AU PAYS DE ROUSSEAU
e lac, plus lent qu’une huile azurée, se repose,
Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose,
Penche sur lui sa calme et pensive langueur.
Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs:
Scintillement sonore, et qui semble un cantique
Vers la première étoile, humble et mélancolique,
Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur...
Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose,
Penche sur lui sa calme et pensive langueur.
Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs:
Scintillement sonore, et qui semble un cantique
Vers la première étoile, humble et mélancolique,
Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur...
L’automne épand déjà ses fumeuses odeurs.
Un voilier las, avec ses deux voiles dressées,
Rêve comme un clocher d’église délaissée.
Touffus et frémissants dans le soir spacieux,
Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux;
Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtre
Les cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre.
Teinté de sombre argent, un cèdre contourné
A le tumulte obscur d’un nuage enchaîné
Qui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse...
Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse.
Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement;
Tout semble délicat, plein de détachement,
On ne sait quelle éparse et vague quiétude
Médite. Un clair fanal, douce sollicitude,
Egoutte dans les flots son rubis scintillant.
O nuits de Lamartine et de Chateaubriand!
Vent dans les peupliers, sources sur les collines,
Tintement des grelots aux coursiers des berlines,
Villages traversés, secrète humidité
Des vallons où le frais silence est abrité!
Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie,
Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons,
Vieux hêtres abattus dont les écorces font
Flotter un parfum d’eau et de menuiserie,
Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs?
Retirée en un grave et mystique labeur,
Le regard détourné, l’âme puissante et rude,
Je montais vers ma paix et vers ma solitude!
Rêve comme un clocher d’église délaissée.
Touffus et frémissants dans le soir spacieux,
Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux;
Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtre
Les cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre.
Teinté de sombre argent, un cèdre contourné
A le tumulte obscur d’un nuage enchaîné
Qui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse...
Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse.
Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement;
Tout semble délicat, plein de détachement,
On ne sait quelle éparse et vague quiétude
Médite. Un clair fanal, douce sollicitude,
Egoutte dans les flots son rubis scintillant.
O nuits de Lamartine et de Chateaubriand!
Vent dans les peupliers, sources sur les collines,
Tintement des grelots aux coursiers des berlines,
Villages traversés, secrète humidité
Des vallons où le frais silence est abrité!
Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie,
Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons,
Vieux hêtres abattus dont les écorces font
Flotter un parfum d’eau et de menuiserie,
Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs?
Retirée en un grave et mystique labeur,
Le regard détourné, l’âme puissante et rude,
Je montais vers ma paix et vers ma solitude!
Nature, accordez-moi le plus d’amour humain,
Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres,
Et la grâce d’errer sur les communs chemins,
Loin de toute grandeur isolée et funèbre;
Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres,
Et la grâce d’errer sur les communs chemins,
Loin de toute grandeur isolée et funèbre;
Accordez-moi de vivre encor chez les vivants,
D’entendre les moulins, le bruit de la scierie,
Le rire des pays égayés par le vent,
Et de tout recevoir avec un cœur qui prie,
D’entendre les moulins, le bruit de la scierie,
Le rire des pays égayés par le vent,
Et de tout recevoir avec un cœur qui prie,
Un cœur toujours empli, toujours communicant,
Qui ne veut que sa part de la tâche des autres,
Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquant
L’auréole orgueilleuse et triste des apôtres!
Qui ne veut que sa part de la tâche des autres,
Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquant
L’auréole orgueilleuse et triste des apôtres!
Que tout me soit amour, douceur, humanité:
La vigne, le village et les feux de septembre,
Les maisons rapprochées de si bonne amitié,
L’universel labeur dans le secret des chambres;
La vigne, le village et les feux de septembre,
Les maisons rapprochées de si bonne amitié,
L’universel labeur dans le secret des chambres;
Et que je ne sois plus,—au-dessus des abîmes
Où mon farouche esprit se tenait asservi,—
Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,
Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi!
Où mon farouche esprit se tenait asservi,—
Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,
Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi!
