'ombre de la nuit.
Nous pouvons faire le tour du globe
D'un pas plus rapide que la lune errante.
TITANIA.
Venez, mon époux; et, dans notre vol
Dites-moi comment il s'est fait cette nuit
Que vous m'avez trouvée dormant ici
Par terre avec ces mortels.
(Ils sortent.)
(Paraissent Thésée, Égée, Hippolyte et leur suite.)
THÉSÉE.—Allez, l'un de vous, et trouvez-moi le garde forestier, car notre cérémonie est finie; et puisque voici le point du jour, ma bien-aimée entendra le concert de mes chiens.—Découplez-les dans le vallon de l'ouest: allez.—Dépêchez, vous dis-je, et trouvez le garde.—Nous allons, ma belle reine, gravir le sommet de la montagne, pour écouter la confusion harmonieuse des voix des chiens et de l'écho réunis.
HIPPOLYTE.—J'étais un jour avec Hercule et Cadmus, lorsqu'ils chassaient l'ours dans une forêt de Crète avec des chiens de Sparte: jamais je n'entendis plus vigoureuse battue. Les bois, les cieux, les fontaines, les environs entiers semblaient retentir d'un seul cri. Jamais je n'ai entendu de dissonance aussi harmonieuse, et un vacarme aussi agréable.
THÉSÉE.—Mes chiens sont de race lacédémonienne, à large gueule, tachetés de roux, leurs têtes sont ornées de longues oreilles pendantes qui balayent la rosée du matin; les jambes sont arquées comme celle des taureaux de Thessalie; ils sont lents à la poursuite, mais assortis en voix comme des cloches accordées à l'octave. Jamais cri plus harmonieux ne fit retentir les tayauts, et ne fut égayé par les cors, dans la Crète, à Sparte ou dans la Thessalie. Vous allez les entendre et en juger.—Mais, chut! quelles sont ces nymphes?
ÉGÉE.—Mon prince, c'est ma fille qui est endormie ici: celui-ci, c'est Lysandre; voilà Démétrius; et voici Hélène, la fille du vieux Nédar. Je suis bien étonné de les trouver ici tous ensemble.
THÉSÉE.—Sans doute ils se seront levés de grand matin pour célébrer la fête de mai; et, instruits de nos intentions, ils sont venus ici orner la pompe de notre hymen. Mais, parlez, Égée; n'est-ce pas aujourd'hui le jour où Hermia doit donner sa réponse sur son choix?
ÉGÉE.—Oui, mon prince.
THÉSÉE.—Allez, ordonnez aux chasseurs de les réveiller au bruit du cor.
(On entend des cors et des cris de joie.)
(Démétrius, Lysandre, Hermia et Hélène se réveillent en sursaut et se relèvent.)
THÉSÉE.—Bonjour, mes amis: la Saint-Valentin34 est passée.—Ces oiseaux des bois ne commencent-ils à s'accoupler qu'à présent?
(Tous se prosternent devant Thésée.)
Note 34: (retour)Allusion au proverbe que les oiseaux commencent à s'accoupler à la Saint-Valentin.
LYSANDRE.—Pardon, mon prince.
THÉSÉE.—Je vous prie, levez-vous tous: je sais que vous êtes deux rivaux ennemis. Comment s'est opérée cette paisible réunion entre vous? Comment votre haine est-elle devenue si peu jalouse, que je vous trouve dormant près de la haine, sans craindre l'un de l'autre aucune inimitié?
LYSANDRE.—Mon prince, je vous répondrai avec étonnement, à demi endormi, à demi éveillé: mais en vérité, il m'est encore impossible de dire comment je suis venu en ce lieu. Je présume, car je voudrais vous dire la vérité... et en ce moment, je me rappelle... oui, je me le rappelle, je suis venu ici avec Hermia; notre dessein était de sortir d'Athènes, afin d'échapper aux dangers de la loi athénienne.
ÉGÉE.—C'est assez, c'est assez, mon prince; vous en avez assez entendu: je réclame la loi contre lui.—Ils voulaient s'évader; et par cette fuite, Démétrius, ils voulaient nous frustrer, vous de votre épouse, moi de mon consentement à ce qu'elle devînt votre femme.
