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Le Témoin: 1914-1916 cover

Le Témoin: 1914-1916

Chapter 7: V. — Les Présages
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About This Book

A sequence of lyrical poems charts a witness's meditation on war, mortality, and spiritual hope, moving through dusk and night scenes, meetings with a weary wanderer, and reflections on love, suffering, and national duty. Images alternate between intimate grief and public exhortation: conversations about fatigue and desire, invectives and calls to arms, portrayals of loss and mourning, and moments of serene idealism. The work blends biblical and classical allusions, seascapes and provincial landscapes, and combines personal elegy with collective testimony to examine courage, faith, and the search for unity amid upheaval.

V

— « Parmi les maux sans fin dont l’éternité pleure,
Enfant, tu n’as souffert que les tiens, et qu’une heure ! »
Je lui dis : — « J’ai souffert aussi les maux d’autrui :
Comme l’humanité, je traîne, dans la nuit,
Sous le ciel dont l’affreux silence nous menace,
Un reste douloureux d’espérance tenace.
Oui, j’espère en un rêve auquel je ne crois pas,
Et le vœu de mourir alourdit tous mes pas.
Il sera doux, l’instant où la morne inconnue
Entre ses bras terreux dissoudra ma chair nue ;
Où ma chair cessera de redouter l’amour ;
Où, ne regrettant rien, qu’un peu l’éclat du jour,
Je dormirai content de ne plus voir l’envie,
Acharnée et mordant sur la plus belle vie,
Insulter ou nier les plus nobles efforts.
« Oui, j’appelle à grands cris la paix, la paix des morts,
Puisqu’il n’est pas d’amour certain ni de justice !
Oui, j’invoque le pur néant, seul dieu propice !
Un Autre avait promis à ce monde d’effrois
Qu’il viendrait apaiser les peuples et les rois,
Les courber sous sa main, les unir sous son règne ;
Mais Celui-là n’est plus qu’une image qui saigne
Et montre à l’univers un flanc déchiqueté !
Son cœur n’est qu’une plaie ouverte à son côté,
Et c’est comme une bouche effroyable et plaintive
Qui crie en vain : « Seigneur ! que votre règne arrive ! »
Rien, rien ne lui répond, qu’un silence infini,
Le même au Golgotha que sur Gethsémani !
Il s’est trompé, Celui qui disait : « Paix sur terre ! »
Sur le mont déserté la croix est solitaire ;
La Guerre à l’œil de brute, au front dur et têtu,
Piétine, dans le sang, sur le temple abattu !
Les vrais rois sont ceux-là qui, brandissant l’épée,
Fouaillent comme un troupeau l’humanité dupée ;
Le monde horrible attend les pires lendemains ;
La haine arme partout les enfants des humains ;
Les femmes, autrefois des mères attendries,
Contre l’antique époux se dressent en furies :
Et Celui qui promit au monde la pitié,
Aux mains des flagellants n’est qu’un fou châtié !
Il est traqué, raillé, chassé de tous ses temples,
Exemple mémorable, entre tous les exemples,
De l’inutilité d’avoir, — seul, au milieu
Des hommes vils, — la grâce et la beauté d’un Dieu ! »