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Le Vaisseau fantôme (Der Fliegende Holländer) cover

Le Vaisseau fantôme (Der Fliegende Holländer)

Chapter 12: BALLADE.
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About This Book

A cursed, supernatural mariner is driven ashore and entangled with a coastal household, where a local family's encounter with him provokes fascination and dread. A young woman's consuming devotion to his legend becomes the opera's moral and emotional axis as choruses, arias, and orchestral interludes alternate to reveal longing, fate, and the sea's violence. Staging directions and music intensify the contrast between stormy expiation and serene hope, and the plot resolves through a sacrificial act that transforms despair into redemption, fusing poetic drama and musical motifs throughout the three-act structure.

Merci!
Verrai-je ta fille aujourd'hui?

DALAND.

Le premier vent nous conduira près d'elle,
Tu la verras, si tu la trouves belle...

LE HOLLANDAIS.

Elle est à moi!...

(À lui-même.)

Mon bon ange, est-ce toi?

Lorsque, brisé par la souffrance,
Dans mon salut encor j'ai foi
Du malheureux seule espérance.
Pourrai-je enfin compter sur toi?

DALAND.

Ah! gloire à toi, terrible orage,
Qui m'as guidé dans ta fureur,
Je n'ai, sans chercher davantage,
Qu'à profiter de mon bonheur.
Soyez bénis, ô vents contraires,
Qui vers ces bords m'avez poussé;
Mon vœu, ce vœu de tous les pères,
«Un gendre riche!» est exaucé!

LE HOLLANDAIS.

Ah! faut-il que du ciel un ange
Pour me sauver soit descendu!
Enfin de ma torture étrange,
Pour moi le terme est-il venu?

ENSEMBLE.

LE HOLLANDAIS.

Ah! quand l'espoir a fui mon cœur
Puis-je rêver un sort meilleur?

DALAND.

À lui, si généreux, si bon,
À lui ma fille et ma maison!

(La tempête est complétement apaisée, le vent a tourné.)

LE PILOTE, à bord.

Vent du sud! Vent du sud!...

LES MATELOTS, agitant leurs chapeaux.

Hé! là!...

LE PILOTE, répétant sa chanson.

Bon vent du sud, ah! souffle encore!

LES MATELOTS.

Hiva!...
Hiva! ah! Hiva!...

DALAND, au Hollandais.

Tu vois tout est calme à présent.
Le vent est bon, la mer est belle
Allons! levons l'ancre à l'instant
Vers mon pays tout nous appelle.

(Les Matelots lèvent l'ancre et mettent les voiles dehors.)

LE HOLLANDAIS.

Pars je t'en prie, ami, ne m'attends pas:
Le vent est frais, mon équipage est las.
Après un court repos, je suis ta route.

DALAND.

Mais notre vent?...

LE HOLLANDAIS.

Il va durer sans doute.
Ce vaisseau-là
Bientôt te rejoindra!

DALAND

Tu crois? Eh! bien! qu'il soit fait à ta guise.
Adieu! Puisses tu voir
Ma fille dès ce soir!

LE HOLLANDAIS.

C'est dit!

DALAND, allant au bord de son navire.

Hé! matelots! holà! voici la brise.
Allons? allons!
Alerte, compagnons!

LES MATELOTS, avec joie.

Malgré vents et tempête
Auprès des miens
Ma belle, je reviens.
L'ouragan sur ma tête
En vain gronda
Ma belle me voilà!
Hurrah!...
Sans un bon vent du sud jamais
À toi je ne reviendrais!
Ah! souffle! souffle encor bon vent
Ma belle en ce jour m'attend!

(Le Hollandais monte sur son navire.)

FIN DU PREMIER ACTE.

ACTE DEUXIÈME

Une chambre spacieuse dans la maison de Daland. Aux murs sont accrochés des instruments de marine, des cartes, etc.—Au fond un portrait d'homme au visage pâle, à la barbe brune, au vêtement noir.

SCÈNE PREMIÈRE

SENTA, MARIE, JEUNES FILLES.

(Marie et les Jeunes Filles filent, assises autour de la cheminée. Senta, au fond d'un grand fauteuil les bras croisés, semble absorbée dans la contemplation du portrait.)

