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Les confessions d'un converti cover

Les confessions d'un converti

Chapter 56: IV
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About This Book

Le narrateur raconte son passage de l'anglicanisme au catholicisme, retraçant son éducation religieuse dans une famille ecclésiastique, ses doutes et ses hésitations, les étapes intellectuelles et spirituelles de sa conversion et les épreuves intérieures qui l'ont accompagné. Il décrit les impressions premières de culte et d'enseignement, l'attrait pour la liturgie et la présence sacramentelle, les difficultés à comparer les anciennes croyances à la foi adoptée, et la transformation progressive de sa vie intérieure. Le texte tient d'une série d'essais personnels mêlant mémoire, réflexion théologique et méditation sur la nature de la foi.

IV

Ainsi, de jour en jour, l’enseignement de Rome se poursuivait pour moi. J’étais comme un jeune garçon introduit pour la première fois dans un grand dépôt de machines. Autour de moi, les roues mugissaient, d’immenses mouvements se prolongeaient ; le fracas et la puissance m’étourdissaient ; et cependant, peu à peu, je commençais à apprendre qu’il y avait quelque chose qui jusque-là m’était resté inconnu, quelque chose que je n’aurais jamais pu découvrir dans mon calme demi-jour du Nord. C’étaient ici les bureaux du monde spirituel ; ici la grâce était distribuée, le dogme défini, les provisions faites pour les âmes de l’univers entier. Ici Dieu avait choisi son siège pour régner sur son peuple, dans ce lieu où autrefois Domitien, Dominus et Deus Noster, ce singe de Dieu, avait régné concurremment avec le vicaire de Dieu, encore caché dans l’ombre. Le vendredi saint, sous les ruines du Palatin, j’entendais lire : « Si tu laisses cet homme en liberté, tu n’es pas l’ami de César ! » Or, à présent, « cet homme » est roi, et César n’est plus rien. C’est ici en vérité, infiniment plus que partout ailleurs, c’est ici que le levain plongé il y a dix-neuf siècles par la main de Dieu dans la pâte pesante de l’Empire romain s’est exprimé en degrés, en lois, et en dogmes ; c’est ici que le sang de Pierre, qui a arrosé le sol au-dessous de l’obélisque du Vatican, continue de circuler, plus vivant que jamais, dans les veines de Pie X, Pontifex maximus et Pater Patrum, à cent pas de distance de ce même obélisque !

Voilà l’une des choses que j’ai apprises à Rome ; et cette chose-là valait dix mille fois le conflit qui se livrait en moi à son sujet. Je comprenais enfin que rien d’humain n’était étranger à Dieu ; que les efforts des nations préchrétiennes les avaient amenées très près de la Porte de Vérité ; que leurs petits systèmes et tous leurs travaux n’avaient pas été méprisés par Celui qui les avait permis ; et que « Dieu, ayant parlé en diverses occasions et de diverses manières, dans les temps passés, à nos pères par les prophètes, nous avait enfin parlé directement par son Fils, qu’il avait proclamé l’héritier de toutes choses, et par lequel aussi il avait créé le monde, et qui, étant la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, et faisant purgation de nos péchés, se trouve assis à la droite de la Majesté Suprême ».