L’ENCHANTEMENT DE LA SICILE
Je suis ému comme le dauphin des mers qui, au milieu des
flots paisibles, se plaît au doux son de la flûte.
PINDARE.
flots paisibles, se plaît au doux son de la flûte.
PINDARE.
élestes horizons où mollement oscille
La bleuâtre chaleur qui baigne la Sicile,
Malgré nos froids hivers et mes longs désespoirs
Je n’ai rien oublié de la douceur des soirs:
Ni le dattier debout sur son ombre étoilée,
Ni la fontaine arabe, au marbre soufre et noir,
Qui fait gicler son eau rigide et fuselée,
Ni l’hôtel du rivage aux teintes de safran,
Ni la jaune mosquée ombrageant ses glycines,
Ni les vaisseaux, taillés dans un bois odorant,
Et qui passent, le soir, sur la mer de Messine...
Ah! comme je connais, Palerme, ta splendeur,
Le tropical jardin, les caféiers en fleurs,
Les sonores villas par la chaleur usées,
Et le bruit de satin des pigeons du musée!
Musée où je voyais l’Arabie et ses ors,
Ses pots de blanc mica, ses légers miradors
Imprégner de santal l’air où sa paix infuse,
Tandis que, tel un dieu embrasé, fascinant,
Qui darde sur les cœurs son désir et sa ruse,
Le grand bélier d’argent du port de Syracuse
Avait je ne sais quoi d’avide et de tonnant...
La bleuâtre chaleur qui baigne la Sicile,
Malgré nos froids hivers et mes longs désespoirs
Je n’ai rien oublié de la douceur des soirs:
Ni le dattier debout sur son ombre étoilée,
Ni la fontaine arabe, au marbre soufre et noir,
Qui fait gicler son eau rigide et fuselée,
Ni l’hôtel du rivage aux teintes de safran,
Ni la jaune mosquée ombrageant ses glycines,
Ni les vaisseaux, taillés dans un bois odorant,
Et qui passent, le soir, sur la mer de Messine...
Ah! comme je connais, Palerme, ta splendeur,
Le tropical jardin, les caféiers en fleurs,
Les sonores villas par la chaleur usées,
Et le bruit de satin des pigeons du musée!
Musée où je voyais l’Arabie et ses ors,
Ses pots de blanc mica, ses légers miradors
Imprégner de santal l’air où sa paix infuse,
Tandis que, tel un dieu embrasé, fascinant,
Qui darde sur les cœurs son désir et sa ruse,
Le grand bélier d’argent du port de Syracuse
Avait je ne sais quoi d’avide et de tonnant...
Mettant sur mon regard mes deux mains comme un masque,
J’abordais la chaleur de midi. Dans les vasques,
Le pompeux papyrus condensait sa fraîcheur.
Une voiture avec un baldaquin de toile
Menait à Baïra, dormant sur la hauteur
Parmi des ronciers blancs et des chants de cigales,
Comme un mauresque hospice enduit d’un lait de chaux...
Montréal et son cloître ouvrait à l’azur chaud
Sa cuve où grésillaient les bananiers d’Afrique.
L’église, ruisselant de fières mosaïques,
Élançant ses piliers, minces comme des mâts,
Où l’or se suspendait en lumineuses grappes,
Ressemblait, par l’ardent et monastique éclat,
A vous, sainte brûlante, ô Rose de Lima,
Que l’on voit alanguie auprès d’un jeune pape...
J’abordais la chaleur de midi. Dans les vasques,
Le pompeux papyrus condensait sa fraîcheur.
Une voiture avec un baldaquin de toile
Menait à Baïra, dormant sur la hauteur
Parmi des ronciers blancs et des chants de cigales,
Comme un mauresque hospice enduit d’un lait de chaux...
Montréal et son cloître ouvrait à l’azur chaud
Sa cuve où grésillaient les bananiers d’Afrique.
L’église, ruisselant de fières mosaïques,
Élançant ses piliers, minces comme des mâts,
Où l’or se suspendait en lumineuses grappes,
Ressemblait, par l’ardent et monastique éclat,
A vous, sainte brûlante, ô Rose de Lima,
Que l’on voit alanguie auprès d’un jeune pape...
Des muletiers passaient en bonnet espagnol;
La fleur de l’aloès reflétait sur le sol
Le miracle étonné d’un calice de braise.
Des enfants transportaient des paniers, où les fraises
Bondissaient, retombaient, se mouvaient, rouge essaim,
Comme un jet d’eau pourpré qui pique le bassin.
Un marchand grec, coiffé de noire cotonnade,
Repoussait de ses cris et de ses sombres mains
L’assourdissant troupeau de hargneuses pintades
Qui mordait son fardeau et barrait le chemin;
Effronté, laissant voir son torse nu qu’il cambre,
Un jeune homme, allongé sur le jaune talus,
Regardait de ses yeux scintillants et velus
Le sublime soleil abonder sur ses membres
Comme un flot de liqueur coule d’un flacon d’ambre...
L’horizon tressaillait d’un vertige or et bleu.
La fleur de l’aloès reflétait sur le sol
Le miracle étonné d’un calice de braise.
Des enfants transportaient des paniers, où les fraises
Bondissaient, retombaient, se mouvaient, rouge essaim,
Comme un jet d’eau pourpré qui pique le bassin.
Un marchand grec, coiffé de noire cotonnade,
Repoussait de ses cris et de ses sombres mains
L’assourdissant troupeau de hargneuses pintades
Qui mordait son fardeau et barrait le chemin;
Effronté, laissant voir son torse nu qu’il cambre,
Un jeune homme, allongé sur le jaune talus,
Regardait de ses yeux scintillants et velus
Le sublime soleil abonder sur ses membres
Comme un flot de liqueur coule d’un flacon d’ambre...
L’horizon tressaillait d’un vertige or et bleu.
Et puis toujours, là-bas, je voyais, pure et vaste,
La mer au grand renom, qui touche dans ses jeux
Les Cyclades, dormant sur des vagues de feu,
Le rivage d’Ulysse et celui de Jocaste,
L’herbe où des bergers grecs préludaient deux par deux...
