WeRead Powered by ReaderPub
Le songe d'une nuit d'été cover

Le songe d'une nuit d'été

Chapter 17: SCÈNE II
Open in WeRead

About This Book

Near an Athenian court and in a nearby enchanted wood, the play follows entangled romantic pursuits, a ducal household preparing a wedding, and a rustic troupe rehearsing a pageant. Fairy monarchs intervene with a mischievous sprite whose love potion and caprices cause mistaken affections, a comic transformation of a performer, and nightlike delights that blur waking and dreaming. The chaotic overlaps of magic, desire, and theatre produce comic misunderstandings that are untangled by dawn, ending in reconciliations and the staged entertainment for the wedding. The piece explores love's irrationality, the porous boundary between illusion and reality, and the power of imagination.

Mais, arrêtons, ô horreur!

Mais, voyons: pauvre chevalier,

Quel affreux objet s'offre ici?

Mes yeux, voyez-vous?

Comment cela peut-il être?

Ô ma petite poule, ô ma chère!

Ton beau manteau,

Quoi donc, est-il teint de sang?

Approchez, cruelles furies;

Ô destin: venez, venez,

Coupez fil et filasse:

Écrasez, détruisez, égorgez, et finissez tout!

THÉSÉE.—Cette fureur et la mort d'un tendre amant seraient capables de rendre un homme triste.

HIPPOLYTE.—J'en veux à mon coeur; mais j'ai pitié de lui.

PYRAME.—«Ô nature! pourquoi formas-tu des lions? Puisque cet infâme lion a défloré ici ma chère maîtresse, qui est... non, non, qui était la plus belle personne qui ait vécu, qui ait aimé, qui ait caressé, qui ait regardé de ses beaux yeux.»

Venez, larmes, confondez-vous,—

À moi, mon épée, et blesse

Le sein de Pyrame:

Oui, le sein gauche

Où palpite le coeur.

Ainsi je meurs, je meurs, je meurs,

Maintenant je suis mort,

Maintenant je suis parti de ce monde;

Mon âme est dans les cieux.

Langue, perds ta lumière;

Lune, prends la fuite;

Et maintenant, meurs, meurs, meurs.

Meurs, meurs.

(Il meurt. Le Clair-de-Lune sort.)

DÉMÉTRIUS.—Plus de dé pour lui si ce n'est l'as, car il n'est plus qu'un44.

Note 44: (retour)

«Die, mourir, et die, équivoque.» FARMER.

LYSANDRE.—Il est moins qu'un as, ami, car il est mort; il n'est rien.

THÉSÉE.—Avec le secours d'un chirurgien, il pourrait en revenir encore et se trouver un âne.

HIPPOLYTE.—Par quel hasard le Clair-de-Lune s'en est-il allé, avant que Thisbé revienne et trouve son amant?

THÉSÉE.—Elle le trouvera à la clarté des étoiles.—La voici qui s'avance, et sa douleur va finir la pièce.

(Thisbé paraît.)

HIPPOLYTE.—Il me semble qu'elle ne doit pas être fort longue, pour un pareil Pyrame; j'espère qu'elle sera courte.

DÉMÉTRIUS.—Lequel de Pyrame ou de Thisbé vaut le mieux? Un atome ferait pencher la balance.

LYSANDRE.—Elle l'a déjà aperçu avec ses beaux yeux.

DÉMÉTRIUS.—Et la voilà qui va gémir: vous allez entendre.

THISBÉ.

Dors-tu, mon amant?

Quoi! serais-tu mort, mon beau tourtereau?

Ô Pyrame! lève-toi:

Parle, parle-moi: tout à fait muet?

Donc, mort, mort? Une tombe

Doit donc couvrir tes yeux.

Ce front de lis,

Ce nez vermeil,

Ces joues jaunes comme la primevère,

Sont évanouis, sont évanouis.

Amants, gémissez;

Ses yeux étaient verts comme porreau.

Ô vous, trio de soeurs,

Venez, venez à moi.

Avec vos mains pâles comme le lait,

Teignez-les dans le sang,

Puisque vous avez coupé

De vos ciseaux son fil de soie.

Langue, n'ajoute pas un mot;

Viens, fidèle épée,

Viens, lame tranchante, plonge-toi dans mon sein,

Et adieu, mes amis.

Ainsi finit Thisbé.

Adieu, adieu, adieu.

(Elle meurt.)

THÉSÉE.—Le clair de lune et le lion sont restés pour enterrer les morts.

DÉMÉTRIUS.—Oui, et la muraille aussi.

BOTTOM.—Non, je puis vous l'assurer. La muraille qui séparait leurs pères est à bas.—Vous plaît-il de voir l'épilogue, ou d'entendre une danse bergamasque45, entre deux acteurs de notre troupe?