CHŒUR DES JEUNES FILLES.

Bon rouet, gronde et bourdonne!
Tourne, tourne, va gaîment.
Bon rouet tourne et nous donne
Mille fils en bourdonnant.
Mon bien-aimé s'en va voguant
Et pense à celle qui l'attend.
Mon bon rouet tourne en sifflant
Si tu pouvais donner le vent
Comme il viendrait promptement.
File vite, ô jeune fille!...
Bon rouet tourne et babille.

MARIE

Courage!
Voyez comme va l'ouvrage!
Chacune pense au mariage.

LES JEUNES FILLES.

Marie!
Silence vous savez bien
Que la chanson n'est pas finie!

MARIE.

Chantez et que le rouet crie!
Mais toi, Senta, tu ne dis rien?...

LES JEUNES FILLES.

Bon rouet, tourne et bourdonne,
Tourne, tourne, va gaîment
Bon rouet tourne et nous donne
Mille fils en bourdonnant
Mon bien-aimé voyage encore
Au sud il va gagner de l'or.
Mon bon rouet tourne gaîment
Cet or est pour la belle enfant
Qui file, file vaillamment
File vite ô jeune fille
Bon rouet, tourne et babille

MARIE, à Senta qui reste plongée dans sa contemplation.

Méchante enfant,
Si tu ne files, vraiment,
Tu n'auras nul présent.

LES JEUNES FILLES.

Elle a le temps, le fait est clair.
Son bien-aimé n'est pas en mer
C'est du gibier qu'il lui promet...
Ce qu'un chasseur vaut, on le sait.
Ah! ah! ah! ah!...

(Senta semble chanter tout bas et comme pour elle un motif de la ballade.)

MARIE.

Voyez-la! toujours même attrait!...
Veux-tu passer ta vie entière
À rêver devant un portrait?

SENTA, sans changer de place.

Pourquoi m'avoir dit sa misère?
Pourquoi m'avoir dit ce qu'il est?

(Soupirant.)

L'infortuné!

MARIE.

Que dieu t'assiste!...

LES JEUNES FILLES, entre elles.

Eh! eh! eh! eh! comment juger?...
Le noir marin la fait songer.

MARIE.

Toujours cet air pensif et triste!

LES JEUNES FILLES.

Voyez ce que peut un portrait!

MARIE.

Toujours je gronde et sans effet;
Viens, Senta; viens donc, s'il te plaît.

LES JEUNES FILLES.

Son cœur est sourd
Il est rempli d'un fol amour,
Cela peut mal finir vraiment!
Érik est vif! au sang ardent!
Un malheur vient si promptement.

(Elles s'interrompent en riant.)

Assez!...

(Entre elles.)

Sa balle percerait
De son noir rival le portrait:
Ah! ah!...

SENTA, avec vivacité.

Cessez! ce jeu ne peut me plaire.
Voulez-vous me mettre en colère?

LES JEUNES FILLES, se remettant au travail avec un empressement affecté et comme pour ôter à Senta le temps de les gronder.

Bon rouet tourne et bourdonne,
Tourne, tourne, va gaîment.
Bon rouet tourne et nous donne
Mille fils en bourdonnant!

SENTA.

Oh! quelle chanson déplaisante
Qui gronde et bourdonne sans fin!
Si vous voulez qu'aussi je chante
Il faut chercher meilleur refrain!

LES JEUNES FILLES.

Bien chante alors!

SENTA.

Non. Toi, Marie.
Dis la ballade je t'en prie.

MARIE.

Moi! la chanter! oh! non! jamais!
Que le Vaisseau Fantôme reste en paix!

SENTA, aux Jeunes Filles.

Je vais la dire, écoutez bien
Et que votre âme s'attendrisse
Sur ce cruel et long supplice!

LES JEUNES FILLES.

Oui! chante donc!

SENTA.

N'en perdez rien!

LES JEUNES FILLES.

Laissons là nos rouets,

MARIE, avec dépit.

Et moi je prends le mien.

(Les jeunes filles quittent leurs rouets et se groupent autour de Senta placée dans le grand fauteuil. Marie prend son rouet et va filer près de la cheminée.)