UN SOIR EN FLANDRE
h! si d’ardeur ton cœur expire,
Si tu meurs d’un rêve hautain,
Descends dans le calme jardin,
Ne dis rien, regarde, respire;
Si tu meurs d’un rêve hautain,
Descends dans le calme jardin,
Ne dis rien, regarde, respire;
Le parfum des pois de senteur
Ouvre ses ailes et se pâme;
Le ciel d’azur, le ciel de flamme,
Est sombre à force de chaleur!
Ouvre ses ailes et se pâme;
Le ciel d’azur, le ciel de flamme,
Est sombre à force de chaleur!
Demeure là, les mains croisées,
Les yeux perdus à l’horizon,
A voir luire sur les maisons
Les toits aux pentes ardoisées.
Les yeux perdus à l’horizon,
A voir luire sur les maisons
Les toits aux pentes ardoisées.
Des coqs, chantant dans le lointain,
Soupirent comme des colombes
Sous la chaleur qui les surplombe.
Le soir semble un brumeux matin.
Soupirent comme des colombes
Sous la chaleur qui les surplombe.
Le soir semble un brumeux matin.
Douceur du soir! le hameau fume,
La rue est vive comme un quai
Où le poisson est débarqué;
Un pigeon flotte, blanche écume.
La rue est vive comme un quai
Où le poisson est débarqué;
Un pigeon flotte, blanche écume.
Vois, il n’y a pas que l’amour
Sur la profonde et douce terre;
Sache aimer cet autre mystère:
L’effort, le travail, le labour.
Sur la profonde et douce terre;
Sache aimer cet autre mystère:
L’effort, le travail, le labour.
Des corps, que la vie exténue,
S’en viennent sur les pavés bleus;
Les bras, les visages caleux
Sont emplis de joie ingénue.
S’en viennent sur les pavés bleus;
Les bras, les visages caleux
Sont emplis de joie ingénue.
Un homme tient un arrosoir;
Ce plumage d’eau se balance
Sur les choux qui, dans le silence,
Goûtent aussi la paix du soir.
Ce plumage d’eau se balance
Sur les choux qui, dans le silence,
Goûtent aussi la paix du soir.
Il se forme au ciel un nuage;
Regarde les bonds, les sursauts,
De quatre tout petits oiseaux,
Qui volent sur le ciel d’orage!
Regarde les bonds, les sursauts,
De quatre tout petits oiseaux,
Qui volent sur le ciel d’orage!
Un œillet tremble, secoué
D’un coup vif de petite trique,
Quand le lourd frelon électrique
A sa tige reste cloué.
D’un coup vif de petite trique,
Quand le lourd frelon électrique
A sa tige reste cloué.
Par la vapeur d’eau des rivières
Les prés verts semblent enlacés;
Le soir vient, les bruits ont cessé;
Etranger, mon ami, mon frère,
Les prés verts semblent enlacés;
Le soir vient, les bruits ont cessé;
Etranger, mon ami, mon frère,
Il n’est pas que la passion,
Que le désir et que l’ivresse,
La nature aussi te caresse
D’une paisible pression;
Que le désir et que l’ivresse,
La nature aussi te caresse
D’une paisible pression;
Les rêves que ton cœur exhale
Te font gémir et défaillir;
Eteins ces feux et viens cueillir
Le jasmin aux quatre pétales.
Te font gémir et défaillir;
Eteins ces feux et viens cueillir
Le jasmin aux quatre pétales.
BONTÉ DE L’UNIVERS QUE JE CROYAIS ÉTEINTE...
onté de l’univers que je croyais éteinte,
Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,
Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes;
Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,
Le sucre indigo des jacinthes!
Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,
Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes;
Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,
Le sucre indigo des jacinthes!
Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant,
Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige,
D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tiges
Font jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!
Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige,
D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tiges
Font jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!
CHALEUR DES NUITS D’ÉTÉ...
O nuit d’été, maladie inconnue,
combien tu me fais mal!
JULES LAFORGUE.
combien tu me fais mal!
JULES LAFORGUE.
haleur des nuits d’été, comme une confidence
Dans l’espace épandue, et semblant aspirer
Le grand soupir des cœurs qui songent en silence,
Je vous contemple avec un désespoir sacré!
Dans l’espace épandue, et semblant aspirer
Le grand soupir des cœurs qui songent en silence,
Je vous contemple avec un désespoir sacré!