Note 45: (retour)

On sait que les danses bergamasques ont eu longtemps de la réputation.

THÉSÉE.—Point d'épilogue, je vous prie; car votre pièce n'a pas besoin d'apologie: ne vous excusez-pas; car lorsque tous les acteurs sont morts, il n'est pas besoin d'en blâmer aucun. Vraiment, si celui qui a composé cette pièce avait joué le rôle de Pyrame, et qu'il se fût pendu avec la jarretière de Thisbé, cela aurait fait une bien belle tragédie; et c'en est une en vérité, et jouée avec distinction. Mais, voyons notre bergamasque: laissez là votre épilogue. (Une danse de paysans bouffons.) La langue de fer de minuit a prononcé douze: amants, au lit; c'est presque l'heure des fées. Je crains bien que nous ne dormions trop tard le matin, comme nous avons veillé trop longtemps cette nuit. Cette farce grossière nous a bien trompés sur la marche pesante de la nuit.—Chers amis, allons à notre lit: en l'honneur de cette solennité, nous passerons quinze jours entiers dans les fêtes nocturnes et des divertissements nouveaux, et chaque jour amènera de nouveaux plaisirs, pour célébrer cette fête. (Tous sortent.)


SCÈNE II

Entre PUCK.


Voici l'heure où le lion affamé rugit,

Où le loup hurle à la lune,

Tandis que le lourd laboureur ronfle

Épuisé de sa pénible tâche.

Maintenant les tisons consumés brillent dans le foyer;

La chouette, poussant son cri sinistre,

Rappelle aux malheureux, couchés dans les douleurs,

Le souvenir d'un drap funèbre.

Voici le temps de la nuit,

Où les tombeaux, tous entr'ouverts,

Laissent échapper chacun son spectre,

Qui va errer dans les sentiers des cimetières.

Et nous, fées, qui voltigeons

Près du char de la triple Hécate,

Fuyant la présence du soleil,

Et suivant l'ombre comme un songe,

Nous gambadons maintenant. Pas une souris

Ne troublera cette maison sacrée.

Je suis envoyé devant, avec un balai,

Pour balayer la poussière derrière la porte46.

Note 46: (retour)

La propreté est nécessaire pour attirer chez soi des fées propices.

(Entrent Oberon et Titania avec leur cour.)

OBERON.

Qu'une faible lumière éclaire cette maison

Par le moyen de ce feu mourant;

Que tous les esprits et toutes les fées

Sautent d'un pied léger, comme l'oiseau sur la branche.

Répétez après moi ce couplet:

Chantez et dansez rapidement à sa mesure.

TITANIA.

D'abord, répétez ce couplet par coeur;

Et à chaque mot une cadence;

Les mains enlacées, avec la grâce des fées,

Nous chanterons et nous bénirons cette demeure.

(Chant et danse47.)

Note 47: (retour)

On prétend qu'il y a ici deux couplets perdus.

OBERON.

À présent, jusqu'à la pointe du jour,

Que chaque fée erre dans ce palais.

Nous irons au beau lit nuptial,

Et il sera béni parmi nous;

Et la lignée qui y sera engendrée

Sera toujours heureuse.

Ces trois couples d'amants

Seront toujours sincères et fidèles,

Et les taches de la main de la nature

Ne se verront point sur leurs enfants.

Jamais signe, bec de lièvre, cicatrice,

Ou marque de sinistre augure, qui sont

Si pénibles à voir au jour de la nativité,

N'existeront pour leurs enfants.

Fées, dispersez-vous;

Qu'avec la rosée des champs

Chacune voue chaque appartement

De ce palais à la douce paix,

Il subsistera toujours en sûreté,

Et le maître en sera toujours béni.

Allons, vite,

Ne tardons plus

Venez me rejoindre au point du jour.

(Oberon et Titania sortent avec leur cour.)

PUCK.

Si nous, légers fantômes, nous avons déplu,

Figurez-vous seulement (et tout sera réparé),

Que vous avez fait ici un court sommeil,

Tandis que ces visions erraient autour de vous.

Seigneurs, ne blâmez point

Ce faible et vain sujet,

Et ne le prenez que pour un songe:

Si vous faites grâce, nous corrigerons.

Et comme je suis un honnête Puck,

Si nous avons le bonheur immérité

D'échapper cette fois à la langue du serpent48,

Nous ferons mieux avant peu,

Ou tenez Puck pour un menteur.

Ainsi; bonne nuit à tous.

Prêtez-moi le secours de vos mains si nous sommes amis

Et Robin vous dédommagera quelque jour.

(Il sort.)

Note 48: (retour)

Les sifflets.

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.