DÉMÉTRIUS.—Noble duc, c'est la belle Hélène qui m'a informé de leur évasion dans ce bois, et du dessein qui les y conduisait; et moi, dans ma fureur, je les ai suivis jusqu'ici; et la belle Hélène, poussée par sa tendresse, m'a suivie. Mais, mon bon prince, je ne sais par quelle puissance (sans doute par quelque puissance supérieure) mon amour pour Hermia, fondu comme la neige, me semble en ce moment le souvenir confus des vains hochets dont je raffolais dans mon enfance; et maintenant l'unique objet de ma foi, de toutes les affections de mon coeur, l'objet et le plaisir de mes yeux, c'est Hélène seule; j'étais fiancé avec elle, mon prince, avant que j'eusse vu Hermia: comme un malade, je me dégoûtai de cette beauté; mais aujourd'hui bien portant, je reviens à mon goût naturel; maintenant, je la veux, je l'aime, je la désire, et je lui serai à jamais fidèle35.
Note 35: (retour)Ces méprises d'amour ont sans doute donné l'idée du dix-septième chant de la Pucelle.
THÉSÉE.—Beaux amants, la rencontre est heureuse. Nous entendrons plus tard les détails de cette aventure.—Égée, je triompherai de votre volonté, tout à l'heure, dans le même temple, avec nous, ces deux couples seront éternellement unis; et nous laisserons là notre projet de chasse, car la matinée est déjà un peu avancée.—Allons, retournons tous à Athènes; nous allons célébrer à nous six une fête solennelle.—Venez, Hippolyte.
(Thésée et Hippolyte sortent avec leur suite.)
DÉMÉTRIUS.—Toutes ces aventures paraissent comme des objets imperceptibles, comme des montagnes éloignées et confondues avec les nuages.
HERMIA.—Il me semble que je vois ces objets d'un oeil troublé; tout me paraît double.
HÉLÈNE.—C'est la même chose pour moi; et j'ai trouvé Démétrius comme un joyau qui est à moi, et qui n'est pas à moi.
DÉMÉTRIUS.—Il me semble à moi, que nous dormons, que nous rêvons encore.—Ne croyez-vous pas que le duc était tout à l'heure ici, et qu'il nous a dit de le suivre?
HERMIA.—Oui, et mon père y était aussi.
HÉLÈNE.—Et Hippolyte.
LYSANDRE.—Et il nous a invités à le suivre au temple.
DÉMÉTRIUS.—Alors, nous sommes éveillés.—Suivons ses pas; et en chemin, racontons-nous nos songes.
(Ils sortent; au moment où ils s'en vont, Bottom se réveille.)
BOTTOM.—Quand mon tour viendra, appelez-moi, et je répondrai.—Ma première réplique est: Très-beau Pyrame.—Hé, holà!—Pierre Quince; Flute, le raccommodeur de soufflets; Snout, le chaudronnier; Starveling... Mort de ma vie! ils se sont évadés d'ici et m'ont laissé endormi.—J'ai eu une bien étrange vision! j'ai fait un songe... il est au-dessus des facultés de l'homme de dire ce qu'était ce songe. L'homme n'est qu'un âne, s'il veut se mêler d'expliquer ce rêve. Il me semblait que j'étais....—Il n'y a pas d'homme qui puisse dire ce que j'étais. Il me semblait que j'étais... et il me semblait que j'avais...—Mais l'homme n'est qu'un fou en habit d'arlequin, s'il entreprend de dire ce qu'il me semblait que j'étais. L'oeil de l'homme n'a jamais ouï, l'oreille de l'homme n'a jamais vu; la main de l'homme ne peut goûter, ni sa langue concevoir ni son coeur exprimer en paroles ce qu'était mon rêve. Je veux aller trouver Pierre Quince pour qu'il compose une ballade sur mon songe: on l'appellera le rêve de Bottom36, parce que c'est un rêve sans fond; et je le chanterai à la fin de la pièce, devant le duc: et peut-être même, pour rendre la pièce plus agréable, le chanterai-je à la mort de Thisbé. (Il sort.)
SCÈNE II
La scène est à Athènes, dans la maison de Quince.
QUINCE, FLUTE, SNOUT ET STARVELING.
QUINCE.—Avez-vous envoyé chez Bottom? Est-il rentré chez lui?
