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Les "Faisans"

Chapter 5: IV
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About This Book

Un joueur surnommé Nom-d’un-petit-bonhomme remporte une série de gains dans un cercle de baccarat peuplé de personnages appelés par des sobriquets, puis confie ses billets dans une enveloppe destinée à la conciergerie; le courrier disparaît lorsque la concierge se sert d'imprimés pour rallumer son poêle, déclenchant une violente accusation. Le texte déroule ce fait divers pour déployer un panorama de la vie nocturne, des petits rituels sociaux et des travers du jeu, mêlant observation sociale, ironie et épisodes de la vie ordinaire.

IV

— Ne bois pas comme ça. Cela n’avance à rien. Il te faut toute ta lucidité pour mener à bien cette affaire.

— Cette garce, nom d’un petit bonhomme ! Je la tuerai !

— On dit ça !

Une femme au museau de fouine, les cheveux à la Ninon, leva la tête de dessus un illustré, à une table voisine.

— Allons ! allons ! ne fais pas d’esclandre… Non, garçon, rien pour le moment… A ta place, moi, j’aurais insisté, que diable ! J’aurais essayé de l’intimider…

— Si tu crois que c’est facile !

— Tu lui dois de l’argent ?

— Un terme en retard et nom d’un petit bonhomme ! les étrennes de quatre à cinq ans.

— Tu m’en diras tant !

La figure de Nom-d’un-petit-bonhomme faisait peine à voir. On eût dit d’un noyé qu’on venait de sortir de l’eau.

— Alors ? questionna-t-il.

— Alors…

Grand-Père réfléchit un moment. Il fixa longuement les ongles coupés en pointe de sa main gauche, les polit, avec soin, du revers de sa manche droite.

— Je ne connais qu’un homme qui puisse te tirer de ce mauvais pas. Mais il est cher.

— Dis toujours.

— C’est Chauvert.

— Le maître-chanteur ?

— Pourquoi employer de ces mots qui ne veulent rien dire ?

— Combien me demandera-t-il sur les 8.000 ?

— Les trois-quarts — la moitié, au bas mot, si j’insiste.

— Et toi ?

— Oh, moi !… pour un ami…

— Je sais… je sais… je connais, nom d’un petit bonhomme ! les amis…

— Tu dis ?

— Rien… Que faudra-t-il te donner à toi ?

— Tu me paieras un bon déjeuner.

— C’est tout.

— Pour le reste, je m’arrangerai avec Chauvert.

— Allons-y tout de suite ; mais, nom d’un petit bonhomme ! auparavant, qu’est-ce que tu prends ?…

— Rien. Toi non plus… je t’assure, ça te fera mal.

— Je n’ai pas déjeuné ce matin.

— Raison de plus.

— Et je n’ai pas faim.

— Tiens prête-moi plutôt trente francs.

— Voilà nom d’un petit bonhomme ! deux louis.

— Je te remercie. C’est moi qui paierai le taxi…