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Les angoysses douloureuses qui procedent damours cover

Les angoysses douloureuses qui procedent damours

Chapter 12: VIII. Les amans pour n’estre apperceulx usent de letres
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About This Book

A noblewoman addresses honorable ladies and delivers an extended first-person account of the anguishes produced by love, blending a dedicatory epistle with episodic narrative. She recounts her upbringing and early marriage, her beauty and the attention it draws, and the sorrow that follows her husband's absences and surrounding political troubles. Through rhetorical reflection and mythological allusion she explores constancy, temptation, fate, and the bodily and emotional costs of desire, alternately confessing suffering, warning other women against vain amour, and seeking consolation and moral perspective for her afflictions.

Les amans pour n’estre apperceulx usent de letres.
Chapitre. VIII.

Madame, il y a long temps que j’ay grand desir & affection de parler a vous, pour vous declairer ce que facilement pouez conjecturer, mais je ne veulx tenir long propoz, affin d’eviter la suspition dez gens, qui vous pourroient causer & engendrer scandale : & pourtant je vous prie de me dire familierement, s’il vous plaira recepvoir une mienne letre. Quand je l’eux ouy parler je luy deis, que liberalement la recepvroye, & qu’il ne feist difficulté de m’escripre entierement tout son vouloyr sans riens reserver, & que pareillement le feroye sçavant du mien. A la prononciation de mes parolles je devins palle, & me print ung tremblement de tous mes membres, souspirs en si grand multitude vuidoyent de mon estomach que l’ung ne donnoit lieu a l’aultre, parquoy je luy declairoye assez par mes gestez exterieures, & par le semblant de mes yeulx attrayans, que j’avoye l’affection interieure de mesmes a luy, dont il se monstroit joyeulx par semblant, & en prenant ung humble congé, me remercya. Et incontinent qu’il fut party, je retournay en mon logis jusques au lendemain, que nous retournasmes au temple : nous arrivez, je le veis accompaigné d’ung sien compaignon, mais incontinent qu’il m’eust veu, de luy fut licencié, & en se pourmenant, faignant dire ses heures se monstroit plus modeste & craintif que au paravant, ce qu’il ne feit jamais depuis. Et quand il eust l’opportunité, il me vint saluer, me presentant ses lettres, lesquelles je receupz le plus subtilement que je peuz, pensant n’estre apperceue de nul, & luy dictz, que le lendemain luy en rendroys response : & lors en baissant le chief, se tint taciturne aulcune espace, puis apres en rompant silence reprint le propos en ceste maniere. Ma dame, je craintz merveilleusement monsieur vostre mary, & a l’heure en grand promptitude sans luy donner loisir d’achever son propos, je luy deis. Je vous prie ne vous souciez de cela, car il n’a doubte, ne suspition sur moy. A ces motx il me print a regarder comme par admiration, considerant en son ymagination (comme j’ay peu comprendre le depuis) que l’impetuosité D’amours avoit rompu en moy les laqz de temperance & moderation, qui me faisoit exceder toute audace fœminine : toutesfoys suyvant son propos, il me dict. Ma dame, je suis joyeulx d’estre certain qu’il n’a doubte ne suspition de nous : il fault moderer nostre vouloir avecq discretion, pour ne luy prester occasion d’estre en doubte, & le plus occultement & secretement qu’il vous sera possible m’exhiberez voz lettres, en me monstrant par quelques honnestes, & secretz signes, quand il vous plaira que je m’approche pour les recepvoyr. Et en ce disant, print congé, & je le conduysoye de mes yeulx estincellantz de desirs amoureulx, car j’estoye toute embrasee du feu Venerien & croissoit L’amour si puissant en mon cueur, que le reciter seroit incredible a ceulx qui n’ont experimenté Amours.