WeRead Powered by ReaderPub
Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 2 (of 2) / Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple cover

Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 2 (of 2) / Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple

Chapter 26: LXXII GUSTAVE A SIGISMOND.
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A series of letters and dispatches traces the collapse of order during a brutal civil conflict and the intimate tragedies it causes. Correspondence describes widespread pillage and remorse over enforced violence, the battlefield death of a devoted soldier, and the consuming bereavement of his beloved. Family members attempt consolation while one relative resorts to a falsified letter to manipulate grief, and other missives record fear, repentance, and evacuation. The narrative weaves themes of love, mourning, deception, and the corrosive effects of violence on private lives.

LXXII
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

La fortune me sourit de nouveau; et autant elle a pris plaisir à m'abaisser, autant elle semble en prendre à m'élever. Ses dons sont cependant toujours accompagnés de quelque amertume, comme si elle craignait que je n'y fusse trop sensible.

Tu sauras donc, cher ami, que le Palatin de Wilna, mon oncle maternel, vient de quitter la vie, après en avoir joui pendant près de quatre-vingts ans, et que de tous ses héritiers, je suis le seul à qui il ait laissé ses vastes domaines.

«—Voilà de belles roses, diras-tu; mais où sont les épines? Quelques larmes qu'il faudra verser, ou faire semblant de verser, à son oraison funèbre, et des pleureuses qu'il faudra porter pendant quelque temps?»

Je sais bien, cher ami, que tu ne verrais rien là d'affligeant, mais tu sais aussi que nous ne sommes pas de la même trempe.

Le Palatin était un si aimable homme, il avait conservé jusque dans ses derniers jours une humeur si agréable, si douce, si bienfaisante, qu'il n'y a personne de ceux qui l'ont connu de qui il n'emporte les regrets; juge un peu si je dois être affligé, moi pour qui il eut toujours la tendresse d'un père.

Depuis mon retour à Varsovie, il m'avait témoigné plus d'amitié que jamais et voulait m'avoir continuellement auprès de lui. Une malheureuse chute qu'il fit, il y a quelques jours, en sortant de table, l'obligea à s'aliter. Dès-lors, il n'a plus pu se remettre, malgré tous les secours de l'art. Je ne sais s'il sentait approcher sa fin, mais il paraissait attendre la mort comme un doux sommeil.

Lundi matin il rendit le dernier soupir dans mes bras.

Ce qui adoucit un peu le chagrin de sa perte, c'est son grand âge, puisqu'il a plu à la nature de nous compter ici bas un certain nombre de jours qu'on passe rarement.

Il est décidé que mon mariage avec Lucile n'aura lieu qu'après les trois premiers mois de deuil; car, dit mon père, il faut pouvoir décemment se présenter à cette fête avec un visage gai.

Ce retard ne m'accommode guère, et la raison qu'on en donne me paraît assez mauvaise. Je ne sais, mais il me semble que je saurais bien trouver moyen de m'égayer avec ma belle, sans manquer aux bienséances, ni choquer les yeux du public.

C'est dans le palais que m'a laissé mon oncle que je la recevrai en souveraine. En attendant, je vais m'occuper du soin de le remettre en ordre. Il faut que tout y respire l'élégance, le goût, l'agrément; que tout contribue à le rendre le temple des plaisirs et de la volupté.

C'est aussi là où, réuni à tout ce que j'ai de cher dans ce monde, je verrai dans peu l'amour et l'amitié s'applaudir tour-à-tour. Je fais mon bonheur de l'un et de l'autre, tu le sais, et tu n'ignores pas, cher Panin, quelle place tu occupes dans mon cœur.

De Varsovie, le 3 novembre 1770.