BALLADE.

SENTA.

I
Hiva! hiva!...
Avez-vous vu le vaisseau mort,
Mât noir et voile rouge?
Un homme pâle veille à bord
Sans que jamais il bouge:
Hui!... quel sifflement
Hui!... quel bruit du vent
Hiva!...
Il doit fuir sur les flots
Et sans fin, sans merci, sans repos!

Dans son malheur
L'instant peut venir de la délivrance
S'il trouve un cœur
Qui jusqu'à la mort l'aime avec constance.
Pauvre marin
Exauçant ma prière,
Le ciel j'espère
Te le fera trouver enfin!

(Vers la fin Senta se tourne vers le portrait. Les jeunes filles écoutent avec intérêt. Marie a cessé de filer.)

II
Doublant un cap, il blasphémait,
En vain la foudre gronde,
Je veux lutter quand ce serait
Jusqu'à la fin du monde!
Hui! Satan bientôt
Hui! l'a pris au mot!
Hiva!
Son arrêt est d'errer sur les flots
Sans merci, sans repos!

Dans son malheur,
L'instant peut venir de la délivrance.
L'ange sauveur
En lui du salut a mis l'espérance.
Pauvre marin,
Exauçant ma prière
Le ciel j'espère
Te le fera trouver enfin!

LES JEUNES FILLES.

Pauvre marin,
Exauçant ma prière
Le ciel j'espère
Te le fera trouver enfin.

SENTA.

(Après que les Jeunes Filles ont répété le refrain, elle continue avec une émotion croissante.)

III
À l'ancre il vient tous les sept ans
Pour chercher une belle.
Pas une, hélas! depuis le temps
Ne lui resta fidèle.
Hui! la voile au vent!
Hui! Vite en avant!
Hiva! Ah! faux amour! faux serment!
Sans merci, sans repos, en avant!

LES JEUNES FILLES.

Ah! vers quel port
Celle que promit Dieu se trouve-t-elle?
Jusqu'à la mort
Où trouver ce cœur qui sera fidèle?

SENTA, se levant saisie d'une inspiration soudaine.

C'est moi qui veux t'aimer sans cesse,
Dieu tout-puissant, fais qu'il paraisse,
Que grâce à moi sa peine cesse!

(Les Jeunes Filles se lèvent effrayées.)

MARIE et LES JEUNES FILLES.

—Qu'entends-je? Dieu!

SCÈNE II

Les Mêmes, ÉRIK.

ÉRIK, qui du seuil a entendu Senta.

—Senta! veux-tu donc que j'expire?...

LES JEUNES FILLES.

À l'aide, Érik; ah! quel délire!

MARIE.

De crainte à peine je respire.
Portrait maudit! Il s'en ira.
Dès que le père reviendra,

ÉRIK, sérieusement.

Le père vient.

SENTA, qui était restée immobile et semblait ne rien entendre paraît s'éveiller et s'élance avec joie.

Mon père vient!

ÉRIK.

Déjà
L'on peut voir son navire.

MARIE.

On s'amuse à quelque chanson
Et rien n'est prêt dans la maison!

LES JEUNES FILLES.

Ils sont venus! Courons vers eux!

MARIE.

Holà! restez donc, je le veux!
Les marins ont fait maigre chère
À la cuisine il faut courir.

LES JEUNES FILLES.

Que de questions à lui faire!
Je ne saurais me contenir.

MARIE.

Faisons d'abord ce qu'il faut faire,
C'est son devoir qu'on doit remplir.

LES JEUNES FILLES.

C'est bon! Hâtons-nous de tout faire
Rien ne pourra nous retenir.

(Marie pousse les Jeunes Filles devant elle et les suit.)

SCÈNE III

SENTA, ÉRIK.

Senta veut suivre les Jeunes Filles, Érik la retient.

ÉRIK.

Ô reste! reste encore un seul instant!
Délivre moi de mon tourment,
Ou bien achève, ôte-moi l'existence?

SENTA, hésitant.

Comment! Eh quoi!

ÉRIK.

Senta! Que faut-il que je pense?
Ton père vient; et s'il doit repartir,
À son désir il faudra bien te rendre.