Les passants, enroulés dans la moiteur paisible
De cette nuit bleuâtre au souffle végétal,
Se meuvent comme au fond d’un parc oriental
L’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.
De cette nuit bleuâtre au souffle végétal,
Se meuvent comme au fond d’un parc oriental
L’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.
Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruit
Dans la rue amollie où le lourd pavé luit;
C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent:
Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.
Les parfums engourdis et compacts interceptent
La circulation des zéphyrs fatigués.
Dans la rue amollie où le lourd pavé luit;
C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent:
Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.
Les parfums engourdis et compacts interceptent
La circulation des zéphyrs fatigués.
Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage;
Je regarde la terre où s’entassent les âges
Et la voûte du ciel, pur, métallique et doux.
Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,
Apaisé mon délire et son brûlant courage,
Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout?
Je regarde la terre où s’entassent les âges
Et la voûte du ciel, pur, métallique et doux.
Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,
Apaisé mon délire et son brûlant courage,
Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout?
La lune éblouissante appuie au fond des nues
Son sublime débris ténébreux et luisant,
Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue;
Son chaud torrent sur moi abondamment descend
Comme un triste baiser négligent et pesant.
Son sublime débris ténébreux et luisant,
Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue;
Son chaud torrent sur moi abondamment descend
Comme un triste baiser négligent et pesant.
Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives,
Semblent accélérer leur implorant regard.
L’univers est posé sur mes deux mains chétives;
Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,
Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.
Semblent accélérer leur implorant regard.
L’univers est posé sur mes deux mains chétives;
Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,
Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.
Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur,
Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescente
Qui, fière comme l’onde et comme elle puissante,
Luttait par son amour contre tout ce qui meurt!
Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,
Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer;
Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,
Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoire
Et cherche en vain la source au milieu du désert.
Et je regarde, avec une tristesse immense,
Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,
L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,
Et la lune immobile au-dessus de mon cœur...
Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescente
Qui, fière comme l’onde et comme elle puissante,
Luttait par son amour contre tout ce qui meurt!
Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,
Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer;
Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,
Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoire
Et cherche en vain la source au milieu du désert.
Et je regarde, avec une tristesse immense,
Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,
L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,
Et la lune immobile au-dessus de mon cœur...
AUTOMNE
uisque le souvenir du noble été s’endort,
Automne, par quel âpre et lumineux effort,
Déjà toute fanée, abattue et moisie,
Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?
Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.
C’est fini, la beauté des vignes et du blé;
Le doux corps des étés en vous se décompose;
Mais vous donnez ce soir une suprême rose.
Automne, par quel âpre et lumineux effort,
Déjà toute fanée, abattue et moisie,
Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?
Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.
C’est fini, la beauté des vignes et du blé;
Le doux corps des étés en vous se décompose;
Mais vous donnez ce soir une suprême rose.
ARLES
es souvenirs, ce soir, me séparent de toi;
Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle,
De ce frais horizon d’églises et de toits,
J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi,
Les hirondelles sur le ciel d’Arles!
Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle,
De ce frais horizon d’églises et de toits,
J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi,
Les hirondelles sur le ciel d’Arles!
La nuit était torride à l’heure du couchant.
Les doux cieux languissaient comme une barcarolle;
Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants,
Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchant
A fléchir une ombre qui s’envole!
Les doux cieux languissaient comme une barcarolle;
Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants,
Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchant
A fléchir une ombre qui s’envole!
Ce qu’un beau soir contient de perfide langueur
Ployait dans un silence empli de bruits infimes;
Je regardais, les mains retombant sur mon cœur,
Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur,
Le pâle cloître de Saint-Trophime!
Ployait dans un silence empli de bruits infimes;
Je regardais, les mains retombant sur mon cœur,
Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur,
Le pâle cloître de Saint-Trophime!
Une brise amollie et peinte de parfums,
Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône.
Tout ce que l’on obtient me semblait importun,
Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à un
Pour monter vers d’invisibles zones!
Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône.
Tout ce que l’on obtient me semblait importun,
Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à un
Pour monter vers d’invisibles zones!
O soleil, engourdi par les senteurs du thym,
Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine,
Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin,
On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin,
Les rapides Victoires d’Athènes!
Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine,
Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin,
On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin,
Les rapides Victoires d’Athènes!
Soir torturé d’amour et de pesants tourments,
Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,
Musicale torpeur où volent des flamants,
Couleur du soir divin qui promets et qui ments,
C’est ta détresse qui me transporte!
Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,
Musicale torpeur où volent des flamants,
Couleur du soir divin qui promets et qui ments,
C’est ta détresse qui me transporte!
Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés,
Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,
Connaissent, sous le vent léger des peupliers,
Le bonheur de languir, assouvis et liés,
Dans la même amoureuse infortune;
Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,
Connaissent, sous le vent léger des peupliers,
Le bonheur de languir, assouvis et liés,
Dans la même amoureuse infortune;
Mais les corps des vivants, aspirés par l’été,
Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.
Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;
Qui jamais avouera l’âpre infidélité
D’un cœur sensuel, dans le silence!...
Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.
Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;
Qui jamais avouera l’âpre infidélité
D’un cœur sensuel, dans le silence!...
LA NUIT FLOTTE...
a nuit flotte, amollie, austère, taciturne,
Impérieuse; elle est funèbre comme une urne
Qui se clôt sur un vague et sensible trésor.
Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,
Parait interroger l’ombre vertigineuse.
La lune au sec éclat semble une île pierreuse;
Cythère aride et froide où tout désir est mort.
Impérieuse; elle est funèbre comme une urne
Qui se clôt sur un vague et sensible trésor.
Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,
Parait interroger l’ombre vertigineuse.
La lune au sec éclat semble une île pierreuse;
Cythère aride et froide où tout désir est mort.
Une vague rumeur émane du silence.
Un train passe au lointain, et son essoufflement
Semble la palpitante et paisible cadence
Du coteau qui respire et songe doucement...
Un train passe au lointain, et son essoufflement
Semble la palpitante et paisible cadence
Du coteau qui respire et songe doucement...
Un parfum délicat, abondant, faible et dense,
Mouvant et spontané comme des bras ouverts,
Révèle la secrète et nocturne existence
Du monde végétal au souffle humide et vert.
Mouvant et spontané comme des bras ouverts,
Révèle la secrète et nocturne existence
Du monde végétal au souffle humide et vert.
Et je suis là. Je n’ai ni souhait, ni rancune;
Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soir
Je n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs,
Et que, paisiblement, je regarde la lune.
Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soir
Je n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs,
Et que, paisiblement, je regarde la lune.
Je suis la maison vide où tout est flottement.
Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe;
J’ai longuement suivi ce bel enterrement,
Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,
Et des égorgements d’agneaux et de colombes.
Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe;
J’ai longuement suivi ce bel enterrement,
Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,
Et des égorgements d’agneaux et de colombes.
Mais le temps a séché l’eau des pleurs et le sel.
D’un œil indifférent, sans regret, sans appel,
Eclairé par la calme et triste intelligence,
Je regarde la voûte immense, où les mortels
Ont suspendu les vœux de leur vaine espérance,
D’un œil indifférent, sans regret, sans appel,
Eclairé par la calme et triste intelligence,
Je regarde la voûte immense, où les mortels
Ont suspendu les vœux de leur vaine espérance,
Et je ne vois qu’abîme, épouvante, silence;
Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuel
De ce que rien d’humain ne peut être éternel...
Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuel
De ce que rien d’humain ne peut être éternel...
L’ÉVASION
ibre! comprends-tu bien! être libre, être libre!
Ne plus porter le poids déchirant du bonheur,
Ne plus sentir l’amère et suave langueur
Envahir chaque veine, amollir chaque fibre!
Ne plus porter le poids déchirant du bonheur,
Ne plus sentir l’amère et suave langueur
Envahir chaque veine, amollir chaque fibre!
Libre, comme une biche avant le chaud printemps!
Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite,
Et, dans une ineffable et pétulante fuite,
Disperser la nuée et les vents éclatants!
Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite,
Et, dans une ineffable et pétulante fuite,
Disperser la nuée et les vents éclatants!
Se vêtir de fraîcheur, de feuillage, de prismes,
S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger;
Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger,
Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme!
S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger;
Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger,
Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme!