Et je songeais,—puissante, éparse, solitaire,—
Mêlée au temps sans bord ainsi qu’aux éléments,
Attirant vers mon cœur, comme un étrange aimant,
Tous les rêves flottant sur l’amoureuse terre;
J’attendais je ne sais quel grave et sûr plaisir...
La mer au grand renom, qui touche dans ses jeux
Les Cyclades, dormant sur des vagues de feu,
Le rivage d’Ulysse et celui de Jocaste,
L’herbe où des bergers grecs préludaient deux par deux...
Et je songeais,—puissante, éparse, solitaire,—
Mêlée au temps sans bord ainsi qu’aux éléments,
Attirant vers mon cœur, comme un étrange aimant,
Tous les rêves flottant sur l’amoureuse terre;
J’attendais je ne sais quel grave et sûr plaisir...
Mais déçue aujourd’hui par tout ce qu’on espère,
Ayant tout vu sombrer, ayant tout vu fléchir,
O mon cœur sans repos ni peur, je vous vénère
D’avoir tant désiré, sachant qu’il faut mourir!
Ayant tout vu sombrer, ayant tout vu fléchir,
O mon cœur sans repos ni peur, je vous vénère
D’avoir tant désiré, sachant qu’il faut mourir!
PALERME S’ENDORMAIT...
alerme s’endormait; la mer Tyrrhénienne
Répandait une odeur d’âcre et marin bétail:
Odeur d’algues, d’oursins, de sel et de corail,
Arôme de la vague où meurent les sirènes;
Et cette odeur, nageant dans les tièdes embruns,
Avait tant de hardie et vaste violence,
Qu’elle semblait une âpre et pénétrante offense
A la terre endormie et presque sans parfums...
Répandait une odeur d’âcre et marin bétail:
Odeur d’algues, d’oursins, de sel et de corail,
Arôme de la vague où meurent les sirènes;
Et cette odeur, nageant dans les tièdes embruns,
Avait tant de hardie et vaste violence,
Qu’elle semblait une âpre et pénétrante offense
A la terre endormie et presque sans parfums...
Le geste de bénir semblait tomber des palmes;
Des barques s’éloignaient pour la pêche du thon,
Je contemplais, le front baigné de vapeurs calmes,
La figure des cieux que regardait Platon.
On entendait, au bord des obscures terrasses,
Se soulever des voix que la chaleur harasse,
Tous les mots murmurés semblaient confidentiels;
C’était un long soupir envahissant l’espace;
Et le vent, haletant comme un oiseau qu’on chasse,
En gerbes de fraîcheur s’enfuyait vers le ciel...
Creusant l’ombre, écrasant la route caillouteuse,
L’indolente voiture où nous étions assis
S’enfonçait dans la nuit opaque et sinueuse,
Sous le ciel nonchalant, immuable et précis;
C’était l’heure où l’air frais subtilement pénètre
La pierre au grain serré des calmes monuments;
Je n’étais pas heureuse en ces divins moments
Que l’ombre enveloppait, mais j’espérais de l’être,
Car toujours le bonheur n’est qu’un pressentiment:
On le goûte avant lui, sans jamais le connaître...
Dans un profond jardin qui longeait le chemin,
Des chats, l’esprit troublé par la saison suave,
Jetaient leurs cris brûlants de vainqueurs et d’esclaves.
Sur les ployants massifs d’œillets et de jasmins,
On entendait gémir leur ardente querelle
Comme un mordant combat de colombes cruelles...
Puis revint le silence, indolent et puissant;
La voiture avançait dans l’ombre perméable.
Des barques s’éloignaient pour la pêche du thon,
Je contemplais, le front baigné de vapeurs calmes,
La figure des cieux que regardait Platon.
On entendait, au bord des obscures terrasses,
Se soulever des voix que la chaleur harasse,
Tous les mots murmurés semblaient confidentiels;
C’était un long soupir envahissant l’espace;
Et le vent, haletant comme un oiseau qu’on chasse,
En gerbes de fraîcheur s’enfuyait vers le ciel...
Creusant l’ombre, écrasant la route caillouteuse,
L’indolente voiture où nous étions assis
S’enfonçait dans la nuit opaque et sinueuse,
Sous le ciel nonchalant, immuable et précis;
C’était l’heure où l’air frais subtilement pénètre
La pierre au grain serré des calmes monuments;
Je n’étais pas heureuse en ces divins moments
Que l’ombre enveloppait, mais j’espérais de l’être,
Car toujours le bonheur n’est qu’un pressentiment:
On le goûte avant lui, sans jamais le connaître...
Dans un profond jardin qui longeait le chemin,
Des chats, l’esprit troublé par la saison suave,
Jetaient leurs cris brûlants de vainqueurs et d’esclaves.
Sur les ployants massifs d’œillets et de jasmins,
On entendait gémir leur ardente querelle
Comme un mordant combat de colombes cruelles...
Puis revint le silence, indolent et puissant;
La voiture avançait dans l’ombre perméable.
Je songeais au passé; les vagues sur le sable
Avec un calme effort, toujours recommençant,
Déposaient leur fardeau de rumeurs et d’arômes...
Les astres, attachés à leur sublime dôme,
De leur secret regard, fourmillant et pressant,
Attiraient les soupirs des yeux qui se soulèvent...
Et l’espace des nuits devint retentissant
Du cri silencieux qui montait de mes rêves!...
Avec un calme effort, toujours recommençant,
Déposaient leur fardeau de rumeurs et d’arômes...
Les astres, attachés à leur sublime dôme,
De leur secret regard, fourmillant et pressant,
Attiraient les soupirs des yeux qui se soulèvent...
Et l’espace des nuits devint retentissant
Du cri silencieux qui montait de mes rêves!...
LES SOIRS DE CATANE
atane languissait, éclatante et maussade;
Le laurier-rose en fleurs du jardin Bellini
Portait un poids semblable à de pourpres grenades;
C’était l’heure où le jour a lentement fini
De harceler l’azur qu’il flagelle et poignarde.
Les voitures tournaient en molle promenade
Sous le moite branchage aux parfums infinis...
