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Les chansons de Bilitis cover

Les chansons de Bilitis

Chapter 153: TABLE
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About This Book

A cycle of lyrical poems presents the imagined life of an ancient woman who leaves a secluded mountain childhood to seek passion and artistic voice in coastal cities. The pieces recount youthful rites and devotion to nature, a prolonged intimate friendship with a young woman named Mnasidika, encounters with a celebrated poetess figure, and a later role within the ritualized sexuality of temple courtesans on Cyprus. Cast as elegies and songs, the poems dwell on sensual detail, religious observance, longing, and the persistence of memory after desire fades.

154 — LA PLUIE AU MATIN

La nuit s'efface. Les étoiles s'éloignent. Voici que les dernières courtisanes sont rentrées avec les amants. Et moi, dans la pluie du matin, j'écris ces vers sur le sable.

Les feuilles sont chargées d'eau brillante. Des ruisseaux à travers les sentiers entraînent la terre et les feuilles mortes. La pluie, goutte à goutte, fait des trous dans ma chanson.

Oh! que je suis triste et seule ici! Les plus jeunes ne me regardent pas; les plus âgés m'ont oubliée. C'est bien. Ils apprendront mes vers, et les enfants de leurs enfants.

Voilà ce que ni Myrtalê, ni Thaïs, ni Glykéra ne se diront, le jour où leurs belles joues seront creuses. Ceux qui aimeront après moi chanteront mes strophes ensemble.

155 — LA MORT VÉRITABLE

Aphrodita! déesse impitoyable, tu as voulu que sur moi aussi la jeunesse heureuse aux beaux cheveux s'évanouît en quelques jours. Que ne suis-je morte tout à fait!

Je me suis regardée dans mon miroir: je n'ai plus ni sourire ni larmes. Ô doux visage qu'aimait Mnasidika, je ne puis croire que tu fus le mien!

Se peut-il que tout soit fini? Je n'ai pas encore vécu cinq fois huit années, il me semble que je suis née d'hier, et déjà voici qu'il faut dire: On ne m'aimera plus.

Toute ma chevelure coupée, je l'ai tordue dans ma ceinture et je te l'offre, Kypris éternelle! Je ne cesserai pas de t'adorer. Ceci est le dernier vers de la pieuse Bilitis.

LE TOMBEAU DE BILITIS

156 — PREMIERE ÉPITAPHE

Dans le pays où les sources naissent de la mer, et où le lit des fleuves est fait de feuilles de roches, moi, Bilitis, je suis née.

Ma mère était Phoïnikienne; mon père Damophylos, Hellène. Ma mère m'a appris les chants de Byblos, tristes comme la première aube.

J'ai adoré l'Astarté à Kypre. J'ai connu Psappha à Lesbos. J'ai chanté comment j'aimais. Si j'ai bien vécu, Passant, dis-le à ta fille.

Et ne sacrifie pas pour moi la chèvre noire; mais, en libation douce, presse sa mamelle sur ma tombe.

157 — SECONDE ÉPITAPHE

Sur les rives sombres du Mélas, à Tamassos de Pamphylie, moi, fille de Damophylos, Bilitis, je suis née. Je repose loin de ma patrie, tu le vois.

Toute enfant, j'ai appris les amours de l'Adôn et de l'Astarté, les mystères de la Syrie sainte, et la mort et le retour vers Celle-aux-paupières-arrondies.

Si j'ai été courtisane, quoi de blâmable? N'était-ce pas mon devoir de femme? Étranger, la Mère-de-toutes-choses nous guide. La méconnaître n'est pas prudent.

En gratitude à toi qui t'es arrêté, je te souhaite ce destin: Puisses-tu être aimé, ne pas aimer. Adieu. Souviens-toi dans ta vieillesse, que tu as vu mon tombeau.

158 — DERNIÈRE ÉPITAPHE

Sous les feuilles noires des lauriers, sous les fleurs amoureuses des roses, c'est ici que je suis couchée, moi qui sus tresser le vers au vers, et faire fleurir le baiser.

J'ai grandi sur la terre des nymphes; j'ai vécu dans l'île des amies; je suis morte dans l'île de Kypris. C'est pourquoi mon nom est illustre et ma stèle frottée d'huile.

Ne me pleure pas, toi qui t'arrêtes: on m'a fait de belles funérailles, les pleureuses se sont arraché les joues, on a couché dans ma tombe mes miroirs et mes colliers.

Et maintenant, sur les pâles prairies d'asphodèles, je me promème, ombre impalpable, et le souvenir de ma vie terrestre est la joie de ma vie souterraine.

BIBLIOGRAPHIE

I. — BILITIS' SAEMMTLICHE LIEDER zum ersten Male herausgegeben und mit einem Woerterbuche versehen, von G. Heim — Leipzig. 1894.

II. — LES CHANSONS DE BILITIS, traduites du grec pour la première fois par P. L. (Pierre Louÿs). — Paris. 1895.

III. — SIX CHANSONS DE BILITIS, traduites en vers par Mme Jean Bertheroy. — _Revue pour les jeunes filles_. Paris. Armand Colin. 1896.

IV. — VINGT-SIX CHANSONS DE BILITIS, traduites en allemand par Richard Dehmel.— _Die Gesellschaft_, Leipzig. 1896.

V. — VINGT CHANSONS DE BILITIS, traduites en allemand par le Dr Paul Goldmann. — Frankfurter Zeitung. 1896.

VI. — LES CHANSONS DE BILITIS, par le professeur von Willamovitz-Moellendorf. — Goettingsche Gelehrte. — Goettinge. 1896.

VII, — HUIT CHANSONS DE BILITIS, traduites en tchèque par Alexandre Backovsky. — Prague. 1897.

VIII. — QUATRE CHANSONS DE BILITIS, traduites en suédois par Gustav Uddgren. — Nordisk Revy. — Stockholm. 1897.

IX. — TROIS CHANSONS DE BILITIS, mises en musique par Claude Debussy. — Paris. Fromont. 1898, etc.

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