STARVELING.—On ne peut avoir de ses nouvelles: sans doute, les esprits l'ont transporté loin d'ici.
FLUTE.—S'il ne vient pas, la pièce est perdue. Elle ne peut plus aller, n'est-ce pas?
QUINCE.—Ce n'est pas possible: vous n'avez pas dans tout Athènes, d'autre homme que lui en état de jouer Pyrame.
FLUTE.—Non; il a tout simplement le plus grand talent de tous les artisans d'Athènes.
QUINCE.—Oui, et la plus belle tournure aussi, un beau galant, avec une douce voix.
FLUTE.—Vous devriez dire une merveille incomparable. Un galant est, Dieu nous bénisse, une chose qui n'est bonne à rien!
(Entre Snug.)
SNUG.—Messieurs, le duc revient du temple; et il y a deux ou trois seigneurs et dames de plus, qui se sont mariés en même temps que lui. Si notre divertissement eût été en train, notre fortune à tous était faite.
FLUTE.—Oh! mon brave Bottom! voilà comme il a perdu six sous par jour de revenu sa vie durant: il ne pouvait manquer d'avoir six sous par jour. Si le duc ne lui avait pas fait six sous par jour pour jouer Pyrame, je veux être pendu! Et il les aurait bien mérités; oui, six sous37 par jour, ou rien pour le rôle de Pyrame.
Note 37: (retour)«Trait de satire contre Preston, auteur de la pièce de Cambyse. Il joua un rôle dans la Didon de Nash, devant Elisabeth, qui le gratifia d'une pension de vingt livres sterling par an (ce qui ne fait guère qu'un shilling par jour).» STEEVENS.
(Survient Bottom.)
BOTTOM.—Où sont ces camarades? où sont ces braves coeurs?
QUINCE.—Bottom!—Ô le superbe jour! ô l'heure fortunée!
BOTTOM.—Messieurs, je vais vous raconter des merveilles.... Mais ne me demandez pas ce que c'est; car si je vous le dis, je ne suis pas un vrai Athénien: je vous dirai tout, exactement comme les choses se sont passées.
QUINCE.—Voyons, cher Bottom.
BOTTOM.—Vous n'aurez pas un mot de moi. Tout ce que je vous dirai, c'est que le duc a dîné. Revêtez-vous de vos habits; de bonnes attaches à vos barbes, des rubans neufs à vos escarpins: rendez-vous tous au palais; que chacun jette un coup d'oeil sur son rôle; car la fin de l'histoire est que notre pièce est le divertissement préféré. À tout événement que Thisbé ait soin d'avoir du linge propre; et que celui qui joue le lion n'aille pas rogner ses ongles, car ils passeront pour les griffes du lion; et, mes très-chers acteurs, ne mangez point d'ognons, ni d'ail, car il faut que nous ayons une haleine douce; et, moyennant tout cela, je ne doute pas que nous ne les entendions dire: Voilà une charmante comédie! Plus de paroles; allons, partons. (Ils sortent.)
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I
Athènes.—Appartement dans le palais de Thésée
THÉSÉE, HIPPOLYTE, PHILOSTRATE, SEIGNEURS, Suite.
HIPPOLYTE.—Cela est étrange, mon cher Thésée, ce que racontent ces amants!
THÉSÉE.—Plus étrange que vrai. Jamais je ne pourrai ajouter foi à ces vieilles fables, ni à ces jeux de féerie. Les amants et les fous ont des cerveaux bouillants, une imagination féconde en fantômes, et qui conçoit au delà de ce que la froide raison peut jamais comprendre. Le fou, l'amoureux et le poëte sont tout imagination. L'un voit plus de démons que l'enfer ne peut en contenir; c'est le fou; l'amoureux, non moins extravagant, voit la beauté d'Hélène sur un front égyptien. L'oeil du poëte, roulant dans un beau délire, lance son regard du ciel à la terre, et de la terre aux cieux; et comme l'imagination donne un corps aux objets inconnus, la plume du poëte leur imprime de même des formes, et assigne à un fantôme aérien une demeure et un nom particulier; tels sont les jeux d'une imagination puissante; si elle conçoit un sentiment de joie, elle crée aussitôt un être, messager de cette joie: ou si, dans la nuit, elle se forge quelque terreur, avec quelle facilité un buisson devient un ours!