Le laurier-rose en fleurs du jardin Bellini
Portait un poids semblable à de pourpres grenades;
C’était l’heure où le jour a lentement fini
De harceler l’azur qu’il flagelle et poignarde.
Les voitures tournaient en molle promenade
Sous le moite branchage aux parfums infinis...
On voyait dans la ville étroite et sulfureuse
Les étudiants quitter les Universités;
Leur figure foncée, active et curieuse,
Rayonnait de hardie et fraîche liberté
Sous le fléau splendide et morne de l’été...
Les étudiants quitter les Universités;
Leur figure foncée, active et curieuse,
Rayonnait de hardie et fraîche liberté
Sous le fléau splendide et morne de l’été...
Bousculant les marchands de fruits et de tomates,
Encombrant les trottoirs comme un torrent hâtif,
Les chèvres au poil brun, uni comme l’agate,
Dans le soir oppressant et significatif,
Fixaient sur moi leurs yeux directs, où se dilate
Un exultant entrain satanique et lascif.
Encombrant les trottoirs comme un torrent hâtif,
Les chèvres au poil brun, uni comme l’agate,
Dans le soir oppressant et significatif,
Fixaient sur moi leurs yeux directs, où se dilate
Un exultant entrain satanique et lascif.
Comme un tiède ouragan presse et distend les roses,
Le soir faisait s’ouvrir les maisons, les rideaux;
Des balcons de fer noir emprisonnaient les poses
Des nostalgiques corps, penchés hors du repos,
Comme on voit s’incliner des rameuses sur l’eau...
Le soir faisait s’ouvrir les maisons, les rideaux;
Des balcons de fer noir emprisonnaient les poses
Des nostalgiques corps, penchés hors du repos,
Comme on voit s’incliner des rameuses sur l’eau...
Des visages, des mains pendaient par les fenêtres,
Tant les femmes, ployant sous le poids du désir,
S’avançaient pour chercher, attirer, reconnaître,
Parmi les bruns garçons qui flânaient à loisir,
Le porteur éternel du rêve et du plaisir...
Tant les femmes, ployant sous le poids du désir,
S’avançaient pour chercher, attirer, reconnaître,
Parmi les bruns garçons qui flânaient à loisir,
Le porteur éternel du rêve et du plaisir...
Tout glissait vers l’amour comme l’eau sur la pente.
Le ciel, languide et long, tel un soupir d’azur,
Étalait sa douceur langoureuse et constante
Où gisaient, comme l’or dans un fleuve ample et pur,
Les jasmins safranés mêlés aux citrons mûrs.
Le ciel, languide et long, tel un soupir d’azur,
Étalait sa douceur langoureuse et constante
Où gisaient, comme l’or dans un fleuve ample et pur,
Les jasmins safranés mêlés aux citrons mûrs.
L’espace suffoquait d’une imprécise attente...
Élégants, débouchant de la rue en haillons,
Des jeunes gens montaient vers le bruyant théâtre
Que d’électriques feux teintaient de bleus rayons.
Leur hâte ressemblait à des effusions,
Chacun semblait courir aux nuits de Cléopâtre.
Des mendiants furtifs, quand nous les regardions,
Nous offraient des gâteaux couleur d’ambre et de plâtre.
Des jeunes gens montaient vers le bruyant théâtre
Que d’électriques feux teintaient de bleus rayons.
Leur hâte ressemblait à des effusions,
Chacun semblait courir aux nuits de Cléopâtre.
Des mendiants furtifs, quand nous les regardions,
Nous offraient des gâteaux couleur d’ambre et de plâtre.
Sur la place, où brillaient des palais d’apparat,
La foule vers minuit s’entassait, sinueuse:
Les pauvres, les seigneurs glissaient bras contre bras,
Un orchestre opulent jouait des opéras,
L’air se chargeait de sons comme une conque creuse;
Enfin tout se taisait; la foule restait tard.
On voyait les serments qu’échangeaient les regards,
Et c’était une paix limpide et populeuse...
La foule vers minuit s’entassait, sinueuse:
Les pauvres, les seigneurs glissaient bras contre bras,
Un orchestre opulent jouait des opéras,
L’air se chargeait de sons comme une conque creuse;
Enfin tout se taisait; la foule restait tard.
On voyait les serments qu’échangeaient les regards,
Et c’était une paix limpide et populeuse...
Au lointain, par delà les façades, les gens,
La mer de l’Ionie, éployée et sereine,
Sous l’éclat morcelé de la lune d’argent,
Comme une aube mouillée élançait son haleine...
La mer de l’Ionie, éployée et sereine,
Sous l’éclat morcelé de la lune d’argent,
Comme une aube mouillée élançait son haleine...
Les bateaux des pêcheurs, qu’un feu rouge éclairait,
Suivaient nonchalamment les vagues poissonneuses.
Le parfum du bétail marin, piquant et frais,
Ensemençait l’espace ainsi qu’un rude engrais.
Le ciel, ruche d’ébène aux étoiles fiévreuses,
A force de clarté semblait vivre et frémir...
Et je vis s’enfoncer sur la route rocheuse
Un couple adolescent, qui semblait obéir
A cette loi qui rend muets et solitaires
Ceux que la volupté vient brusquement d’unir.
Et qui vont,—n’ayant plus qu’à songer et se taire,
Comme des étrangers qu’on chasse de la terre...
Suivaient nonchalamment les vagues poissonneuses.
Le parfum du bétail marin, piquant et frais,
Ensemençait l’espace ainsi qu’un rude engrais.
Le ciel, ruche d’ébène aux étoiles fiévreuses,
A force de clarté semblait vivre et frémir...
Et je vis s’enfoncer sur la route rocheuse
Un couple adolescent, qui semblait obéir
A cette loi qui rend muets et solitaires
Ceux que la volupté vient brusquement d’unir.
Et qui vont,—n’ayant plus qu’à songer et se taire,
Comme des étrangers qu’on chasse de la terre...
MUSIQUE POUR LES JARDINS DE LOMBARDIE
es îles ont surgi des bleuâtres embruns...
O terrasses! balcons rouillés par les parfums!
Paysages figés dans de languides poses;
Plis satinés des flots contre les lauriers-roses;
Nostalgiques palmiers, poignants comme un sanglot,
Où des volubilis d’un velours indigo
Suspendent mollement leurs fragiles haleines!...
