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Le vote des femmes

Chapter 35: LES FEMMES SONT LES NÈGRES
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About This Book

L'auteure retrace plus d'un siècle d'efforts en France pour obtenir les droits politiques des femmes, passe en revue les arguments en faveur du suffrage féminin, réfute les objections courantes et expose les avantages sociaux et civiques de l'émancipation électorale. Le texte critique la forme restreinte du suffrage comme illusoire, soutient que le suffrage véritablement universel nécessite l'inclusion des femmes, et explique comment leurs voix et leur éducation politique renforceraient les institutions démocratiques, le bien-être public et la responsabilité civique. Il aborde aussi les objections liées à la maternité et défend l'égalité morale et intellectuelle des femmes pour participer à la vie publique.

LES FEMMES SONT LES NÈGRES


Alors que les nègres votent, pourquoi les blanches ne votent-elles pas?

Alors que des nègres siègent à la Chambre, pourquoi des femmes ne peuvent-elles pas sauvegarder au Parlement les intérêts de leur sexe?

Certes, nous applaudissons à l’assimilation des nègres aux blancs; mais, on nous permettra de demander:—Qu’attend-on pour assimiler à leur tour les femmes aux hommes blancs et noirs?

En nos possessions lointaines, on fait voter un grand nombre de noirs, qui ne sont intéressés ni à nos idées, ni à nos affaires; cependant que l’on refuse aux femmes éclairées de la métropole le bulletin de vote, qui les empêcherait d’être broyées dans l’engrenage social.

Au Sénégal, en le corps électoral, il y a huit mille nègres, dont la majeure partie ne comprend même pas la langue française.

Les électeurs sont des moutons conduits aux urnes par ce berger: le chef de village, qui opine pour eux.

Aux Indes, soixante-douze mille électeurs indigènes ne parlent pas notre langue, ne subissent pas nos lois, ne sont pas contribuables, cependant ils votent, alors que les Françaises, qui fournissent la moitié des budgets et facilitent aux hommes, par leur habileté économique, le moyen d’apporter dans les caisses publiques leur quote-part, sont exclues de l’électorat.

Le pas donné aux nègres sauvages, sur les blanches cultivées de la métropole, est une injure faite à la race blanche.

Les hommes de couleur sont chez nous bien plus favorisés que les femmes.

Pour les Français, les vrais nègres ne sont pas les noirs, ce sont les femmes qui, partout, peinent et souffrent à leur place.

Comme pour jouer le rôle de nègre, il ne faut pas avoir qualité pour demander le remaniement du pacte social faisant une si anormale répartition des droits et des devoirs, la femme, naturellement, est privée du bulletin de vote.

Les hommes qui se sont préoccupés de faire en nos possessions lointaines, du suffrage une réalité pour les nègres, se sont contentés, en France, de changer la signification des mots, d’appeler: souveraineté du pays, la souveraineté des hommes, qui sont le sexe-minorité, en ce pays.

Cette mise en parallèle de nègres à moitié sauvages, sans charges ni obligations, votant, et de femmes civilisées, contribuables et point électeurs, démontre surabondamment, que les hommes ne conservent leur omnipotence en face des femmes, qu’afin d’exploiter ces déshéritées.

Pour empêcher les Français de traiter en nègres les Françaises, il est indispensable d’octroyer aux femmes les privilèges dont jouissent les hommes blancs et noirs.