WeRead Powered by ReaderPub
Les confessions d'un converti cover

Les confessions d'un converti

Chapter 29: II
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

Le narrateur raconte son passage de l'anglicanisme au catholicisme, retraçant son éducation religieuse dans une famille ecclésiastique, ses doutes et ses hésitations, les étapes intellectuelles et spirituelles de sa conversion et les épreuves intérieures qui l'ont accompagné. Il décrit les impressions premières de culte et d'enseignement, l'attrait pour la liturgie et la présence sacramentelle, les difficultés à comparer les anciennes croyances à la foi adoptée, et la transformation progressive de sa vie intérieure. Le texte tient d'une série d'essais personnels mêlant mémoire, réflexion théologique et méditation sur la nature de la foi.

II

Oui, la fortune de ce petit livre — ou plutôt la différence des personnes qui goûtent ce livre et de celles à qui il déplaît — m’apparaît, elle aussi, bien significative. En fait, la Lumière invisible rencontre plus de succès auprès des anglicans qu’auprès des catholiques. Et, certes, il est naturel que certains anglicans se plaisent à rechercher, dans mon livre, le témoignage de ma triste décadence, à la fois littéraire et spirituelle, depuis que j’ai quitté l’Église d’Angleterre : mais, en dehors même de ce point de vue particulier, c’est chose certaine que les anglicans préfèrent infiniment ma Lumière invisible à tout ce que j’ai écrit depuis lors, tandis que la plupart des catholiques, et moi-même avec eux, estimons que le livre intitulé : Richard Raynal, solitaire, est beaucoup mieux écrit, et d’une portée religieuse bien supérieure. J’avouerai même que, pour ma part, je ressens une vive antipathie à l’égard de ma Lumière invisible, du moins au point de vue spirituel. J’ai écrit ce livre dans un état d’excitation fiévreuse, et sous l’influence de ce qui m’apparaît maintenant comme une sentimentalité maladive. Je m’entraînais à me rassurer concernant la vérité de la religion, et cela m’avait conduit à prendre un ton affirmatif et catégorique qui, plus d’une fois, n’était pas exempt d’affectation. J’ajouterai que le livre risque même, sous certains rapports, d’être malfaisant ; car il suppose que l’intuition spirituelle, ou même la simple imagination, constitue un élément essentiel de toute expérience religieuse, et que la réalisation personnelle est un mode de croyance préférable à celui de la simple foi d’une âme qui se borne à recevoir la vérité divine de la main d’une autorité divine. Pour les catholiques il est presque indifférent de savoir si l’âme se trouve en état de « réaliser », de transformer en objets de vision personnelle, les faits révélés et les principes de la vie spirituelle ; l’unique chose importante est que la volonté y adhère, et que la raison les approuve. Mais pour les anglicans, dont la théologie ne comporte pas de fondement raisonnable, et parmi lesquels l’autorité est, il faut bien le dire, inexistante, il est beaucoup plus naturel de placer le centre de gravité dans les émotions, plutôt que dans la raison unie à la volonté. La raison, pour eux, doit être continuellement étouffée, même dans sa propre sphère légitime, et la volonté presque toujours concentrée au-dedans de soi. De telle sorte que le seul mode de vie spirituelle, pour les anglicans, le seul royaume où opère la spiritualité, se trouve être l’expérience du sentiment individuel. Et si l’antipathie que m’inspire aujourd’hui mon premier livre peut paraître exagérée, cette exagération doit provenir d’une sorte de réaction contre les erreurs et les vaines ombres au milieu desquelles j’ai eu longtemps à vivre.