Un papillon, volant sur les fleurs africaines,
Faiblit, tombe, écrasé par le poids des odeurs.
Hélas! on ne peut pas s’élever! La langueur
Coule comme un serpent de ce feuillage étrange,
Le thé, les camphriers se mêlent aux oranges.
Forêts d’Océanie où la sève, le bois
Ont des frissons secrets et de plaintives voix...
O vert étouffement, enroulement, luxure,
Crépitement de mort, ardente moisissure
Des arbres exilés, qu’usent en cet îlot
La caresse des vents et les baisers de l’eau...
Et Pallanza, là-bas, sur qui le soleil flambe,
Semble un corps demi-nu, languissant, vaporeux,
Qui montre ses flancs d’or, mais dont les douces jambes
Se voilent des soupirs du lac voluptueux...
O tristesse, plus tard, dans les nuits parfumées,
Quand les chauds souvenirs ont la moiteur du sang,
De revoir en son cœur, les paupières fermées,
Et tandis que la mort déjà sur nous descend,
Les suaves matins des îles Borromées!...
O terrasses! balcons rouillés par les parfums!
Paysages figés dans de languides poses;
Plis satinés des flots contre les lauriers-roses;
Nostalgiques palmiers, poignants comme un sanglot,
Où des volubilis d’un velours indigo
Suspendent mollement leurs fragiles haleines!...
Un papillon, volant sur les fleurs africaines,
Faiblit, tombe, écrasé par le poids des odeurs.
Hélas! on ne peut pas s’élever! La langueur
Coule comme un serpent de ce feuillage étrange,
Le thé, les camphriers se mêlent aux oranges.
Forêts d’Océanie où la sève, le bois
Ont des frissons secrets et de plaintives voix...
O vert étouffement, enroulement, luxure,
Crépitement de mort, ardente moisissure
Des arbres exilés, qu’usent en cet îlot
La caresse des vents et les baisers de l’eau...
Et Pallanza, là-bas, sur qui le soleil flambe,
Semble un corps demi-nu, languissant, vaporeux,
Qui montre ses flancs d’or, mais dont les douces jambes
Se voilent des soupirs du lac voluptueux...
O tristesse, plus tard, dans les nuits parfumées,
Quand les chauds souvenirs ont la moiteur du sang,
De revoir en son cœur, les paupières fermées,
Et tandis que la mort déjà sur nous descend,
Les suaves matins des îles Borromées!...
Je goûte vos parfums que les vents chauds inclinent,
Profonds magnolias, lauriers des Carolines...
Les rames, sur les flots palpitants comme un cœur,
Imitent les sanglots langoureux du bonheur.
O promesse de joie, ô torpeur juvénile!
Une cloche se berce au rose campanile
Qui, délicat et fier, semble un cyprès vermeil;
Partout la volupté, la mélodie errante...
O matin de Stresa, turquoise respirante,
Sublime agilité du cœur vers le soleil!
Profonds magnolias, lauriers des Carolines...
Les rames, sur les flots palpitants comme un cœur,
Imitent les sanglots langoureux du bonheur.
O promesse de joie, ô torpeur juvénile!
Une cloche se berce au rose campanile
Qui, délicat et fier, semble un cyprès vermeil;
Partout la volupté, la mélodie errante...
O matin de Stresa, turquoise respirante,
Sublime agilité du cœur vers le soleil!
O soirs italiens, terrasses parfumées,
Jardins de mosaïque où traînent des paons blancs,
Colombes au col noir, toujours toutes pâmées,
Espaliers de citrons qu’oppresse un vent trop lent,
Iles qui sur Vénus semblent s’être fermées,
Où l’air est affligeant comme un mortel soupir,
Ah! pourquoi donnez-vous, douceurs inanimées,
Le sens de l’éternel au corps qui doit mourir!
Jardins de mosaïque où traînent des paons blancs,
Colombes au col noir, toujours toutes pâmées,
Espaliers de citrons qu’oppresse un vent trop lent,
Iles qui sur Vénus semblent s’être fermées,
Où l’air est affligeant comme un mortel soupir,
Ah! pourquoi donnez-vous, douceurs inanimées,
Le sens de l’éternel au corps qui doit mourir!
Ah! dans les bleus étés, quand les vagues entre elles
Ont le charmant frisson du cou des tourterelles,
Quand l’Isola Bella, comme une verte tour,
Semble Vénus nouant des myrtres à l’Amour,
Quand le rêve, entraîné au bercement de l’onde,
Semble glisser, couler vers le plaisir du monde,
Quand le soir étendu sur ces miroirs gisants
Est une joue ardente où s’exalte le sang,
J’ai cherché en quel lieu le désir se repose...
Douces îles, pâmant sur des miroirs d’eau rose,
Vous déchirez le cœur que l’extase engourdit.
Pourquoi suis-je enfermée en un tel paradis!
Ont le charmant frisson du cou des tourterelles,
Quand l’Isola Bella, comme une verte tour,
Semble Vénus nouant des myrtres à l’Amour,
Quand le rêve, entraîné au bercement de l’onde,
Semble glisser, couler vers le plaisir du monde,
Quand le soir étendu sur ces miroirs gisants
Est une joue ardente où s’exalte le sang,
J’ai cherché en quel lieu le désir se repose...
Douces îles, pâmant sur des miroirs d’eau rose,
Vous déchirez le cœur que l’extase engourdit.
Pourquoi suis-je enfermée en un tel paradis!
Ah! que lassée enfin de toute jouissance,
Dans ces jardins meurtris, dans ces tombeaux d’essence,
Je m’endorme, momie aux membres épuisés!
Que cet embaumement soit un dernier baiser,
Tandis que, sous les noirs bambous qui vous abritent,
Sous les cèdres, pesants comme un ciel sombre et bas,
Blancs oiseaux de sérail que le parfum abat,
Vous gémirez d’amour, colombes d’Aphrodite!
Dans ces jardins meurtris, dans ces tombeaux d’essence,
Je m’endorme, momie aux membres épuisés!
