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Les Colons du Rivage, ou Industrie et Probité / Ouvrage destiné a servir de lecture courante dans les écoles primaires cover

Les Colons du Rivage, ou Industrie et Probité / Ouvrage destiné a servir de lecture courante dans les écoles primaires

Chapter 46: 44. — Un dernier refuge.
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About This Book

Le récit suit une famille modeste installée au bord d'un lac alpin : une mère veuve et ses quatre enfants affrontent la pauvreté après que le père eut dissipé le patrimoine familial. L'aîné cherche du travail en ville tandis que les autres apprennent, au fil des épisodes, le courage, l'industrie et la probité. Présenté comme lecture pour les écoles primaires, l'ouvrage mêle scènes de la vie quotidienne et réflexions morales pour montrer comment l'économie laborieuse, la solidarité familiale et la conduite droite aident à surmonter les difficultés.

44. — Un dernier refuge.

La douleur de la famille fut extrême. Encore un asile d'où ils étaient chassés! Le vigneron accourut, quand il sut la fâcheuse nouvelle. Il était, pour son compte, aussi affligé que ses amis. Il perdait un excellent maître, et il en aurait un méchant. Il ne pourrait pas y tenir ni s'accoutumer à cette dureté, qu'il n'avait rencontrée chez aucun des prédécesseurs. Cependant on ne pouvait pas le chasser, lui, comme cela ; il avait un bail. On ne pouvait l'empêcher de recevoir dans son appartement qui bon lui semblait. « Venez donc, mes amis, disait-il ; retirez-vous chez moi, en attendant que nous ayons trouvé pour vous quelque chose de convenable. — Non, dit la veuve ; nous n'irons pas chez vous : car nous vous ferions tort auprès du nouveau venu, qu'il vous importe de ménager. Notre présence doit lui déplaire. Quand on oublie si lâchement sa première fortune, on n'aime pas à voir les gens qui l'ont connue. D'ailleurs je ne pourrais me résoudre à passer une seule nuit sur les terres d'un hôte ingrat. — Où logerez-vous donc, je vous prie? — Où nous pourrons, à la garde de Dieu. — Mère, s'écria André avec exaltation, je sais un refuge digne de notre misère ; c'est une habitation faite pour de pauvres sauvages comme nous. J'ai vu, à l'endroit même où notre bateau est à sec, une grotte assez profonde. Elle m'a déjà protégé contre une averse ; avec quelques précautions, elle peut nous préserver du froid. Venez, on nous y souffrira peut-être! — Nous irons! » répondirent soudain d'une voix unanime la mère et les enfants. Le fermier essaya vainement de les retenir. Déjà ils vidaient la cahutte ; ils déposaient leurs provisions et leurs effets sur la grève ; ils portaient dans le bateau tout ce qu'ils avaient de plus précieux, et le couvraient de la voile comme d'une tente. C'était un spectacle douloureux et admirable tout à la fois de voir ces pauvres gens lutter contre la mauvaise fortune. Les jeunes filles ne montraient pas moins de courage que leurs frères ; la mère présidait sans trouble à ce nouveau départ. Pendant que Rodolphe les aidait en soupirant, Julien accourut : « Mon père, il se passe du nouveau chez nous. — Quoi donc? — Des gendarmes arrivent. — Que veulent-ils? — Je ne sais. Venez à notre secours. — Je vous reverrai bientôt, » dit Rodolphe aux Baudry, en se disposant à suivre son fils.