SENTA.

Et quel désir?

ÉRIK.

Il fera choix d'un gendre.
Mon cœur toujours fidèle et tendre,
Mon peu de bien, ma chance de chasseur,
À toi, réponds, est-ce assez pour prétendre,
Est-ce un refus qu'il faut attendre?
Et quand mon cœur sera meurtri,
Senta, qui doit parler pour lui?

SENTA.

Ah! c'est assez, Érik; car, de ce pas,
Je vais chercher mon père
À son retour, s'il ne me voyait pas,
Cela pourrait déplaire.

ÉRIK.

Eh! quoi, tu pars!

SENTA.

Voici l'instant.

ÉRIK.

Tu veux me fuir!

SENTA.

Mon père attend.

ÉRIK.

Tu fuis l'aspect de ma blessure!
Tu fuis devant ma folle ardeur!
Entends encor, je t'en conjure,
Ce dernier cri de ma douleur;
Lorsque mon cœur sera meurtri
Senta, qui doit parler pour lui?...

SENTA.

Quoi! sans compter sur ma tendresse
Ainsi tu doutes de mon cœur?
D'où vient le trouble qui t'oppresse,
Dis-moi qui cause ta douleur?

ÉRIK.

Ton père! c'est l'or seul qui le séduit.
En toi, Senta, faut-il donc que j'espère?
Exauças-tu jamais une prière?
Mon cœur gémit et jour et nuit!

SENTA.

Ton cœur...

ÉRIK.

Que dois-je faire?
Ce portrait...

SENTA.

Le portrait?

ÉRIK.

D'un rêve ardent quand finira l'effet.

SENTA.

Puis-je empêcher un charme qui me tente?

ÉRIK.

Et la ballade... encor tu la chantais?

SENTA.

Comme une enfant, sais-je ce que je chante?
Réponds! as-tu donc peur des chansons, des portraits?

ÉRIK.

Ton front pâlit, dis, n'ai-je rien à craindre?

SENTA.

L'infortuné n'est-il donc pas à plaindre?

ÉRIK.

Songe plutôt aux maux que je ressens!

SENTA.

Ah! ne t'en vante pas! Que sont donc tes tourments?

(Conduisant Érik près du portrait.)

Connais-tu donc le sort de ce marin?
Vois comme avec un noir chagrin
Son œil voilé vers moi s'abaisse.
Ah! de son sort l'éternelle détresse
Me fait souffrir d'affreux tourments!

ÉRIK.

Malheur!
Tu disais vrai, songe d'horreur!
Dieu te protége!
Satan t'a prise au piége.

SENTA.

Mais quel effroi soudain?

ÉRIK.

Écoute-moi, Senta!
Un rêve ici t'éclairera.

(Senta s'assied épuisée dans le fauteuil. Au commencement du récit d'Érik elle semble tomber dans un sommeil magnétique et voir à son tour tout ce qu'on lui raconte. Érik est debout auprès d'elle, appuyé sur le siége.)

ÉRIK, d'une voix voilée.

Sur le sommet d'un roc sauvage
Je contemplais le flot bruyant,
Et chaque vague sur la plage
Venait s'abattre en écumant,
Quand un vaisseau fend l'onde amère
Étrange, bizarre, inconnu.
Deux hommes s'avançaient à terre,
L'un d'eux, Senta, c'était ton père.

SENTA, les yeux fermés.

Et l'autre?

ÉRIK.

Je l'ai reconnu!
Au noir habit, au front sévère.

SENTA, de même.

À l'œil chagrin!

ÉRIK, montrant le portrait.

C'était bien lui!

SENTA.

Et moi?...

ÉRIK.

Sortant alors d'ici,
Tu vins pour saluer ton père.
Avec ferveur tu t'es hâtée,
Vers l'étranger lors emportée,
À ses genoux tu t'es jetée.

SENTA, avec une impatience croissante.

Il prit mes mains...

ÉRIK.

Et sur son cœur
Il te pressait dans son ardeur.
Tu l'embrassais avec bonheur...

SENTA.

Et puis?...

ÉRIK, regardant Senta avec un étonnement douloureux.

Sur mer tous deux enfuis!...