HIPPOLYTE.—Mais toute l'histoire qu'ils ont racontée de ce qui s'est passé cette nuit, leurs idées ainsi transformées, tout cela annonce plus que les illusions de l'imagination, et présente quelque chose de réel, mais de toute façon, d'admirable et d'étrange.
(Entrent Lysandre, Démétrius, Hermia et Hélène.)
THÉSÉE.—Voici nos amants qui viennent pleins de joie et d'allégresse.—Que le bonheur et de longs jours d'amour accompagnent vos coeurs, aimables amis!
LYSANDRE.—Que des jours plus beaux encore suivent les pas de Votre Altesse, et éclairent votre table et votre couche!
THÉSÉE.—Allons, quelles mascarades, quelles danses aurons-nous pour consumer sans ennui ce siècle de trois heures, qui doit s'écouler entre le souper et l'heure du lit? Où est l'ordonnateur habituel de nos fêtes? Quels divertissements sont préparés? N'y a-t-il point de comédie, pour soulager les angoisses de cette heure éternelle? Appelez Philostrate.
PHILOSTRATE.—Me voici, puissant Thésée.
THÉSÉE.—Dites; quel passe-temps avez-vous pour cette soirée? Quelle mascarade? Quelle musique? Comment tromperons-nous l'ennui du temps paresseux, si nous n'avons pas quelque plaisir pour nous distraire?
PHILOSTRATE.—Voilà la liste des divertissements qui sont préparés. Choisissez celui que Votre Altesse préfère voir le premier. (Il lui remet un écrit.)
THÉSÉE lit.—Le combat des centaures pour être chanté par un eunuque athénien, sur la harpe.—Nous ne voulons pas de cela; j'en ai fait tout le récit à ma bien-aimée, à la gloire de mon parent Hercule.—La fureur des bacchantes enivrées, déchirant le chantre de la Thrace dans leur rage.—C'est un vieux sujet; et je l'ai vu jouer la dernière fois que je revins vainqueur de Thèbes.—Les neuf muses pleurant la mort de la Science, récemment décédée dans l'indigence38.—C'est quelque critique, quelque satire mordante, et cela ne va pas à une fête de noces.—Une ennuyeuse et courte scène du jeune Pyrame, avec sa maîtresse Thisbé; farce vraiment tragique.—Tragique et comique à la fois! courte et ennuyeuse! C'est comme qui dirait de la glace chaude, et de la neige d'une espèce aussi rare. Comment accorder ces contraires?
PHILOSTRATE.—C'est, mon prince, une pièce longue de quelque dizaine de mots, ce qui est aussi court qu'aucune pièce de ma connaissance; mais avec ces dix mots, mon prince, elle est encore trop longue, ce qui la rend ennuyeuse; car, dans toute la pièce, il n'y a pas un mot à sa place, ni un seul acteur propre à son rôle; et c'est une pièce tragique, mon prince; car Pyrame se tue lui-même à la fin: ce qui, je vous l'avoue, quand je l'ai vu répéter, a rendu mes yeux humides; mais de larmes plus gaies, que n'en ont jamais fait jaillir les plus bruyants éclats de rires.
THÉSÉE.—Quels sont les acteurs?
PHILOSTRATE.—Des artisans, aux mains calleuses, qui travaillent ici dans Athènes, mais qui n'ont jamais travaillé d'esprit jusqu'à ce moment; ils se sont avisés aujourd'hui de charger de cette pièce leur mémoire inexercée, pour la cérémonie de vos noces.
THÉSÉE.—Nous voulons la voir jouer.
PHILOSTRATE.—Non, mon noble duc; elle n'est pas digne de vous: je l'ai entendue d'un bout à l'autre, et cela ne vaut rien, rien au monde; à moins que vous ne trouviez quelque amusement dans leur intention, en les voyant se tourmenter, et réciter avec tant de peine, pour plaire à Votre Altesse.
THÉSÉE.—Je veux entendre cette pièce: tout ce qui est offert par la simplicité et le zèle est toujours bien. Allez, faites-les venir.—Et vous, mesdames, prenez vos places. (Philostrate sort.)
HIPPOLYTE.—Je n'ai pas de plaisir à voir des malheureux échouer, et le zèle succomber dans ses efforts pour plaire.