Que cet embaumement soit un dernier baiser,
Tandis que, sous les noirs bambous qui vous abritent,
Sous les cèdres, pesants comme un ciel sombre et bas,
Blancs oiseaux de sérail que le parfum abat,
Vous gémirez d’amour, colombes d’Aphrodite!
Des parfums assoupis aux rebords des terrasses,
L’azur en feu, des fleurs que la chaleur harasse,
Sur quel rocher d’amour tant d’ardeur me lia!...
Colombes sommeillant dans les camélias,
Dans les verts camphriers et les saules de Chine,
Laissez dormir mes mains sur vos douces échines.
L’azur en feu, des fleurs que la chaleur harasse,
Sur quel rocher d’amour tant d’ardeur me lia!...
Colombes sommeillant dans les camélias,
Dans les verts camphriers et les saules de Chine,
Laissez dormir mes mains sur vos douces échines.
Consolez ma langueur, vous êtes, ce matin,
Le rose Saint-Esprit des tableaux florentins.
Tourterelles en deuil, si faibles, si lassées,
Fruits palpitants et chauds des branches épicées
Hélas! cet anneau noir qui cercle votre cou
Semble enfermer aussi mon âpre destinée,
Et vos gémissements m’annoncent tout à coup
Les enivrants malheurs pour lesquels je suis née...
Le rose Saint-Esprit des tableaux florentins.
Tourterelles en deuil, si faibles, si lassées,
Fruits palpitants et chauds des branches épicées
Hélas! cet anneau noir qui cercle votre cou
Semble enfermer aussi mon âpre destinée,
Et vos gémissements m’annoncent tout à coup
Les enivrants malheurs pour lesquels je suis née...
L’AIR BRULE, LA CHAUDE MAGIE...
’air brûle, la chaude magie
De l’Orient pèse sur nous,
Nous périssons de nostalgie
Dans l’éther trop riche et trop doux.
De l’Orient pèse sur nous,
Nous périssons de nostalgie
Dans l’éther trop riche et trop doux.
On entrevoit un jardin vide
Que la paix du soir inclina,
Et là-bas, la mosquée aride
Couleur de sable et de grenat.
Que la paix du soir inclina,
Et là-bas, la mosquée aride
Couleur de sable et de grenat.
La dure splendeur étrangère
Nous étourdit et nous déçoit;
Je me sens triste et mensongère:
On n’est pas bon loin de chez soi.
Nous étourdit et nous déçoit;
Je me sens triste et mensongère:
On n’est pas bon loin de chez soi.
Ce ciel, ces poivriers, ces palmes,
Ces balcons d’un rose de fard,
Comme un vaisseau dans un port calme
Rêvent aux transports du départ.
Ces balcons d’un rose de fard,
Comme un vaisseau dans un port calme
Rêvent aux transports du départ.
Ah! comme un jour brûlant est vide!
Que faudrait-il de volupté
Pour combler l’abîme torride
De ce continuel été!
Que faudrait-il de volupté
Pour combler l’abîme torride
De ce continuel été!
Des œillets, lourds comme des pommes,
Épanchent leur puissante odeur;
L’air, autour de mon demi-somme,
Tisse un blanc cocon de chaleur...
Épanchent leur puissante odeur;
L’air, autour de mon demi-somme,
Tisse un blanc cocon de chaleur...
Dans la chambre en faïence rouge
Où je meurs sous un éventail,
J’entends le bruit, qui heurte et bouge,
Des chèvres rompant le portail.
Où je meurs sous un éventail,
J’entends le bruit, qui heurte et bouge,
Des chèvres rompant le portail.
Ainsi, c’est aujourd’hui dimanche,
Mais, dans cet exil haletant,
Au cœur de la cité trop blanche,
On ne sent plus passer le temps;
Mais, dans cet exil haletant,
Au cœur de la cité trop blanche,
On ne sent plus passer le temps;
Il n’est des saisons et des heures
Qu’au frais pays où l’on est né,
Quand sur le bord de nos demeures
Chaque mois bondit, étonné.
Qu’au frais pays où l’on est né,
Quand sur le bord de nos demeures
Chaque mois bondit, étonné.
Cette pesante somnolence,
Ce chaud éclat palermitain
Repoussent avec indolence
Mon cœur plaintif et mon destin;
Ce chaud éclat palermitain
Repoussent avec indolence
Mon cœur plaintif et mon destin;
Si je meurs ici, qu’on m’emporte
Près de la Seine au ciel léger,
J’aurai peur de n’être pas morte
Si je dors sous des orangers...
Près de la Seine au ciel léger,
J’aurai peur de n’être pas morte
Si je dors sous des orangers...
LES JOURNÉES ROMAINES
’éther pris de vertige et de fureur tournoie,
Un luisant diamant de tant d’azur s’extrait.
Virant, psalmodiant, le vent divise et ploie
La pointe faible des cyprès.
Un luisant diamant de tant d’azur s’extrait.
Virant, psalmodiant, le vent divise et ploie
La pointe faible des cyprès.
C’est en vain que les eaux écumeuses et blanches,
Captives tout en pleurs des lourds bassins romains,
S’élèvent bruyamment, s’ébattent et s’épanchent:
Neptune les tient dans sa main.
Captives tout en pleurs des lourds bassins romains,
S’élèvent bruyamment, s’ébattent et s’épanchent:
Neptune les tient dans sa main.
Je contemple la rage impuissante des ondes;
Dans cette vague éparse en la jaune cité,
C’est vous qu’on voit jaillir, conductrice des mondes,
Amère et douce Aphrodite!
Dans cette vague éparse en la jaune cité,
C’est vous qu’on voit jaillir, conductrice des mondes,
Amère et douce Aphrodite!
L’odeur de la chaleur, languissante et créole,
Stagne entre les maisons qui gonflent de soleil;
Comme un coureur ailé le ciel bifurque et vole
Au bord tranchant des toits vermeils;
Stagne entre les maisons qui gonflent de soleil;
Comme un coureur ailé le ciel bifurque et vole
Au bord tranchant des toits vermeils;
Et là-bas, sous l’azur qui toujours se dévide,
Un jet d’eau, turbulent et lassé tour à tour,
Semble un flambeau d’argent, une torche liquide
Qu’agite le poing de l’Amour.