SENTA, s'éveillant tout à coup, avec la plus vive exaltation.

Il vient à moi! Je dois le voir!

ÉRIK.

L'effroi me tue!...

SENTA.

Unie à lui, moi je mourrai!

ÉRIK.

Ô sort trop clair! Elle est perdue!...
Mon rêve est vrai!...

(Érik s'enfuit rempli d'épouvante. Senta après un élan d'enthousiasme retombe dans une muette contemplation et reste à la même place l'œil fixé sur le portrait.)

SENTA, d'une voix douce, mais très-émue.

Pauvre marin,
Qu'exauçant ma prière
Ce cœur sincère
Le ciel te le réserve enfin!

SCÈNE IV

SENTA, DALAND, le HOLLANDAIS.

La porte s'ouvre. Daland et le Hollandais entrent. Aussitôt que le Hollandais paraît, le regard de Senta passe du portrait sur lui. Elle pousse un cri de surprise et demeure immobile, comme fascinée, sans quitter l'étranger des yeux.—Le Hollandais s'avance sur le devant de la scène. Daland s'est arrêté à la porte et y reste comme attendant que Senta vienne au-devant de lui.

DALAND, s'approchant lentement de Senta.

Ma fille, enfin vers toi j'arrive,
Quoi! pas un sourire, un baiser?
Quel charme étrange te captive?
Est-ce ainsi qu'on doit me traiter?

SENTA, dès que Daland est arrivé près d'elle, elle lui prend la main.

Salut à toi!

(L'attirant plus près d'elle.)

Cet étranger,
Père, qui peut-il être?

DALAND.

Tu le voudrais connaître?
A l'étranger enfant, ton accueil peut sourire,
C'est un marin qui vient demander un abri,
Sans femme, sans patrie, errant sur son navire,
Des biens les plus vantés il revient enrichi.
Il veut, chassé de sa patrie,
Payer bien cher un toit ami.
Veux-tu, Senta, dis, je t'en prie,
Que l'étranger habite ici?
Chez nous qu'il trouve un abri?

(Au Hollandais.)

L'ai-je dépeinte trop charmante?
De tant d'attraits es-tu content?
Est-il besoin que je la vante?
De son sexe elle est l'ornement.

(Le Hollandais fait un mouvement d'assentiment.)

DALAND, à Senta.

À l'étranger, enfant, ton accueil peut sourire,
L'espoir de ton amour l'amène auprès de nous
Tends-lui la main, qu'il soit, si ton cœur le désire,
Ton fiancé ce soir, et demain ton époux.

(Senta tressaille, mais reste calme. Daland prend une parure et la montre à sa fille).

Vois ces bijoux, chaîne brillante;
Il garde encor plus beaux présents.
N'est-il donc là rien qui te tente?
Tout est à toi, si tu consens.

(Senta, sans paraître entendre, demeure les yeux fixés sur le Hollandais. Celui-ci, de son côté, la contemple sans écouter Daland.)

Mais, pas un mot! je suis de trop pour eux.
Allons! laissons-les seuls, cela vaut mieux.

(Il considère attentivement le Hollandais et sa fille.)

(À Senta.)

Fais qu'il te garde sa tendresse,
Un tel bonheur n'est pas fréquent.

(Au Hollandais.)

Restez donc seuls, moi je vous laisse.
Son front est pur, son cœur constant.

(Daland s'éloigne lentement en les considérant tous deux avec complaisance. Le Hollandais et Senta restent seuls. Ils demeurent immobiles.)

SCÈNE V

SENTA, LE HOLLANDAIS.

LE HOLLANDAIS.

Du temps passé, comme un lointain mirage,
Son seul aspect vient m'émouvoir.
Telle souvent m'apparut son image,
Telle à présent j'ai cru la voir.
Combien de fois mes yeux sur une femme
Se sont levés dans un ardent désir!
Car à mon cœur Satan laissa sa flamme
Pour redoubler les maux qu'il doit souffrir.
Le sombre feu qui toujours me dévore,
Du nom d'amour l'appellerai-je encore?
Oh! non! plutôt du salut c'est l'espoir!
À ce cœur pur puisse-je le devoir!

SENTA.