THÉSÉE.—Hé! ma chère, vous ne verrez pas cela non plus.
HIPPOLYTE.—Il dit qu'ils ne peuvent rien faire de supportable en ce genre.
THÉSÉE.—Nous n'en paraîtrons que plus généreux, en les remerciant, sans qu'ils nous aient rien donné. Notre plaisir sera de comprendre ce qui fait le sujet de leurs erreurs. Là où la bonne volonté échoue, un noble coeur considère l'intention, non le mérite de l'action. Dans mes voyages, souvent de grands clercs formaient le projet de me complimenter par des harangues longtemps étudiées; et, lorsque je les voyais frissonner et pâlir, rester court au milieu de leurs périodes, étouffer dans leur peur leur voix exercée, et pour conclusion rester muets et sans harangue, croyez-moi, ma chère, je cueillais un compliment dans le silence, et j'en lisais autant dans la modestie de leur zèle timide, que dans la bruyante voix d'une éloquence audacieuse et arrogante; l'affection et la simplicité muette m'en disent donc beaucoup plus que tout ce que je pourrais entendre.
(Philostrate revient.)
PHILOSTRATE.—S'il plaît à Votre Altesse, le Prologue est tout prêt.
THÉSÉE.—Qu'il s'avance.
(On joue une fanfare.)39.
(Le Prologue entre.)
LE PROLOGUE.—«Si nous déplaisons, c'est avec notre bonne volonté; il faut que vous pensiez que nous ne venons pas pour offenser, mais par notre bonne volonté, vous montrer notre simple savoir-faire, voilà le véritable commencement de notre fin. Considérez donc que nous ne venons qu'avec dépit. Nous ne venons point comme pour vous contenter; mais c'est notre véritable intention. Nous ne sommes pas ici pour votre plaisir; que si vous avez regret, les acteurs sont tout prêts et par leur jeu vous saurez tout ce qu'il y a apparence que vous sachiez.»
THÉSÉE.—Ce garçon ne s'arrête pas sur les points.
LYSANDRE.—Il a galopé son prologue, comme un jeune cheval; il ne connaît point d'arrêt. Voilà une bonne leçon, mon prince: il ne suffit pas de parler; il faut parler sensément.
HIPPOLYTE.—En vérité, il a joué sur son prologue comme un enfant sur une flûte: des sons, mais sans mesure.
THÉSÉE.—Son discours ressemblait à une chaîne embrouillée; il n'y avait aucun anneau de moins, mais tous étaient en désordre. Qui vient après lui?
(Entrent Pyrame, Thisbé, la Muraille, le Clair-de-Lune et le Lion, comme dans une pantomime.)
LE PROLOGUE.—«Seigneurs, peut-être êtes-vous étonnés de ce spectacle; mais étonnez-vous jusqu'à ce que la vérité vienne tout éclaircir. Ce personnage, c'est Pyrame, si vous voulez le savoir. Cette belle dame, c'est bien certainement Thisbé. Cet homme, enduit de chaux et de crépi, représente une muraille, cette odieuse muraille qui séparait ces deux amants; et les pauvres enfants, il faut qu'ils se contentent de murmurer tout bas au travers d'une fente de la muraille, que personne ne s'en étonne. Cet autre, avec sa lanterne, un chien et un buisson d'épines, représente le clair de lune; car, si vous voulez le savoir, ces deux amants ne se firent pas scrupule de se donner rendez-vous au clair de lune, à la tombe de Ninus, pour s'y faire la cour. Cette terrible bête, qui, de son nom, s'appelle un lion, fit reculer, ou plutôt épouvanta la fidèle Thisbé venant dans l'ombre de la nuit; et en fuyant, elle laissa tomber son manteau, que l'infâme lion teignit de sa gueule ensanglantée. Aussitôt arrive Pyrame, ce beau et grand jeune homme, et il trouve le manteau sanglant de sa fidèle Thisbé. À cette vue, avec son épée, sa coupable et sanguinaire épée, il perce bravement son sein bouillant; et Thisbé, qui s'était arrêtée sous l'ombrage d'un mûrier, retira son poignard, et mourut. Quant au reste, que le Lion, le Clair-de-Lune, la Muraille et les deux amants l'expliquent dans leurs grands discours tant qu'ils seront en scène.»