Un jet d’eau, turbulent et lassé tour à tour,
Semble un flambeau d’argent, une torche liquide
Qu’agite le poing de l’Amour.
Rome ploie, accablé de grappes odorantes,
La surhumaine vie envahit l’air ancien,
Les chapiteaux brisés font fleurir leurs acanthes
Aux thermes de Dioclétien!
La surhumaine vie envahit l’air ancien,
Les chapiteaux brisés font fleurir leurs acanthes
Aux thermes de Dioclétien!
Dans ce cloître pâmé, des bacchantes blêmies
Gisent; silence, azur, léthargiques dédains!
Le soleil tombe en feu sur la gorge endormie
De ces Danaés des jardins...
Gisent; silence, azur, léthargiques dédains!
Le soleil tombe en feu sur la gorge endormie
De ces Danaés des jardins...
Ils dorment là, liés par les roses païennes,
Ces corps de marbre blond, las et voluptueux:
O mes sœurs du ciel grec, chères Milésiennes,
Que de siècles sont sur vos yeux!
Ces corps de marbre blond, las et voluptueux:
O mes sœurs du ciel grec, chères Milésiennes,
Que de siècles sont sur vos yeux!
L’une d’elles voudrait se dégager; sa hanche
Soulève le sommeil ainsi qu’un flot trop lourd,
Mais tout le poids des temps et de l’azur la penche:
Elle rêve là pour toujours.
Soulève le sommeil ainsi qu’un flot trop lourd,
Mais tout le poids des temps et de l’azur la penche:
Elle rêve là pour toujours.
De vifs coquelicots, comme un sang gai, s’élancent
Parmi les verts fenouils, à Saint-Paul-hors-les-Murs
Un dôme en or suspend des colliers de Byzance
Au cou flamboyant de l’azur.
Parmi les verts fenouils, à Saint-Paul-hors-les-Murs
Un dôme en or suspend des colliers de Byzance
Au cou flamboyant de l’azur.
Ce matin, dans le vent qui vient puiser les cendres
Pour les mêler au jour ivre d’air et d’éclat,
Je respire ton cœur voluptueux et tendre,
Pauvre Cécile Métella!
Pour les mêler au jour ivre d’air et d’éclat,
Je respire ton cœur voluptueux et tendre,
Pauvre Cécile Métella!
Tu n’es pas à l’écart des saisons immortelles,
Un tourbillon d’azur te recueille sans fin;
Je n’ai pas plus de part que tes mânes fidèles
A l’univers vague et divin!
Un tourbillon d’azur te recueille sans fin;
Je n’ai pas plus de part que tes mânes fidèles
A l’univers vague et divin!
Les blancs eucalyptus et le cyprès qui chante,
Où viennent aboutir les longs soupirs des morts,
Racontent, chers défunts, vos détresses penchantes,
Votre sort pareil à nos sorts.
Où viennent aboutir les longs soupirs des morts,
Racontent, chers défunts, vos détresses penchantes,
Votre sort pareil à nos sorts.
Quels familiers discours sur la voie Appienne!
Tissés dans le soleil, les morts vont jusqu’aux cieux;
Vous renaissez en moi, ombres aériennes,
Vous entrez dans mes tristes yeux!
Tissés dans le soleil, les morts vont jusqu’aux cieux;
Vous renaissez en moi, ombres aériennes,
Vous entrez dans mes tristes yeux!
Là-bas, sur la colline, un jeune cimetière
Étale sa langueur d’Anglais sentimental,
Les délicats tombeaux, dans les lis et le lierre,
Font monter un sang de cristal.
Étale sa langueur d’Anglais sentimental,
Les délicats tombeaux, dans les lis et le lierre,
Font monter un sang de cristal.
Midi luit; la villa des chevaliers de Malte
Choit comme une danseuse aux pieds brûlants et las.
Comme un fauve tigré l’air jaunit et s’exalte;
Une nymphe en pierre vit là.
Choit comme une danseuse aux pieds brûlants et las.
Comme un fauve tigré l’air jaunit et s’exalte;
Une nymphe en pierre vit là.
Elle a les bras cassés, mais sa force éternelle
Empourpre de plaisir ses genoux triomphants;
Le néflier embaume, un jet d’eau est, près d’elle,
Secoué d’un rire d’enfant.
Empourpre de plaisir ses genoux triomphants;
Le néflier embaume, un jet d’eau est, près d’elle,
Secoué d’un rire d’enfant.
Les dieux n’ont pas quitté la campagne romaine,
Euterpe aux blonds pipeaux, Erato qui sourit,
Dansent dans le jardin Mattei, où se promène
Le saint Philippe de Néri.
Euterpe aux blonds pipeaux, Erato qui sourit,
Dansent dans le jardin Mattei, où se promène
Le saint Philippe de Néri.
Mais c’est vous qui, ce soir, partagez mon malaise,
Dans l’église sans voix, au mur pâle et glacé,
Déesse catholique, ô ma sainte Thérèse,
Qui soupirez, les yeux baissés!
Dans l’église sans voix, au mur pâle et glacé,
Déesse catholique, ô ma sainte Thérèse,
Qui soupirez, les yeux baissés!
Malgré vos airs royaux, et la fierté divine
Dont s’enveloppe encor votre cœur emporté,
L’angoisse de vos traits permet que l’on devine
Votre douce mendicité.
Dont s’enveloppe encor votre cœur emporté,
L’angoisse de vos traits permet que l’on devine
Votre douce mendicité.
O visage altéré par l’ardente torture
D’attendre le bonheur qui descend lentement,
Appel mystérieux, hymne de la nature,
Désir de l’immortel amant!
D’attendre le bonheur qui descend lentement,
Appel mystérieux, hymne de la nature,
Désir de l’immortel amant!
Je vous offre aujourd’hui, parmi l’encens des prêtres,
Comme un grain plus brûlant mis dans vos encensoirs,
Le rire que j’entends au bas de la fenêtre
Où je rêve, seule, le soir;
Comme un grain plus brûlant mis dans vos encensoirs,
Le rire que j’entends au bas de la fenêtre
Où je rêve, seule, le soir;
C’est le rire joyeux, épouvanté, timide
De deux enfants heureux, éperdus, inquiets,
Qui joignent leurs regards et leurs lèvres avides,
Et dont tout le sanglot riait!