A peine l’aube naît, chaque maison sommeille;
L’atmosphère, flexible et prudente corbeille,
Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux.
On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu.
Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace,
Eclate, et vient viser toute chose qui passe;
La brise, étincelante et forte comme l’eau,
Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux,
Mêle les flots marins, dont la cime moelleuse
Fond dans une douceur murmurante, écumeuse...
Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants!
Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants:
Dans mes songes, mes mains se sont habituées
A dénouer le voile odorant des nuées!
L’étendue argentée est un tapis mouvant
Où court la verte odeur des figuiers et du vent;
Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre,
Les épais bananiers, au feuillage en haillons,
Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons,
Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres.
Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux;
Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux.
Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques,
Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecque
Sur la porte, qu’un jet de tranchante clarté
Fait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie;
Tout est délassement, espoir, activité;
Mais quel désir d’amour et de fécondité,
Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!
L’atmosphère, flexible et prudente corbeille,
Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux.
On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu.
Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace,
Eclate, et vient viser toute chose qui passe;
La brise, étincelante et forte comme l’eau,
Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux,
Mêle les flots marins, dont la cime moelleuse
Fond dans une douceur murmurante, écumeuse...
Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants!
Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants:
Dans mes songes, mes mains se sont habituées
A dénouer le voile odorant des nuées!
L’étendue argentée est un tapis mouvant
Où court la verte odeur des figuiers et du vent;
Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre,
Les épais bananiers, au feuillage en haillons,
Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons,
Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres.
Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux;
Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux.
Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques,
Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecque
Sur la porte, qu’un jet de tranchante clarté
Fait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie;
Tout est délassement, espoir, activité;
Mais quel désir d’amour et de fécondité,
Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!
Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploie
La branche fructueuse et forte de l’été...
La branche fructueuse et forte de l’été...
CEUX QUI N’ONT RESPIRÉ...
eux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande,
Les tulipes des champs, les graines des bouleaux,
Le vent rapide et court qui chante sur la lande,
Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,
Les tulipes des champs, les graines des bouleaux,
Le vent rapide et court qui chante sur la lande,
Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,
Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignes
Croissant tardivement sous des cieux incertains,
Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnes
Que Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,
Croissant tardivement sous des cieux incertains,
Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnes
Que Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,
Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze,
Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet,
Remplace la splendeur des campagnes malaises,
Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,
Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet,
Remplace la splendeur des campagnes malaises,
Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,
Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages,
Souhaitent le futur et vague paradis,
Qui leur promet un large et flamboyant voyage
Où s’embarquent les cœurs confiants et hardis.
Souhaitent le futur et vague paradis,
Qui leur promet un large et flamboyant voyage
Où s’embarquent les cœurs confiants et hardis.
Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace,
O bleuâtre Orient! Incendie azuré,
Prince arrogant et fier, favori de l’espace,
Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;
O bleuâtre Orient! Incendie azuré,
Prince arrogant et fier, favori de l’espace,
Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;
Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure,
Coupole incandescente, opacité de chaux,
Ont vu la haute palme éparpiller les heures,
Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;
Coupole incandescente, opacité de chaux,
Ont vu la haute palme éparpiller les heures,
Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;
Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune,
Aurore qui soudain met sa robe d’argent
Et trempe de clarté la rue étroite et brune,
Et le divin détail des choses et des gens,
Aurore qui soudain met sa robe d’argent
Et trempe de clarté la rue étroite et brune,
Et le divin détail des choses et des gens,
Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie,
Egrenant un collier fait de bois de cyprès,
Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie,
Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,
Egrenant un collier fait de bois de cyprès,
Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie,
Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,
Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes;
Nul immortel jardin ne surpasse le leur;
Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestes
Où leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.
Nul immortel jardin ne surpasse le leur;
Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestes
Où leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.
Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée,
Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédi
Que font le vert platane et la jaune mosquée
Sur le col des pigeons, attristés par midi...
Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédi
Que font le vert platane et la jaune mosquée
Sur le col des pigeons, attristés par midi...
LE CIEL BLEU DU MILIEU DU JOUR...
e ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille,
Encourage les champs, les vignes, les semailles,
Comme un maître exalté au milieu des colons!
Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon,
L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,
Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.