(Sortent le Prologue, Thisbé, le Lion et le Clair-de-Lune.)
THÉSÉE.—Je me demande si le lion doit parler.
DÉMÉTRIUS.—Il n'y a rien d'étonnant à cela, mon prince: un lion peut parler, si tant d'ânes le peuvent40.
LA MURAILLE.—«Dans le même intermède, il se trouve que moi, qui de mon nom m'appelle Snout, je représente une muraille, et une muraille qui, veuillez m'en croire, a un trou ou une crevasse, par laquelle les deux amants, Pyrame et Thisbé, murmuraient souvent en secret. Cette chaux, ce crépi et cette pierre vous montrent que je suis précisément cette muraille: voilà la vérité. Et voici à droite et à gauche l'ouverture, la lézarde par laquelle ces timides amants doivent se parler tout bas.»
THÉSÉE.—Peut-on demander à la chaux et à la bourre de mieux parler?
DÉMÉTRIUS.—C'est, mon prince, le mur le plus spirituel que j'aie jamais entendu.
THÉSÉE.—Voilà Pyrame qui s'approche de la muraille: silence.
PYRAME.—«Ô nuit au lugubre visage, ô sombre nuit! ô nuit, qui es toujours, quand le jour n'est plus! ô nuit! ô nuit! hélas! hélas! je crains bien que ma Thisbé n'ait oublié sa promesse!—Et toi, ô muraille! ô douce et aimable muraille! qui est élevée entre le terrain de son père et le mien! toi, muraille! ô muraille! ô muraille! ô aimable et douce muraille, montre-moi ta lézarde, que je puisse regarder au travers avec mes yeux! (La muraille écarte ses doigts.) Je te rends grâces, courtoise muraille; que Jupiter te protége en récompense! Mais, que vois-je? Je ne vois point de Thisbé! Ô maudite muraille, au travers de laquelle je ne vois point mon bonheur; maudites soient tes pierres, pour me tromper ainsi!»
THÉSÉE.—La muraille, étant sensible, devrait, ce me semble, le maudire à son tour.
PYRAME.—«Non, monsieur; en vérité, elle ne le doit pas.—Me tromper ainsi, est la réclame du rôle de Thisbé: c'est à elle à paraître maintenant, et je vais la chercher des yeux à travers la muraille. Vous verrez que tout cela va arriver juste comme je vous l'ai dit. Tenez, la voilà qui vient.»
THISBÉ.—«Ô muraille! tu as souvent entendu mes plaintes de ce que tu séparais mon beau Pyrame et moi: mes lèvres vermeilles ont souvent baisé tes pierres cimentées avec de la chaux et de la bourre!»
PYRAME.—«Je vois une voix; je veux m'approcher de la fente, pour voir si je peux entendre le visage de ma Thisbé.—Thisbé!»
THISBÉ.—«Mon amant! Tu es mon amant, je crois.»
PYRAME.—«Crois ce que tu voudras; je suis ton cher amant, et je suis toujours fidèle comme Liandre41.»
Note 41: (retour)Il y a, dans ce texte, Limandre. Liandre est le mot consacré dans nos parades; le beau Liandre pour Léandre.
THISBÉ.—«Et moi, comme Hélène, jusqu'à ce que les destins me tuent.»
PYRAME.—«Jamais Saphale42 ne fut si fidèle à Procrus.»
THISBÉ.—«Comme Saphale fut fidèle à Procrus, je le suis pour toi.»
PYRAME.—«Oh! donne-moi un baiser par le trou de cette odieuse muraille.»
THISBÉ.—«Je baise le trou de la muraille, et point tes lèvres.»
PYRAME.—«Veux-tu venir tout à l'heure me rejoindre à la tombe de Ninny?»
THISBÉ.—«À la vie ou à la mort, j'y vais sans délai.»
LA MURAILLE.—«Moi, muraille, me voilà à la fin de mon rôle; et, mon rôle étant fini, c'est ainsi que la muraille s'en va.» (La Muraille, Pyrame, Thisbé, sortent.)
THÉSÉE.—Maintenant la voilà donc à bas la muraille qui séparait les deux voisins.
DÉMÉTRIUS.—Il n'y a pas de remède, mon prince, quand les murailles sont si prestes à entendre sans en prévenir.