De deux enfants heureux, éperdus, inquiets,
Qui joignent leurs regards et leurs lèvres avides,
Et dont tout le sanglot riait!
Ils riaient, ils étaient effrayés l’un de l’autre;
Un jet d’eau s’effritait dans le lointain bassin;
La lune blanchissait, de sa clarté d’apôtre,
La terrasse des Capucins.
Un jet d’eau s’effritait dans le lointain bassin;
La lune blanchissait, de sa clarté d’apôtre,
La terrasse des Capucins.
Une palme portait le poids mélancolique
De l’éther sans zéphyr, sans rosée et sans bruit;
Rien ne venait briser son attente pudique,
Que ce rire aigu dans la nuit!
De l’éther sans zéphyr, sans rosée et sans bruit;
Rien ne venait briser son attente pudique,
Que ce rire aigu dans la nuit!
Et je n’entendis plus que ce rire nocturne,
Plus fort que les senteurs des terrasses de miel,
Plus vif que le sursaut des sources dans leur urne,
Plus clair que les astres au ciel.
Plus fort que les senteurs des terrasses de miel,
Plus vif que le sursaut des sources dans leur urne,
Plus clair que les astres au ciel.
Je le prends dans mes mains, chaudes comme la lave,
Je le mêle aux élans de mon éternité,
Ce rire des humains, si farouche et si grave,
Qui prélude à la volupté!
Je le mêle aux élans de mon éternité,
Ce rire des humains, si farouche et si grave,
Qui prélude à la volupté!
UN SOIR A VÉRONE
e soir baigne d’argent les places de Vérone;
Les cieux roses et ronds, rayés d’ifs, de cyprès,
Font à la ville une couronne
De tristes et verts minarets.
Les cieux roses et ronds, rayés d’ifs, de cyprès,
Font à la ville une couronne
De tristes et verts minarets.
Sur les ors languissants du palais du Concile,
On voit luire, ondoyer un manteau duveté:
Les pigeons amoureux, dociles,
Frémissent là de volupté.
On voit luire, ondoyer un manteau duveté:
Les pigeons amoureux, dociles,
Frémissent là de volupté.
L’Adige, entre les murs de brique qu’il reflète,
Roule son rouge flot, large, brusque, puissant:
Dans la ville de Juliette
Un fleuve a la couleur du sang.
Roule son rouge flot, large, brusque, puissant:
Dans la ville de Juliette
Un fleuve a la couleur du sang.
O tragique douceur de la cité sanglante,
Rue où le passé vit sous les vents endormis:
Un masque court, ombre galante,
Au bal des amants ennemis.
Rue où le passé vit sous les vents endormis:
Un masque court, ombre galante,
Au bal des amants ennemis.
Je m’élance, et je vois ta maison, Juliette!
Si plaintive, si noire, ainsi qu’un froid charbon.
C’est là que la fraîche alouette
T’épouvantait de sa chanson!
Si plaintive, si noire, ainsi qu’un froid charbon.
C’est là que la fraîche alouette
T’épouvantait de sa chanson!
Que tu fus consumée, ô nymphe des supplices!
Que ton mortel désir était fervent et beau
Lorsque tu t’écriais: «Nourrice,
Que l’on prépare mon tombeau!
Que ton mortel désir était fervent et beau
Lorsque tu t’écriais: «Nourrice,
Que l’on prépare mon tombeau!
«Qu’on prépare ma tombe et mon funèbre somme,
Que mon lit nuptial soit violet et noir,
Si je n’enlace le jeune homme
Qui brillait au verger ce soir!...»
Que mon lit nuptial soit violet et noir,
Si je n’enlace le jeune homme
Qui brillait au verger ce soir!...»
Auprès de ta fureur héroïque et plaintive,
Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment,
La soif est une source vive,
La faim est un rassasiement.
Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment,
La soif est une source vive,
La faim est un rassasiement.
Hélas! tu le savais, qu’il n’est rien sur la terre
Que l’invincible amour, par les pleurs ennobli;
Le feu, la musique, la guerre,
N’en sont que le reflet pâli!
Que l’invincible amour, par les pleurs ennobli;
Le feu, la musique, la guerre,
N’en sont que le reflet pâli!
Ma sœur, ton sein charmant, ton visage d’aurore,
Où sont-ils, cette nuit où je porte ton cœur?
La colombe du sycomore
Soupire à mourir de langueur...
Où sont-ils, cette nuit où je porte ton cœur?
La colombe du sycomore
Soupire à mourir de langueur...
Là-bas un lourd palais, couleur de pourpre ardente,
Ferme ses volets verts sous le ciel rose et gris;
Je pense au soir d’automne où Dante
Ecrivit là le Paradis;
Ferme ses volets verts sous le ciel rose et gris;
Je pense au soir d’automne où Dante
Ecrivit là le Paradis;
La céleste douceur des tournantes collines
Emplissait son regard, à l’heure où las, pensifs,
Les anges d’Italie inclinent
Le ciel délicat sur les ifs.
Emplissait son regard, à l’heure où las, pensifs,
Les anges d’Italie inclinent
Le ciel délicat sur les ifs.
Mais que tu m’es plus chère, ô maison de l’ivresse,
Balcon où frémissait le chant du rossignol,
Où Juliette qui caresse
Suspend Roméo à son col!
Balcon où frémissait le chant du rossignol,
Où Juliette qui caresse
Suspend Roméo à son col!
Ah! que tu m’es plus cher, sombre balcon des fièvres,
Où l’échelle de soie en chantant tournoyait,
Où les amants, joignant leurs lèvres,
Sanglotaient entre eux: «Je vous ai!»
Où l’échelle de soie en chantant tournoyait,
Où les amants, joignant leurs lèvres,
Sanglotaient entre eux: «Je vous ai!»
Que l’amour soit béni parmi toutes les choses,
Que son nom soit sacré, son règne ample et complet;
Je n’offre les lauriers, les roses,
Qu’à la fille des Capulet!