Sur les murs villageois, le vert abricotier
S’écartèle, danseur de feuillage habillé.
Les parfums des jardins font au-dessus du sable,
Une zone qui semble au cœur infranchissable.
L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eau
Sous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.
L’hirondelle, toujours par une autre suivie,
Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants:
L’espace est sillonné par ces rapprochements...
Et parfois, à côté de cette immense vie
On voit, protégé par un mur maussade et bas,
Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,
Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,
Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête!
Hélas! dans le profond et noir pays du sol,
Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,
Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,
Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.
Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,
Ces doux indifférents, ces grands silencieux;
Et la route qui longe et contourne leur pierre,
Eclate, rebondit d’un torrent de poussière
Que soulève, en passant, le véhément parcours
Des êtres que la mort prête encor à l’amour...
Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,
Pour contempler la nue où l’âme est solitaire,
Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,
Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.
En vain, l’intelligence, agile et sans limite,
Avide d’infini, vous repousse et vous quitte;
En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants
Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants,
Ils seront ramenés et liés à vos rives,
Par le poids du désir, par les moissons actives,
Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...
Encourage les champs, les vignes, les semailles,
Comme un maître exalté au milieu des colons!
Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon,
L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,
Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.
Sur les murs villageois, le vert abricotier
S’écartèle, danseur de feuillage habillé.
Les parfums des jardins font au-dessus du sable,
Une zone qui semble au cœur infranchissable.
L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eau
Sous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.
L’hirondelle, toujours par une autre suivie,
Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants:
L’espace est sillonné par ces rapprochements...
Et parfois, à côté de cette immense vie
On voit, protégé par un mur maussade et bas,
Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,
Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,
Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête!
Hélas! dans le profond et noir pays du sol,
Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,
Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,
Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.
Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,
Ces doux indifférents, ces grands silencieux;
Et la route qui longe et contourne leur pierre,
Eclate, rebondit d’un torrent de poussière
Que soulève, en passant, le véhément parcours
Des êtres que la mort prête encor à l’amour...
Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,
Pour contempler la nue où l’âme est solitaire,
Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,
Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.
En vain, l’intelligence, agile et sans limite,
Avide d’infini, vous repousse et vous quitte;
En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants
Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants,
Ils seront ramenés et liés à vos rives,
Par le poids du désir, par les moissons actives,
Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...
Vaste Amour, conducteur des éternels demains,
Je reconnais en vous l’inlassable merveille,
L’inexpugnable vie, innombrable et pareille:
O croissance des blés! ô baisers des humains!
Je reconnais en vous l’inlassable merveille,
L’inexpugnable vie, innombrable et pareille:
O croissance des blés! ô baisers des humains!
LA TERRE
Je me suis mariée à vous
Terre fidèle, active et tendre,
Et chaque soir je viens surprendre
Votre arome secret et doux.
Terre fidèle, active et tendre,
Et chaque soir je viens surprendre
Votre arome secret et doux.
Ah! puisque le divin Saturne
Porte un anneau qui luit encore,
Je vous donne ma bague d’or,
Petite terre taciturne!
Porte un anneau qui luit encore,
Je vous donne ma bague d’or,
Petite terre taciturne!
Elle est comme un soleil étroit,
Elle est couleur de moisson jaune,
Aussi chaude qu’un jeune faune
Puisqu’elle a tenu sur mon doigt!
Elle est couleur de moisson jaune,
Aussi chaude qu’un jeune faune
Puisqu’elle a tenu sur mon doigt!
UN SOIR A LONDRES
es parfums vont en promenade
Sur l’air brumeux,
Une âme ennuyée et malade
Flotte comme eux.
Sur l’air brumeux,
Une âme ennuyée et malade
Flotte comme eux.
Un temple grec dans le feuillage
Semble un secret,
Où Vénus voile son visage
Dans ses doigts frais.
Semble un secret,
Où Vénus voile son visage
Dans ses doigts frais.
O petit fronton d’Ionie,
Que tu me plais,
Dans la langoureuse agonie
D’un soir anglais!
Que tu me plais,
Dans la langoureuse agonie
D’un soir anglais!
Je t’enlace, je veux suspendre
A ta beauté,
Mon cœur, ce rosier le plus tendre
De tout l’été.