HIPPOLYTE.—Ceci est la plus sotte absurdité que j'aie jamais entendue.
THÉSÉE.—La meilleure de ces représentations n'est qu'une illusion, et la pire de toutes ne sera pas pire, si l'imagination veut l'embellir.
HIPPOLYTE.—Il faut que ce soit votre imagination qui s'en charge alors et non pas la leur.
THÉSÉE.—Si nous ne pensons pas plus d'eux qu'ils n'en pensent eux-mêmes, ils peuvent passer pour d'excellents acteurs.—Voici deux fameuses bêtes qui s'avancent, une lune et un lion.
(Entrent le Lion et le Clair-de-Lune.)
LE LION.—«Belles dames, vous dont le coeur timide frémit à la vue de la plus petite souris qui court sur le plancher, vous pourriez ici frissonner et trembler d'effroi lorsqu'un lion féroce vient à rugir dans sa rage. Sachez donc que moi, Snug le menuisier, je ne suis ni un lion féroce ni la femelle d'un lion; car si j'étais venu comme un lion irrité dans ce lieu, ma vie courrait de grands dangers.»
THÉSÉE.—Une fort bonne bête, et d'une honnête conscience.
DÉMÉTRIUS.—La meilleure bête, pour une bête bête, que j'ai jamais vue, mon prince.
LYSANDRE.—Ce lion est un vrai renard par la valeur.
THÉSÉE.—Cela est vrai; et un véritable oison par la prudence.
DÉMÉTRIUS.—Non pas, mon prince, car sa valeur ne peut emporter sa prudence, et le renard emporte l'oison.
THÉSÉE.—Sa prudence, j'en suis sûr, ne peut emporter sa valeur; car l'oison n'emporte pas le renard. C'est à merveille; laissez-le à sa prudence, et écoutons la Lune.
LE CLAIR-DE-LUNE.—«Cette lanterne vous représente la lune et ses cornes.»
DÉMÉTRIUS.—Il aurait dû porter les cornes sur sa tête.
THÉSÉE.—Ce n'est pas un croissant; et ses cornes sont invisibles dans la circonférence.
LE CLAIR-DE-LUNE.—«Cette lanterne représente la lune et ses cornes; et moi j'ai l'air d'être l'homme dans la lune43.»
THÉSÉE.—Cette erreur est la plus grande de toutes: l'homme devrait être mis dans la lanterne; autrement, comment serait-il l'homme dans la lune?
DÉMÉTRIUS.—Il n'ose pas se fourrer là, à cause de la chandelle; car vous voyez qu'elle flambe déjà.
HIPPOLYTE.—Je suis lasse de cette lune: je voudrais que la scène changeât.
THÉSÉE.—Il paraît, à sa petite lueur de prudence, qu'il est dans le décours. Mais cependant, par politesse et par raison, il faut attendre le temps voulu.
LYSANDRE.—Poursuis, lune.
LE CLAIR-DE-LUNE.—«Tout ce qui me reste à vous dire, c'est de vous déclarer que la lanterne est la lune; moi l'homme dans la lune; ce buisson d'épines, mon buisson d'épines; et ce chien, mon chien.»
DÉMÉTRIUS.—Eh! mais, tout cela devrait être dans la lanterne; car ils sont dans la lune. Mais, silence; voici Thisbé.
THISBÉ.—«Voici la tombe du vieux Ninny. Où est mon amant?»
LE LION.—«Hoh!» (Le Lion rugit, Thisbé s'enfuit.)
DÉMÉTRIUS.—Bien rugi, lion!
THÉSÉE.—Bien couru, Thisbé!
HIPPOLYTE.—Bien brillé, lune!—Vraiment, la lune luit de fort bonne grâce.
(Le Lion déchire le manteau de Thisbé, et sort.)
THÉSÉE.—Bien mâché, lion!
DÉMÉTRIUS.—Et voilà Pyrame qui vient.
LYSANDRE.—Et la lune qui disparaît.
PYRAME.—«Douce lune, je te remercie de tes rayons solaires! Je te rends grâces, lune, de ta clarté si brillante; car à la lumière de tes rayons gracieux, dorés et brillants, je me promets de goûter la vue de la très-fidèle Thisbé!»