Que son nom soit sacré, son règne ample et complet;
Je n’offre les lauriers, les roses,
Qu’à la fille des Capulet!
UN AUTOMNE A VENISE
h! la douceur d’ouvrir, dans un matin d’automne,
Sur le feuillage vert, rougeoyant et jauni
Que la chaleur d’argent éclabousse et sillonne,
Les volets peints en noir du palais Manzoni!
Sur le feuillage vert, rougeoyant et jauni
Que la chaleur d’argent éclabousse et sillonne,
Les volets peints en noir du palais Manzoni!
Des citronniers en pots, le thym, le laurier-rose
Font un cercle odorant au puits vénitien,
Et sur les blancs balcons indolemment repose
Le frais, le calme azur, juvénile, ancien!
Font un cercle odorant au puits vénitien,
Et sur les blancs balcons indolemment repose
Le frais, le calme azur, juvénile, ancien!
Ah! quelle paix ici, dans ce jardin de pierre,
Sous la terrasse où traîne un damas orangé!
On n’entend pas frémir Venise aventurière,
On ne voit pas languir son marbre submergé...
Sous la terrasse où traîne un damas orangé!
On n’entend pas frémir Venise aventurière,
On ne voit pas languir son marbre submergé...
Qu’importe si, là-bas, Torcello des lagunes
Communique aux flots bleus sa pâmoison d’argent,
Si Murano, rêveuse ainsi qu’un clair de lune,
Semble un vase irisé d’où monte un tendre chant!
Communique aux flots bleus sa pâmoison d’argent,
Si Murano, rêveuse ainsi qu’un clair de lune,
Semble un vase irisé d’où monte un tendre chant!
Qu’importe si là-bas le rose cimetière,
Levant comme des bras ses cyprès verts et noirs,
Semble implorer encor la divine lumière
Pour le mort oublié qui ne doit plus la voir;
Levant comme des bras ses cyprès verts et noirs,
Semble implorer encor la divine lumière
Pour le mort oublié qui ne doit plus la voir;
Si, vers la Giudecca où nul vent ne soupire,
Où l’air est suspendu comme un plus doux climat,
Dans une gloire d’or les langoureux navires
Bercent la nostalgie aux branches de leurs mâts;
Où l’air est suspendu comme un plus doux climat,
Dans une gloire d’or les langoureux navires
Bercent la nostalgie aux branches de leurs mâts;
Si, plein de jeunes gens, le couvent d’Arménie
Couleur de frais piment, de pourpre, de corail,
Semble exhaler, le soir, une plainte infinie
Vers quelque asiatique et savoureux sérail;
Couleur de frais piment, de pourpre, de corail,
Semble exhaler, le soir, une plainte infinie
Vers quelque asiatique et savoureux sérail;
Si, brûlant de plaisir et de mélancolie,
Une fille, vendant des œillets, va, mêlant
Le poivre de l’Espagne au sucre d’Italie,
Tandis que sur Saint-Marc tombe un soir rose et lent!
Une fille, vendant des œillets, va, mêlant
Le poivre de l’Espagne au sucre d’Italie,
Tandis que sur Saint-Marc tombe un soir rose et lent!
VA PRIER DANS SAINT-MARC...
a prier dans Saint-Marc pour ta peine amoureuse;
Le temple de Byzance est sensible au péché;
Un parfum de benjoin, d’ambre, de tubéreuse,
Glisse des frais arceaux et des balcons penchés.
Le temple de Byzance est sensible au péché;
Un parfum de benjoin, d’ambre, de tubéreuse,
Glisse des frais arceaux et des balcons penchés.
Va prier dans Saint-Marc pour ta douce folie;
Les pigeons assemblés sur la façade en or
Protègent les transports de la mélancolie,
Et les anges des cieux sont plus cléments encor.
Les pigeons assemblés sur la façade en or
Protègent les transports de la mélancolie,
Et les anges des cieux sont plus cléments encor.
Va prier dans Saint-Marc; les dalles, les rosaces
Ont l’éclat des bijoux et des tapis persans;
Depuis plus de mille ans dans ce palais s’entassent
Les profanes souhaits parfumés par l’encens.
Ont l’éclat des bijoux et des tapis persans;
Depuis plus de mille ans dans ce palais s’entassent
Les profanes souhaits parfumés par l’encens.
Vois, sous leurs châles noirs, les tendres suppliantes
Joindre des doigts brûlants et songer doucement.
Divine pauvreté! cet Alhambra les tente
Moins que les cabarets où boivent leurs amants!
Joindre des doigts brûlants et songer doucement.
Divine pauvreté! cet Alhambra les tente
Moins que les cabarets où boivent leurs amants!
Va prier dans Saint-Marc. Le Dieu des Evangiles
Marche, les bras ouverts, dans de blonds paradis;
On entend les bateaux qui partent pour les îles,
Et les pigeons frémir au canon de midi.
Marche, les bras ouverts, dans de blonds paradis;
On entend les bateaux qui partent pour les îles,
Et les pigeons frémir au canon de midi.
Des mosaïques d’or, limpides alvéoles,
Glisse un mystique miel, lumineux, épicé;
Et vers la Piazzetta, de penchantes gondoles
Entraînent mollement les couples exaucés...
Glisse un mystique miel, lumineux, épicé;
Et vers la Piazzetta, de penchantes gondoles
Entraînent mollement les couples exaucés...
Beau temple, que ta grâce est chaude, complaisante!
O jardin des langueurs, ô porte d’Orient!
Courtisane des Grecs, sultane agonisante,
Turban d’or et d’émail sous l’azur défaillant!
O jardin des langueurs, ô porte d’Orient!
Courtisane des Grecs, sultane agonisante,
Turban d’or et d’émail sous l’azur défaillant!
Tu joins l’odeur de l’ambre aux fastes exotiques,
Et tu meurs, des pigeons à ton sein agrafés,
Comme aux rives en feu des mers asiatiques,
La Basilique où dort sainte Pasiphaé!...
Et tu meurs, des pigeons à ton sein agrafés,
Comme aux rives en feu des mers asiatiques,
La Basilique où dort sainte Pasiphaé!...