A ta beauté,
Mon cœur, ce rosier le plus tendre
De tout l’été.
Mais sur tant de langueur divine
Quel souffle prompt?
Je respire l’odeur saline,
Et le goudron!
Quel souffle prompt?
Je respire l’odeur saline,
Et le goudron!
C’est le parfum qui vient d’Irlande,
C’est le vent, c’est
L’odeur des Indes, qu’enguirlande
L’air écossais!
C’est le vent, c’est
L’odeur des Indes, qu’enguirlande
L’air écossais!
Va consoler, dans le Musée
Au beau renom,
La divine frise offensée
Du Parthénon!
Au beau renom,
La divine frise offensée
Du Parthénon!
Va porter l’odeur des jonquilles,
Du raisin sec,
Aux vierges tenant les faucilles
Et le vin grec.
Du raisin sec,
Aux vierges tenant les faucilles
Et le vin grec.
Cavalerie athénienne,
O jeunes gens!
Guirlande héroïque et païenne
Du ciel d’argent;
O jeunes gens!
Guirlande héroïque et païenne
Du ciel d’argent;
Miel condensé de la nature,
O cire d’or,
Gestes joyeux, sainte Ecriture,
Céleste accord!
O cire d’or,
Gestes joyeux, sainte Ecriture,
Céleste accord!
Prenez votre place éternelle,
Votre splendeur,
Dans l’infini de ma prunelle
Et de mon cœur...
Votre splendeur,
Dans l’infini de ma prunelle
Et de mon cœur...
Une maison de brique rouge
Tremble sur l’eau,
On entend un oiseau qui bouge
Dans le sureau.
Tremble sur l’eau,
On entend un oiseau qui bouge
Dans le sureau.
Quelle céleste main fait fondre
La brume et l’or
Des nébuleux matins de Londres
Et de Windsor?
La brume et l’or
Des nébuleux matins de Londres
Et de Windsor?
La pluie attache sa guirlande
Au bois en fleur:
Ecoute, il semble qu’on entende
Battre le cœur
Au bois en fleur:
Ecoute, il semble qu’on entende
Battre le cœur
De l’intrépide Juliette,
Ivre d’été,
Qui bondit, sanglote, halette
De volupté;
Ivre d’été,
Qui bondit, sanglote, halette
De volupté;
De Juliette qui s’étonne
D’être, en ces lieux,
Plus amoureuse qu’à Vérone
Près des ifs bleus.
D’être, en ces lieux,
Plus amoureuse qu’à Vérone
Près des ifs bleus.
Tout tremble, s’exalte, soupire;
Ardent émoi.
O Juliette de Shakspeare,
Comprenez-moi!...
Ardent émoi.
O Juliette de Shakspeare,
Comprenez-moi!...
RIVAGES CONTEMPLÉS
ivages contemplés au travers de l’amour,
Horizon familier comme une salle ronde,
Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours,
Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde,
Reverrai-je vos soirs précis et colorés,
Les suaves chemins où nos pas ont erré
Et que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde,
Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?
Horizon familier comme une salle ronde,
Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours,
Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde,
Reverrai-je vos soirs précis et colorés,
Les suaves chemins où nos pas ont erré
Et que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde,
Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?
LA LANGUEUR DES VOYAGES
Le matinal plaisir du soleil dans l’herbage,
Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;
Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage
Opprimé de désir, altéré d’idéal;
Le hameau romantique au creux d’un roc stérile;
Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;
L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,
Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île
Que bat de tous côtés un flot discret et coi;
Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,
Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs
Que la noble denrée exotique achalande;
Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,
Ont, pour le voyageur que le désir oppresse
Et que guide un mystique et rêveur désespoir,
L’insistante langueur qui prélude aux caresses...
Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;
Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage
Opprimé de désir, altéré d’idéal;
Le hameau romantique au creux d’un roc stérile;
Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;
L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,
Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île
Que bat de tous côtés un flot discret et coi;
Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,
Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs
Que la noble denrée exotique achalande;
Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,
Ont, pour le voyageur que le désir oppresse
Et que guide un mystique et rêveur désespoir,
L’insistante langueur qui prélude aux caresses...
LE PRINTEMPS DU RHIN
(STRASBOURG)